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vendredi 21 juin 2013

L’INVENTION DES TAROTS ET LES "INITIÉS"


Il est évident que les premiers tarots sont nés durant la Renaissance. Certainement s’inspiraient-ils d’idées encore plus anciennes mais, il est indéniable que l’imagerie des tarots est apparue en premier en Italie du Nord, et s’inspirait de l’iconographie gréco-romaine...

Mais encore... La Renaissance est marquée par d’innombrables innovations et découvertes, c’est l’ère des sciences, des arts, et du néo-platonicisme. L’Europe sort enfin du Moyen-âge! Leonard de Vinci, Michael-Ange, Dante, Pétrarque, Josquin des Prés, Orlando de Lassus, Monteverdi, Gutemberg !

Au XIVe siècle, les prémices de la Renaissance se produisirent surtout en Italie :

À Avignon, le pape Clément VI fait appel, pour décorer le "Palais des Papes", à une équipe de peintres dirigée par Matteo Giovanetti.


 "Palais des Papes", Avignon, France

Dans la cathédrale de Pise, une chaire est sculptée par Pisano dans un style qui n'est plus celui du Moyen Âge, mais qui reprend l'esthétique grecque de l'Antiquité.

Venise est depuis longtemps en contact avec l'Orient, par voie maritime ; c'est la première puissance maritime d'Europe,

Des foyers de Renaissance importants sont les zones en contact avec les autres civilisations, notamment la civilisation islamique/musulmane : Sicile, Espagne.

Ces zones de contact existent en réalité depuis plusieurs siècles : l'Andalousie (royaume de Séville) depuis l'an mille, la Sicile depuis le XIIe siècle (Palerme).

L'Italie commence ainsi à importer les sciences et techniques islamiques dans les domaines de l'algèbre, de l'astronomie, de la médecine, de l'alchimie, de la géographie, bien que l'essentiel de l'influence culturelle et philosophique ait été récupérée depuis la chute de l'Empire byzantin qui provoque l'afflux de savants byzantins dans la péninsule italienne.

Un grand nombre de "découvertes" faites pendant la Renaissance et jusqu'aux Lumières, proviennent en réalité du savoir transmis par les musulmans depuis la Grèce, l'Inde et Babylone.

Beaucoup de mots de la langue française attestent de cette influence : algèbre, algorithme ("Al-Khuwarizmi"), alchimie...

Les pays arabes possèdent en effet une avance très importante sur l'Europe dans ces domaines. Les échanges avec l'Extrême-Orient, déjà commencés avec la route de la soie, s'intensifient par voie de terre à la suite du voyage de Marco Polo. Les premiers jeux de cartes ramenés en Italie semblent avoir beaucoup d’apparentées avec les jeux de "taraqua" des Sarrasins et jeux Perses.


Un jeux fait d’une série de lames allongées, somptueusement enjolivées comportant d’illustrations "symboliques". Ces jeux arrivent en Europe dans l’effervescence de la Renaissance...

Il faut maintenant comprendre que les lettrés du Moyen Âge avaient conscience qu'ils vivaient sur un continent appelé Europe par les géographes, pour le distinguer de l'Asie et de l'Afrique. En revanche, la grande masse des habitants de l'Europe n'avaient jamais entendu ce terme : ils lisaient difficilement et "le clergé leur parlait comme à des chrétiens appartenant au continent choisi par la Divine providence pour être le foyer de la vraie foi". En somme, les Européens n'avaient pas pleinement conscience de leur identité culturelle.

La conscience de cette identité n'apparut qu'à la Renaissance. Selon l'historien anglais John Hale, ce fut à cette époque que le terme "Europe" (Europa : une divinité grecque), entra dans le langage courant et fut doté d'un cadre de référence solidement appuyé sur des cartes et d'un ensemble d'images affirmant son identité visuelle et culturelle.


Liberale da Verona, "L’Enlèvement d’Europe" (détail), 1445-1523, huile sur bois, Paris, Musée du Louvre

Retour donc à une "symbolique" basée sur d’antiques "cosmogonies!

On remarque que de grands penseurs à la base de l’ésotérisme occidental précédèrent l’invention des tarots et leur apparition en Italie... Mais la plupart de ces penseurs faisaient renaître les savoir de l’antiquité !

Il est fréquent de dire que durant la Renaissance, on s'intéressa de nouveau à l'Antiquité, ce qui accompagna le mouvement intellectuel de l'"humanisme".

En fait, l'Antiquité était loin d'être inconnue au Moyen Âge :

- Une partie de la culture antique était conservée dès le haut Moyen Âge grâce à Boèce, Isidore de Séville, Bède le Vénérable… ; 

- Platon était déjà connu à la cour de Charlemagne (même si celui-ci avait des difficultés à écrire), sous l'influence de plusieurs lettrés (Alcuin…) ;

- Des auteurs tels qu'Ovide, Virgile, Cicéron, (liste très incomplète)…étaient connus ;

L’essentiel des œuvres d'Aristote qui nous sont parvenues étaient déjà traduites au XIIe siècle.

Les textes qui ont été sauvés de l'Antiquité l'ont été par les copistes médiévaux dans les "scriptoria".

Selon Régine Pernoud, ce qui caractérise la Renaissance est plutôt l'imitation de l'Antiquité considérée comme ayant déjà atteint la perfection que sa redécouverte.

Ce qui est juste, c'est que cette culture était réservée à une élite composée essentiellement de clercs, dans les monastères, puis, à partir du XIIIe siècle, dans les écoles urbaines, c'est-à-dire les premières universités européennes (école scolastique).

On sortit progressivement de cette situation de monopole... Pétrarque et ses amis du grand nord, dès le XVIè siècle (Trecento) élargirent la gamme des auteurs antiques connus avec d'autres gammes :

- l'"humaniste" Flavio Biondo découvrit de nouvelles œuvres d'auteurs romains et entreprit des fouilles archéologiques dans le Forum romain (vers 1430) ;

- en 1453, Constantinople fut prise par les Turcs ottomans, qui brûlèrent la bibliothèque ;

La même année l'invention de l'imprimerie allait permettre d'amplifier le phénomène.

Par conséquent :

L'archéologie permit de redécouvrir l'art antique : sculpture, arts décoratifs...

La connaissance de la culture antique s'élargit à davantage d'auteurs antiques (latins et grecs) et se répandit d'abord en Italie, puis en Europe.

Cette culture imprégna un nouveau réseau d'"humanistes" (Érasme, Thomas More, Guillaume Budé…), qui constituèrent une nouvelle élite.

En fait, si le terme "humanités" existait déjà, le terme "humanisme" ne fut employé qu'à partir du XVIIIe siècle (selon Jean Delumeau).

Il semble que les initiateurs d’une nouvelle approche "ésotérique", basée sur les modèles des précédés alchimiques firent leur apparition au cours des Croisades, et parmi eux on comptait d’éminents érudits comme, entre autre :

- Roger Bacon (1214-1294)
- St-Thomas d’Aquin (1224)
- Raymond Lulle (1232-1315)
- Arnaud de Villeneuve (1238-1313)
- Maître Eckart (1260)

Après eux on remarque aussitôt l’apparition d’"Écoles de Mystères", d’"Écoles d’Initiés", la plupart dispensant des enseignements "hermétiques".

Diffusion de l'information par l'imprimerie



L'une des inventions qui eurent le plus d'impact sur les hommes de la Renaissance était le perfectionnement de l'imprimerie par les caractères mobiles en plomb et la presse à vis, par Gutenberg vers 1450.

La première édition imprimée de la Bible apparut en 1455. Les premiers textes imprimés concernaient assez souvent la religion et ceci pendant une cinquantaine d'années.

Avant l'invention de ces procédés, l'imprimerie ne permettait pas une productivité beaucoup plus élevée que la copie manuelle, par des clercs, qui étaient les seuls capables de maîtriser les techniques d'écritures : au XIe siècle et XIIe siècle, les manuscrits étaient retranscrits par des moines dans les "scriptoria".



C'était l'une des deux principales tâches des moines à l'époque ; ils les embellissaient par des enluminures. D'autre part, la langue employée dans les manuscrits était souvent le latin (la littérature en roman existait néanmoins et a donné son nom au genre littéraire).

Curieusement, plusieurs éléments qu’on retrouve dans les premiers tarots ne peuvent avoir pour origines que le savoir-faire de ces moines-transcripteurs... Seuls à connaitre les lettres, les chiffres et pouvoir concevoir une "parodie" des connaissances se référant aux religions et à des symboliques ésotériques tout à la fois...

Les universités disposaient d'un quasi-monopole dans l'éducation et la diffusion de l'information. Les puissantes universités de Bologne, de Paris, de Salamanque, d'Oxford et de Cambridge, étaient seules habilitées à diffuser le savoir, selon les méthodes éprouvées de la "scolastique".

Le droit et la théologie étaient les principales disciplines enseignées dans ces universités.

Le savoir était ainsi réservé aux clercs, qui disposaient de l'éducation nécessaire à la compréhension des textes.

L'imprimerie permit brusquement d'ouvrir l'accès à la connaissance à d'autres cercles. Il devint possible, par l'édition de livres à partir du milieu du XVe siècle, de mieux comprendre les faits.

Par exemple, l'"Imago Mundi", de Pierre d'Ailly, qui fut écrit en 1410 et imprimé en 1478. Il fut l'un des fondements de la connaissance géographique utilisée par Christophe Colomb et les navigateurs pendant les grandes découvertes. Les textes imprimés bouleversèrent la hiérarchie des valeurs. À l'université de Paris, par exemple, la faculté des arts devint au XVIe siècle la faculté la plus prestigieuse, devant celle de théologie. Les bibliothèques se développèrent. En France, les rois installèrent des bibliothèques dans leurs résidences.


"Imago Mundi", du Cardinal Pierre d'Ailly

Réforme protestante

Le mouvement de renouveau en Europe s'accompagne d'un enrichissement jugé excessif de l'Église, ce qui provoque l'indignation de certains chrétiens, qui veulent revenir aux sources de la Bible.

D'autre part, à cette époque, certains chefs de l'Église étaient jugés trop proches des autorités politiques.

Au XVe siècle, plusieurs réformateurs dont John Wyclif en Angleterre et Jan Hus en Bohême, tentent de réformer l'Église, mais se heurtent à l'intransigeance des clercs.

Jean Hus est condamné par l'Église, ce qui laissera une blessure durable en Europe centrale.

Le moine dominicain Savonarole défia l'Église à Florence. Il mourut sur le bûcher.

APPARITION DU TAROT...

La rumeur veut que le tarot apparaisse "ex nihilo" du côté de Rome et Florence en Italie du Nord, en 1375, sous le nom de Naïbi. Un document rapporte qu’il est ramené en 1377 dans la ville de Viterbe par un "sarrasin" du nom de Hayl.

Le tarot de Charles VI  (1392)
Le plus ancien tarot du monde...



La plus ancienne trace d'un jeu de tarot date de 1367, année où son usage fut prohibé dans le canton de Berne. Également mentionné à Florence en 1376 puis à Lille en 1382, l'usage du tarot n'était alors autorisé que les jours de fête. À cette époque, les cartes étaient appelées "Naibes " et le jeu "Triomphe".

Le plus ancien jeu à nous être parvenu à ce jour, donc, est celui dit de Charles VI.

Ce tarot princier aurait été commandé à un certain Jacquemin Gringonneur en 1392 pour distraire le roi de France Charles VI.

Provenant vraisemblablement d'Italie du Nord, 18 cartes sont encore conservées à la Bibliothèque Nationale. Elles sont de grande dimension (180 - 185 mm sur 90 - 95 mm). Chaque carte est dessinée à la main et enrichie d'une fine feuille d'or décorée au poinçon avec un motif de sarments fleuris à l'intérieur et un motif en ruban sur le bord.

Seize correspondent à des arcanes majeurs et une seule à un arcane mineur, ce qui prouve que les arcanes mineurs existaient dès l'origine des tarots.

Tarochi Cary-Yale-Visconti  (1441)


Tarot Pierpont-Morgan-Visconti de Milan (vers 1441-1452 ?)

Tarot des Visconti-Sforza  (1450)


Commandés à l'origine en 1450 par Francesco Sforza, Duc de Milan, à Bonifacio Bembo, les Tarots Visconti représentent un formidable exemple de l'art de la Renaissance. Depuis des temps immémoriaux, la signification et l'histoire de ces superbes figures revêtent un caractère mystérieux, incitant des générations de spécialistes à étudier les Tarots et le symbolisme médiéval. Il est pourtant extrêmement rare de voir s'associer les mondes de l'histoire de l'art et de la divination, si différents l'un de l'autre.

Chez l’artiste Albrecht Dürer peintre, graveur et mathématicien allemand, toute la science initiatique des tarots est assimilée et restituée dans son œuvre. On y remarque déjà de fortes correspondances entre les domaines de la mythologie, de la théosophie, et de l’alchimie mystique. Or, il semble que ce soit là des enseignements qui circulaient déjà chez les initiés. Une rumeur veut que de son temps, Dürer aurait dessiné un tarot (perdu – mais j’insiste, ce n’est là qu’une rumeur).

Il est erroné aussi de croire que les tarots ont à voir avec les ouvrages ésotériques d’Érasme (1466-1536), de Cornelius Agrippa (1486-1535) ou de Paracelse (1493-1541). L’iconographie des tarots, on le voit ici, existait avant que ne soit produits leurs ouvrages...

Par contre, il apparaît qu’à l’heure où les premiers tarots ont circulé, les idées nouvelles qui circulaient excitaient et incitaient les penseurs à revoir les préceptes et pouvoirs de l’église et de l’état...

Au XVIe siècle, de nouveaux réformateurs apparurent :

Luther, théologien et réformateur allemand, s'indigne des indulgences accordées par Rome et publie ses "95 thèses" (1517),

Calvin, réformateur français, installé à Genève, en Suisse

Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus,

Thomas More, qui ne peut éviter la séparation de l'église anglicane.

L'église catholique tient plusieurs conciles dont le concile de Bâle, le concile de Constance et le concile de Trente.

Il est évident que les nouveaux tarots dit "de Marseille" font leur apparition au milieu de cette effervescence d’idées, cette multiplication de débats, de réformes et de "renouveau".

Dès lors des personnalités remarquables marquent les pensées de leurs sceaux... Ont pense ici aux derniers théoriciens de la fin de la Renaissance, entre autre :

- Michel de Nostradamus (1503-1566)
- John Dee (1527-1608)
- Michael Maier (1569-1622)
- Jacob Böhme (1575)
- Robert Fludd (1574-1637)

On constate qu’ils s’attardent tout à coup surtout sur des questions concernant la "théurgie", et la "thaumaturgie". Nostradamus s’intéresse à la divination, à la numérologie, à l’astrologie, etc... Ensuite, John Dee est encore plus décidément versé dans la théurgie et l’occultisme d’inspiration kabbalistique... Suivront, plusieurs érudits en la matière, mais surtout, ils s’intéresseront plus particulièrement aux domaines "alchimiques" de ces "hautes-sciences".

Le processus d’une véritable "alchimie mystique" se dessine avec les ouvrages de Michael Maier qui renferment une infinité de "clés" ésotériques. À partir des ouvrages de Maier, on reconnait tout de suite une structure alchimique, un système à degrés, qui s’apparente aux enseignements hermétiques des tarots.

LE TAROT DE GEOFFROY CATELIN (Lyon 1557)
(article révélateur à venir... très prochainement...)



Tarot de Geoffroy Catelin (Lyon 1557)

ORIGINES ÉNIGMATIQUES DES TAROTS

Sans nul doute, le Tarot a été élaboré durant la renaissance, et fut aussitôt un instrument de propagande pour les artisans-confrères, desquels faisaient partie les imprimeurs-cartiers. À leur manière, ils proposèrent au gens de méditer sur les propositions de l’Église, comme sur les nouvelles idées des intellectuels de la Renaissance. Mais avant tous les tarots une agréable "réminiscence" des idées de l’antiquité mis en défaut par un satyre allégoriquement "chrétienne". Le tarot est indéniablement une invention "artisanale", dont l’enseignement initiatique provient d’écoles d’initiés, perpétuant une idéologie proche de celle des chevaliers des Croisades.

Le Tarot doit être considéré pour être le "guide des chevaliers et des pèlerins".

Le mystère des tarots est ici...

Allusions templières : "Croix de Malte" (endos des lames chez Viéville et Noblet), personnage comme les pages, chevaliers (cavaliers), items comme deniers, coupes, épées, etc...

Allusions aux Cathares : Papesse, tour hermétique

Allusions Mythologiques-Théosophiques : les "4 vertus cardinales" ("Justice", "Force", "Prudence", "Tempérance"), iconographie gréco-romaine, astrologie versus mythologie ("Étoile", "Lune", "Soleil"), etc...

Allusions Kabbalistiques : On remarque plus ou moins des correspondances avec les systèmes des kabbalistes, mais cette apparentée est sans doute due aux enseignements pythagoriciens (et hermétique), sur lequel le tarot a trouvé sa structure "initiatique", basée sur la numérologie.

Allusions à L'Égypte Ancienne : Aucune, sinon la lointaine origine des "divinités" gréco-romaines. Mais il n’y a pas de divinités représentées sur les véritables tarots. Seulement sur des tarots modernes absolument trompeurs. Anges, et sphinx de l’iconographie des tarots sont d’origines sumériennes (Chaldéennes), non pas égyptiennes!

Allusion Numérologique : Plus encore qu’une simple roue munie de lames chiffrées, le tarot illustre le chiffre parfait (le "3") composé des deux premiers chiffres, le "1" et le "2" né de la multiplication du "1". Le nombre "21", donc est encore une fois l’illustration du nombre parfait, se décomposant en 3 septénaires. Numérologiquement parlant, 21 = 2 + 1 = 3. Ce n’est pas par hasard si les chiffres romains figurent sur les tarots. Ils permettent une lecture "divinatoire" des lames, indépendamment des illustrations qui y sont associé. On pourrait se contenter seulement de chiffres romains sur des lames sans aucune illustration, si ce n’était de faire apparaitre une logique imparable absolument initiatique qui semble, cette fois, devenir "opératoire" aussitôt que l’on va dans le sens d’une "opération alchimique".

Allusions Alchimiques : correspondance des lames avec la symbolique "traditionnelles" des alchimistes, mercure, souffre, fer, argent, or, etc... Alchimie mystique, noces alchimiques de la Lune et du Soleil, etc...

mardi 18 juin 2013

LES DIMENSIONS "ALCHIMIQUE" ET "NUMÉROLOGIQUE" DU TAROT

(Avertissement : Cet article risque de vous surprendre outre-mesure. Et surtout, il renferme des passages "initiatiques", aux enseignements "hermétiques" d'une ampleur considérable. Faites preuve de "discernement", sinon laissez-vous seulement  tout naturellement "inspirer". Considérez le privilège qui vous est fait ici d'avoir accès à une part des enseignements se rapportant aux Hautes-Sciences théurgiques et alchimiques de la Renaissance).


LES DIMENSIONS "ALCHIMIQUE" ET "NUMÉROLOGIQUE" DU TAROT 

Nous arrivons à trouver assez facilement quelques développements alchimiques sur les 22 Arcanes Majeurs du Tarot. Rares toutefois sont les ouvrages qui s'attaquent à l'ensemble du jeu de tarot et ses 78 cartes. 

Il faut bien convenir qu'une telle approche nécessite une maîtrise parfaite de l'Art de la Tarologie ainsi qu'une connaissance absolue de l'ensemble du jeu. On peut cependant, sur la base de la connaissance des éléments et de la valeur des nombres, raisonner par analogie.

Au cours d'articles à venir nous explorerons l'univers particulier des arcanes mineurs, mais pour l'instant, penchons nous sur les 22 arcanes majeurs, et leur singulière apparentée avec le "processus alchimique" qui permet d'obtenir l'"or philosophal".

Les consignes récapitulatives du "Grand-Œuvre" sont présentées en 7 points...

La création s’est faite en 6 jours, le 7ème marquait le repos mérité suite à la réalisation de notre monde. Quoi qu’il en soit, le nombre 7 est bien celui qui marque la limite dans le monde de la réalisation matérielle, pour mémoire je vous rappelle que le nombre maximal de couches d’électrons autour d’un noyau est lui aussi de 7.

L’expression "alchimia" dérive de l’arabe "al-kimiya" dont on pense que l’origine provient de l’égyptien ancien "Kême", référence à la terre noire de la région qui y correspond.

L’alchimie nous parle de "7 phases" et de "21 opérations" nécessaires à l’élaboration et réalisation du "Grand Œuvre". Ce qui n’est pas surprenant, puisqu’elle s’inspire profondément des mécanismes du vivant et cherche à percer, comprendre, et reproduire l’œuvre du Créateur, mais encore cette science s’inspire-t-elle du savoir hermétique des initiés.

Ces étapes alchimiques sont les suivantes : D’après un livret de 7 feuillets intitulés "La voie resplendissante du soleil Hermétique ouverte par six arcanes" et dont l’auteur resté anonyme, semblait avoir la caution de la « Fraternité d’Héliopolis » dont Eugène Canceliet, entre autres, fit partie.

Au cours de cette étude, nous serons donc en permanence confrontés aux nombres 6 et 7. Les 6 étapes ouvrent, la 7ème conclut.

Les consignes récapitulatives d l’œuvre sont présentées en 7 points (fois 3) :

1. Prenez 3 fois la terre minérale. (minerai de fer et d’antimoine) 2. Faites 3 fois le feu secret. (ce n’est pas un feu matériel) 3. Séparez 3 fois l’esprit du corps.(le subtile de l’épais) 4. Conjoignez-les 3 fois. (les noces alchimiques) 5. Cuisez 3 fois. 6. Imbibez 3 fois. 7. Multipliez 3 fois.

Le vocabulaire alchimique est particulier, on y parle de dissolution, calcination, putréfaction, coagulation, sublimation, pulvérisation…et bien d’autres termes encore.

La pratique de l’Art spagyrique, (la réalisation du Magistère) s’est étendue sur plusieurs dizaines de siècles, ce qui inévitablement a permis à chacun de développer ses propres termes et allégories, le sang du lion vert, le corbeau, l’aigle, le phénix, le cygne, le dragon, le serpent, le couple royal...

La tradition la fait remonter à la plus haute antiquité puisque le dieu THOT en serait le père. (Thot et Hermès Trismégiste semblant être, d’ailleurs, une même et identique entité).

Pour avoir maintes fois utilisé les arcanes majeurs du Tarots, et au fil de mon propre cheminement, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il y avait là, dans ces représentations symboliques, quelque chose d’étrange, qui nous y ramenait trop souvent  à l’Alchimie, pour que ce ne soit qu’une pure et simple coïncidence...


Il faut savoir que le langage alchimique est souvent imagé, que derrière ces images se cachent des vérités codées en cascade par une symbolique de représentations graphiques, de caractère, le plus souvent, naïf, cependant, ce n’est pas une simple recette de cuisine où il suffirait de suivre pas à pas les explications pour aboutir à un résultat satisfaisant.

Alors, quoi de plus simplement génial, que de laisser un savoir, certes voilé, sur un jeu de cartes, au vu et au su de tout un chacun. Et qui de surcroît, s'avère être une piste pour celui qui cherche à comprendre... Condition sine qua non, il faut savoir regarder les lames dans tous leurs détails, les décortiquer, car il s’y cache plusieurs niveaux de lecture.

Chaque élément, chaque "symbolique" a une importance, rien n’a été représenté au hasard, d’autant que certaines anomalies sont évidentes, mais, précisément, vous interpellent afin de vous faire poser la bonne question… qui n’est en fait, qu’une indication supplémentaire, nous invitant à suivre une piste.

Je parle ici évidemment de « tarots » conformes à la tradition des tarots dits "de Marseille".

Pour ce qui est de l’aspect initiatique et alchimique des tarots, il est prescrit d’utiliser un tarot d’"initié". Les tarots qui contiennent le plus d’éléments initiatiques sont ceux qui ont été diffusés entre 1650 et 1760. Étant donné la faible disponibilité des tarots datant de cette époque, il est indiqué de choisir un Noblet (1650), un Dodal (1701), ou un Conver (1760), sinon un tarot rénové ou redessiné qui respecte la conformité des tarots de Marseille traditionnels. (La majorité des tarots qui respectent la conformité du Tarot de Marseille font l’affaire...).

Nota Bene : Il y a des tarots modernes qui se prétendent « alchimiques ». La plupart du temps les illustrations des lames sont complètement redessinés, l'iconographie travestie, leur langage symbolique modifié, à la recherche d'effets sensationnalistes,  le sens trafiqué des arcanes, de fait, fausse le vrai enseignement hermétique des tarots, (qui soit dit en passant n’ont pas besoin d’être modernisés). La majorité de ces jeux modernes sont à proscrire ici.

Je vous disais donc : 7 jours, 7 phases, 7 étapes, 7 planètes (connues à l’époque), 7 chakras...

Les Arcanes Majeurs du Tarot sont au nombre de 21 ("Le Fou" n’est pas numéroté)

Il y a : 3 fois 7 degrés 
Et il y a aussi : 7 fois 3 degrés

Alors nous pouvons comprendre ici que les chiffres 3 et 7 représentent l’ordre métaphysique, l’échelle mystique représentant les étapes de l’accomplissement du Grand Œuvre, se décomposent en 3 "septénaires" dans les Tarots.

Encore que le "7 fois 3" ne soit pas inintéressant non plus... Mais nous y reviendrons plus tard... Ici, il s’agit surtout de bien assimiler l’idée que le Tarot procède des chiffres 7 et donc 3 (ou vice et versa).

En attendant, si nous appliquons ce concept, nous nous rendons compte d’une chose fort curieuse, la réduction numérique est de 6, aussi bien verticalement, qu’horizontalement.


D’où l’exceptionnelle importance symbolique que l’on doit accorder au sceau de SALOMON, symbole de l’unité entre le microcosme et le macrocosme.

1 - 01 + 02 + 03 = 06 ► 6  
2 - 04 + 05 + 06 = 15 ► 6
3 - 07 + 08 + 09 = 24 ► 6
4 - 10 + 11 + 12 = 33 ► 6
5 - 13 + 14 + 15 = 42 ► 6
6 - 16 + 17 + 18 = 51 ► 6
7 - 19 + 20 + 21 = 60 ► 6

 (6 x 7 = 42 soit 6)

Indéniablement le Tarot est intimement lié à la science de la numérologie, à la science de l’alchimie mystique... Une fois combinés ensemble, il se dessine des oracles. Et on voit le tarot devenir aussitôt un outil de divination mais aussi et surtout un outil "initiatique", un guide pour le pèlerin sur la voie de son accomplissement personnel. Voilà en quoi consiste "l’alchimie mystique", c’est une autre manière de dire "La Voie des Initiés".

Quand on regarde les tarots, on remarque que la stricte chronologie de la réalisation du "Grand-Art" n’est pas tout-à fait respectée. (Le processus alchimique s’y trouve, mais pour un alchimiste de la renaissance, l’ordre des lames serait considérée comme erronée, ou comme étant une impasse créé délibérément afin de protéger les secrets. Surtout lorsque l’on connaît, le malin plaisir que prenaient les initiés à faire passer leurs messages en forme de "puzzle". Jamais les enseignements des initiés n’étaient délivrés totalement en clair. Ces impasses ne cherchent pas à tromper. Elles sont la signature des enseignements hermétiques.

C’est pourquoi les lames du tarot ne sont pas "fixes". À prime abord, les arcanes se montrent comme des guides supervisant des opérations alchimiques, rien de plus. La méthode est éducative, intentionnellement ludique et invite son utilisateur à s’initié aux "mystères"...

Remarquez ce FOU, mis à part, marginalisé, sur sa lame sans chiffre...
Il représente l’ignorant

Plus précisément, il nous représente tous, dans notre naïveté, notre crédulité
Il représente notre ignorance et notre insouciance...

LE FOU peut aisément représenter l’humanité entière !
L’arcane LE MONDE, quant à lui représente, "La Création"
Le premier pas de l’aspirant initié est de reconnaître son ignorance...

La première sagesse est de pouvoir reconnaître qu’on ne sait pratiquement rien et que tout est encore à découvrir.

LE FOU est un pèlerin qui marche au hasard, à la rencontre d’une destinée imprécise, il ne se souci pas des lendemains, il n’a pas d’attaches... Il se considère "un homme libre".

LE FOU symbolise "l’homme sauvage", l’homme à l’état naturel... Il a la tête dans les nuages, car il est rêveur, mais son élément est "la terre". Il est assurément "terrestre"

Si on songe au processus alchimique ; la première phase de l’œuvre, répond à l’injonction suivante : "PRENEZ LA TERRE MINERALE". Son nom est "VITRIOLUM", lequel doit se décomposer en VITRI-OLEUM, qui est à dissocier de ses deux constituantes, en :

1) Humide radical, le mercure : la femelle minérale.
2) Le chaud igné, le soufre : le mâle minéral.

La structure alchimique est évidente, elle est basée sur des lois d’harmonie, il suffit d’en percevoir la trame.

La première phase de l’"Oeuvre" correspond donc à "LA PAPESSE", symbole de la complémentarité des contraires, symbolisé chez les orientaux par le symbole du "Yin" et du "Yang".

Les étapes du "processus alchimique" sont les suivantes :

Les 21 arcanes majeurs du tarot s’accordent symboliquement aux 21 phases du Grand Œuvre alchimique.

I - Le Bateleur - l’extraction 
II - La Papesse - l’attraction 
III - L’Impératrice - La calcination 
IV - L’Empereur - la purification
V - Le Pape - la liquéfaction – la dissolution
VI - L’Amoureux - l’animation
VII - Le Chariot - la sublimation
VIII - La Justice - la décomposition
IX - L’Ermite - la putréfaction
X - La Roue de la Fortune - la régénération
XI - La Force - l’ablution
XII - Le Pendu - la végétation
XIII - La Mort - la floraison
XIV - La Tempérance - la fructification
XV - Le Diable - la préparation du ferment
XVI - La Maison Dieu - la fermentation
XVII - L’Étoile- la Libation (nourriture)
XVIII - La Lune - l’Exaltation 
XIX - Le Soleil - l’Imbibition 
XX - Le Jugement - la plus que perfection
XXI - Le Monde - la multiplication
Le Mat (ou le Fou) qui ne porte aucun numéro - La projection

On trouve les corrélations suivantes dans les ouvrages "Anthologie des Nombres Occultes" par Christiama Nimosus (aux Éditions Guy Trédaniel), et avec encore plus d’exactitude dans "Tarot et Alchimie Mystique", de Victor Marius (aux Éditions des Pèlerins) :

LE MAT EN TANT QUE « "MAT"IÈRE PREMIÈRE » :


À l’étonnement de plusieurs, je place toujours le MAT au début et à la fin de mes opérations. Je ne considère pas le MAT comme étant un arcane numéroté... Il se place donc au début et à la fin de la Roue du Tarot. 

Si pour certain l’Arcane du MAT signifie un personnage aux belles qualités, selon moi le MAT représente plutôt l’ignorance et l’insouciance... Il est l’individu désintéressé, désinvolte qui s’apprête à être appeler à l’initiation.

Le MAT peut donc être considéré comme la matière première, la matière à l’état brut, qui aux cours des étapes du processus alchimique, sera amenée à être complètement transformé, jusqu’à accomplir le dit "Grand Œuvre" ; apothéose de l’Art Alchimique.

Je place aussi le MAT à la fin du processus, mais non pas pour signifier qu’il est une dernière étape à adjoindre à l’ultime accomplissement... Je le place à la fine de la Roue, car après l’achèvement, le MAT représente la nouvelle liberté acquise...

LE MAT, pour l’Alchimiste est "le pèlerin égaré" qui chemine en observant le processus de la réalisation du Grand Œuvre en 21 opérations symbolisées par les 21 autres cartes du tarot.

Homme libre, ignorant, une fois transformé et accomplit, il repart, homme libre mais dorénavant en connaissance de cause...

Fulcanelli parle du MAT (Le Fou) dans son ouvrage : « Les Demeures Philosophales » dans la partie intitulée "L’Homme des Bois héraut mystique de Thiers", et je vous invite à découvrir son point de vue :

« ...Mercure apparaît sous l’aspect d’un fou de cour... il suffit de se rappeler que le mot français "Fou" (on disait jadis fol) vient du latin follis, soufflet à l’usage du feu, pour éveiller l’idée du souffleur, épithète méprisante donnée aux spagyristes médiévaux. » Le Fou met le Feu! Il peut être un de ces dangereux pyromanes!

Plus tard même, au XVIIe siècle, il n’est pas rare de rencontrer, dans les caricatures des émules de Jacques Callot, quelques grotesques exécutés avec l’esprit symbolique dont nous étudions les manifestations philosophales.

Nous conservons le souvenir de certains dessins représentant un bouffon assis, les jambes croisées en X, et dissimulant derrière son dos un volumineux soufflet.

On ne saurait donc se montrer surpris que les fous de cour, dont plusieurs sont restés célèbres, eussent une origine hermétique.

Leur costume bigarré, leur étrange accoutrement, ils portaient à la ceinture une vessie qu’ils qualifiaient de lanterne, une ceinture et un chapeau munis de grelots (afin de les entendre venir de loin), ridicules, ils inspiraient tout de même toutes sortes de crainte, à cause de leurs excentricités, de leur idées non-conformes... 

Si un Fou peut parfois dire des choses qui se rapprochent d’une certaine "vérité", c’est qu’il parle avec la raison des enfants, sinon c’est qu’il use de la bouffonnerie... 

Certains ésotéristes modernes le rattache, à tord, aux philosophes, aux initiés, car ils assurent qu’il sait dire impunément de hardies vérités. Mais cela ne fait pas de lui un "sage".

LE FOU n’est pas un initié, ni un sage, comme LE BATELEUR n’est certainement pas un Magicien!
LE FOU est un ignorant sans malice
LE BATELEUR est un fin-finaud capable de malice...

L’un et l’autre sont appeler à recevoir les enseignements des arcanes du tarot... Mais LE BATELEUR fait partie de la "grande famille", tandis que le Fou est un "étranger".

Certains tarologues modernes improvisés font une correspondance entre "Le Bateleur" et "Hermès", et donc "Mercure"... ce qui est le comble de la confusion!


Ici, mythologie, astrologie, symbolisme, numérologie, etc, se combinent en une seule entité...

Pour le véritable initié et l’alchimiste, le "mercure" est représenté par l’arcane LE MAT ; c’est : "la MATière première".

Comme le précise Fulcanelli, le mercure, est appelé "Le Fou du Grand Œuvre", à cause de son inconstance. Pour le théurge initié Victor Marius, l’arcane LE FOU du tarot symbolise effectivement "La matière première" (intitulée d’ailleurs "LE MAT"). Il explique que l’arcane est directement lié à celle de l’Ermite (9) et surtout à l’Arcane sans Nom (13)... Ici, l’initié, comprendra la prodigieuse cohérence de ces liens secrets...

Quelques occultistes placent LE FOU à la fin des 21 cartes du jeu, c’est-à-dire après LE MONDE, et à laquelle on attribue la plus haute valeur d’autres, la placent au début. Les adeptes de la kabbale placent LE FOU au 21ème rang et relègue LE MONDE au 22ème!

D’un point de vu "tarologique", tel ou tel ordre est sans conséquence puisque LE FOU est dépourvu de numéro, étant hors série.

Si LE FOU est placé n'importe où au sein de la Roue, le Tarot procure des enseignements "divinatoires",  et/ou "théurgiques"

Si LE FOU est placé au début de la Roue, le Tarot procure des enseignements essentiellement alchimiques, en rapport avec le processus alchimique de la sublimation de la matière impure en une matière noble.

Si LE FOU est placé à la fin de la Roue, disons que c'est un peu comme "jouer au fou" ! Parce que mettre LE FOU à la fin de la Rota c'est du même coup mettre LE FOU au début de la Roue ! C'est du pareil au même! LE FOU est la lame qui rattache les arcanes 1 et 21... LE FOU est le point de raccord entre le début et la fin de la Roue.

Quand on dispose notre tarot en rangées, par exemple en "vis-à-vis", il est indiqué de placer LE FOU à la fin de l'ordre des arcanes... Ainsi, LE FOU se doit de faire face au BATELEUR. Cela est indiqué pour l’apprentissage et l'étude des arcanes.

Il est vrai que le tarot est une représentation complète du processus alchimique du Grand Œuvre, contenant les 21 opérations ou phases par lesquelles passe le mercure philosophique avant d’atteindre la perfection finale de l’Élixir.

Mais en ce cas, c’est l’arcane 21 LE MONDE qui représente la "matière noble" et l’accomplissement du Grand-Œuvre, non pas le FOU! Si le Fou est présent à la fin du processus, c’est que le cycle est fini, l’or philosophale a été obtenu. LE FOU représente alors le retour à l’état naturel. Le point "0". Encore une fois,  au sens figuré, LE FOU représente : la nature "sauvage", "terrienne", "héréditaire" des humains...


C’est une grande erreur de la part des tarologues et ésotéristes modernes d’associer LE FOU à un sage, ou à un Alchimiste accompli! (Mais les occultistes, théosophistes modernes, et satanistes initiés aiment bien vous faire admettre des idées fausses, et vous induire en erreur ; leur but est justement de vous faire dire que LE FOU est un sage, que le BATELEUR est un magicien et que LE DIABLE est un maître ! - ils ont sans cesse chercher à travestir les enseignements du Tarot pour en faire leur instrument de propagande malsaine).


Il serait plus juste de dire que LE FOU est un "Pèlerin"... En ce sens on le placera au début de l’histoire... Mais le voilà tout à coup, par hasard, à la porte du Temple, derrière les deux colonnes qui soutiennent l'"empire" et qui invite à venir à la rencontre du monde, à la rencontre de la Création! 


Le Tarot est alors une invitation à pénétrer dans un nouveau monde, de se voir mis à l'épreuve, de se voir tout à coup déconcerté, mais toujours amener à cheminer dans le sens de notre épanouissement et de notre accomplissement.... Là est le secret du "processus alchimique mystique". Il s'agit d'épurer, nettoyer, sublimer et transformer la matière brute pour en faire un gemme resplendissant!

LA CURIEUSE RENCONTRE ENTRE LE FOU ET BATELEUR


LE FOU se présente devant le Temple du Tarot et rencontre en premier le Bateleur qui lui dit : « Comme toi jadis je voyageais, on m’appelait "LE BALADIN", ou "PAGAD", et un jour j’ai compris qu’il n’y a rien de pire au monde que de errer au hasard, ou sombrer dans la folie... rien de pire que d’être ignorant, que d’être sans "Savoirs"... et alors je suis devenu BATELEUR.  Au service des plus humbles comme des plus nobles personnages... Que puis-je faire pour vous, cher ami? »

LE BATELEUR est "l’incitateur". Il invite au "jeu". Il invite à une ouverture d’esprit, à une prise de conscience de nouvelles dimensions de l’existence...

LE BATELEUR  précise : « Je ne suis pas magicien, ni alchimiste... Je suis Bateleur, et bon joueur... Je suis celui qui brasse les dés et les cartes. Un amuseur, un comédien qui invite les gens à se distraire... »

« Moi, je cherche le secret de la Vie, et de l’univers », rétorque LE FOU, « je ne vois pas comment tu pourrais m’aider... »

« Vas voir plutôt la Papesse », lui répond aussitôt LE BATELEUR. « Elle invite les gens à entreprendre une transformation d’eux même, sans l’aide de personne d’autre qu’eux-mêmes, avec pour seul guide : le Tarot. »

« Qu’est que le Tarot », demande alors le FOU

« C’est la Voie des Pèlerins », répond LE BATELEUR

« Et où cela mène-t-il », se demande LE FOU

« Je n’en ai pas la moindre idée », répond LE BATELEUR, « mais, on rapporte que c’est "au bout du Monde"! »

« J’ai tout mon temps et j’aime marcher... C’est là que j’irai... », fit LE FOU

« Il faut d’abord l’accord de la Papesse », explique LE BATELEUR, « n’entre pas qui veut dans le Temple des Arcanes! Et il faut connaître "le mot de passe" ».

« Le mot de passe? », s’interroge aussitôt LE FOU

« Oui », fit LE BATELEUR, « c’est un mot qu’il faut connaitre si l’on veut entrer dans le Temple des Arcanes et avoir l’honneur de rencontrer LA PAPESSE... »

« Mais alors, dis le moi, je suis bien décider à cheminer jusqu’au bout du monde, puisqu’il le faut! », s'exclame  LE FOU

« Je suis ici, à la porte d’entrée du Temple des Arcanes, je te propose de te divertir un peu, et toi aussitôt tu me demandes mon secret et veux t’empresser de partir... Voudrais-tu par hasard me fausser compagnie? », s'indigne LE BATELEUR

« Non, mais c’est que je m’impatiente déjà de connaître les secret de ce Temple et de ses arcanes... », dit LE FOU pour justifier son empressement

« Ne t’emballe pas... Il y a en qui passe toute leur vie, seulement à chercher un moyen de connaître enfin ce fameux « mot de passe »... explique LE BATELEUR

« Et toi tu le connais, pourquoi ne pas leur dire? », lance LE FOU

« N’entre pas qui veut dans le jardin des roses... », explique LE BATELEUR

« Je ne comprend pas », s'interroge LE FOU

« Voilà... c’est ça le problème.... Les gens ne comprennent pas... », rétorque LE BATELEUR. « Regarde, c’est simple, c’est toujours la même histoire... Ici j’ai trois gobelets... Ici, j’ai un petit denier, c’est la pièce d’un « jeu de dame ». Sur une des faces de ce denier j’ai gravé le mot de passe... Je place le denier sous un des gobelets... Ensuite, je dis à mon hôte de rester bien attentif et de ne pas perdre de vue ce gobelet sous lequel se trouve le mot de passe... 

Je dispose les gobelets en ligne devant l’ami, et je les déplace, une fois, deux fois, trois fois ! Et je les re-dispose en ligne devant l’ami. Je m’assure qu’il n’a pas perdu le gobelet de vu... Ensuite, je lui propose de me dire sous lequel des gobelets se trouvent le mot de passe tant convoité... Et presque chaque fois c’est la même chose... Le denier n’est pas là. Le quidam a eu un moment d’inattention. Il est confus, déconcerté. Une fois de plus, il repart déçu... », explique LE BATELEUR au FOU déconcerté...

"Mais je vais te dire un secret... Un secret juste pour toi », poursuit de dire LE BATELEUR, « seuls les FOUS et les BATELEURS ont une chance de pouvoir un jour connaitre ce fameux mot de passe. Parce que seul les FOUS et les BATELEURS sont capables de dire le contraire de ce que tous les autres disent. 

Le FOU compte sur le hasard et l'imprévisibilité. LE BATELEUR compte sur l’habilité et le savoir-faire... »

LE FOU EST LA MATIÈRE PREMIÈRE
LE BATELEUR EST L'INCITATEUR
LE TEMPLE DU TAROT EST L'ATHANOR

L‘athanor également nommé "fourneau cosmique" désigne en alchimie le four utilisé pour procéder à la "digestion alchimique" jusqu'à l'élaboration du Grand-Oeuvre...

Fichier: Laboratoire alchimique - Project Gutenberg eBook # 14218.jpg

Or, puisque l’ouvrage s’exécute précisément par LE FOU (ou mercure) préparé, soumis à la volonté de l’opérateur (LE BATELEUR), il nous semble logique de nommer les artisans avant les phénomènes qui doivent naître de leur collaboration.»

1- Extraction = Énergies (Détermination)
2- Attraction = Influence (Osmose)
3- Calcination = Mouvement (Impulsion)
4- Purification = Stérilisation (Cristallisation)
5- Liquéfaction = Assimilation (Fusion et Amalgame)
6- Animation = Impulsion (Ardeur)
7- Distillation = Sublimation (Exaltation)
8- Décomposition = Exhalaison *
9- Putréfaction = Déchéance *
10- Régénération = Palingénésie *
11- Décantation = Ablution *
12- Végétation = Naturalisme *
13- Floraison = Éclosion *
14- Fructification = Épanouissement *
15- Préparation du ferment = Fixation (Fiançailles)
16- Fermentation = Effervescence (Élévation de l’Esprit)
17- Libation = Conjonction (Accouplement)
18- Exaltation = Enivrement (Clairvoyance)
19- Imbibition = Imprégnation (Illumination – Noces Alchimiques)
20- Plus que Perfection = (Transmutation)
21- Multiplication = Grand Œuvre (Couronnement)
22- Projection = Reconnaissance (Liberté)

(*) = le septénaire se rapportant aux 7 phases du processus alchimique mystique est d'ordre "hermétique". C'est pourquoi l'on doit s'assurer que certains détails ne soient pas révéler aux non-initiés. Certains éléments doivent être gardés secrets, jusqu'au moment où le processus est mis en oeuvre...

LE FOU est la MATière première, LE BATELEUR est l’artisan qui engage le processus. De ce fait, il est donc plus juste de penser que le Bateleur est un "apprentis alchimiste".

Maintenant, je vous invite à étudier de plus près les "2 Arcanes des Alchimistes" qui sont aussi associées directement à 2 des 4 Vertus Cardinales, mais cette fois interprétée du point de vue de l’"alchimie mystique des pèlerins", ce processus initiatique qui propose de voir le Tarot comme une Voie Initiatique, plutôt qu’un outil de divination...


Si LE BATELEUR représente bien l’apprenti alchimiste, l’aspirant initié, alors, les "2 Arcanes Clés des Alchimistes" sont :

LA JUSTICE : Peser, soupeser, sélectionner, séparer, raffiner et trancher !
et
LA TEMPÉRANCE : Incorporer, combiner, amalgamer, sustenter, alimenter, fructifier !

Ce n’est pas par hasard si ces deux personnages sont symbolisés avec des ailes d’anges...Les Arcanes de LA JUSTICE et de LA TEMPÉRANCE sont deux pierres d’angles de la structure du Tarot. Se sont les arcanes qui soutiennent le Temple!


LA JUSTICE dit : « On récolte toujours ce que l’on sème »
LA TEMPÉRANCE dit : « Toute réussite est question de dosage »

LA JUSTICE représente les lois immuables qui régissent l’univers

LA TEMPÉRANCE représente : la combinaison judicieuse des éléments qui compose le "Grand Œuvre". LA TEMPÉRANCE représente l’Alchimie en soi.

Arcane 8, LA JUSTICE ... début du 2ème septénaire... porte d’entrée dans le temple initiatique des "Alchimistes" où se succèdent les arcanes 8-9-10-11-12-13-14.

Arcane 14 LA TEMPÉRANCE, à la sortie du Temple des Alchimistes, cet arcane représente la "maîtrise des savoir-faire".


Ce septénaire débute avec l’arcane 8 et se termine par l’Arcane 14

Ce n’est pas par hasard non plus si je vous invite à méditer sur ces deux arcanes, alors que je suis en train de parler des origines des tarots. C’est en approfondissant la connaissance de la symbolique de ces deux lames (8 et 14) qu’on parvient enfin à comprendre les vraies origines des tarots et leurs liens avec des enseignements antiques, transposés dans un langage codé dit "alchimique".


Vous y êtes presque !

Et le FOU, qui au cours de ses périples a fait plusieurs fois le tour de la roue, vous le confirmera : les Secrets du Tarot sont intimement liés aux secrets des alchimistes et des initiés de la Renaissance... C'est aussi une aventure qui se déroule au plan "métaphysique".



Cet article, est dédié à la Prêtresse Majalis ; grande inspiratrice de ce blog

dimanche 6 janvier 2013

TAROT, ALCHIMIE ET TRANSFORMATION INTÉRIEURE


TAROT, ALCHIMIE ET TRANSFORMATION INTÉRIEURE
(selon Carl Jung) 

La découverte la plus originale de l'œuvre de Jung est sans doute l'existence dans l'inconscient humain d'un dynamisme de transformation.

Cette découverte, Jung en a d'abord fait l'expérience pour lui-même. Suite à la rupture de son amitié avec Freud, il se retrouva très isolé, et confronté à une grande solitude intérieure. Il traversa une crise importante, en proie à un grand flot d'images intérieures. Il vécut là une véritable confrontation avec l'inconscient, se retrouvant parfois aux limites de la santé mentale.

Il fit ainsi le constat que la souffrance (une dépression par exemple) ne revêt pas seulement des aspects négatifs, mais constitue souvent, à y regarder de plus près, une invitation au changement, à l'élargissement de nos horizons, une sorte de passage obligé à une métamorphose de la personnalité (un peu comme la chenille passe par la chrysalide avant de devenir papillon). L'inconscient se fait le maître d'œuvre d'un processus de transformation capable de briser le cercle infernal de la répétition. 

Il existe donc au sein de l'inconscient humain des forces d'auto-guérison et de transformation. Jung a nommé ces forces «organisateurs inconscients" ou "archétypes". Pour bien marquer que ces structures sont une caractéristique de l'humain, il parle d'"inconscient collectif". 

A titre d'exemple, l'archétype pourrait se comparer à la structure de base d'un cristal, qui est la même pour tout cristal (système axial particulier), alors que chaque cristal est différent, tant par sa couleur que par sa forme. Tous les cristaux de neige sont différents, alors qu'ils présentent tous la même structure.

Les archétypes ou dynamismes inconscients peuvent constituer un recours, quand les structures personnelles font défaut (quand il y a eu très tôt dans la vie des carences importantes sur le plan affectif). Ils sont alors capables de réparer et de relancer. D'où leur intérêt clinique, auquel Jung s'intéressa beaucoup, ayant été amené, au cours de sa carrière de psychiatre, à soigner de nombreux cas difficiles. 

Jung découvre donc qu'en se confrontant avec l'inconscient, le Moi se transforme. Il se produit une modification de la personnalité que Jung nomme "fonction transcendante", en prenant ainsi l'image d'une fonction mathématique. Cette fonction transcendante, nous la retrouvons à l'oeuvre en particulier dans les rêves, qui très souvent nous invitent au changement. 

A la même époque, Jung se plonge dans d'anciens manuscrits alchimiques. Il est très vite frappé par l'analogie entre leur quête de transformation de la matière et cette notion de transformation qu'il constate à l'œuvre dans l'inconscient.

"Cette curieuse faculté de métamorphose dont fait preuve l'âme humaine, et qui s'exprime précisément dans la fonction transcendante, est l'objet essentiel de la philosophie alchimique de la fin du Moyen-âge", écrit-il. "Elle exprime son thème principal de la métamorphose grâce à la symbolique alchimique. Il nous apparaît aujourd'hui avec évidence que ce serait une impardonnable erreur de ne voir dans le courant de pensée alchimique que des opérations de cornues et de fourneaux. Certes, l'alchimie a aussi ce côté, et c'est dans cet aspect qu'elle constitua les débuts tâtonnants de la chimie exacte. Mais l'alchimie a aussi un côté vie de l'esprit qu'il faut se garder de sous-estimer, un côté psychologique dont on est loin d'avoir tiré tout ce que l'on peut tirer : il existait une "philosophie alchimique", précurseur titubant de la psychologie la plus moderne. Le secret de cette philosophie alchimique, et sa clé ignorée pendant des siècles, c'est précisément le fait, l'existence de la fonction transcendante, de la métamorphose de la personnalité, grâce au mélange et à la synthèse de ses facteurs nobles et de ses constituants grossiers, de l'alliage des fonctions différenciées et de celles qui ne le sont pas, en bref, des épousailles, dans l'être, de son conscient et de son inconscient."


L'image ci-dessus, issue d'un traité nommé "Aurora Consurgens", donne une illustration alchimique de ce processus. Le cavalier de gauche apparaît comme le soleil, c'est le moi conscient. Le cavalier de droite, la lune, représente l'inconscient. Il y a bien confrontation des deux composantes de la personnalité.

Le résultat de cette confrontation est un nouvel être, que les alchimistes appelaient hermaphrodite. L'aigle qui réunit les deux composants (conscient et inconscient) pourrait constituer une bonne image de ce que Jung appelle la fonction transcendante. Elle aboutit à la création d'un nouveau centre de la personnalité, que Jung nomme le Soi.

Mais ce nouvel être est le résultat de toute une quête, de tout un processus, dont les phases sont décrites en détail par les alchimistes, et qui correspondent assez bien, sur le plan psychologique, au processus d'intégration de l'inconscient et d'élargissement de la personnalité, que Jung a appelé "processus d'individuation", pour souligner qu'il mène à devenir pleinement l'individu que nous sommes.


Ce processus, les alchimistes le projetaient dans la matière extérieure, en termes de transmutation de métaux et de cornues. Mais il s'agit en fait d'un Grand Œuvre intérieur, d'une dialectique (ou confrontation) entre le Moi et l'Inconscient.

Cette œuvre est la tâche de tout homme moderne qui se confronte à la découverte de lui-même et aux forces de l'inconscient.

Il s'agit de retrouver le contact avec ce qui est capable de nous animer de l'intérieur. Les alchimistes parlaient, de façon imagée, de la pierre philosophale, de la fontaine de vie et les orientaux de la Fleur d'Or. C'est en fait de notre coeur vivant qu'il s'agit, comme le montre de façon très belle la gravure qui suit.

Cette quête intérieure revêt donc un aspect religieux, au sens étymologique du terme : re-ligere, être relié à nous-même.

Elle aboutit à une sorte de nouvelle naissance psychologique, mais il faut passer par des caps difficiles, que les alchimistes appelaient mort et putréfaction, ou encore nigredo, "noir plus noir que le noir", pour indiquer que notre ancien moi doit "mourir", que les anciennes structures doivent disparaître pour faire place à un nouvel être en nous.

Il importe que le moi conscient ne se laisse pas emporter par les contenus de l'inconscient (danger de l'inflation) mais reste un partenaire de ce dialogue avec l'inconscient, capable de tenir bon.

Tel est l'enjeu d'une psychanalyse jungienne...

lundi 31 décembre 2012

L'ART ROYAL


L'alchimie

L'alchimie est probablement, avec la magie rituelle, la plus ancienne science de l'humanité. Le renouveau qu'elle connaît aujourd'hui est un paradoxe avec le matérialisme mélangé d'incrédulité qui caractérise notre pensée actuelle. Quelle victoire éclatante pour cette discipline dite "empirique"!... Empirique?

Pour le seul pays de France, les bibliothèques régionales et nationales regorgent de plusieurs milliers d'ouvrages, manuscrits ou imprimés, dont certains n'ont jamais été traduits en français contemporain ou étudiés. Empirique? Cette véritable science qui donna naissance aux alcaloïdes, sels, acides, bain-Marie, eaux-de-vie et tant d'autres éléments chimiques encore en cours dans notre chimie moderne.

Qu'est ce que "l’Art Royal"

L'étude de cette science hermétique, appelée "Art Royal", fait des adeptes de plus en plus nombreux au sein d'une élite cultivée et de haut niveau technologique qui pourrait être tout sauf des farceurs. Nous sommes loin des images populaires de souffleurs à longues robes sombres et chapeaux pointus. Notre époque est celle des ouvertures et des secrets enfin révélés et cette situation recule considérablement l'exploration des domaines humains encore obscurs.

L'étude de la science hermétique était autrefois réservée à une caste et une élite loin de l'état de crédulité montré habituellement tel que: rois, papes, personnages politiques ou scientifiques... en un mot: ceux qui s'évertuaient à traquer les alchimistes, et surtout à entretenir la conspiration du silence imposée par la propriété de pouvoirs qu'ils savaient illimités dans la matière et la maîtrise de la durée.

L'étude de l'Art Royal est maintenant un peu plus accessible, en raison d'une grande divulgation littéraire, aux "curieux de nature" prêts à fournir l'effort nécessaire et surtout la remise en question de leurs modes de pensée et connaissances chimiques ou spirituelles afin de s'affranchir de leurs limites. 

L’Arcane majeure

Si l'arcane majeure passe effectivement par la production matérielle de l'argent-lune ou de l'or-soleil, il est évident que si le but se résumait à cette seule opération, ce serait un résultat bien mince... au sens Philosophique du mot! L'alchimie est en réalité l'accès à la connaissance ultime de l'univers, aussi incroyable et inacceptable que cela puisse paraître. A ce sujet, la sélection des chercheurs "Amoureux de la Vraie Science" se réalise d'elle-même. Celui qui est attiré par la seule production de "teintures minérales" s'égarera dans le labyrinthe ténébreux des textes, dont il ne mesurera jamais ni la portée, ni le sens profond et dont il ne sortira qu'à grand peine ou totalement écœuré.

Le "Philosophe de Nature" ne désirant que la seule science obtiendra, en gage de sa persévérance, la transmutation matérielle. Ce chercheur d'absolu aura à cœur de "pressentir", au delà de la transmutation de la matière, une véritable transsubstantiation physique, débouchant sur l'accès à des secrets de la nature, généralement inaccessibles à notre vision du sens commun.

Le secret de la matière 


Percer le secret de la matière n'est pas chose facile, et si ténu est le fil d'Ariane dans les méandres du grand dédale alchimique, que rares sont les élus parvenant à le découvrir, pour protéger leurs travaux et leur vie, les "philosophes de nature" utilisèrent une langue cryptée extrêmement obscure. Il semble aussi que, pour embrouiller un peu plus l'écheveau, le système de chiffrage varie aussi d'un chercheur à l'autre... Aussi, la première épreuve à subir est-elle de surmonter les difficultés pour accéder aux clés de lecture. Cette science est établie sur une base cabalistique évidente et il va de soi que la transmission des bases de données ne peut "s'entendre que de bouche à oreille... sous peine de perdre sa "substantielle moelle".

Le fabuleux secret est si précieux qu'il doit être à tout prix dissimulé des yeux néophytes et, s'il est parfois nécessaire pour les initiés de s'en entretenir, ce ne sera qu'au travers d'énigmatiques images, allégories, discours métaphysiques et propos équivoques destinés à brouiller les pistes.

Prenons, par exemple, les trois éléments d'alchimie les plus usités : le "soufre" désignera l'élément masculin, fixe et actif. Le "mercure" sera l'aspect féminin, volatil et passif. Enfin le troisième: le "sel" ou "arsenic", qui sera le liant ou lien relationnel ou encore le fruit des deux précédents. Notons aussi que "sel" vient, en alchimie, du mot "sceller": fermer, mais aussi signer...

Chaîne et livre muet

Il semblerait que chaque ouvrage, comme lié à une invisible chaîne, ne puisse qu'éclairer un autre ouvrage qui lui-même contient ce que les autres ne possèdent pas. À ce sujet, le ‘Mutus Liber’ est inflexible : « Lis, lis, lis, relis, travaille et tu trouveras ». Ultime et utile conseil contenu seulement à la dernière feuille de ce "livre muet"!

Pour rester au début de cet ouvrage rare, il sera utile d'en lire les chiffres, nombres et lettres en les retournant. Ainsi 21-11-82. NEG donnera pour information GEN. 28-11-12.

Ce groupe nous informe que l'auteur place symboliquement ses travaux sous un rapport biblique et particulièrement en ce qui concernera la GENèse... les chiffres nous informent sur les livres, chapitres et versets en question... idem pour les deux autres informations NEG. (autre chapitre de la genèse) et TUED qui signifie DEUTéronome...

Comme on peut le voir, le premier obstacle à surmonter est de se familiariser subtilement avec les termes alchimiques, tout en restant d'une vigilance de chaque instant. En effet, il est facile de débuter par les ouvrages les plus clairs et les plus accessibles, mais il faut une prudence proportionnée à la facilité, car il est à craindre, dans ce domaine, que ces textes cachent, en vérité, les tromperies et les pièges les plus insidieux. Nous en avons un exemple flagrant en ce qui concerne "Entrée Ouverte au Palais Fermé du Roi" d'Eyrénée Philalète, qui reste une des œuvres les plus ambiguës en ce domaine.

Cette pénombre secrète, ce mystère entretenu, donnent le prétexte à présenter le Grand Œuvre comme une chimère ou un mirage utopique. C'est cet aspect du problème qu'utilisent de nombreux "savants" pour démontrer l'extravagance de l'alchimie.

La conclusion de cette joute livresque est résumée par un antique sage grec qui affirmait : « J'ignore tant de choses que je puis dire: je sais seulement que je ne sais rien! Ce qu'on nomme la science a souvent des préjugés infiniment plus difficiles à vaincre que l'ignorance elle-même. » 

Jeux des mots...

Quasiment tous les écrits alchimiques disponibles aujourd'hui passent sous silence la première phase de l'œuvre, ou alors l'éclairent de descriptions débridées et fantaisistes. C'est le cas pour la matière première, affublée des termes: dragon, pierre des philosophes, mercure, dissolvant... en tous les cas, rien de concret ou d'opérationnel !

Ce handicap est majeur, car même si l'on comprend le processus, il est impossible à mettre en "œuvre" sans la matière de base. La mise en œuvre pour rendre "opérative" cette matière primordiale passe par des épreuves symbolisant les 7 travaux d'Hercule et s'achevant par la conquête de la toison d'or des "Philosophes de science". Il faut effectivement la patience, la persévérance, la motivation d'un "hercule" pour accomplir les travaux à travers les premiers processus, qui ne peuvent se réaliser sans la connaissance entière des éléments de base, tels que les quatre bases primaires: Eau > Aqua, Terre > Terra, Air > Aer et Feu > Ignis... Ils s'opposent deux par deux pour former la ‘Croix d'Éléments’ appelée ‘Contraria’!

Temps et patience! Le procédé, outre le travail au "fourneau", ne se "réalise" (au sens noble du mot) vraiment qu'en accord rigoureusement parfait avec le "sel" de l'esprit, dont nous reparlerons plus tard. Il n'est pas simple, de prime abord, de comprendre le procédé de captage, en quantité nécessaire de "l'Esprit Substantiel", sans lequel rien ne saurait être entrepris... qui ne soit l'Art Royal! Cet "esprit" n'est autre que le feu enté sur le minéral cubique de la maîtrise suprême régissant l'univers. Cet "esprit" issu du soleil réduit et inhibe la matière.

Tout ceci n'est que le travail "initial". Initial est ici à prendre au sens étymologico-symbolique, à savoir: Initial, qui commence aussi après avoir vécu l'initiation, l'ouverture, la re-naissance, la clarté. L'art d'alchimie n'est jalonné que d'ombres et de clartés.

Solve et Coagula

Ensuite? Cyliani nous dit : « maintenant que tu as passé les travaux d'Hercule et que tu possèdes les matières, ce n'est plus qu'un travail de femme ou d'enfant attentif et soigneux ».

Ce ne sont plus que cuisson et veille d'entretien. Dès cet instant, toute l'oeuvre philosophique ne se résume plus qu'à Solution et coagulation! Si l'on a bien su lire, car on ne peut en dire plus, il est aisé de concevoir que la pierre générée imite à la perfection l'univers de sphères. La genèse nous conforte sur ces événements générant la séparation du chaos des éléments, l'épais du subtil, pour qu'enfin reculent les ténèbres devant la lumière...
Pour dépasser le premier obstacle, il est indispensable de s'abstenir de toutes conceptions habituelles et ordinaires. Pour appréhender les multiples opérations, il est nécessaire de suivre rigoureusement l'évolution établie par la nature elle-même. : « Que la nature soit ton guide, que ton art la suive pas à pas; car tu t'égares loin d'elle » - Michel Maïr (Emblème XLII)

Mais que de temps perdu dans l'acquisition, hypothétique, de l'ensemble indispensable des connaissances nécessaires à la réalisation du grand magistère. Que de temps perdu à parcourir le dédale des ouvrages avares de vérités opératives... mais larges de détails allégoriques creux et redoutablement vide d'instruction. Que de temps perdu et de déceptions devant ces volumes qui pourtant offraient toutes garanties de vérité.

Le tangible et les trois règnes

Le moment est arrivé de révéler les opérations jusque là soigneusement occultées. Malgré ce qui peut se dire, il est encore possible d'accéder au magistère de la transmutation.

Nous sommes en mesure de produire les répertoires complets, clairs et précis, sur les unités de poids et de mesures, temps et quantités. Nous pouvons aussi donner de nombreuses descriptions de travaux compréhensibles par l'adepte attentif. A titre indicatif, nous pouvons fournir un détail qui bouleverse tous les travaux, sens de recherches, et préceptes admis et établis à ce jour dans ce domaine.

Faisant momentanément abstraction de la phase spirituelle, il est possible de réduire à ce simple tableau les règnes terrestres et les sciences qui leur correspondent: Règnes: Minéral - Végétal - Animal.

Il est entendu que le règne humain est compris dans le règne dit "animal", dont il se veut le plus beau fleuron, car nous sommes dotés de l'élément le plus fabuleux: l'esprit! Cet esprit qui nous fait "pensants" et donc doués d'intelligence.

À ces règnes correspondent leurs travaux essentiels :

-Minéral > Alchimie > Transmutation de l'impure et lourde matière et un matériau noble et pur.
-Végétal > Spagyrie > Transmutation du principe passif en principe actif.
-Animal > ?????

Si l'on regarde à présent les écrits concernant ces travaux hermétiques, nous constatons qu'il en existe près d'un millier en ce qui concerne l'alchimie, pas plus d'une douzaine pour la spagyrie et... aucun pour cette science sans nom!

Science "innommée"

Du tableau précédent nous pouvons déjà dégager quelques conclusions provisoires :

Il apparaît que l'homme, très vite, s'est attaché à étudier et pratiquer l’alchimie, ainsi qu'à produire des écrits en grandes quantité sur ce domaine, pourtant, semble-t-il, bien hasardeux. Ces écrits, en outre, sont assez obscurs ; nous l'avons vu précédemment.

Puis, il y a cette seconde science découlant de la précédente : la spagyrie.

En ce qui concerne cette dernière, les écrits que l'on peut se procurer sur ce sujet sont assez accessibles et permettent des travaux extrêmement intéressants et productifs. Curieusement il y a très peu d'ouvrages...

Quant à la troisième science... elle n'a pas de nom, ni d'ouvrages! Peut-on dire qu'il s'agisse de cette fameuse science ‘innommée’ dont parlent à mots très couverts quelques rares initiés? Pourtant, si une telle science existe, et si l'on imagine la courbe suivante: moins il y a d'écrits, plus ce travail est réalisable et accessible, nous devrions en trouver au moins une forme de mémoire.

De constat nous pouvons dégager deux solutions :

1) Aucun travaux, aucune recherche sur cette voie! Dans ce cas, il est évident qu'il n'y aurait eu aucun écrit. Mais lorsque l'on connaît l'état d'esprit des chercheurs en alchimie, il est impossible d'imaginer qu'aucun d'entre eux ne se soit aventuré dans cette direction ou en ait tenté la moindre approche... C'est impossible!

2) Il y eut des travaux. Celui (ou ceux) qui explora ce sentier très étroit aboutit à une telle révélation, que jamais il n'osa révéler ou engager plus loin la recherche sur cette voie Sur-Royale (au sens alchimique bien entendu). À moins que l'initié, s'il n'y en eut jamais un seul, n'ait craint le bûcher au Moyen-âge, ou tout autre mode de destruction à notre époque... ou la damnation et l'errance dans les confins du châtiment universel et de son cloaque.

Un petit document manuscrit

Maintenant, grâce à la découverte d'un petit document manuscrit au fond d'une bibliothèque municipale, nous avons la certitude que ce "trajet" fut réalisé dans des conditions optimum... et conduit à bonne fin. La vie, ou plutôt la durée de vie de certains personnages, ayant pratiqué à haut niveau des travaux "chimiques", nous autorise à croire qu'ils réussirent l'étape ultime du Grand Œuvre : la panacée universelle. Cette dernière garantissait à celui qui l'ingurgitait une durée de vie considérablement augmentée, sauf accident violent, ou blessure irrémédiable telle que décapitation. En un mot, la fontaine de jouvence. Car enfin, qu'est-ce que le vieillissement, sinon la destruction lente des cellules humaines?

Le fait de bloquer ce processus équivaut à arrêter le vieillissement. Puis, en intensifiant la procédure, il y a restructuration des cellules et... vie extrêmement prolongée!


La troisième voie d'alchimie innommable est ni plus ni moins que la réalisation de la panacée universelle tirée... D'UNE TEINTURE MÈRE HUMAINE, soit la résolution de tous les maux du corps et de l'esprit! La méthode?...

Elle serait redoutable de simplicité. Il suffirait de prendre de la materia prima d'origine humaine et de la traiter simplement par la voie, et alchimique et spagyrique. Ce qui est tout à fait réalisable. Réalisable, oui mais!!! Car il y a heureusement un "mais"! Et il se résume à une question extrêmement simple: quel est le nom de cette "materia prima humaine"???

Notre pire ennemi...

Il est maintenant possible d'accéder, sans trop de risques, à cette science sans nom. Seul celui qui a médité peut s'y aventurer, en considérant auparavant qu'à tout moment notre pire ennemi nous guette dans cette démarche merveilleuse : nous-même!

Un seul faux pas sur cette voie et la précipitation dans le sacrilège est immédiate et irréversible. Que le néophyte y songe à plusieurs fois avant d'en réclamer le processus opératoire correspondant.

Car comment imaginer l'aboutissement de cette recherche fulgurante lorsqu'on imagine déjà les conséquences de l'alchimie sur l'esprit et de la spagyrie sur la matière ? Il faut en conclure, et peut-être à ce stade, déjà, sommes-nous allés trop loin, par le fait que cette quête est innommable en se répercutant sur les cinq sens formant la quintessence!

Les sens donnent la sensitivité. Cette dernière, ne l'oublions pas, est une partie seulement de la préhension, du sentiment, et de la compréhension. Cette voie est la seule véritable ouverture sur le mystère de l'esprit et de la matière, les deux étant liés à la génération de nos cellules et à l'amplification des pouvoirs de défense de notre corps. En dire plus, ici, serait franchir inconsidérément les frontières autorisées...


L’ART ROYAL

L’alchimie est la pratique de l’Art Royal. Pourquoi le dit-on Royal ?

Parce que les alchimistes du moyen âge cherchaient dans l’opération alchimique, l’obtention ou la naissance du Regulus, ou petit roi, enfant du mariage symbolique du Soleil et de la Lune, germe de la pierre philosophale.

Cette union symbolique des deux pôles, on la retrouve dans les noces chymiques de Christian Rosenkreutz. Elle figure le mariage intime des deux matières, c’est à dire du Soleil et de la Lune, du masculin et du féminin sacrés et sur un plan concret opératif, l’union de Mars et de Vénus. Cette union pour les alchimistes, aboutira à la production d’un petit roi ou Regulus, et qui donnera naissance au processus de l’Art Royal.

L’alchimie est plus un art qu’une technique. Elle est l’art de l’amour, art hermétique, sublimé par l’observation respectueuse et pénétrante du vivant. Pénétrante, car il est une force qui pénètre tout ce qui vit et dans laquelle toute vie, toute matière trouve l’aliment qui lui est propre. La chimie, qui s’intéresse aux processus est exotérique, lors que l’alchimie, d’essence spirituelle, est ésotérique et hermétique.

Pratiquer l’alchimie, c’est mettre en œuvre ce merveilleux dessein qui consiste à extraire de toute matière, minérale, animale ou végétale, le principe de vie, l’étincelle divine au cœur de toute chose. Une fois la matière dissoute, elle est coagulée de façon subtile en une autre forme, qui lui donne un autre aspect et fait d’elle un organisme vivant participant à l’Œuvre divin. Car ce qui anime subtilement la matière, c’est l’étincelle d’esprit qu’elle recèle.

Du monde minéral au monde spirituel, l’apparente dureté des formes ou la subtilité de l’être n’est qu’une question de dosage ; dosage de l’étincelle divine, qui enlumine le minéral ou illumine l’esprit, sur une échelle progressive qui va du gris foncé au blanc étincelant. Cela les alchimistes le savent et mettent en œuvre le principe du solve coagula, pour dissoudre et recréer sans cesse ; pour modifier, grâce à la loi des correspondances, les dosages d’esprit et de matière, à l’intérieur du monde des formes par l’action du soufre, du mercure et du sel, c’est à dire de l’esprit, du corps et de l’âme du monde. Les alchimistes appliquent cette action aux formes subtiles, comme aux formes grossières, à l’esprit, comme à la pierre.

L’alchimie est ainsi un dialogue permanent du vivant avec le vivant. Elle dissout et recompose la matière après lui avoir fait subir une série de purifications. Elle effectue ce processus autant de fois que nécessaire jusqu’à obtention d’une substance qui reflète l’équilibre le plus parfait entre matière et esprit : la pierre philosophale.

Ainsi, la connaissance alchimique est-elle la capacité à faire vibrer notre être en harmonie l’être qu’on désire contacter ou connaître, qu’il s’agisse d’un être minéral, végétal, animal ou encore humain. L’alchimiste insuffle l’esprit dans la matière, que ce soit le corps minéral grossier d’une pierre brute, ou le corps astral d’un être humain. C’est pourquoi en alchimie, l’oratoire, n’est jamais loin du laboratoire.

L’alchimiste est donc conduit au travers de sa pratique à porter un autre regard sur la nature afin de « Délivrer l’esprit par la matière et délivrer la matière par l’esprit ».

Mais comment pratiquer l’alchimie demande le disciple ? C’est très simple lui répond le Maître : « Regarde la nature. Tu me dis que tu la connais déjà, que tu la regardes chaque matin par ta fenêtre, en te promenant dans la forêt, ou dans ton jardin… Non. C’est autre chose que je te demande. Lorsque tu ouvres ta fenêtre le matin, regarde les arbres sans cligner des yeux. Tu ne penseras à rien d’autre qu’à garder les yeux ouverts sans que tes paupières ne cherchent à faire concurrence aux ailes des papillons. Ainsi, tu évacueras les perturbations du mental.

Au bout de quelques temps, une minute complète parfois, une éternité ! Tu verras se dessiner autour des arbres comme un halo subtil. Puis peu à peu, quand les larmes commenceront à couler, tu ne te contenteras plus de voir ce halo, tu verras progressivement se dégager de chaque plante, de chaque brin d’herbe, comme une aura d’énergie subtile qui fera monter vers toi toute la force de la terre. Et cette aura se mêlant à la tienne, tu ne distingueras bientôt plus les formes pour n’en retenir que la vie. Cette force vibrante, colossale, qui élèvera bientôt les vibrations de ton corps jusqu’au point central de la Création, tu la garderas en toi, et lorsque dans ton laboratoire tu procéderas à l’opération, tu remercieras sans cesse le Créateur de te faire accéder avec autant de simplicité au principe vivant de toute chose.

C’est ainsi que toute opération, tu ne pourras conclure que par une prière ; une prière à l’âme du monde, prière au principe vibratoire de toute chose, à la Force sacrée de l’univers qui dynamise et ordonne toute Création en insufflant son feu divin à travers la matière et les âmes. C’est pour cela que tu ne pourras distinguer en leur essence l’alchimie opérative, voie humide ou voie sèche, de l’alchimie spirituelle ou voie brève qui est le principe même de toute initiation ».

Ainsi parle le Maître à son disciple, car avant de savoir, il s’agit de percevoir…

Dans le règne minéral, la pierre philosophale transmute le plomb en or, dans le règne végétal elle accélère la fabrication des élixirs et sur le plan humain elle devient être de feu, par lequel la nature spirituelle se renouvelle. 


De façon similaire à la "Transmutation par le Tarot", l’alchimie aborde les phénomènes de l’intérieur vers l’extérieur, donc de l’essence vers l’apparence formelle. Ainsi, Art royal et "Art de la Taromancie" fusionnent-ils totalement en leur principe.

Oswald Wirth auteur, entre autres d’un ouvrage consacré à l’Art Royal, définit la mission du Tarot comme rejoignant pleinement la cohérence alchimique au travers de l’alchimie spirituelle.

Initiation donc, et travail ; travail sur la Connaissance avec des outils symboliques, et travail sur soi qui est méditation, travail sur les éléments et l’alchimie intime du corps spirituel, qui est alchimie du feu céleste.

« Ora et Labora », Prie et travaille, devise des premiers alchimistes mais également règle de vie des bénédictins, dont ceux-ci n’ont sans doute pas la paternité...

Qu’on soit ou non dans la foi, qu’il s’agisse de prière d’initié ou de méditation, le travail sur soi est incontournable pour faire fructifier les germes de l’initiation, quelle qu’en soit l’école ou la tendance.

Pour poursuivre nous souhaitons ajouter une petite touche inhabituelle, mais pas inédite pourtant, au concept d’Art Royal.

L’univers est fondé sur deux principes : un principe d’expansion, que je qualifierai de principe du Big Bang, ou expansion par dissolution du Tout. Ce qui permet de dire que chaque créature contient le Tout en puissance et qu’elle est, comme disent les écritures, à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Le second principe est un principe de retour à l’Être originel par condensation, ce qui correspond pour les gnostiques au principe de la Réintégration, ou retour au plérôme initial. Réintégrer Dieu en son âme, par la voie directe ou la pratique de la théurgie, ou réintégrer les différents règnes du vivant dans le plérôme initial.

Or, contrairement à la naissance du "Regulus", qui est une création supplémentaire par l’union de deux essences et qui renvoi au nombre trois, donc, au principe d’expansion, le retour à l’être originel obéît au principe de condensation, qui lui renvoi au « Un ».

Le principe de condensation serait donc simplement une autre facette de l’Art Royal ? Et lorsque le principe de condensation s’applique aux âmes, on retrouve les noces chymiques qui ne symbolisent pas seulement l’union dans la naissance d’un troisième être, ou Regulus, mais la fusion de deux essences en une seule, c’est à dire la transformation ou transmutation du Deux en Un.


Ainsi l’un des principes secrets de l’alchimie spirituelle serait l’application aux âmes du principe de condensation ou retour au plérôme initial, par un processus de fusion spirituelle, ou mariage cosmique des compléments spirituels divins ou jumeaux spirituels...


ÂMES JUMELLES : MYTHE OU RÉALITÉ ?


Qu’est-ce que les âmes jumelles ? Une théorie fumeuse teinté de new-age de fin de vingtième siècle, ou bien un concept ancré dans une tradition séculaire ? Réalité spirituelle authentique ou simple vue de l’esprit ? Tristan et Yseult, Roméo et Juliette… et bien au-delà de l’expression romanesque, Christian Rosenkreutz a merveilleusement illustré ce concept dans ses Noces Chymiques, considéré comme l’un des textes fondateurs de la tradition rosicrucienne. On retrouve aussi une référence au mariage cosmique des jumeaux spirituels dans l’âme humaine de Papus et bien d’autres encore.

Nous citerons à simple titre d’exemple, le traité intitulé « Les Mystères de l’Être » du Dr Ely Star, publié en 1902:

« Deux chars, lumineux comme des soleils, viennent d’apparaître sous la coupole céleste; l’un, à l’Orient, celui de l’âme masculine, l’autre, celui de sa pure Fiancée, à l’Occident. Rapides comme l’éclair, ils s’avancent, se rapprochent et, en une durée inappréciable, se sont confondus en une immense Auréole lumineuse, au milieu d’une explosion formidable d’accords séraphiques et de voix mélodieuses, rendant grâces à l’Éternel de l’Etre nouveau qui vient de se reconstituer en son intégralité spirituelle, et que, tout vibrant encore d’une émotion indescriptible, les "Chérubs" célébrants conduisent en grande pompe vers son trône, dont l’éclat éblouissant est maintenant terne devant le majestueux rayonnement qui entoure l’Etre radieux, le nouvel ANGE ravi dans sa divine extase! ».

Mais d’où cela vient-il ? Si on y regarde bien, tout cela procède de la plus pure logique. On nous a vendu l’idée d’un Big Bang à la source de la création de l’univers. La plupart de nous avons acheté, les yeux fermés!

Posons cette hypothèse. Un univers concentré, donc en intention. Puis une explosion… donc une expansion… soudaine, brutale. Ce qui était Un se divise, se redivise et se démultipliant à l’infini. Les âmes, issues de l’esprit Un initial, n’échappent pas à la règle.

Des âmes sont donc créées, pensant être une seule et unique entité ou individualité spirituelle, pouvant suivre sa course à travers l’univers. Puis, sous l’effet de la dynamique universelle, elles se divisent en deux, créant deux entités autonomes. C’est alors comme un oeuf cosmique qui se serait scindé en deux, donnant deux âmes certes distinctes mais strictement complémentaires, puisque issues d’une même source spirituelle. Ainsi, à un stade donné d’évolution, chaque âme n’a qu’une jumelle, qui s’exprime par deux entités un pôle féminin et un pôle masculin (animus et anima) vibrant très exactement sur une seule et même fréquence, mais selon deux pôles distincts.

En s’incarnant ces flammes universelles se sont matérialisées, se sont alourdies de matière, y compris dans leurs corps subtils et ont alors été soumises à la loi de l’individuation. Puis au fil des incarnations, leur karma s’est allégé, jusqu’à ce que, leur champ vibratoire étant pour l’une comme pour l’autre, suffisamment épuré, les retrouvailles puissent enfin avoir lieu. La loi de l’évolution, qui se traduit par la nécessité du retour à la Lumière originelle, ou plérôme initial, ne leur impose-t-elle pas en effet un destin de regroupement, de retour à l’unité en transcendant le temps et l’espace pour annuler les effets de la dualité et apporter leur étincelle commune à l’édifice d’Amour universel ?


Comment n’en serait-il pas ainsi ? Ces âmes jumelles n’ont-elles pas pour origine une seule et même essence? Quel effort au fil du temps pour dépasser leur individualité et rejoindre leur essence commune ! C’est pour cela sans doute que les retrouvailles sont si rares, si espacées dans le temps!

Il faut déjà être incarnées ensemble, dans une même temporalité, ou mieux, être désincarnées ensemble et avoir parcouru un chemin qui permet de parvenir ensemble au moment où les retrouvailles peuvent enfin avoir lieu. Fruit d’un simple hasard ou d’une évolution sciemment calculée, patiemment attendue…

Nul ne le sait, mais quand le jour est venu et qu’elles ont l’âge, la réunion a lieu. Elle a lieu de façon fulgurante, souvent parfaitement inattendue, sous forme de fusion en mode désincarné ; cette fusion pouvant intervenir à n’importe quel moment de la vie, lorsque deux âmes jumelles sont incarnées dans la même temporalité et prêtes au même moment, ce qui est relativement rare. Ainsi, pour Ely Star, « la fusion suprême, qui ne s’opère qu’à partir du quatrième Ciel, en la rayonnante sphère du soleil, est l’intime réunion en un nouvel être supérieur, de deux entités complétées déjà par la fusion du premier degré. Si, nous servant de termes connus, nous nommons "Ange" un être reconstitué au premier titre, la fusion de deux Anges produira un Archange ».


Lorsqu’une relation terrestre s’établit entre deux âmes jumelles, elles développent spontanément une capacité à transcender l’espace temps dans lequel elles se trouvent. Cette capacité est destinée à favoriser non pas l’établissement d’une simple relation humaine, mais à servir de relais pour leur permettre de vibrer sur les plus hautes fréquences, qui favoriseront leur réunion en une seule et unique entité au-delà de la vie. C’est ainsi que chacun de ces êtres doit demeurer parfaitement conscient du fait que chacun d’eux peut à n’importe quel moment se retrouver en situation de transcender spontanément les frontières de l’espace et du temps, car leur rôle fondamental au regard de l’Éternel est d’établir un mode de communication basé sur des fréquences qui ne sont pas celles de la communication humaine courante. Et c’est uniquement sur ces fréquences là qu’elles peuvent réellement communiquer et agir pour le bien commun. Ainsi le Dr Ely Star explique par une métaphore, la force du phénomène de réunion de deux jumeaux spirituels : « Quand vous unissez ensemble la flamme deux gaz différents, la nouvelle lumière obtenue par cette combinaison est plus que doublée : il en est de même pour les facultés de l’Esprit réintégré ».


La relation entre deux âmes jumelles, ou compléments spirituels divins est une relation androgyne. Quand chacun a atteint un point d’évolution et de plénitude suffisants, il n’est plus question d’identité masculine ni féminine, ils ne forment plus en réalité qu’une seule et unique conscience, une seule essence qui tend vers l’ultime fusion. Les noyaux mêmes de chaque cellule ou atome constituant l’essence de deux âmes jumelles finissent par fusionner entre eux. Cette fusion échappe à la volonté humaine courante et n’est régie que par l’esprit divin et son prolongement en chacune d’elles, en accord avec la volonté de l’Éternel.

Ensemble elles constituent un seul et unique champ vibratoire. Leur champ vibratoire est UN. Cette capacité qu’ont les âmes jumelles à transcender spontanément l’espace et le temps leur permet de créer sur la terre des arcs de lumière, puissants canaux d’Amour universel qui concourent de façon forte et spontanée à l’allègement des souffrances de ce monde. Tel est sans doute leur rôle ici bas et leur destin.

Ainsi les applications de l’Art Royal sont-elles aussi insaisissables qu’infinies. Car il est l’Art de la mise en en Œuvre de la volonté divine dans les différentes strates de la Manifestation, pour la réalisation du Grand Œuvre...

Source : inspiré par les textes d'André Douzet au sujet de l'Art Royal