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lundi 23 juillet 2012

LES VERS DORÉS DE PYTHAGORE


Pythagore le digne fils d’Hermès

Pythagore est originaire de Samos en Asie Mineure. Il serait né entre -558 et -590 ; ses parents seraient Mnémarque et Parthénis/Pythaïs.

À l’âge de dix-huit ans, il quitte Samos pour commencer sa formation : il passe quatre ans auprès des sages grecs et des sages phéniciens. Il est ensuite initié aux mystères de Tyr, puis à ceux d’Égypte et enfin il séjourne douze ans à Babylone auprès des mages. À son retour à Samos, Pythagore est âgé de cinquante-six ans. Au bout d’un certain temps, alors que sa gloire s’est répandue dans toute la Grèce, il quitte sa patrie et part pour l’Italie du Sud et séjourne notamment à Crotonne.

Son œuvre de prédication, visant à instaurer une nouvelle règle de vie, lui permet de conquérir un grand nombre de fidèles et de jouer un rôle politique fondamental en Italie du Sud et en Sicile. Il fonde une communauté inextricablement religieuse et politique. Mais celle-ci disparaît lors d’un soulèvement populaire contre les pythagoriciens, qui furent massacrés. Les survivants se séparèrent et se mirent à écrire, sur un mode énigmatique et symbolique.

Pour Jamblique, si Pythagore est humain de corps, son âme, elle, est associée à Apollon : il est un être luminique envoyé par le Pythien auprès des hommes pour les éclairer et leur faire don de la philosophie.

Ici vous seront exposé les célèbres "Vers Dorés" de Pythagore... Parce qu'il s'agit sans nul doute des plus justes préceptes de "Sagesse"... 

La sagesse est indubitablement nécessaire à tout aspirant initié. Aussi, avant d'aborder le mystique livre du Tarot, de pénétrer le monde de la connaissance, d'explorer les incommensurables mystères, et de s'engager sur la voie des initiés, il est fort souhaitable de faire preuve de sagesse...

Ce texte de Pythagore est sans aucun doute à méditer...

Les Vers dorés de Pythagore



Quand tous ces préceptes te seront familiers, tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras jusqu’à quel point les choses se séparent, et se rassemblent. 



- Honore en premier lieu les Dieux Immortels dans l’ordre qui leur fut assigné par la Loi. Respecte le Serment. Honore ensuite les Héros glorifiés. 

- Vénère aussi les Génies terrestres, en accomplissant tout ce qui est conforme aux lois. 

- Honore aussi et ton père et ta mère et tes proches parents. 

- Entre les autres hommes, fais ton ami de celui qui excelle en vertu. 

- Cède toujours aux paroles de douceur et aux activités salutaires. 


- N’en viens jamais, pour une faute légère, à haïr ton ami,

- Quand tu le peux : car le possible habite près du nécessaire. Sache que ces choses sont ainsi, et accoutume-toi à dominer celles-ci :

- La gourmandise d’abord, le sommeil, la luxure et l’emportement.

- Ne commets jamais aucune action dont tu puisses avoir honte, ni avec un autre. Ni en ton particulier. Et, plus que tout, respecte-toi toi-même.

- Pratique ensuite la justice en actes et en paroles.

- Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir.

- Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir ;

- Et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

- À l’égard de tous les maux qu’ont à subir les hommes de par le fait des arrêts augustes du Destin,

- Accepte-le comme le sort que tu as mérité ; supporte-les avec douceur et ne t’en fâche point.

- Il te convient d’y remédier, dans la mesure que tu peux. Mais pense bien à ceci :

- Que la Destinée épargne aux gens de bien la plupart de ces maux.

- Beaucoup de discours, lâches ou généreux, tombent devant les hommes ;

- Ne les accueille pas avec admiration, ne te permets pas de t’en écarter.

- Mais si tu vois qu’on dit quelque chose de faux, supporte-le avec patience et douceur.

- Quand à ce que je vais te dire, observe-le en toute circonstance.

- Que jamais personne, ni par ses paroles ni par ses actions, ne puisse jamais t’induire à proférer ou à faire ce qui pour toi ne serait pas utile.

- Réfléchis avant d’agir, afin de ne point faire des choses insensées, car c’est le propre d’un être malheureux de proférer ou de faire des choses insensées.

- Ne fais donc jamais rien dont tu puisses avoir à t’affliger dans la suite.

- N’entreprends jamais ce que tu ne connais pas ; mais apprends tout ce qu’il faut que tu saches, et tu passeras la vie la plus heureuse.

- Il ne faut pas négliger la santé de ton corps,

- Mais avec mesure lui accorder le boire, le manger, l’exercice,

- Et j’appelle mesure ce qui jamais ne saurait t’incommoder.

- Habitue-toi à une existence propre, simple ;

- Et garde-toi de faire tout ce qui attire l’envie.

- Ne fais pas de dépenses inutiles, comme ceux qui ignorent en quoi consiste le beau.

- Ne sois pas avare non plus : la juste mesure est excellente en tout.

- Ne prends jamais à tâche ce qui pourrait te nuire, et réfléchis avant d’agir.

- Ne permets pas que le doux sommeil se glisse sous tes yeux,

- Avant d’avoir examiné chacune des actions de ta journée.

- En quoi ai-je fauté ? Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je omis de ce qu’il me fallait faire ?

- Commence par la première à toutes les parcourir. Et ensuite, si tu trouves que tu as omis des fautes, gourmande-toi ; Mais, si tu as bien agi, réjouis-toi.

- Travaille à mettre ces préceptes en pratique, médite-les ; il faut que tu les aimes, et ils te mettront sur les traces de la vertu divine,

- J’en jure par celui qui transmit à notre âme le sacré Quaternaire, Source de la Nature dont le cours est éternel.

- Mais ne commence pas à prendre à tâche une œuvre, sans demander aux Dieux de la parachever.

- Quand tous ces préceptes te seront familiers, tu connaîtras la constitution des Dieux Immortels et des hommes mortels, tu sauras jusqu’à quel point les choses se séparent, et jusqu’à quel point elles se rassemblent.

- Tu connaîtras aussi, dans la mesure de la Justice, que la Nature est en tout semblable à elle-même, de sorte que tu n’espéreras point l’interprétable, et que plus rien ne te sera caché.

- Tu sauras encore que les hommes choisissent eux-mêmes et librement leurs maux. Misérables qu’ils sont ; ils ne savent ni voir ni entendre les biens qui sont près d’eux.

- Peu nombreux sont ceux qui ont appris à se libérer de leurs maux.

- Tel est le sort qui trouble les esprits des mortels. Comme des cylindres. Ils roulent ça et là, accablés de maux infinis.

- Innée en eux, en effet, l’affligeante Discorde les accompagne et leur nuit sans qu’ils s’en aperçoivent ;  Il ne faut point la provoquer, mais la fuir en cédant.

- Ô Zeus, notre père, tu délivrerais tous les hommes des maux nombreux qui les accablent,

- Si tu montrais à tous de quel Génie ils se servent !

- Mais toi, prends courage, puisque tu sais que la race des hommes est divine,

- Et que la nature sacrée leur révèle ouvertement toutes choses.

- Si elle te les découvre, tu viendras à bout de tout ce que je t’ai prescrit ;

- Ayant guéri ton âme, tu la délivreras de ces maux.

- Mais abstiens-toi des aliments dont nous avons parlé, en appliquant ton jugement

- A tout ce qui peut servir à purifier et à libérer ton âme. Réfléchis sur chaque chose,

- En prenant pour cocher l’excellente Intelligence d’en-haut.

- Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther,

- Tu seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort.

dimanche 22 juillet 2012

LE TAROT SERAIT-IL « LE LIVRE DE THOT-HERMÈS »?


« Le Tarot offre le cachet suprême de l'art qui est la simplicité. 

Les hiéroglyphes du Tarot, ce vieil et vénérable Livre de la Nature, cette bible d'Hermès, correspondent à un nombre, signe actif et universel d'une idée. » 

(François Jollivet-Castelot)


« Les tarots sont l'hiéroglyphe complet du Grand Œuvre alchimique qui contient 21 opérations avant d'atteindre la perfection de l'Élixir. » 

(Fulcanelli)


LE TAROT SERAIT-IL « LE LIVRE DE THOT-HERMÈS »?

Le Tarot, dont nul ne connaît l'origine véritable, est considéré par ses amis comme le résumé symbolique de la Tradition primitive commune à l'ensemble de l'humanité.

Mon cheminement personnel, à la recherche de vérité, m'a donc tout naturellement conduit jusqu'à lui et j'ai entrepris ma pérégrination au sein du labyrinthe de ce Livre unique il y a plus de 20 ans maintenant ; ce qui ne présente pas d'intérêt particulier pour autrui excepté celui de signifier qu'une telle complicité est une œuvre de longue, très longue haleine, et qu'il ne suffit pas de se rendre dans une librairie spécialisée pour acquérir un “jeu” et compulser une méthode de divination pour entrer en intimité avec lui, car un tel compagnonnage est le résultat personnel d'une vie.

Près de vingt années ont été nécessaires pour me résoudre à fixer quelques-unes des réflexions conservées de mon pèlerinage incessant au sein des Arcanes, de ce “topo-guide” en images des mystères enseignés dans la grande pyramide de Thot et dans le Temple d'Hermès, et au cours duquel j'ai suivi le conseil donné aux adeptes des écoles de mystères égyptiennes et grecques, hermétique et pythagoricienne, selon lequel l'initié doit, à un moment donné de son parcours intime, se consacrer à l'étude de l'une des trois sciences sacrées de la Tradition Primordiale, c’est à dire : L'Astronomie sacrée, (à ne pas confondre avec l'astrologie évènementielle des pythonisses autoproclamées des hebdomadaires du week-end), la Cabbale Mystique (bien antérieure à la Kabbale hébraïque - relative à l'étude des idéogrammes du Grand Livre de la nature et qui ne saurait se limiter à la correspondance analogique des lettres et des chiffres des textes vétérotestamentaires), et enfin, l'Alchimie Transcendantale ou "Alchimie Philosophale", laquelle est indépendante de l'alchimie opérative avec laquelle elle ne présente que des rapports ténus, souvent incompris; étant précisé que le Tarot appartient à la seconde de ces voies de l'Esprit et que l'étude intime de l'une d'entre elles met inévitablement l'adepte en rapport implicite avec les deux autres.

L'origine et la signification du nomen “Tarot” restent incertaines; il proviendrait selon Court de Gébelin des mots égyptiens « Tar » : la voie, et « Ro » : royal, et c'est à Etteilla que nous devons l'appellation utilisée par les compagnons de cette première bande-dessinée hermétique: “Le Livre de Thot”.

Pour ma part, en raison de ses correspondances, je lui réfère une alliance directe avec le « Corpus Herméticum » et la « Table d'Émeraude », que le Tarot, en vérité, traduit en images-idéogrammes...


LE LIVRE DE « THOT-HERMÈS »

Thot était, et demeure, comme Hermès son correspondant gréco- romain actualisé par la pensée occidentale, le « Néter » utilisé par les prêtres-médecins initiés aux grands mystères de l'Égypte ancienne pour désigner l'intelligence de l'âme incarnée en correspondance directe avec l'Intelligence cosmique universelle qui préside à la Grande Architecture Universelle et organisant et “gouvernant tous les mondes”. Il peut se traduire par : “TOUT”. C'était, pour les anciens égyptiens, l'archétype de la sagesse et des sciences sacrées, l'inventeur des nombres et de l'écriture occulte transmis aux humains par son alter ego féminin Séschat : “La Dame aux écritures, Maîtresse de l'architecture”.

Thot est représenté avec une tête d'ibis, oiseau des dieux, et les grecs se l'approprièrent sous la dénomination d'Hermès le “trois fois mage”, synthèse en Un des rois mages de la tradition de l'ancien testament ; c'est le Néter de l'Intelligence suprême accessible à l'initié qui a redressé son djed et qui a recourbé son temps propre.


L'Hermétisme personnifié par Thot-Hermès, science et spiritualité opératives conjuguées, n'est donc ni une religion, ni un système de pensée parmi tant d'autres, ni une école où se transmettrait un savoir particulier, c'est tout simplement l'Art d'apprendre par le miracle de la connexion de l'intime humain avec l'Universel céleste, ce que les chrétiens d'origine, avant les réinterprétations erronées de Paul et de ses épigones, dénommaient la Voie du Salut Tri-Unitaire enseignée par le Christ incarné, que les hermétistes désignent sous le terme d'Idéal de Résurrection.

"Hermès Trismégiste", auteur supposé de nombreux ouvrages grecs, n'est autre que le "Thot" égyptien. 

Dès les temps de Platon, Hermès fut identifié à ce personnage fabuleux qui passait pour l'inventeur du langage de l'alphabet, de l'écriture et de toutes les sciences. De tous les écrivains de l'ancienne Égypte, le dieu Thot a été le plus fécond, pour la bonne raison que c'est sous ce nom collectif qu'écrivait la caste sacerdotale, ce qui explique la variété et la valeur des nombreux ouvrages dits hermétiques attribués à Hermès, lesquels ne sont parvenus jusqu'à nous que par leur traduction grecque et avec de nombreuses interpolations.

Les livres de Thot sont au nombre de quarante-deux; ils renfermaient toutes les règles, préceptes et documents relatifs aux arts, aux sciences, à la religion et au gouvernement de l'Égypte ; dans leur ensemble, ces livres sacrés embrassaient toutes les connaissances humaines et formaient pour ainsi dire une vaste Encyclopédie égyptienne, dépositaire de tout savoir.

Les livres de Thot étaient conservés dans les sanctuaires des temples, n'étaient jamais ouvert pour le peuple, on les lui montrait seulement dans les fêtes solennelles pendant les cérémonies religieuses.” (Ernest Bosc, Isis dévoilée, page 27).

Ce qui précède explique pourquoi il convient, selon moi, de dénommer le Tarot en sa forme originelle du Tarot dit de Marseille : « Livre de Thot-Hermès », car il constitue une synthèse parfaite des 42 livres du Thot des mystères de la Vieille Égypte et de celui de l'Hermès des mystères d'Éleusis réunis, c'est-à-dire de la totalité de la Connaissance accessible à l'homme, pour celui qui peut la déchiffrer.

Le « Tarot » ou « Livre de Thot-Hermès » constitue donc l'Ouvrage Unique destiné aux Mages réalisés, modèles discrets d'humanité, qui sont à la fois prêtres et médecins, qui portent en eux à la fois l'Intelligence divine, la Pensée incarnée et le Verbe vivant ; ce qui se trouve confirmé aussi dans cette autre citation d'Ernest Bosc (Isis dévoilée, page 26) : “Généralement, dans tous ces manuscrits, la médecine est associée à la magie, presque toutes les recettes pharmaceutiques y sont accompagnées d'incantations spéciales qui devaient en assurer le succès ; ajoutons que les égyptiens n'accordaient pas au mot magie le même sens que nous”.

Le Livre de Thot-Hermès a été conçu et mis en forme par des guides anonymes selon l'idée que la Tradition Primordiale qu'il conserve et transmet aux initiés ne survit pas à travers une organisation quelconque, car toute organisation humaine ne peut que se limiter à embaumer, momifier, rigidifier et trahir ce à quoi elle a eu accès.

C'est pourquoi ce Grand Livre de la Nature et de l'Univers n'est pas écrit avec un alphabet particulier, mais avec le langage universel des symboles communs à l'ensemble de l'humanité, qu'il n'appartient à aucune école de pensée en particulier, que personne ne peut en revendiquer la paternité, mais qu'il reste à la disposition, individuellement, de celui qui présente les qualités requises pour recevoir son enseignement, ce qui peut justifier une vie entière pour l'approcher dans sa globalité, traduisant en cela la loi énoncée par ceux, anonymes, qu'il convient de désigner sous le générique de Saint Jean : “Le vent souffle où il vent, tu entends sa voix mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va – ainsi en est- il de quiconque est né de l’Esprit”. 

Cela a déjà été dit, le Livre de Thot-Hermés est une synthèse en images-idéogrammes du « Corpus Herméticum » attribué à Hermès Trismégiste et de la « Table d'Émeraude ». 

Or, France Yates a démontré que ces ouvrages universels ne constituent pas seulement des traités ou recueils de pratiques occultes, mais qu'ils correspondent à une véritable somme scientifique qui a influencé des “esprits universels” tels : Pic de la Mirandole, Copernic, Giordano Bruno, John Dee, Léonard de Vinci, Newton ; elle a aussi établi que le Corpus Herméticum, à travers son récit de la Création, explique l'Adam Hermétique qui connaît certes une chute, mais qui, à la différence de celui de la Genèse, reconquière son pouvoir sur la nature par une communion magique avec le cosmos, avec le Maître du Tout et que cet Être régénéré, qui a retrouvé sa part interne de Divinité, n'est plus seulement un homme mais un Mage, c'est-à-dire à la fois un prêtre de la Religion Universelle et un médecin pour les corps et les âmes incarnées.

Le Tarot retrace en cartes, véritables “topoguides” successifs destinés à la conscience, les étapes de ce processus de réalisation de l'Être incarné et de sa réintégration, de sa réinsertion, dans le Grand Plan Cosmique.

La multiplicité innombrable des “jeu de tarots” en circulation démontre l'intérêt que lui porte les “chercheurs”, voire les passions qu'il suscite, or nous savons que, sur le chemin de La Connaissance, les passions ne sont pas les meilleurs conseillères; de surcroît, cette abondance de jeux indique qu'à chaque époque Le Livre de Thot-Hermès a subi, sous des formes diverses et variées, les influences culturelles et philosophiques de la pensée dominante, donc relative, des multiples sociétés humaines où elle s'exprimait, d'où l'intérêt d'essayer de déterminer la forme du Grand Jeu qui se rapproche le plus de “l'original”.

Beaucoup d'hypothèses ont été émises quant à l'origine du Tarot, dont aucune n'est prouvée.

Ce que nous savons avec certitude aujourd'hui, c'est que le plus ancien livre connu sous cette forme imagée est le livre de la Roue du « Yi King » (un Tarot?), composé de 64 cartes, qui serait apparu vers 3000 avant notre ère vulgaire à partir du livre sacré chinois : « Le Livre des Mutations ».

Il résulte des recherches sérieuses que, sous sa forme actuelle, le Tarot ne provient pas d'Égypte, mais qu'il a été colporté par les Tsiganes, autrement appelés Bohémiens souvent de façon péjorative, grands opératifs des sciences divinatoires en raison du caractère nomade de leurs clans ou tribus (favorisés en cela par leurs circonvolutions permanentes sur notre planète Terre en concordance avec le mouvement perpétuel de la Nature), lesquels Tsiganes sont génétiquement d'origine indo-européenne alors qu'ils ont été considérés à tort pendant longtemps comme les descendants errants des anciens égyptiens en mal de la Vieille Égypte.

L'origine historique et géographique égyptienne du Tarot n'est donc pas établie, et si la référence à la culture ancestrale de l'Égypte ancienne reste pertinente, c'est par le fait qu'il porte en lui les grands mystères des écoles du mêmes nom à l'origine des enseignements dispensés dans les temples et pyramides de la vallée du Nil.

C'est en Italie, au XVe siècle, à Milan, Ferrare et Bologne, que le Tarot dit de Marseille trouve sa pleine expansion; il rayonne ensuite sur l'Europe entière, et c'est à cette époque que sont fixés sous leur forme actuelle les Arcanes majeurs ou Triomphes; ce que nous dénommons donc le Tarot de Marseille peut être considéré comme d'origine italienne sans que cette constatation logique puisse toutefois être retenue avec certitude.

Ce qui est sûr, c'est qu'il correspond sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui à la pensée occidentale de la Renaissance italienne portée par les Maîtres du mysticisme, de l'occultisme et de l'ésotérisme, tels Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, Léonard de Vinci et Dante, pour ne citer que ceux qui suscitent depuis longtemps mon intérêt, lesquels Maîtres de “l'étrange” ont créé ce qu'il convient d'appeler la Renaissance en reprenant sous les formes diverses des arts et des sciences les enseignements du Corpus Herméticum et de la Table d'Émeraude contenus dans le Tarot avant même que l'œuvre gigantesque de traduction et de décryptage de Marcil Ficin n'ait été entreprise.

Ce Jeu sacré, dénommé Tarot de Marseille, fut pour la première fois imprimé à Avignon pour des raisons uniquement politiques et, surtout, fiscales.

L'un des jeux de tarots les plus anciens qui serait à l'origine du Tarot dit « de Marseille » sous une forme dessinée primitive est daté de 1392 et il est connu sous le nom de Tarot de Charles VI, avec les réserves nécessairement d'usage pour un tel sujet. Ce qui signifie, aussi, que le Tarot – Livre de Thot-Hermès a été conçu par ses auteurs anonymes comme un moyen de dépôt et de transmission cryptée de la Tradition Primordiale, de la Religion Universelle originelle, pour être tenu à la disposition de ceux qui le désirent, en se montrant respectueux et compétents, et qu'il ne saurait valable ment être rattaché à un auteur, à une époque, à une culture ou à une société particulière dès lors qu'il les comprend toutes à la fois.

Quelques-uns des Maîtres passés les plus respectables et respectés, essayèrent pourtant de transcrire dans le Tarot dit de Marseille leurs connaissances acquises en le réformant ; ces tentatives sont méritoires au regard de la volonté de léguer à leurs disciples sous forme cryptée le fruit de leurs recherches et découvertes ; elles ne doivent toutefois pas se substituer à l'œuvre originale, d'autant que, malgré leurs sincérités et compétences respectives indéniables, ces maîtres passés n'étaient souvent pas d'accord entre eux quant à l'essentiel sur ce point, et que, pour certains, ils n'eurent que le souci de relier ce Grand Jeu de la Nature à une tradition donnée (kabbale hébraïque pour certains, bible pour d'autres) ce qui est par essence même une erreur dès lors, d'une part, qu'il est constant que le Tarot n'est pas issu de ces traditions particulières et ponctuelles auxquelles il s'oppose même fondamentalement en de nombreux points et, d'autre part, qu'il ne peut s'agir dans la réalisation du Grand Œuvre de réduire le Tout, aux éléments diffractés donc imparfaits et incomplets d'une culture religieuse spécifique à une race ou à une histoire particulière.

Peuvent être en ce sens cités les travaux de Court de Gébelin, Docteur Encause dit Papus, d'Oswald Wirth et d'Etteilla (de son vrai nom Alliette) dont on dit de manière absurde pour ce dernier qu'il aurait inventé la divination par le Tarot, alors que les Bohémiens, certes sous forme orale mais de manière indiscutable, l'utilisent à cette fin depuis au moins 400 ans au moment où Etteilla en développe l'usage en 1785.

Le disciple du Livre de Thot- Hermès pourra se reporter avec intérêt aux travaux des maîtres précités, en prenant garde de ne pas substituer ses interprétations personnelles à la nécessaire approche intime du Livre original de la Nature; car, in fine, ces auteurs, comme tous les autres, ont travaillé à partir du Tarot originel dit “de Marseille” et ils ont tenté avec plus ou moins de bonheur de lui ajouter ou de lui retrancher des éléments personnels en fonction de leur propre compréhension ponctuelle, donc relative.

Malgré leurs compétences et sincérité respectives, ces adeptes de l'occultisme ne se sont pas rendu compte que la traduction du Grand Livre de la Nature que constitue le Livre de Thot-Hermès ne s'interprète pas de façon générale, qu'il est lu par chaque disciple compétent en toute intimité individuelle, qu'il se suffit à lui-même sans qu'il soit nécessaire de lui apporter quoi que se soit de supplémentaire à caractère humain ou intellectuel, voire philosophique.

Point n'est donc besoin de redessiner, réécrire, réinventer le Tarot synthèse des sciences sacrées ; il suffit de s'en emparer en sa forme originelle fixée au moment de la Renaissance et de vivre en symbiose avec lui dans la durée, en étant conscient que le maître véritable dans cet accouplement d'une dimension “sur-naturelle” n'est pas celui que l'on croit.

À cet effet, l’initié s’en remettra à un Tarot de Marseille, traditionnel, et choisira préférablement une des versions d’un Tarot imagés par des initiés : Vieville, Noblet, Dodal, Payens, Burdel, Conver, ou le contesté Marteau.


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Noblet                 Dodal                 Burdel               
Parmi les éditions modernes, ré-édition, et rénovations de Tarots, on peut citer les travaux salutaires de Camoin-Jodorowski, de Jean-Claude Flornoy, de maître Henri Corbeau, artisan du Tarot, des éditions Dedalus et des éditions Bourg-Manoir. Ces derniers, nous proposent des Tarots de qualité, rénovés dans le respect, avec l’intention de redonner à cet instrument de divination ses lettres de noblesses...

Quelque soit le Tarot que vous choisirez, le meilleur conseil est de choisir un Tarot qui respectera l’ordre et le sens des archétypes du Tarot dit « de Marseille », donc de préférence un jeu qui respecte les préceptes du Livre de Thot-Hermès.

TAROT ET "CABBALE D’HERMÈS"

Pour la Providence ce qui est « union » ou « désunion », devient amour ou haine pour la Conscience, et plaisir ou souffrance pour le Destin.

Nous retrouvons au niveau des principes le Nombre 1, (la Providence), le Nombre 2, (la Conscience), le Nombre 3, (le Destin, et le germe transformateur).

Essayons de voir comment s’articulent ces principes sur une des plus anciennes cabbales, mais aussi une des plus incontournables ; nous parlons ici des lames du livre de Thoth (le Tarot), et de ses 22 Arcanes majeurs. 

Le livre de Thoth (le Tarot) peut paraître simple et facile et pourtant, ce principe est d’une profondeur quasi insondable...

C’est un processus fractal qui se retrouve à l’identique dans l’infiniment petit les fameux Quarks, et dans l’infiniment grand la Lumière, la Matrice Universelle, le Logos...

D’abord il convient de dire que le Nombre 1, le grand TOUT, ne se divise pas, Il ne fait que se multiplier, comme une corde qui se dédouble et donne l’impression de deux lorsqu’elle se replie sur elle même... Merveilleux symbole de l’ancienne Égypte et du dieu Ptah...

Ce grand « TOUT » est obligatoirement constitué de trois éléments indissociables, Amon-Râ-Ptah, (le « + », le « - », le « neutre »), le mâle, la femelle, l’androgyne, le père, la mère et le fils, le 1, le 2 et le 3, les plus purs symboles d’un principe que nous retrouvons chez Pythagore, qui n’en est pas l’auteur, mais le transmetteur...

1 (Potentialité) 2 (Apprentissage) 3 (Mise en Œuvre)

C’est aussi les triades Bardiques, les trois éléments fondamentaux du Yi King et encore le sage chiffre « 3 » des Tables d’Émeraude, qui ne commence jamais par le 1. C’est le mercure, le soufre et le sel des Alchimistes.

Et de ces trois fondamentaux nous obtenons le « 1 », qui les globalise, et qui devient par ce fait l’élément transformateur le 1 + 3 = 4 de la Croix, de la Tétractys, du trop sectaire YHVH, de l’INRI, de la ROTA ou du TARO.

C’est pourquoi, lorsque l’on ajoute 1 au 3 nous obtenons 4 la matérialité, qui n’est que le 1 sur un des trois plans du TOUT...

Ces trois plans qui ne sont que la perpétuation fractale du ternaire Divin, qui fait que TOUT est dans tout, nous les traduirons de la façon suivante :
- 1) La Providence, Monde mental, archétypal, causal. 
- 2) La Conscience, le monde astral, celui de la volonté, de l’ego. 
- 3) Le Destin, le monde de la matière, de la fatalité des lois de cause à effet, de l’instinct animalier. 

La Providence est irréductiblement séparée de la Destiné, l’une et l’autre, par ce principe de division, sont éternellement dissociées.

La Providence n’ayant aucune action directe sur la Destiné, et inversement.

La Conscience est l’intermédiaire qui a commerce avec les deux, le moteur du mouvement : la Volonté, la liberté.

La Providence, qui est aussi le sanctuaire des Lois de la Création, agit sur la conscience suivant le monde supérieur de l’Amour à savoir qu’elle n’impose rien, elle demande à être librement choisi et reçu par la conscience et dans ce cas la Providence devient des trois composants que sont : la Providence, la Conscience et son fils, l’âme.

La Destiné à l’inverse de la Providence exerce sa très forte domination par attraction, et dans ce cas elle impose les lois de causes à effets, de la matière et de l’incarnation, et la Conscience prisonnière de la Destiné est instinct pur.

Mais la conscience est aussi Volonté, et lorsque la Volonté se libère de la domination de la Destiné, cette dernière devient l’élément d’un ternaire, qui est constitué par la Destiné, la Conscience et son fils l’Esprit.

Ainsi, la Conscience est l’intermédiaire indissociable de la Providence, et de la Destiné, elle est dans son ternaire de Volonté constituée de :

La Conscience, l’Âme et l’Esprit. L’âme dans sa partie mentale ayant affinité avec la Providence, et dans sa partie astrale avec la Conscience.

L’Esprit dans sa partie astrale a affinité avec la Conscience et dans sa partie terrestre avec la Destiné.

Ainsi la Providence assure la prééminence des lois de la Création sur la Destiné par l’entremise de la Conscience, si bien évidemment, celle ci qui dispose du libre arbitre de la Volonté aspire à la recevoir, moyennant quoi son action dans la Destiné sera empreinte de la plus haute et la plus puissante illumination celle de la Divine Création.

Dans le cas contraire, l’expression de la Conscience dans la Destiné sera celle de l’ego de l’Esprit, et quel que soit sont élévation intellectuelle, bien que supérieure à celle de la Destiné finira toujours par être absorbée par cette dernière...

Quant à la Destiné, sans l’influence de la Conscience et de la Volonté, libérées du joug de son implacable attraction, elle est impitoyablement soumise aux lois des causes à effets qui la font retomber inéluctablement dans un cycle perpétuel de temps et de mort.

Ce schéma, nous paraît parfaitement convenir aussi bien à l’atome d’hydrogène, qu’à la galaxie la plus lointaine...

L’homme n’étant qu’un aspect de la Conscience de l’archétype universel qu’est l’Humanité l’Adam Kadmon, tout comme l’atome d’hydrogène n’est qu’un aspect de son humanité archétypale, et qui rend semblable dans ses fonctions, tous les atomes d’hydrogène de l’univers.

Lorsque l’atome d’hydrogène est dans les mâchoires de la Destiné il est eau, arbre, minéral, animal, et lorsqu’il s’élève en conscience il devient Soleil...

Alors la cabbale c’est facile 1, 2, 3 qui donne 4 et ce 4, est le 1 sur une octave différente, "le transformateur"...

Résumons : 

Disons que DIEU (le « TOUT ») se MANIFESTE au travers du TERNAIRE DIVIN: LA PROVIDENCE... LA CONSCIENCE... LE DESTIN... 

- LA PROVIDENCE est Lois de la Divine Création (Amour) et se reçoit par adhésion volontaire et confondement. 

- LA CONSCIENCE est Volonté et liberté. 

- LE DESTIN est Fatalité mais une invitation à l’affranchissement. 

Ce livre, « Le Tarot », un jeu d’enfant certes ! Mais qui mène très vite aux écuries d’Augias ! 

Quoiqu’il en soit... Providence à celui qui s’ouvre pleinement à elles!

jeudi 19 juillet 2012

LA TABLE D'ÉMERAUDE


Planche représentant une version latine de la Table d’émeraude gravée sur un rocher dans une édition de l’Amphitheatrum Sapientiae Eternae (1610) de l’alchimiste allemand Heinrich Khunrath.

La Table d’émeraude (« Tabula Smaragdina » en latin) est un des textes les plus célèbres de la littérature alchimique et hermétique. C’est un texte très court, composé d'une douzaine de formules allégoriques et obscures, dont la fameuse correspondance entre le macrocosme et le microcosme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

Selon la légende, elle présente l’enseignement d’Hermès Trismégiste, fondateur mythique de l'alchimie, et aurait été retrouvée dans son tombeau, gravée sur une tablette d’émeraude. La plus ancienne version connue se trouve en appendice d’un traité arabe du VIème siècle. Traduite en latin peu après, elle fut commentée par de nombreux alchimistes au Moyen Âge et surtout à la Renaissance.

Après le discrédit scientifique de l'alchimie et le développement de la chimie moderne au XVIIIème siècle, elle a continué à fasciner occultistes et ésotéristes.

Historique 

À partir du 3ème ou du 2ème siècle av. J.-C., on voit apparaître dans l'Égypte hellénistique des textes grecs attribués au personnage mythique d'Hermès Trismégiste, détenteur de toutes les connaissances. Il s'agit d'un ensemble hétéroclite de textes (les « Hermetica ») à caractère parfois alchimique, mais aussi magique, astrologique ou médicinal, qui culmine avec les traités mystico-philosophiques du « Corpus Hermeticum » du 2ème ou 3ème siècle.

Dans l'un d'eux, la « Koré Kosmou » (la « pupille du monde »), Hermès grave et cache ses enseignements avant de remonter au ciel « afin qu'eût à les chercher toute génération née après le monde ».

En 640, l'Égypte, devenue entre temps chrétienne et byzantine, est conquise par les Arabes qui vont perpétuer la tradition hermétique et alchimique dans laquelle s'inscrit la Table d'émeraude.

Jusqu'au début du XXème siècle, on ne connaissait que des versions latines de la Table d’émeraude, les plus anciennes remontant à 2 siècles av. J.C. Ce sont l’historien des sciences anglais E.J. Holmyard (1891-1959) et l’orientaliste allemand Julius Ruska (1867-1949), qui en ont retrouvé les premières versions arabes.

Les manuscrits arabes

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Une page du « Secrets des Secrets » (Kitâb Sirr al-asrâr), avec deux tableaux permettant de déterminer si un patient va vivre ou mourir en fonction de la valeur numérique de son nom.

La Table d'émeraude a été retrouvée sous différentes versions dans une vingtaine de manuscrits arabes médiévaux. La plus ancienne version figure en appendice d’un traité qui aurait été composé au vie siècle, le « Livre du Secret » de la Création, Kitâb sirr al-Halîka (et dont on a une copie datant de 825).

Ce texte se présente comme une traduction du grec d’Apollonius de Tyane, sous son nom arabe Balînûs. L’hypothèse d'un original grec (peut-être du ive siècle) est vraisemblable, même si aucun manuscrit n'a été retrouvé; l'attribution à Apollonius, quoique fausse (pseudépigraphique), est courante dans les textes arabes médiévaux de magie, d’astrologie ou d’alchimie.

L’introduction du Livre du secret de la Création est un récit qui explique notamment que « toutes choses sont composées de quatre principes élémentaires, le chaud, le froid, l’humide et le sec » (les quatre qualités d'Aristote), dont les combinaisons expliquent les « rapports de sympathie et d’antipathie entre les êtres ». Balînûs « maître des talismans et des merveilles » pénètre dans une crypte sous la statue d’Hermès Trismégiste et y trouve la tablette d’émeraude entre les mains d’un vieillard assis, et un livre.

Le cœur de l’ouvrage est pour l'essentiel un traité alchimique où on trouve notamment pour la première fois l'idée que tous les métaux sont constitués à partir du soufre et du mercure, théorie fondamentale de l’alchimie au Moyen Âge.

Le texte de la Table d’émeraude vient en dernier, comme en appendice, et un des problèmes de son interprétation est de savoir s’il s’agit d’une pièce rapportée, de portée uniquement cosmogonique, ou bien s’il forme un tout avec le reste de l'ouvrage, auquel cas il a dès l'origine une signification alchimique.

L’émeraude est la pierre traditionnellement associée à Hermès, comme le mercure est son métal, Mars étant associée aux pierres rouges et au fer, Saturne aux pierres noires et au plomb.

Dans l'Antiquité, Grecs et Égyptiens désignaient comme émeraude la plupart des minéraux de couleur verte (jaspe vert et même granit vert), et au Moyen Âge c'était le cas pour des objets en verre coloré, comme la « Table d'émeraude » des rois wisigoths ou la « Sacro Catino » de Gênes (un plat dont s'emparèrent les croisés lors du sac de Césarée en 1011, et qui passait pour avoir été offert par la Reine de Saba à Salomon et avoir servi lors de la Cène).

Cette version de la Table d’émeraude se retrouve aussi dans le Kitab Ustuqus al-Uss al-Thani (Livre élémentaire du fondement) attribué à l’alchimiste du viiie siècle Jâbir ibn Hayyân, connu en Europe sous le nom de Geber.

Une autre version se trouve dans un livre hétéroclite du xe siècle le « Secrets des Secrets » (Sirr al-asrâr), qui se présente comme une pseudo-lettre d’Aristote à Alexandre le Grand pendant la conquête de la Perse, et qui traite de politique, de morale, de physiognomonie, d’astrologie, d’alchimie, de médecine... Le texte est là-aussi attribué à Hermès mais sans le récit de la découverte de la tablette.

Le topos littéraire de la découverte de la sagesse cachée d'Hermès se retrouve dans d'autres textes arabes des environs du xe siècle. Notamment dans le « Livre de Cratès » : alors qu'il se trouve en prière dans le temple de Sérapis, Cratès, un philosophe grec, a la vision d'« un vieillard, le plus beau des hommes, assis dans une chaire ; il était revêtu de vêtements blancs et tenait à la main une planche de la chaire, sur laquelle était placé un livre [...]. Quand je demandais quel était ce vieillard, on me répondit : “C'est Hermès Trismégiste, et le livre qui est devant lui est un de ceux qui contiennent l'explication des secrets qu'il a cachés aux hommes.” ».

C'est aussi le cas dans le texte connu sous le nom latin deTabula Chemica de Senior Zadith, c'est-à-dire l'alchimiste arabe Ibn Umai, dans lequel une table de pierre, repose sur les genoux d'Hermès Trismégiste, dans la chambre secrète d'une pyramide. Ici la table n'est pas gravée d'un texte mais de symboles « hiéroglyphiques ».

Les versions latines

Le livre du secret de la création fut traduit en latin (« Liber de secretis naturae ») au début du xiie siècle par Hugues de Santalla, mais cette version de la Table d’émeraude ne fut pas très répandue.

Le « Secretum Secretorum » est traduit en latin en version courte par Johannes Hispalensis ou Hispaniensis (Jean de Séville) vers 1140, puis en version longue par Philippe de Tripoli vers 1220, et est un des livres les plus célèbres du Moyen Âge.

Une troisième version latine se trouve dans un traité d’alchimie datant probablement aussi du xiie siècle (mais dont on ne connaît pas de manuscrit avant le xiiie ou le xive siècle), le « Liber Hermetis de alchimia » (Livre d’alchimie d’Hermès). C'est cette version, dite « vulgate » qui est la plus répandue.

Texte latin et texte français 

Tabula smaragdina Hermetis Trismegisti :

« Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius. Et sicut omnes res fuerunt ab uno, meditatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione. Pater ejus est Sol, mater ejus Luna; portavit illud Ventus in ventre suo; nutrix ejus Terra est. Pater omnis telesmi totius mundi est hic. Vis ejus integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso, suaviter, cum magno ingenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugiet a te omnis obscuritas. Hic est totius fortitudine fortitudo fortis; quia vincet omnem rem subtilem, omnemque solidam penetrabit. Sic mundus creatus est. Hinc erunt adaptationes mirabiles, quarum modus est hic. Itaque vocatus sum Hermes Trismegistus, habens tres partes philosophiæ totius mundi. Completum est quod dixi de operatione Solis. » 

La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste :
père des Philosophes (traduction de l’Hortulain) 

« Il est vrai, sans mensonge, certain, & très véritable: Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront & sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé. » 



La découverte de la Table d'Hermès dans l’« Aurora consurgens »

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La Table d'émeraude et sa découverte légendaire sont citées pour la première fois dans son De essentiis (1143) par Herman de Carinthie, ami de Robert de Chester, le traducteur en 1144 du Liber de compositione alchimiæ considéré comme le premier traité d'alchimie en occident.

On la retrouve dans le De mineralibus d’Albert le Grand, vers 1256. Vers 1275-1280, Roger Bacon traduit et commente le Secret des Secrets, et par une interprétation entièrement alchimique de la Table d’émeraude, en fait un résumé allégorique du Grand Œuvre.

Le commentaire le plus connu est celui de l'Hortulain, alchimiste dont on ne sait presque rien, dans la première moitié du xive siècle : « Moi donc Hortulain, c'est-à-dire jardinier, [...] j'ai voulu mettre en écrit la déclaration et explication certaine des paroles d'Hermès, père des philosophes, quoiqu'elles soient obscures ; et déclarer sincèrement toute la pratique de la véritable œuvre. Et certes il ne sert de rien aux philosophes de vouloir cacher la science dans leurs écrits, lorsque la doctrine du Saint Esprit opère ».

Ce texte se situe dans la lignée de l'alchimie symbolique qui se développe au xive siècle, avec notamment les textes attribués au médecin catalan Arnaud de Villeneuve), qui poussent la comparaison allégorique entre les mystères chrétiens et les opérations alchimiques.

Dans le commentaire de l'Hortulain, dépouillé de considérations pratiques, le grand œuvre est une imitation de le création divine du monde à partir du chaos : « “Et comme toutes choses ont été et sont venues d'un par la méditation d'un” : Il [Hermès Trismégiste] donne ici un exemple disant : comme toutes choses ont été et sont sorties d'un, c'est à savoir, d'un globe confus “par la méditation”, c'est-à-dire, par la pensée et création d'un, c'est-à-dire, de Dieu tout-puissant. » Le soleil et la lune représentent l'or et l'argent alchimiques.

La Tabula Chemica de Senior, dans laquelle la table est gravée de symboles, est traduite dès le xiie siècle ou le xiiie siècle. Et à partir de 1420, de larges extraits en sont repris dans un texte illuminé, l’Aurora consurgens, qui est l'un des tout premiers cycles de symboles alchimiques.

Une des illustrations montre la découverte de la table d'Hermès, dans un temple surmonté d'aigles sagittaires (représentant les éléments volatils). Ce motif est fréquemment repris dans les imprimés de la Renaissance, et est l'expression visuelle du mythe de la redécouverte du savoir antique — la transmission de ce savoir, sous forme de pictogrammes hiéroglyphiques lui permettant d'échapper aux déformations de l'interprétation humaine et verbale. 

De la Renaissance aux Lumières 

À la Renaissance s'impose l'idée qu'Hermès Trismégiste est le fondateur de l'alchimie, en même temps que la légende de la découverte évolue et s’entremêle aux récits bibliques. C'est notamment le cas à la fin du xve siècle dans le Livre de la philosophie naturelle des métaux du pseudo-Bernard le Trévisan : « Le premier inventeur de cet Art ce fut Hermès le Triple : car il sut toute triple philosophie naturelle, savoir Minérale, Végétale et Animale ». Il retrouve après le déluge, dans la vallée d’Hébron, celle où Adam vivait après avoir été chassé du paradis terrestre, sept tables de marbre sur lesquelles sont gravés les principes des sept arts libéraux. Il en tire un bref ouvrage (qui reproduit le début de la Table d’émeraude), qui passe à son disciple Pythagore, puis à Platon, Aristote et enfin à Alexandre le Grand.

Ainsi, la sagesse antédiluvienne s’est transmise, indépendamment de la révélation faite à Moïse au Sinaï.  Elle évolue encore avec Jérôme Torella, dans un livre d’astrologie Opus Praeclarum de imaginibus astrologicis (Valence, 1496), où c’est Alexandre le Grand qui, en se rendant à l’oracle d’Amon en Égypte, découvre une Tabula Zaradi dans le tombeau d’Hermès. Cette histoire est reprise par Michael Maier, médecin et conseiller de l’« empereur-alchimiste » Rodolphe II dans son symbola aureae mensae(Francfort, 1617), et qui se réfère à un "Liber de Secretis Chymicis" attribué à Albert le Grand. La même année, il publie le célèbreAtalanta Fugiens (Atalante fuyante), illustré par Théodore de Bry de cinquante emblèmes alchimiques, chacun accompagné d’un poème, de la partition d'une fugue et d’explications alchimiques et mythologiques. Les deux premiers emblèmes illustrent un passage de laTable d’émeraude : « le vent l’a porté dans son ventre ; la terre est sa nourrice », et le texte explicatif commence par « Hermès, le plus diligent explorateur de tout secret naturel, dans sa Table d’émeraude, décrit parfaitement, bien que brièvement, l’œuvre de la nature. ».

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1er emblème de l’Atalanta Fugiens : le vent l’a porté dans son ventre. 

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2e emblème de l’Atalanta Fugiens : sa nourrice est la terre.

vendredi 6 juillet 2012

ORIGINE DU TAROT

Introduction et considérations générales

Depuis 2 siècles, plus de 7000 jeux de tarots différents ont été dessinés et imprimés, c’est dire la fascination qu’exerce toujours cet art divinatoire, en dépit du rationalisme ambiant.

Mais l’origine du jeu en lui-même demeure mystérieuse.

Selon les auteurs, il est tour à tour d’origine Égyptienne, Chaldéenne, Hébreux, Arabe, Hindoue, Grecque, Chinoise, Gitane, Maya… voire extraterrestre ou angélique.

Différents occultistes ou historiens prétendirent avoir retrouvé l’essence du Tarot originel, son écriture et son sens premier.


Quelques cartes issues du tarot de Marseille de GEOFFROY CATELIN de Lyon en 1557

Mais personne ne sait vraiment qui est l’auteur ou qui sont les auteurs du Tarot, ni même où, quand, ni par quelle démarche il a été créé, ni quels sont sa forme et son fond originaux.

On n’en sait pas plus sur l’origine étymologique du mot « TAROT », ni à quelle langue on le doit.

Le mot serait Égyptien (Tar : chemin et Ros ou Rob : Royal), Indo-Tartare (Tan-Tara : Zodiaque), Hébreux (Tora : Loi), Latin (Rota : la roue et/ou orat : il parle), Sanskrit (Tat : le tout et/ou tar-o : étoile fixe), ou encore Chinois (Tao).

Peut-être le Tarot est-il tout cela à la fois ?

La paternité du Tarot a été revendiquée par divers groupes ethniques ou religieux, sans oublier les sociétés secrètes : des Juifs aux Francs-Maçons, en passant par les Rose-Croix, les Soufis et les Gitans. On peut également voir des influences Chrétiennes, des Evangiles ou de l’Apocalypse de Saint-Jean (ou Livre des Révélations) dans les lames à figures religieuses le Pape, le Diables) ou dans le représentation de vertus ordinales (La Justice) ou cardinales (La Tempérance).

Certains y retrouvent des enseignements Tantriques, Celtiques, du calendrier Aztèque, ou encore Alchimiques, Kabbalistes ou Astrologiques.

Difficile, dans cet enchevêtrement de théories parfois fantaisistes, naïves ou bassement mercantiles re retrouver le « véritable » Tarot de Marseille, ou plutôt, ce qui en a subsisté jusqu’à nous.

Le Tarot reste à ce jour encore anonyme, comme il sied à tout Art Sacré, et l’un des occultistes les plus célèbres, Eliphas Levi l’a défini en ces termes : « C’est un ouvrage monumental et singulier, simple et fort comme les pyramides, durable par conséquent comme elles, livre qui résume toutes les sciences et dont les combinaisons infinies peuvent résoudre tous les problèmes ; livre qui parle en faisant penser ; inspirateur et régulateur de toutes les conceptions possibles : les chef d’œuvre peut-être de l’esprit humain et à coup sûr une des plus belles choses que nous ait laissé l’Antiquité ; clavicule universelle, véritable machine philosophique qui empêche l’esprit de s’égarer, tout en lui laissant son initiative et sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l’absolu, c’est l’alliance du positif à l’idéal, c’est une loterie de pensées toutes rigoureusement juste comme les nombres, c’est enfin peut-être ce que le génie humain a jamais conçu tout à la fois de plus simple et de plus grand. » (Dogme et Rituels de Haute Magie, 1854).

Dans cette introduction, je vais me contenter de décrire brièvement la composition du Tarot en lui-même, afin que le lecteur novice ne se sente pas perdu dans la suite des développements.

Le Tarot de Marseille, au sens classique du termes compte 78 cartes au total, cartes que l’on appelle dans le jargon des « lames » ou des « arcanes », lesquelles se divisent en 2 types : les lames dites « majeures » et les lames dites « mineures » par ordre d’importance.

Il y a 56 lames ou arcanes mineures, qui reprennent pour leur part peu ou prou les figures des jeux de cartes à jouer, c’est-à-dire 4 séries de 14 lames ayant pour couleurs les Deniers, les Bâtons, les Epées et les Coupes (il est d’ailleurs à noter que ses couleurs se retrouvent dans les anciens jeux de cartes à jouer espagnols).

À l’intérieur de chaque série se retrouvent 4 figures ou « honneurs » : le Roi (ou Roy), la Reine (ou Reyne, ou encore la Dame, tout simplement), le Cavalier et enfin le Valet, puis 10 chiffres de l’As au 10.

Les lames ou arcanes majeures sont au nombre de 22, ou pour être plus précis, de 21 plus une. L’iconographie est propre à chaque lame et leur symbolique est plus forte, plus chargée de sens. Elles représentent aussi bien des personnages, que des vertus ou encore des astres. Elles sont la valeur ajoutée du Tarot, ce qui le distingue d’un banal jeu de cartes. Ce sont elles qui exercent la plus grande fascination sur les auteurs, des occultistes aux philosophes, en passant par les psychiatres.

Je vais pour l’instant me borner à les nommer, par ordre d’apparition dans le jeu :

0. Le Mât (ou le Fou, qui est à la fois la première et la dernière lame du jeu… ça se complique déjà…)
I. Le Bateleur (parfois appelé, à tord, "Le Magicien" dans les jeux les plus modernes)
II. La Papesse
III. L’Impératrice
IV. L’Empereur
V. Le Pape
VI. L’Amoureux
VII. Le Chariot
VIII. La Justice
IX. L’Hermite
X. La Roue-de-Fortune (parfois "Les Destinées")
XI. La Force
XII. Le Pendu
XIII. L’Arcane sans Nom (souvent improprement nommée "La Mort")
XIV. La Tempérance
XV. Le Diable
XVI. La Maison-Dieu (on peut parfois trouver "La Tour" ou "La Foudre")
XVII. L’Étoile
XVIII. La Lune
XIX. Le Soleil
XX. Le Jugement
XXI. Le Monde.

Le lecteur averti n’aura pas manqué de remarquer avant toutes choses que le jeu mêle les figures religieuses chrétiennes et les figures païennes, les personnages politiques séculiers et les figures mystiques.

Et il aura raison… le Tarot est sans doute tout cela à la fois, Chrétien et Païen, terrestre et céleste.

Il est à noter, pour terminer cette longue – mais nécessaire – introduction que cette description en 78 lames s’applique précisément au Tarot de Marseille dans sa version la plus classique, ainsi qu’aux autres jeux de tarots calqués sur son modèle. Mais il existe également des Tarots qui comportent 81 lames (comme plusieurs Tarots dits Égyptiens), plus rarement 79 ou 80, et encore plus rarement au-delà.

Enfin, il existe d’innombrables autres jeux divinatoires, symboliques, méditatifs ou philosophiques qui ne correspondent pas aux canons de Tarot, et que l’on désigne sous le vocable générique d’ « Oracles » (Oracle de Belline ou Oracle Gé, pour ne citer qu’eux parmi les plus utilisés).

Dans ce dossier, je ne m’intéresserais qu’à la forme classique du Tarot de Marseille, ce qui est déjà bien suffisant…

I. Une recherche historique mouvante et inachevée…

Du jeu de cartes au Tarot

Il n'existe toujours pas de consensus, loin de là, entre spécialistes quant à la naissance réelle (où ? pourquoi ? comment ?…) du Tarot. Tout juste des théories majoritairement acceptées.

Cela vient probablement du fait que le Tarot n’est pas apparu parfait et entier en une seule et même fois, comme le lapin du chapeau du magicien, mais qu’il est au contraire le fruit d’une réflexion progressive, de rencontres en civilisations, entre l’Orient et l’Occident, et qu’il est toujours et encore l’objet de recherches au niveau historique, certes, mais également symbolique.

Le Tarot n’est pas et n’a jamais été un objet figé, une pièce de musée sur une étagère poussiéreuse… au contraire, il a été et il est toujours objet et sujet de recherche, de questionnement et d’interprétation. Le Tarot est et à toujours été « vivant ».

D’ailleurs, on ne sait toujours pas si à sa création le Jeu de Tarot n’ait pas été « qu’un » jeu de cartes à jouer, et que son utilisation initiatique et divinatoire se soit manifestée ultérieurement.

Les premiers jeux de cartes à jouer seraient apparus – entre autres choses – au court du Vème siècle en Chine. De là, ils suivirent la Route de la Soie jusqu’au Moyen-Orient, où ils prirent le nom de « Naïbs ». Enfin, ils parvinrent en Europe, via l’Espagne Mauresque.

Dans les années 1370, les premiers jeux sont donc d’inspiration Sarrasine : les cavaliers, notamment, portent des épées à lames courbes, les cimeterres, de même que les couleurs (coupes – ou tasses – épées, deniers et bâtons – ou maillet – ) sont une référence directe à la culture mamelouk.

Ces cartes ne comportent que des séries d’honneurs (ou figures) et de chiffres, analogues à celles que l’on retrouve sur nos jeux de cartes traditionnels et aux lames mineures. Les arcanes majeures, elles, sont donc d’apparition plus tardive.

On retrouve les premières références historiques de ces jeux, encore de pur divertissement, vers la fin du XIVème siècle, lorsque paraissent des décrets d’interdiction à Paris, Florence ou encore Lille, les jeux de hasard subissant à cette époque les foudres de l’Eglise.

Le jeu le plus ancien conservé à ce jour possède – ou ne possède plus que – 17 cartes. Il est appelé de « Charles VI », mais il est plus connu sous le nom de « Gringonneur » d’après le patronyme du peintre auprès duquel le Roi l’aurait commandé en 1392, comme l’atteste un état de paiement reçu par l’artiste. Mais il est presque acquis que Gringonneur s’est fortement inspiré de jeux existants déjà en Italie du Nord (à Venise ou Ferrare) à la même époque.

La tradition divinatoire existe, quant à elle, depuis l’Antiquité, et sans doute même avant. Les textes de Cicéron et Plutarque au Ier siècle attestent de l’existence d’une sorte de divination par le tirage de « sorts » (des lamelles d’écorces gravées de symboles variés) ou encore de tablettes de bois ou d’argile tirées au hasard aux abord des Temples (notamment celui de Fortuna à Peneste).

Le Tarot le plus proche de celui que nous connaissons aujourd’hui aurait vu le jour en Italie du Nord, alors en plein « Quattrocento » dans des villes aristocratiques et intellectuelles, telles que Bologne, Milan, Florence ou encore Ferrare, avant de prendre peu à peu le chemin des autres cours européennes, au gré des échanges commerciaux et des voyageurs.

À cette époque, le Tarot était toujours un jeu, mais il fut également dans les cours aristocratiques le support privilégié de divertissements raffinés tels que l’écriture de poèmes galants ou encore de sortes de « jeux de la vérité » et autres « portraits chinois » intellectuellement sophistiqués.

Dès la fin du XIV siècle, les prédicateurs et l’Église dénoncèrent le Tarot comme étant l’œuvre du Malin et conduisant l’homme au vice et à l’immoralité… ce qui n’empêcha pas le moins du monde la diffusion des jeux de Tarots à toute l’Europe, où seule l’apparition de jeux plus modernes parvint à les supplanter.

Le plus connu des jeux de tarots, ou « tarocchi » (qui serait l’origine étymologique historiquement orthodoxe du mot « tarot ») est le Tarot Princier dit des « Visconti-Sforza » qui date de 1447. Il a été crée par le peintre Bonifacio Bembo à l’occasion du mariage du Duc de Milan Francisco Sforza et de Bianca Maria Visconti.

Il se compose de 78 cartes, et non plus 54 ou 56 comme les premiers jeux à jouer. Son iconographie riche et la finesse de ses dorures expliquent probablement qu’il soit encore réédité de nos jours.

C’est sans doute vers cette époque que la vingtaine (leur nombre n’est pas encore fixé… ou connu précisément) de lames majeurs, les « Triomfi » ou « triomphes » s’ajoutent aux cartes ordinaires, sans que l’on sache encore aujourd’hui avec certitude pour quelle raison.

On ne sait pas non plus si c’est ce qui a fait passer le Tarot de simple divertissement à mancie ou chemin initiatique.

Le tarot des Visconti-Sforza a été offert selon toutes probabilités en tant qu’objet d’art et jeu d’argent, mais quelques 150 ans plus tard, en 1589, on retrouve à Venise les minutes d’un procès qui suggèrent – au moins dans l’esprit des accusateurs – une association entre Tarot et Sorcellerie. Et après cela, plus rien.



Quelques cartes du tarot original PIERPONT-MORGAN-VISCONTI de Milan, vers 1441 ou 1452

Il faudra attendre l’avènement des ésotéristes occidentaux (Rose-Croix, Kabbalistes, Francs-Maçons et autres Martinistes) à la fin du XVIIIème siècle pour que le Tarot prenne enfin sa dimension initiatique et divinatoire qui nous fascine encore aujourd’hui.

En France, la plus ancienne référence au Tarot se retrouve en 1534 chez Rabelais, dans son Gargantua, sous la forme du jeu de « tarau » pratiqué par le jeune géant.

À cette époque, les jeux de cartes français sont surtout imprimés à Lyon (jeu de Catelin Geoffroy en 1557) et Paris.

En 1650, le jeu de tarot prend peu à peu la forme que nous connaissons avec le Tarot de Jean Noblet en 1650, bien que le Tarot ancien le plus proche de notre Tarot divinatoire actuel serait celui de François Chosson publié en 1672. Il en existeraient de plus ancien remontant jusqu’à 1608, mais il n’en subsiste aucune trace à ce jour.

Durant tous les XVIIème et XVIIIème siècles, de nouveaux tarots, très proches de ceux de Noblet et Chosson sont publiés un peu partout en France à Chambéry, Avignon (Tarot de Payen 1713), Besançon ou encore Epinal. Ils sont d’ailleurs pour certains de nouveaux imprimés aujourd’hui et font la joie des tarologues amateurs et des collectionneurs.

Mais c’est bien sûr à Marseille que naît en 1760 le tarot de Nicolas Conver, celui qui deviendra et qui reste encore à ce jour la référence en matière de Tarot et qui est pour ainsi dire mondialement connu sous le nom de « Tarot de Marseille ».

Et là encore, bien malin qui pourrait dire si ce jeu avait déjà acquis lors de sa création sa dimension ésotérique et divinatoire.


Évolution de l'arcane du !FOU" à travers les tarots de Noblet (1650), Dodal (1701) et Conver (1760)


II. De l’histoire à la légende



Ou comment la légende éclaire le symbole

Nous l’avons vu, le Tarot n’est pas apparu ex-nihilo, mais se retrouve aux confins des cultures à la fois orientales et occidentales. Toutes ces cultures ont intégré, interprété et se sont réapproprié ses symboles, à la fois archétypaux et relatifs. C’est ce qui fait la force, mais aussi le grand mystère du Tarot.

Si tous les plus grands personnages de l’ésotérisme traditionnel comme moderne se sont appliqués à retrouver la source de ses symboles et leurs significations premières, force est de constater que personne n’a pu déterminer quand, où et comment le Tarot est passé de « simple » jeu, à un instrument d’initiation et de divination.

Est-ce le fruit d’une tradition orale plus ancienne, véhiculée par les peuples nomades indo-européens (Gitans ou Bohémiens ) ?

Est-ce l’aboutissement d’un code secret alchimique, dans le but d’échapper à l’Inquisition ?

Ou est-ce plus simplement le résultat de la réflexion plus tardive d’ésotéristes occidentaux ? A moins qu’ils n’aient redécouvert un langage plus ancien… ?

Si la plupart des auteurs prétendirent tour à tour avoir retrouvé l’essence originaire du Tarot, et l’on souvent modifié en fonction de ce qu’ils croyaient être cette essence originaire ( ce qui donne, aujourd’hui, autant de jeux différents )… nul n’est en mesure de répondre à ces questions avec une absolue certitude.

Ce dossier n’a certainement pas la prétention d’avancer une énième théorie prétendument révolutionnaire, mais d’exposer les plus connues et reconnues d’entre elles, dans le but de montrer comment toutes, anciennes comme modernes, ont éclairer et forger le symbolisme du jeu.

Une longue tradition ésotérique :

C’est de 1781 que date la première référence écrite et avérée au caractère ésotérique et divinatoire du Tarot. On la doit à un archéologue, pasteur protestant et Franc-maçon Antoine Court de Gébelin, dans la publication de son 8ème volume du Monde Primitif, dans lequel il affirme que les symboles du Tarot appartiennent ancien livre renfermant le savoir caché des Prêtres Égyptiens, Le Livre de Thot (dont aucune source sérieuse n’atteste l’existence réelle en Égypte ancienne).

Court de Gébelin n’avance pour se justifier aucune preuve autre que son intuition, mais ceci n’empêche pas un autre Franc-maçon, un barbier du nom d’Alliette de reprendre ses thèses à son compte.

En 1783, Alliette inverse l’ordre des lettres de son nom, prend le pseudonyme d’Eteilla et devient l’un des voyant et devin les plus en vue de la place de Paris.

Il créé lui-même son propre tarot, auquel il ajoute des éléments d’astrologie et de Kabbale Hébraïque, le baptise Livre de Thot, et en fait le plus ancien livre du monde. Ce jeu connu un grand succès à l’époque Napoléonienne et il existe toujours sous le nom de « Grand Eteilla », dans d’ailleurs plusieurs versions plus ou moins modernisées, comme de nombreux jeux s’inspirant de la tradition religieuse et spirituelle égyptienne et ses graphismes.

Près de 50 ans plus tard, c’est au tour d’un autre personnage haut en couleurs de l’occultisme, alors en plein âge d’Or, de donner sa propre version de l’histoire du Tarot. Alphonse Louis Constant (1810-1875) fut plus connu sous le nom d’Eliphas Levi (la traduction hébraïque de son prénom), ex-séminariste qui jeta sa soutane par amour, il mena une vie de bohème, tour à tour aventurier, philosophe et occultiste.

Il réfute l’interprétation égyptienne ainsi que les dessins originaux du Tarot de Marseille de Nicolas Conver, qu’il juge décidément trop « exotériques » et livre sa propre vision, plus « ésotérique ». Il inscrit plus profondément encore le Tarot dans l’Art de la Kabbale et fait correspondre les 22 arcanes majeurs aux 22 lettres de l’alphabet hébraïques. Il ne s’arrête pas en si bon chemin et modifie certains arcanes, tout en écartant les 56 lames mineures.

Il n’en demeure pas moins qu’Eliphas Levi n’était certes pas le premier venu : c’est en effet à lui que l’on doit le terme même de « sciences occultes » et ses nombreux livres ont posé les bases de l’occultisme et de l’ésotérisme que nous connaissons encore aujourd’hui. A la fin de sa vie, Alphonse Louis Constant bénéficiait de l’estime de ses pairs et de ses disciples grâce à sa grande érudition et à son esprit brillant.

En 1889, Oswald Wirth (1860-1943 ) publie le Tarot des Imagiers du Moyen-Âge. Il reprend les idées Kabbalistes de Lévi, et pousse encore plus loin le syncrétisme du Tarot, en y fusionnant la tradition alchimique, l’iconographie des bâtisseurs de cathédrales, la vision égyptienne – tout en réfutant son caractère originaire – des chiffres arabes ou des symboles taoïstes, qui se retrouvent à l’intérieur de chaque carte.

Ce goût du syncrétisme s’explique par la personnalité de Wirth. Ce Suisse allemand, Franc-Maçon et membre de la Société Théosophique, fût le disciple, l’ami et le secrétaire d’un autre grand penseur de l’ésotérisme occidental, le lorrain Stanislas de Guaïta. C’est pour ce dernier que Wirth entreprend de dessiner un nouveau tarot en 1887. Ce travail le passionne tellement qu’il passera 2 ans à rédiger un livre et concevoir son jeu, qui restent encore parmi les plus utilisés.


Dans la vision d'Oswald Wirth. On notera la reprise de la numérotation hébraïque au bas des cartes

En 1910, un autre occultiste Arthur E Waite publie sa propre version du tarot, le Rider Waite, dessinée d’après ses directives par l’artiste Pamela Colman Smith.


Cet anglais était un membre éminent de la Golden Dawn (Ordre Hermétique de l’Aube Dorée), société secrète britannique qui connu une gloire éphémère, consumée de l’intérieur par des dissensions internes, mais qui marqua l’histoire de l’ésotérisme occidental.

Les choix symbolique et graphique de Waite sont directement dictés par l’enseignement de la Golden Dawn, et c’est à lui que l’on doit la correspondance des 22 arcanes majeures avec l’Arbre de Vie et des 22 voies des 10 Séphiroths de la Kabbale, schéma pour lequel il n’hésita pas modifier l’ordre d’apparition des certaines cartes. Il n’en reste pas moins que la vision kabbalistique, la correspondance avec l’alphabet hébraïque et l’Arbre des Séphiroths sont encore prégnants dans l’interprétation du Tarot en général aujourd’hui, et cette correspondance fut source d’inspiration pour d’autres tarots, notamment celui d’un autre membre de la Golden Dawn Aleister Crowley.

Ce ne sont pas, loin de là, les seules reprises et recherches sur le Tarot, mais cela reste les plus importantes et les plus décrites dans la littérature spécialisée.

L’interprétation moderne du Tarit, tant au niveau symbolique que divinatoire leur doit la plupart de ses bases. Il n’en demeure pas moins que cette recherche reste encore et toujours en pleine ébullition et que cette réflexion serait amputée d’une grande partie de sa substance si elle les passait sous silence.

Les sources interprétatives modernes

La plus importante relecture moderne, de part son caractère innovant, sa profondeur et son mysticisme lumineux est sans conteste celle d’Alexandre Jodorowsky, aidé dans sa tâche par son épouse Marianne Costa. Leur Voie du Tarot demeure le livre de chevet privilégié de tous les tarologues amateurs et autres amateurs de Tarot.

Jodorowsky reste, malgré sa modernité, dans la grande lignée des occultistes du 19 ème siècle par le caractère à la fois foisonnant et éclectique de son œuvre, tour à tour écrivain, scénariste de Bande Dessinée, mystique et réalisateur.

En collaboration avec le Maître Cartier Philippe Camoin, descendant d’une grande maison d’imprimeurs marseillais, il propose une version « restaurée » du Tarot de Marseille, qui est aujourd’hui un des plus gros tirages de jeux divinatoires et l’une des versions du Tarot de Marseille les plus connue et reconnue.

Pour Jodorowsky, le Tarot de Marseille est bien originaire de Marseille… ou plus précisément du Sud de la France et de l’Espagne. Il serait l’héritier d’une époque bénie, aux alentours de l’An Mil, où les 3 grandes religions monothéistes – Juive, Chrétienne et Musulmane – cohabitaient dans la plus grande harmonie.

Soucieux de conserver un témoignage de cette paix, devant la montée progressive de l’intolérance alimentée par la soif de pouvoir des chefs religieux, un « groupe de sages » aurait caché dans un simple jeu de carte la « connaissance sacrée » née de cette paix entre les hommes, afin de la protéger des convoitises jusqu’à ce que des êtres initiés et supérieurs la redécouvrent et sachent l’utiliser à sa juste valeur.

Si cette théorie se base sur des faisceaux d’indices et des présomptions plus que sur des certitudes historiques, elle n’en demeure pas moins séduisante par son romantisme et son mysticisme, tout en cadrant avec le message syncrétique que l’on peut relever dans les symboles du Tarot.

Plus anecdotique, une autre théorie met en avant l’origine romaine des symboles du Tarots, liés aux cultes de Bacchus-Dyonisos, transmis à travers le théâtre romain, puis par les saltimbanques bohémiens.

De même, une autre thèse fait état de l’origine bénédictine du Tarot : un groupe de moines conduit par l’Abbé Suger aurait dissimulé au XIIème siècle les symboles du jeu dans le scriptorium de la Basilique Saint-Denis.

Si ces thèses sont intéressantes intellectuellement parlant, elles ne s’appuient là encore que sur des présomptions et sont très loin de faire l’unanimité au sein des historiens et autres tarologues.

Nous le voyons, force est de constater que la Tarot n’a pas encore, loin s’en faut, livré tous ses secrets. Chaque carte représente des strates successives de symboles qui peuvent référer à plus traditions spirituelles et mystiques, des Chrétiens aux Celtes, des Juifs aux Égyptiens.

Cette plasticité intellectuelle, symbolique et spirituelle du Tarot explique non seulement la fascination qu’il exerce aujourd’hui et exercera sans doute très longtemps, mais également la profusion de jeux différents, des plus basiques ou plus artistiques reprenant plus ou moins l’iconographie originale, qui offre un choix quasi infini.


Exemple de types de cartes montrant la variété des tarots modernes : Le célèbre Tarot Camoin-Jodorowski, le Tarot dit "Livre de Thot-Hermès", le Tarot Aquarian, et le Tarot Astrologica

Le Tarot, par la richesse et la profondeur de ses symboles archétypaux, peut laisser libre court à l’intuition et à l’imagination de chacun. Il n’a pas besoin de mettre un masque… il est le Carnaval tout entier. Il est le fruit d’une évolution, le produit de diverses pensées, qu’il dépasse et transcende toutes.

Son étude, lorsqu’elle est faite avec sérieux et humilité, élève l’esprit et permet même de le soigner, puisqu’il existe des programmes innovants de psychothérapie par la lecture et la méditation sur les arcanes du Tarot de Marseille.

Le Tarot, malgré son âge et ses mystères, n’a pas fini de nous interroger et de nous troubler par son étonnante modernité, car son message essentiel de syncrétisme, d’harmonie et de paix demeure plus que jamais d’actualité.