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dimanche 24 février 2013

RUDOLF STEINER (1861-1925)


Rudolf Steiner (25 février 1861 à Donji Kraljevec, Croatie/Empire austro-hongrois - 30 mars 1925 à Dornach, Suisse) est un philosophe, occultiste et penseur social né en Autriche. Il est le fondateur de l'anthroposophie, qu'il qualifie de « chemin de connaissance », visant à « restaurer le lien entre l'Homme et les mondes spirituels ». Ses adeptes le considèrent généralement à la fois comme un homme de connaissance et un guide spirituel.

Son enseignement est à l'origine de projets aussi divers que les écoles Waldorf, l'agriculture biodynamique, les médicaments et produits cosmétiques Weleda, le mouvement Camphill et la Communauté des Chrétiens.

Chronologie biographique

Avant l'anthroposophie :

Le 25 février 1861, Rudolf Steiner naît à Kraljevec, à l'époque partie de l'Empire austro-hongrois, actuellement en Croatie. Ses parents sont autrichiens. En 1869, sa famille s'installe à Neudörfl, aujourd'hui en Autriche. Il entre au collège moderne et technique de Wiener-Neustadt (Realschule) en 1872. Trois ans plus tard, il commence à s'intéresser à la philosophie. En 1877, il étudie la pensée de Kant.

En 1879, Rudolf Steiner obtient son diplôme de fin d'études avec félicitations. Il continue à étudier la philosophie, en particulier Fichte. En octobre, devient étudiant à l'École supérieure technique de Vienne et se lie avec son professeur de littérature Karl Julius Schröer (1825-1900) qui est philologue et grand connaisseur de l'œuvre de Goethe. Il suit également des cours de philosophie à l'université. En 1880, il fait la connaissance de Félix Kogutzki (1833-1909), le cueilleur de "simples" (herbes médicinales ou aromatiques) qui l'initie à l'occultisme traditionnel et lui aurait fait rencontrer un « maître spirituel » éminent.

En 1882, Schröer conseille Steiner à Josef Kürschner en tant qu'éditeur de l'œuvre scientifique de Goethe. La famille Steiner s'installe dans les environs de Vienne. En 1883, il achève le premier volume pour Josef Kürschner (parution en 1884). En octobre, il met fin à ses études supérieures car il s'intéresse davantage à la philosophie.

En 1884, Steiner devient le précepteur des enfants des époux Specht, et se consacre au jeune Otto qui est hydrocéphale. Il entame une correspondance avec Edouard von Hartmann. En 1886, il fréquente le salon de la poétesse Eugénie delle Grazie et les théologiens de son entourage. Il accepte de collaborer à l'édition des œuvres scientifiques de Goethe dans la grande édition de Weimar, celle dite « de la Grand Duchesse Sophie ». Il étudie les archives de Goethe et de Schiller et fait paraître en 1886 son ouvrageFondements d'une épistémologie de la conception goethéenne du monde compte particulièrement tenu de Schiller.

En 1888, de janvier à juillet, il participe à la rédaction de l'hebdomadaire allemand Deutsche Wochenschrift. Le 9 novembre, il donne une conférence : « Goethe, père d'une esthétique nouvelle ». L'année suivante, il lit Nietzsche et fréquente le salon de la théosophe Marie Lang. Son travail aux Archives à partir de 1890 élargit le cercle de ses connaissances, dont Ernst Haeckel, Hermann Grimm, Otto Erich Hartleben, etc. Il soutient en 1891 sa thèse de doctorat en philosophie à l'université de Rostock : « La question fondamentale de la théorie de la connaissance, compte particulièrement tenu de la Doctrine de la Science de Fichte ». Elle est publiée en 1892, complétée d'un chapitre sous le nom « Vérité et science ».

À partir de 1892, il loge chez la veuve Anna Eunike et l'aide dans l'éducation de ses cinq enfants. En 1894, Steiner publie La Philosophie de la Liberté GA 4. Alors qu'il continue son étude de Nietzsche, il rencontre la sœur de celui-ci, Elisabeth Förster, en 1894 et entre en relations avec les Archives Nietzsche à Naumburg.

L'année suivante, il publie Nietzsche, un homme en lutte contre son temps, GA 5. En 1896, il prépare pour la maison d'éditions Cotta l'édition des œuvres de Schopenhauer et de Jean-Paul. Il termine son travail pour Kürschner. En 1897, il fait paraître Goethe et sa conception du Monde, GA 6. Il s'installe à Berlin chez la famille Eunike. Il est alors co-rédacteur avec Otto Erich Hartleben duMagazin für Litteratur. Il met en scène la pièce de Maurice Maeterlinck : L'Intruse. Il donne aussi des conférences à l'association scientifique « Giordano Bruno » et à celles des jeunes chercheurs et écrivains « Die Kommenden ». En 1898, il donne un cycle de conférences sur « Les Grands courants de la littérature allemande de 1848 à nos jours » à la Société Littéraire Indépendante.

À partir de 1899, il commence à enseigner l'histoire, les sciences et la technique de l'expression orale à l'Université Populaire de Berlin fondée par Wilhelm Liebknecht. Il publie un article dans le Magazin für Litteratur « La révélation secrète de Goethe ». Il épouse civilement Anna Eunike. Il publie aussi son texte « L'égoïsme en philosophie ». En 1900-1901, il fait paraître Visions du monde et de la vie au dix-neuvième siècle, repris en 1914 dans une édition élargie et Les énigmes de la philosophie constituant une histoire de la philosophie occidentale.

Le développement de l'Anthroposophie...



La Théosophie

En 1900, à la demande du Comte Brockdorff, Steiner donne une conférence sur Nietzsche à la Bibliothèque Théosophique. Une semaine plus tard il donne au même endroit une conférence sur Goethe, à caractère ésotérique cette fois. Durant l'hiver, c'est une conférence sur Gustav Theodor Fechner, à laquelle assiste Marie de Sivers. Il cesse alors ses activités à la rédaction du Magazin für Litteratur. L'année suivante, il donne deux cycles de conférences chez les théosophes : le premier portant sur la Mystique auquel assiste Marie de Sivers ; le second cycle a lieu chez les théosophes de Berlin : Le Christianisme, fait mystique.

En janvier 1902, il devient membre de la Société théosophique et secrétaire général pour l'Allemagne.

En juillet, à Londres, il rencontre les responsables de la Société théosophique, dont sa présidente Annie Besant.

En octobre, il participe à la fondation de la Section allemande de la Société théosophique dont il devient le secrétaire général. Marie de Sivers devient sa collaboratrice.

En 1903, c'est la première parution de la revue Luzifer, qui s'appelle à partir de 1904, Lucifer-Gnosis. À partir de 1904, son activité de conférencier prend de l'ampleur, notamment en dehors de Berlin. Il publie le petit livre Théosophie, et écrit des articles pour la revue Lucifer-Gnosis sur la « Chronique de l'Akasha ». Steiner fréquente Kafka et le peintre Kandinsky et publie le Drame d'Edouard Schuré « Les Enfants de Lucifer » dans Lucifer-Gnosis.

Steiner se sépare de sa première épouse, Anna Eunike, et vit avec Marie von Sivers. Annie Besant le nomme responsable de l'École ésotérique de la Section allemande. En 1905, il cesse d'enseigner à l'université populaire de Berlin (École de formation ouvrière). Il donne de nombreuses conférences à Berlin. C'est un an après la création du Cercle intérieur de l'École ésotérique, en 1905, que le rite Yarker le sollicite mais « Ni ce rite, ni l'École ésotérique n'avait à exercer d'influence sur la moelle de son enseignement, …le présent doit reposer sur le passé. Certes, il apporte un message nouveau qui ne pouvait ni ne devait puiser ailleurs qu'à sa propre source : toutefois il cherchait encore à se rattacher par la forme aux traditions existantes ». Il rattache le germe nouveau au fait existant dans le respect de la tradition historique. Rudolf Steiner est donc sollicité par l'obédience maçonnique de l'Ordre Memphis-Misraïm, sous l'égide de John Yarker qui avait succédé à Garibaldi.

Ce dernier avait réuni les deux Ordres séparés jusque là Memphis et Misraïm. Steiner œuvre avec Marie von Sivers durant une décennie à restaurer le cérémonial cultuel et symbolique basé sur la tradition de la sagesse ancienne.

En 1906, Théodor Reuss, représentant de Yarker en Allemagne, présente un cadre à Steiner pour son propre enseignement : "Un bon nombre de participants, il est vrai parlèrent de notre institution comme s'il s'agissait d'un ordre… Il est vrai que nous avions Marie de Sivers et moi, signé des documents concernant nos rapports avec cette institution Yarker. D'aucuns s'en sont servis pour répandre sur notre compte des calomnies de toutes sortes. En fait, on avait attaché une grande importance à une affaire insignifiante. Nos signatures avaient été apposées au bas de certaines « formules ». Nous avions respecté les coutumes. Alors que nous signions, j'avais encore clairement insisté et dit : tout cela n'est que formalité et l'institution que je vais instaurer n'empruntera rien au courant Yarker… Mais j'aimerais faire remarquer en toute modestie qu'à cette époque je croyais encore à la droiture des gens à qui j'avais affaire" (Steiner, Autobiographie, tome II, p. 217-218). L'activité culturelle de l'école ésotérique s'y déroule, elle est ouverte à tous les Ordres ou Sociétés ésotériques. Nombreuses conférences à Berlin, Stuttgart, Cologne, Paris, Munich, Düsseldorf. À la fin de l'année, il voyage en Italie avec Marie von Sivers. Ils passent Noël et le Nouvel-An à Venise.

En 1907, il multiplie les conférences à Berlin, Karlsruhe, Leipzig, Munich, Kassel, Stuttgart, Vienne, Bâle, Nuremberg, Cologne. En mai, le Congrès théosophique européen a lieu à Munich. On y représente la pièce Le Drame sacré d'Eleusis d'Edouard Schuré. Annie Besant et Rudolf Steiner constatent qu'ils ont des conceptions différentes de ce que devrait être l'ésotérisme. Fin mai, avec le 100e membre affilié à « Mystica Aeterna », Steiner devient le dirigeant du Rite de Memphis-Misraïm en Allemagne, des loges sont installées à Berlin, Cologne, Leipzig, Stuttgart et Munich. Il voyage en Italie durant 4 semaines au cours de l'été : 2 semaines à Rome, puis Pise, Gêne, Milan, Lucerne, Berne et lors du retour, en septembre, séjourne quelques jours à Barr, en Alsace, invité par Édouard Schuré.

En 1908, il continue ses conférences : Francfort, Heidelberg, Berlin, Munich, Hambourg, Cologne, Nuremberg, Stuttgart, Leipzig et effectue un nouveau voyage en Italie par mer sur l'Adriatique. Il visite le Paestum et fait l'escalade du Vésuve.

En 1909, le drame de Schuré Les Enfants de Lucifer est joué au Congrès théosophique d'été de Munich. Au printemps, Steiner est invité à Rome par la princesse del Drago. Il donne des conférences dans la Ville. Il séjourne au Palazzo del Drago dans les pièces où Winckelmann avait vécu et développé ses idées sur l'art, qui avaient très fortement intéressé Goethe. Il fait un nouveau séjour de deux semaines en Italie au printemps 1910. La même année paraît l'ouvrage La Science de l'occulte dans ses grandes lignes. C'est aussi la représentation du premier drame-mystère. Il donne de nombreuses conférences à Berlin, Strasbourg, Karlsruhe, Heidelberg, Pforzheim, Kassel, Düsseldorf, Cologne, Vienne, Stuttgart, Munich, Rome, Palerme, Hanovre, Hambourg, Oslo, Berne.

En mars 1911, alors qu'il donne un cycle de conférences à Prague, « La Physiologie occulte », le 17 mars meurt Anna Steiner-Eunike. Au printemps, il fait un séjour de trois mois au bord de l'Adriatique, puis de deux semaines en Autriche, pour le rétablissement de Marie von Sivers. Il donne une conférence à Bologne à l'occasion du Congrès international de philosophie. Marie von Sivers traduit le livre de Schuré Les Sanctuaires d'Orient. En septembre, nouveau voyage en Italie et conférences en Suisse et à Milan.

À l'automne, il entre en conflit avec Annie Besant à cause de l'affaire Alcyone-Krishnamurti qu'elle veut faire passer pour une réincarnation du Christ.

Steiner poursuit ses conférences à Berlin, Stuttgart, Cologne, Coblence, Bâle, Munich, Copenhague, Lugano, Milan, Neuchâtel, Karlsruhe, Leipzig, Nuremberg, Hanovre. En 1912, il fait un dernier voyage en Italie, visite Florence, Pérouse, Assise et donne deux conférences à Milan. Il donne ensuite des conférences à Hanovre, Berlin, Munich, Winterthur, Zürich, Kassel, Breslau, Vienne, Stuttgart, Helsinki, Helsingsfors, Stockholm, Düsseldorf, Copenhague, Norrkörping, Cologne, Hambourg, Bâle, Milan, Neuchâtel, Saint-Gall, Berne. À l'automne 1912, ce sont les premiers pas de l'eurythmie, art du mouvement. Fin 1912, il se sépare de la Société théosophique et à Noël, fonde la Société anthroposophique.

L'anthroposophie


La première assemblée générale de la Société anthroposophique a lieu les 2 et 3 février 1913. Steiner n'exerce aucune fonction administrative, seulement celle d'enseignant et de guide spirituel. Il n'en était même pas membre. La direction devait être assurée par un comité de trois personnes : Carl Unger, Michael Bauer, Marie von Sivers. La Société anthroposophique est exclue officiellement de la Société théosophique le 7 mars 1913 par décision venant d'Adyar. En mai, Steiner voyage à Paris pour la fondation du Groupe Saint-Michel. Il visite Chartres avec Schuré et Marie von Sivers. Le 20 septembre, il pose la première pierre du futur Goethéanum, à Dornach. Il donne des conférences à Cologne, Berlin, Linz, Vienne, Tübingen, Stuttgart, Francfort, Munich, La Haye, Breslau, Düsseldorf, Londres, Paris, Strasbourg, Helsinki, Helsingsfors, Oslo, Bergen, Copenhague, Leipzig.

La guerre limite les déplacements de Steiner à l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse. Le 1er avril 1914, lors de la fête de l'érection des sapins, la charpente du Goethéanum est construite. En août, la guerre éclate. De Bayreuth, Steiner et Sivers rentrent rapidement à Dornach. Eliza Von Moltke, membre de la société théosophique, fait venir Rudolf Steiner au chevet de son mari atteint dans sa santé, le général et chef de l'état-major allemand Helmuth Johannes Ludwig von Moltke le 27 août 1914 à Coblence mais son action réelle est restée ignorée.

Le 24 décembre, Steiner épouse Marie von Sivers. Il donne des conférences à Leipzig, Berlin, Stuttgart, Pförzheim, Munich, Vienne, Dornach, Paris, Bâle, Norrköping. Cette année-là ferme l'école ésotérique, qui fonctionnait depuis 1904.

Il donne des conférences en 1915 à Berlin, Dornach, Vienne, Düsseldorf, Stuttgart et en 1916 à Berne, Liestal, Berlin, Leipzig, Stuttgart, Dornach, Zurich, Bâle. En 1916, il publie un livret très controversé Pensées du temps de guerre publié à Berlin, qui fit démissionner Edouard Schuré.

En 1917, ses activités sociales et politiques, ses remises des mémorandums à de hauts responsables de Berlin et de Vienne restent sans écho. Il réalise la première formulation de la triarticulation de l'être humain. Il donne des conférences à Dornach, Berlin, Zurich, Saint-Gall, Bâle et en 1918 à Dornach, Berne, Munich, Stuttgart, Berlin, Heidenheim, Ulm, Hambourg, Bâle.

En 1919 est fondée l'École Waldorf à Stuttgart. Il donne de nombreuses conférences à Bâle, Zurich, Dornach, Düsseldorf, Stuttgart, Ulm, Berlin; en 1920 à Stuttgart, Bâle, Dornach, Zurich, Berne; en 1921 à Stuttgart, Dornach, La Haye, Berne, Oslo, Berlin, Bâle.

En 1922, conférences à Dornach, Berne, La Haye, Londres, Vienne, Stuttgart, Oxford9, Berlin. Mais à la fin d'une conférence donnée à Munich, Steiner échappe de peu à une agression de perturbateurs fascistes. Dès lors il ne fait plus de conférences publiques en Allemagne. La Communauté des Chrétiens est fondée cette année-là. Le 31 décembre, un incendie criminel détruit le Goethéanum.

1923
Conférences à Dornach, Stuttgart, Berne, Bâle, Penmaenmawr, Prague, Ilkey, Londres, La Haye. Création de la nouvelle Société anthroposophique : la Société anthroposophique universelle, dont Steiner prend la présidence et Albert Steffen, la vice-présidence. Création de l'École libre de science de l'esprit.

1924
1er janvier, Steiner se serait dit empoisonné. Conférences à Dornach, Berne, Zurich, Stuttgart, Prague, Paris, Koberwitz, Breslau, Arnheim, Torquay, Londres. Fin mars, Steiner achève la maquette du second Goethéanum. Mai, première assemblée générale de la Société anthroposophique en France. Juin, naissance de la pédagogie curative à Iéna; naissance de la Bio-dynamie suite au cycle de conférences faites devant les agriculteurs à Koberwitz. Juillet, Congrès anthroposophique et pédagogique à Arnhem aux Pays-Bas. 28 septembre, dernière conférence aux membres. À partir du 1er octobre, Steiner est alité. Il poursuit son Autobiographie et Les Lignes directrices de l'anthroposophiepour parution dans Das Goethéanum.

1925
Termine avec Ita Wegman, l'ouvrage médical à la base de la médecine anthroposophique. Données de base pour un élargissement de l'art de guérir. Steiner meurt le 30 mars, vers 10 heures du matin.

Au sujet de La Philosophie de la liberté...

Jusqu'à la fin de sa vie, Rudolf Steiner attachera une importance première à cet ouvrage. Il déclara, au cours de la deuxième décennie du XXe siècle, au seul étudiant qu'il conseilla en vue du doctorat d'État, Walter-Johannes Stein, qui lui demandait ce qu'il subsisterait de son œuvre dans quelques siècles : « Rien !... sauf La Philosophie de la Liberté, mais à partir d'elle le reste peut être retrouvé. »

Œuvres écrites de Rudolf Steiner :
- Introduction aux œuvres scientifiques de Goethe. (1884-1887)
- Une théorie de la connaissance chez Goethe. (1886), EAR
- Science et Vérité (1892), EAR
- Friedrich Nietzsche, un homme en lutte contre son temps (1895), EAR
- Goethe et sa conception du monde (1897), EAR
- Mystique et Esprit moderne (1901), EAR
- L'Initiation, Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs (1904/05), ET
- La Chronique de l'Akasha (1904-1908), EAR
- Les degrés de la connaissance supérieure (1905-1908), EAR
- La science de l'Occulte [en esquisse] (1910), EAR, ET
- Quatre Drames-Mystères (1910-1913), ET
- Les Guides spirituels de l'homme et de l'humanité (1911)
- Le seuil du monde spirituel (1913), EAR
- Les énigmes de la Philosophie (1914), EAR
- Pensées durant le temps de Guerre (1915) - publication privée.
- Les Énigmes de l'homme (1916)
- Des Énigmes de l'âme (1917), EAR
- L'esprit de Goethe, sa manifestation dans Faust et dans le Conte du Serpent Vert (1918), EAR
- Fondements de l'organisme social (1919 et 1915-1921), EAR
- Philosophie, Cosmologie et Religion (1922)
- Les lignes directrices de l'anthroposophie (1924-1925), EN
- Données de base pour un élargissement de l'art de guérir, en collaboration avec Ita Wegman (1925), ET
- Autobiographie (1923-1925), EAR
- Recueil d'aphorismes : Paroles de Vérité (traduit partiellement)

Conférences publiques, privées et cours qui représentent la majorité des ouvrages de Steiner. Les conférences sont des retranscriptions de sténogrammes non revus par l'auteur. Parmi la trentaine de livres et plus de 6 000 discours publiés, ses œuvres principales comprennent :
- La Philosophie de la liberté (1894)
- Friedrich Nietzsche, un combattant contre son époque (1895)
- Goethe et sa conception du Monde (1886)
- L'Éducation de l'enfant à la lumière de la science spirituelle (1907)
- Théosophie (1904)
- Théosophie du Rose-Croix (1907)
- La Science de l'Occulte (1913)
- Les Quatre Drames-Mystères - L'Éveil des Âmes (1913)

Philosophie de la liberté (1894), EAR, EN, édition Paul de Tarse (1986), PUF (1923). Trad. Germaine Claretie, édi. Alice Sauerwein Lire en ligne sur le site Gallica

Le Christianisme et les Mystères antiques (1902), EAR (Das Christenthum als mystische Thatsache ; trad. d'Édouard Schuré : Le Mystère chrétien et les mystères antiques, Perrin, 1908). Lire en ligne sur le site Gallica

Théosophie. Étude sur la connaissance suprasensible et la destinée humaine (1904), ET, EAR. Trad. Elsa Prozor, éd. Alice Sauerwein Lire en ligne sur le site Gallica

Un chemin vers la connaissance de soi. Huit méditations (1912), Lire en ligne sur le site Gallica

L'ANTHROPOSOPHIE


L'anthroposophie est un courant de pensée et de spiritualité créé au début du xxe siècle par Rudolf Steiner. Selon lui il s'agit d'une science de l'esprit, une tentative d'étudier, d'éprouver et de décrire des phénomènes spirituels avec la même précision et clarté avec lesquelles la science étudie et décrit le monde physique.

Le caractère scientifique de cette démarche, bien que contesté par les représentants de la méthode scientifique, se fonde sur les premiers travaux philosophiques de Rudolf Steiner, dont les premiers ouvrages ("Une théorie de la connaissance chez Goethe", "Vérité et Science", "La philosophie de la liberté") sont consacrés à l'élaboration de son concept scientifique, qu'il rattache en particulier à Goethe, mais aussi à toute la tradition idéaliste allemande.

Les principes de l'anthroposophie ont été appliqués dans divers domaines, comme dans les écoles Steiner, l'agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique.

L'anthroposophie ne doit pas être confondue avec l'anthropologie qui est l'étude empirique de l'humanité et qui appartient au domaine des sciences humaines.

L'origine du terme « anthroposophie »

Le mot anthroposophie (de anthropos et sophia, littéralement « la sagesse de l'homme ») n'est pas un néologisme créé par Rudolf Steiner. On en trouve déjà des traces auxvie siècle chez un auteur anonyme. Puis chez Thomas Vaughan en 1650 dans un livre portant pour titre : « Anthroposophia Magica ».

On le trouve ensuite utilisé chez Troxler (1780-1866) en 1806, chez Immanuel Hermann von Fichte (fils de Johann Gottlieb Fichte) en 1856, chez Gideon Spicker (1872-1920) en 1872, chez le philosophe viennois Robert Zimmermann (1824-1898) en 1882 ; c'est de ce dernier dont Steiner s'est inspiré.

Qu'est-ce que l'anthroposophie ?

Steiner postule que ce qu'il appelle l'observation et le penser seraient les deux piliers de toute connaissance. Il propose, par une intensification conjointe aller-retour de ces deux activités de faire l'expérience de l'essence du penser, qu'il appelle le penser pur.

De ce dernier, l'homme doit pouvoir tirer en toute autonomie le motif de ses actions et agir alors librement. C'est ce que Rudolf Steiner a appelé « l'individualisme éthique ». L'anthroposophie se fonde sur l'affirmation d'un dépassement possible de la vision matérialiste de la nature et du monde en y ajoutant les niveaux suprasensibles de l'existence : processus vitaux, âme et esprit. Selon Steiner :

« L'interprétation correcte du mot « anthroposophie » n'est pas « sagesse de l'homme », mais « conscience de son humanité », c'est-à-dire : éduquer sa volonté, cultiver la connaissance, vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une sophia. »

L'anthroposophie cherche à développer en l'homme les forces nécessaires pour appréhender ce qui existerait au-delà des sens : monde éthérique ou monde des forces formatrices, monde psychique ou astral, monde spirituel. Pour Kant, l'homme ne peut pas connaître ce qui est au-delà des perceptions sensorielles. Pour l'anthroposophie, l'homme peut développer en lui les facultés qui lui permettent de dépasser cette limite.

Sur ce chemin, la connaissance de soi et le développement des forces morales sont présentés comme indispensables pour éviter les « décollements » et prévenir les dérapages.

« La règle d'or est celle-ci : Quand tu tentes de faire un pas en avant dans la connaissance des vérités occultes, avance en même temps de trois pas dans le perfectionnement de ton caractère en direction du bien. »

L'entité du Christ, le Logos ou Verbe, joue un rôle central dans la cosmogonie steinérienne ; toutefois l'anthroposophie ne se conçoit pas elle-même comme une religion.

En se basant sur les résultats de l'investigation spirituelle, l'anthroposophie propose dans tous les domaines de l'existence, des applications pratiques qui se veulent en harmonie avec la nature profonde de l'homme : éducation, médecine, thérapies artistiques, pharmacie, agriculture, économie, vie sociale, arts, etc.

Dans ses œuvres philosophiques que sont Vérité et science et Philosophie de la liberté, Rudolf Steiner a tenté de donner la justification théorique épistémologique de la démarche anthroposophique.

Le développement historique de l'anthroposophie : quatre phases

Première phase

En 1900, Rudolf Steiner était connu comme un spécialiste des œuvres de Nietzsche et de Goethe. Le 22 septembre 1900, il est sollicité, par un groupe local de la Société théosophique allemande, pour une conférence sur Nietzsche qui est mort quelques semaines plus tôt, le 25 août 1900. Il y donnera ensuite le 29 septembre une autre conférence sur Goethe.

Par la suite, Rudolf Steiner donnera de très nombreuses conférences au sein de la Société théosophique, et accepte d'en devenir membre le 17 janvier 1902. Il fut nommé Secrétaire général de la nouvelle section allemande de la Société théosophique le 19 octobre 1902.

De 1902 à 1909, Rudolf Steiner travaille à l'approfondissement de la recherche sur la « science de l'esprit » au sein de la Société théosophique, qui s'efforce de se positionner en interlocuteur légitime face aux courants de pensée philosophiques et scientifiques de l'époque.

Deuxième phase

Travail artistique et eurythmie

Dès 1907, débute à Munich une phase où la priorité sera donnée au travail artistique ; elle durera jusqu'en 1913.

Cette période débute par la représentation en 1907 à Munich d'œuvres dramatiques, imprégnées des principes de la science de l'esprit, telle que Les Mystères d'Éleusis et plus tard, en 1909 : Les Enfants de Lucifer, d'Édouard Schuré). Furent aussi représentés à Munich les quatre Drames-Mystères de Steiner, en 1910 La Porte de l'initiation, en 1911, l'Épreuve de l'âme, en 1912 Le Gardien du Seuil, en 1913 L'Éveil des âmes. C'est surtout Marie de Sivers qui rendit possible ces représentations, non seulement par ses traductions des œuvres de Schuré, mais de par sa formation. En effet, quand, en 1902, elle découvrit la théosophie, elle venait de terminer des études de comédienne à Saint-Pétersbourg et à Paris.

Des artistes, comme les peintres russes Wassily Kandinsky et Alexei Jawlensky, l'écrivain russe Andreï Biély et le poète Christian Morgenstern côtoyèrent de près l'effervescence culturelle anthroposophique au cours de ces années.

Les premiers pas de l'eurythmie se font dès 1912, mais c'est sous l'impulsion de Marie de Sivers qu'elle prit son essor et se développa.

Steiner donna de nombreux cours aux artistes, notamment sur l'eurythmie, sur l'art de la parole et sur l'art dramatique.

Construction du premier Goetheanum

Steiner avait le projet de faire construire à Munich un édifice appelé le « Johannes-Bau » qui aurait été un lieu voué à l'activité artistique en général, notamment théâtrale, et un centre pour la recherche, les rencontres et les conférences afin de répondre aux besoins de l'intense activité qu'il impulsait alors, dans le cadre de la Société théosophique. Après quelques tentatives, le projet échoua pour des raisons administratives. Une opportunité se présenta à Dornach en Suisse, près de Bâle, et c'est là que démarra, en septembre 1913, la construction du Johannes-Bau, lequel fut ensuite rebaptisé « Goetheanum ».

Des ouvriers, des architectes, des sculpteurs et peintres de multiples nationalités y travaillèrent ensemble pendant toute la Première Guerre mondiale et ensuite jusqu'en septembre 1920, suivant les indications de Steiner. Il sculpta lui-même le « Représentant de l'humanité », une énorme statue en bois d'orme qui devait figurer à l'arrière-plan de la scène, à l'est de l'édifice.

Les débuts de la Société anthroposophique

À l'Assemblée générale de 1909 à Adyar, les responsables de la Société théosophique, Annie Besant et C.W. Leadbeater, déclarèrent que Alcyone, le futur Jiddu Krishnamurti, alors âgé de 13 ans, était le Christ réincarné.

Quand les Théosophes constituèrent l'Ordre de l'Étoile d'Orient (Order of the Star of the East), une organisation dont le futur Krishnamurti devait prendre la tête à sa majorité, la rupture de la société anthroposophique avec la Société théosophique devint inévitable.

De fait, cette affirmation allait à l'encontre de l'enseignement de Steiner qui affirmait que l'incarnation du Christ dans un corps humain était un événement unique dans l'histoire de l'humanité.

Steiner s'étendit longuement sur ce sujet dans ses enseignements. De plus, la propagande faite autour d'Alcyone risquait fort de perturber le développement de la Section allemande et de compliquer ses rapports avec les pouvoirs publics, car l'Empire allemand vivait sous le régime de non-séparation de l'Église et de l'État.

Le 8 décembre 1912, le comité de la Section allemande déclara par conséquent que l'appartenance à l'ordre de l'Étoile d'Orient était incompatible avec la qualité de membre de la Section allemande et pria les membres de l'ordre de se conformer à cette décision sous peine d'exclusion.

Par ailleurs, le comité demanda la démission d'Annie Besant. Il en résulta que l'Assemblée annuelle de la Société théosophique qui se tenait à Adyar, à la demande d'Annie Besant, fit dissoudre la Section allemande, dissolution qui ne devint effective que le 7 mars 1913.

Steiner et les membres dissidents, en quelque sorte exclus, fondèrent la Société Anthroposophique Universelle le 3 février 1913, au sein de laquelle Steiner n'exercerait aucune fonction administrative.

La plupart des 2400 membres de la Section allemande de la Société théosophique suivirent Steiner dans son entreprise.

Troisième phase

De 1919 à 1924, l'anthroposophie étend son domaine d'application, durant cette période diverses initiatives voient le jour :

Première approche d'une analyse de l'édifice social par Rudolf Steiner : Le mouvement pour la triarticulation de l'organisme social, dans les mois qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale, a tenté de promouvoir auprès des élites culturelles et politiques allemandes des idées nouvelles pour une reconstruction de la société. Ce mouvement fut un échec politique. Cependant l'impulsion donnée à l'époque est encore présente de nos jours (voir par exemple Nicanor Perlas), et poursuit son chemin. Steiner exposa ses vues concernant l'organisation de la société et l'économie sociale dans quelques cycles de conférences entre 1918 et 1924.

Première école Waldorf : Appliquant la pédagogie de Steiner, elle vit le jour en 1919 à Stuttgart. Initialement c'était une école d'entreprise principalement destinée aux enfants des ouvriers de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria dont le directeur était Emil Molt (1876-1936). Les écoles Waldorf sont aussi appelées Écoles Steiner.

De 1919 à 1924 Steiner donna 15 cycles de conférences, développant les bases d'une pédagogie issue de sa compréhension spirituelle de l'être humain. Les écoles Waldorf n'enseignent cependant pas l'anthroposophie. Ce sont les professeurs qui fondent dans l'anthroposophie et dans la conception de l'homme qu'elle propose, leur capacité à enseigner.

La Communauté des Chrétiens se développe dès 1922 à Dornach avec le projet de rénover la pratique religieuse chrétienne. De jeunes théologiens s'adressèrent au pasteur protestant Friedrich Rittelmeyer (1872-1938), alors membre de la Société anthroposophique à Berlin. Ce dernier se tourna alors vers Rudolf Steiner pour lui demander conseil sur la manière de féconder le domaine cultuel religieux à partir des conceptions anthroposophiques. Steiner accéda à cette demande et organisa deux cours à l'intention de ces théologiens à Stuttgart et à Dornach. Rittelmeyer devint le premier recteur de ce « mouvement de rénovation religieuse » dont le centre s'établit à Stuttgart. La Communauté des Chrétiens, bien que reprenant les enseignements anthroposophiques, est indépendante de la Société anthroposophique.

La médecine, dite médecine anthroposophique, s'est développée suite à des cycles de conférences données à une trentaine de médecins, à leur demande. Une introduction systématique à cette orientation médicale fut rédigée dans un ouvrage que Rudolf Steiner écrivit avec Ita Wegman, médecin hollandais (1876-1943), dont le titre est Données de base pour un élargissement de l'art de guérir selon les connaissances de la science spirituelle. Par la suite, Ita Wegman fonda en 1921, à Arlesheim, près de Bâle, en Suisse, la première clinique anthroposophique, appelée actuellement « Ita Wegman Klinik.

L'agriculture biodynamique a pris naissance en Allemagne, à la demande d'agriculteurs. Rudolf Steiner donna un seul cycle de 8 conférences sur le sujet en juin 1924 à Koberwitz (Silésie). Par la suite, ce sont des agriculteurs et des agronomes qui ont expérimenté et développé cette pratique qui fut l'une des premières méthodes de ce qu'on appelle aujourd'hui l'agriculture biologique. Elle est actuellement pratiquée dans de nombreux domaines agricoles dans presque tous les pays du monde. Les produits cultivés selon cette méthode peuvent recevoir le label « Demeter » délivré en France par l'association Demeter France.

Quatrième phase

Quelques années avant sa mort, Steiner éprouva le besoin de réorganiser la Société anthroposophique, afin de mettre un terme aux dissensions entre les groupes de membres. Il fonda donc une nouvelle société : la « Société anthroposophique universelle » lors du Congrès de Noël de 1923. L'« École libre de science de l'esprit » fut dès lors également fondée en tant que nouvelle forme de cette ancienne école ésotérique, dont les activités de l'école ésotérique avaient été suspendues pour des raisons de sécurité depuis la guerre 1914-1918. Steiner constitua un comité de direction (Vorstand) dont il prit la présidence. Dans la société précédente, Steiner n'avait aucune fonction administrative, se considérant uniquement comme instructeur ; dans la nouvelle, il assumera également la présidence du Vorstand et de l'École libre.

À cette époque, Steiner déploya une très grande activité malgré une santé de plus en plus précaire. Il donna notamment de nombreux cycles de conférences sur la réincarnation et le karma, sujet qui lui tenait à cœur depuis longtemps. À plusieurs reprises, il dut écourter ou remettre des conférences au dernier moment. Suite à la destruction du premier Goethéanum dans un incendie criminel, il conçut et modela une maquette en argile du futur bâtiment qui cette fois serait construit en béton. La maladie eut finalement raison de lui, et il décéda le 30 mars 1925, alors que les fondations du nouveau Goethéanum étaient à peine achevées.

Steiner laissa derrière lui une somme considérable d'enseignements. Au total, il écrivit environ 30 livres et donna plus de 6 000 conférences, dont une partie furent recueillies et publiées. Incluant ses œuvres écrites, les recueils d'articles écrits dans des revues et des journaux ainsi que les sténogrammes retranscrits des conférences publiques et privées, l'édition allemande comprend environ 370 volumes. La plupart des œuvres écrites ont été traduites en français, ainsi qu'environ 2 200 conférences à ce jour (2006).

La mort de Steiner ne signifia pas la fin des dissensions dans la Société anthroposophique. Elles reprirent de plus belle, d'abord entre Ita Wegman et Marie Steiner, conduisant même à l'existence de deux sociétés après l'exclusion d'Ita Wegman et d'Elisabeth Vreede (1879-1943) en 1934, puis entre Albert Steffen et Marie Steiner.

Cependant, des démarches de réconciliation furent entreprises après la Seconde Guerre, et les personnalités et groupes qui avaient été exclus furent réintégrés dans la Société anthroposophique universelle. Marie Steiner étant l'héritière légale de son époux, elle mit en chantier l'édition intégrale des œuvres anthroposophiques. À ce jour pratiquement toute l'œuvre, y compris les documents de l'école ésotérique, a été publiée en langue allemande du moins. Elle est d'ailleurs tombée depuis peu dans le domaine public.

Sous le régime nazi, les écoles Waldorf et les institutions liées à l'anthroposophie furent interdites durant 10 ans en Allemagne. Elles furent toutefois recréées en grand nombre dans l'après-guerre, de même que dans de nombreux pays.

Le Goetheanum - la Société Anthroposophique - le mouvement anthroposophique

Le Goetheanum est le siège de la Société anthroposophique universelle et de l'École Libre de Science de l'Esprit à Dornach, près de Bâle, en Suisse. La Société anthroposophique promeut une vie culturelle et spirituelle libre. L'École Libre de Science de l'Esprit a pour objet de favoriser des recherches dans le domaine spirituel. Elle est organisée en différentes sections :

Section d'anthroposophie générale - Section médicale - Section des mathématiques et d'astronomie - Section des sciences de la nature et département d'agriculture. - Section pédagogique - Section des sciences sociales - Section des arts plastiques - Section des arts de la parole et de la musique - Section des belles-lettres - Section pour la recherche spirituelle de la jeunesse.

Cette dernière section consacrée à la jeunesse est en lien avec la section d'anthroposophie générale, mais elle est ouverte à tout jeune intéressé, qu'il soit membre ou non. Rudolf Steiner a voulu qu'une place libre soit offerte pour les jeunes afin que la Société anthroposophique soit à l'écoute des attentes spirituelles de la jeunesse. Ainsi, lorsque dans un pays se trouve une société anthroposophique locale, une place est aussi réservée à la jeunesse.

L'ensemble des personnes liées aux idées anthroposophiques, sans être nécessairement membres, forment le mouvement anthroposophique. La Société anthroposophique universelle, en tant que telle, a en 2008 un peu plus de 50 000 membres. La Société anthroposophique ne fait ni propagande, ni prosélytisme.

L'anthroposophie se fait surtout connaître indirectement par des activités au cœur de la vie publique : bio-dynamie (labels Biodyn et Demeter), écoles Waldorf, arts, médecine, produits de soins et thérapeutiques, ainsi que par des initiatives dans le domaine social.

Réalisations et mouvement issus de l'anthroposophie

L'anthroposophie étant définie par son fondateur comme un chemin de développement spirituel, y sont décrits des exercices censés développer certaines facultés morales, psychiques, mentales et spirituelles. Steiner insiste sur le fait qu'il serait aujourd'hui malsain de vouloir développer des facultés spirituelles avant d'avoir solidement développé la pensée logique, car cela conduirait à des illusions quand les sens spirituels s'éveilleraient.

Parallèlement à ce chemin de développement, l'anthroposophie amène bien souvent les personnes qui s'y lient, à souhaiter introduire au sein de la vie sociale, dans les domaines où elles sont actives, des pratiques porteuses de l'éthique spiritualiste qu'on peut y puiser.

Architecture, eurythmie et libre culture spirituelle

Le premier Goetheanum

Steiner a développé un style d'architecture « organique » pour le bâtiment du premier Goetheanum en 1913, siège de laSociété Anthroposophique Universelle et de l'École Libre de Science de l'Esprit, à Dornach (Soleure) (Suisse.

Le bâtiment fut brûlé dans la nuit de la Saint-Sylvestre 1922-23 par un incendie criminel qui détruisit d'inestimables archives ; mais de nombreux autres bâtiments dessinés par Steiner (le Glashaus, Haus Duldeck, le Transformerhaus, etc.) ont été épargnés par l'incendie.

La construction du second Goetheanum se fit sur le même site, et débuta un peu avant que Steiner ne meure en 1925. Il fut considéré comme l'extension organique et la métamorphose de la construction originelle, inspirant et précursant des architectes comme Le Corbusier (La chapelle de Ronchamp) et Eero Saarinen (aéroport international John-F.-Kennedy de1962).

Le Goetheanum est un centre culturel qui abrite des laboratoires de recherches scientifiques (sciences de la nature, astronomie-mathématique, agriculture, médecine), des ateliers d'enseignement des arts (théâtre, discours, peinture, sculpture et eurythmie). C'est aussi un lieu de séminaires, conférences et spectacles.

Avec sa femme, Marie von Sivers, il développa une nouvelle forme d'art connue en tant qu'eurythmie - quelquefois nommée « chant visible ». Cet art du mouvement est aussi employé à des fins thérapeutiques. Des représentations sont données au Goetheanum, et dans divers théâtres à travers le monde. Il y a maintenant plusieurs écoles d'eurythmie qui offrent une formation complète de durées variables.

En tant que sculpteur, son œuvre principale fut le Représentant de l'Humanité (1922). Cette œuvre énorme est exposée au Goetheanum, Dornach.

En tant que dramaturge, il écrivit Les Quatre Drames-Mystères entre 1909 et 1913, incluant « La Porte de l'Initiation » et « L'Éveil des Âmes ». Ils sont encore joués aujourd'hui.

Triarticulation sociale

Steiner a aussi développé un nouveau modèle social fondé sur la triarticulation sociale.

Les trois domaines indépendants de ce système sont : la sphère économique, la sphère des droits civils et la sphère culturelle. Selon l'anthroposophie, la vie de toute société humaine s'organise autour de trois champs (inter-opérants): la sphère juridique (fondée sur le principe d'Égalité - la voix de chaque citoyen vaut celle de tout autre), la sphère économique (fondée sur le principe de Fraternité - ici défini en ce sens que la nature même de l'économie est de produire « pour les autres », que toute offre doit répondre à un besoin, et cetera) et enfin la sphère de la Culture (fondée sur le principe de Liberté, comme essence même de tout processus créatif). * Les trois forces agissant dans la société

Steiner déclarait en 1920 que si on enlève la liberté à la culture, celle-ci se vide de toute substance, ce qui historiquement pourrait se produire de 2 manières : 1) la censure d'une dictature (exemple : le dirigisme à la soviétique), ou 2) la dictature de la rentabilité. Dans le premier cas, on soumettrait la sphère de la culture au diktat du juridique (le principe d'égalité perverti dans le concept d'une même culture pour tous), dans le second cas, on la soumettrait au diktat de l'économie en imposant que les critères propres à la sphère de l'économie (la rentabilité) définissent pour l'essentiel la dynamique de la vie culturelle.

Médecine anthroposophique

La médecine anthroposophique est une médecine alternative utilisant l'homéopathie et la phytothérapie notamment, mais d'une manière qui lui est propre. C'est une médecine que l'on peut qualifier de « holistique », c'est-à-dire qu'elle prendrait en compte l'être humain dans sa globalité. La médecine anthroposophique n'exclut pas des thérapies complémentaires, ni la médecine classique quand elle est nécessaire. Elle est exclusivement pratiquée par des médecins.

Les remèdes nécessaires à l'exercice de la médecine anthroposophique étant très spécifiques, des laboratoires et des équipements de recherche se sont vite avérés indispensables. C'est pourquoi en 1921, des pharmaciens et médecins se sont réunis en présence de Steiner pour créer un laboratoire pharmaceutique, « Weleda », qui fabrique et distribue des médicaments et des cosmétiques "naturels" à travers le monde. Weleda est une entreprise autonome.

Agriculture biodynamique

En 1924, un groupe d'agriculteurs préoccupés par les tendances de l'agriculture chimique et industrielle, en plein essor à l'époque, qu'ils jugeaient destructrice, demandèrent à Steiner qu'il leur offre un cours impulsant de nouvelles méthodes agricoles qui auraient des visées plus saines et en harmonie avec la nature. Ainsi furent posés les fondements de l'agriculture biodynamique. La biodynamie est maintenant pratiquée un peu partout dans le monde.

Pédagogie

La première école appliquant la pédagogie de Steiner vit le jour en 1919 à Stuttgart. Il existe maintenant plus de 900 écoles Waldorf (ou écoles Steiner) dans le monde : enBelgique, Pays-Bas, France, Suisse, Autriche, Allemagne, Norvège, Suède, Royaume-Uni, Danemark, Italie, États-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Mexique, Brésil ,Égypte, Zimbabwe, Inde, etc...

Selon le Mouvement international des écoles Waldorf (écoles Steiner), le rôle de l'école est d'« accueillir chaque enfant comme une personne unique, établir avec lui une relation de confiance réciproque et lui permettre ainsi de découvrir, de déployer et de mettre en valeur ses capacités et ses potentialités ».

En 1939, le docteur Karl König fonda le Mouvement Camphill en Écosse dans le but de fournir un lieu propice au développement des enfants ayant de sérieux problèmes d'apprentissage. Le Mouvement Camphill organisa des écoles pour enfants handicapés mentaux, et plus tard des communautés villageoises pour des adultes handicapés. Ces centres de pédagogie curative et de sociothérapie s'étendirent de la Grande-Bretagne à d'autres pays dans le monde entier, y compris la France et la Suisse. À travers le Mouvement Camphill, le Dr König et ses collaborateurs ont élaboré une conception originale du sens de la vie d'un être handicapé. Il en découle une pratique d'accompagnement des enfants et des adultes qui les intègre dans une vie sociale diversifiée incluant notamment beaucoup d'activités artistiques et culturelles.

L'anthroposophie en tant que chemin de développement spirituel

Selon l'anthroposophie, de même que pour percevoir le monde sensible il nous faut des organes des sens, pour percevoir les mondes suprasensibles, nous aurions besoin d'organes suprasensibles. Ces organes existeraient en germe chez tous les êtres humains, mais seraient en sommeil à notre époque. Certains de ces organes ou « chakras » auraient été en partie actifs autrefois mais auraient été comme anesthésiés pour les besoins de l'évolution. Il fallait, selon Steiner, que l'être humain perde provisoirement la conscience des mondes spirituels afin de développer la conscience de soi. Seul quelques médiums et personnes très peu développées intellectuellement auraient encore des chakras leur permettant une perception selon le mode ancien. Cependant, par un travail sur soi, au moyen d'exercices appropriés, ces organes de perception pourraient être développés et réactivés. La mise en activité des chakras serait en rapport avec le développement de certaines valeurs de l'âme. L'action directe sur les chakras serait cependant jugée dangereuse en l'absence de guides expérimentés. Steiner ne s'étend pas tellement sur les chakras, car pour lui leur développement serait une conséquence directe du développement moral de l'individu.

De nos jours, le stade actuel de l'évolution de l'humanité exigerait que les enseignements anthroposophiques soient mis à la disposition de tous, alors qu'autrefois les contenus ésotériques n'étaient divulgués qu'aux disciples de certaines sociétés secrètes.

Steiner ajoute que ces exercices seraient appropriés à l'état de conscience de notre époque et qu'ils seraient inoffensifs si les conseils qu'il donne dans ses ouvrages de base sur le sujet sont suivis scrupuleusement.

L’organisation spirituelle, psychique et physique de l’être humain selon l'anthroposophie

Selon le point de vue envisagé, Steiner propose diverses approches de la nature humaine, ce qui se traduit selon les cas par une subdivision en neuf, sept, quatre ou trois constituants :

En neuf : physique, éthérique, psychique, âme de sensibilité, âme d'entendement, âme de conscience, Soi spirituel (manas), Esprit de vie (bouddhi), Homme-Esprit (atma).

En sept : physique, éthérique, psychique doué de sensation ou astral, âme d'entendement, âme de conscience emplie d'esprit, Esprit de vie (bouddhi), Homme-Esprit (atma).

En quatre, l'astral regroupant le corps psychique lié à l'âme de sensation et le Moi incluant comme ses deux enveloppes l'âme d'entendement et l'âme de conscience + soi spirituel, esprit de vie et homme esprit en développement :

physique, éthérique, astral, Moi
En trois : corps, âme et esprit.

1. Le corps physique
C'est le seul que la science traditionnelle reconnaisse.

2. Le corps éthérique

Steiner l'appelle aussi corps vital ou corps de forces formatrices. Il s'agirait davantage d'un champ de forces que d'un corps. Il présiderait au développement du corps physique jusqu'à sa taille adulte et ensuite il dirigerait les processus qui maintiennent sa forme. C'est lui qui ferait du corps physique un corps vivant. Les plantes et les animaux auraient également un corps éthérique.

3. Le corps astral

Cette dénomination ancienne a été conservée par Steiner du fait qu'elle était d'usage courant en ésotérisme, mais il l'appelle aussi corps psychique, corps de conscience, parfois corps des désirs ou corps animique. Ce corps n'épouserait pas les formes des corps physique ou éthérique. Il affecterait une forme ovoïde parcourue par des courants de forces psychiques apparaissant lumineuses et très colorées à la « perception clairvoyante ». Dans la littérature ésotérique, on en parle souvent comme de l'aura.

4. Le « Moi » ou le « Je »

Le Moi est considéré comme l'entité supérieure immortelle de l'homme, destinée à se déployer et se structurer sous la forme de ce que l'anthroposophie appelle « la triade spirituelle ». Le Moi est censé agir dans l'âme et susciter ainsi l'être conscient.

5. L'âme

Dans la structure ternaire anthroposophique de l'être humain : Esprit - âme - corps, on appelle « corps » l'ensemble constitué du corps physique, du corps éthérique, et de la partie inférieure du corps astral. Le terme âme, sous-entendant ses trois aspects appelés âme de sensation, âme d'entendement et âme de conscience, désigne la partie supérieure du corps astral, tandis que le terme esprit désigne le moi, incluant le germe de la triade spirituelle. L'âme de sensibilité serait particulièrement unie au corps astral. Le corps astral est censé rendre conscientes les impressions transmises par les organes sensoriels, mais ce serait dans l'âme de sensation que le Moi peut revivre les souvenirs, les représentations de ce qui a été perçu. L'expérience intérieure se déroule dans l'âme de sensation. Dans l'âme d'entendement, le Moi élabore ce qu'il reçoit. Il éclaire et élabore par la pensée ce qui vit dans l'âme de sensation. Grâce à cette partie de l'âme le Moi peut porter des jugements. C'est au sein de l'âme d'entendement que l'homme s'éveille à lui-même, qu'il saisit son Moi. Toutefois, précise Steiner, la pleine conscience de son Moi, il ne peut l'acquérir que dans l'âme de conscience. L'âme de conscience recherche la vérité et le bien moral. Ce n'est qu'à ce moment que la connaissance véritable de soi et du monde peuvent devenir objective et que le Moi peut élargir progressivement sa conscience au suprasensible.

6. Les corps supérieurs

Le disciple qui suit un chemin spirituel, anticipe par le travail qu'il fait sur lui-même, des stades de conscience qui ne deviendraient l'apanage naturel de l'humanité que dans le futur.

Le travail du Moi sur le corps astral, en le métamorphosant, donnerait naissance au Soi spirituel.

Le travail du Moi sur le corps éthérique (ou vital), en le métamorphosant donnerait naissance à l'Esprit de vie.

Le travail du Moi sur le corps physique, en le métamorphosant, donnerait naissance à l'Homme-Esprit.

Les différents mondes

Il existe 7 mondes (cf "Élèments d'ésotérisme") :

1 - Monde physique :

- Monde matériel, constitué par les 4 éléments: Terre, Eau, Air, Feu
- Monde éthérique, constitué par les 4 éthers: éther de chaleur, éther de lumière, éther de son ou chimique ou de nombre, et éther de vie. Ces deux derniers éthers ne sont pas perceptibles aux sens physiques.

2 - Monde astral (kama loca, monde de l'âme, monde de l'Imagination)
3 - Monde spirituel (Dévachan, monde céleste, monde de l'esprit) :

- Dévachan inférieur ou monde spirituel inférieur : Monde de l'Harmonie des Sphères, Monde de l'Inspiration

- Dévachan supérieur ou monde spirituel supérieur : Monde de l'Intuition

4 - Monde de la Providence (plan Buddhi ou Shushupti)
5 - Nirvana
6 - Para-nirvana
7 - Maha-pari-nirvana

Cosmologie et anthropologie anthroposophique

Les stades de développement de la Terre

Pour Steiner, notre Terre est la manifestation de l'activité d'êtres spirituels, êtres humains compris. Ces derniers et les êtres humains évolueraient parallèlement tandis que la Terre passerait par des incarnations successives dans des substances de plus en plus denses, selon un rythme septénaire. Vers le milieu l'évolution terrestre, le processus s'inverserait grâce à l'impusion cosmique du Logos et la Terre repasserait par des états de plus en plus subtils. Notre Terre serait actuellement au 172e stade sur les 343 (7x7x7) que comporte toute l'évolution terrestre.

L'entité christique

Selon Steiner, l'anthroposophie n'est pas une religion mais elle cherche à élucider le contenu des diverses religions. Dans le christianisme, par exemple, ce n'est pas le message religieux qui serait le plus important, mais l'action objective du Christ, considéré comme « l'esprit guide de la terre ». D'un point de vue social, le renforcement de l'ego conduirait au chaos, à la « guerre de tous contre tous ». Pour éviter cela, l'entité christique pourrait imprégner les êtres humains de la force d'amour, ce qui leur permettrait de vivre ensemble en harmonie.

L'incarnation du principe christique

Selon l'anthroposophie, l'incarnation du « Logos » ou Verbe en Jésus aurait eu lieu lors du baptême par Jean-Baptiste dans le Jourdain.

Steiner considère l'incarnation de ce Logos dans un corps physique comme un fait de la plus haute importance pour l'évolution humaine. Alors que les théosophes minimisaient ce rôle en faisant du Christ un avatar, un initié, voire un prophète ordinaire, Steiner voit dans le Christ une incarnation unique de la divinité, rendue nécessaire par le cours de l'évolution. Son rôle cosmique serait d'amorcer et d'accompagner la spiritualisation de la Terre. Il en déduisit que l'impulsion christique est un fait objectif qui transcende toutes les religions. Selon Steiner, les premiers chrétiens ont saisi toute la portée de cet événement, mais cette compréhension commença à se perdre à partir du ive siècle. Les schismes au sein du christianisme sont la signature de la perte de cette compréhension. À cette époque s'amorça le déploiement de l'intellect dans l'âme humaine, ce qui en contrepartie fit disparaître l'ancienne sagesse intuitive. En perdant cette sagesse, l'être humain gagne en liberté et devient de plus en plus capable de retrouver de manière consciente le lien avec le monde spirituel. Steiner enseigne que la venue du Christ dans un corps physique, il y a deux mille ans, ne serait que la partie visible d'un processus cosmique qui aurait commencé bien avant cette incarnation sur la Terre.

L'apparition du Christ dans le monde éthérique

Steiner prédisait qu'à partir de 1930-1940, de plus en plus d'êtres humains seraient en mesure de percevoir par clairvoyance naturelle la présence du Christ sous forme d'Ange, dans le monde éthérique, l'étude de l'anthroposophie préparant le penser à accéder à la clairvoyance pensante, notamment par le livre "Philosophie de la liberté".

Les entités dites « adverses »

Steiner enseigne l'existence de plusieurs catégories d'entités adverses. Ce sont des entités spirituelles qui seraient restées à des stades antérieurs de l'évolution pour amener dans notre évolution actuelle des conditions propres à ces anciens stades. Lucifer et Ahriman sont les représentants de deux tendances opposées intervenant dans le développement de l'humanité. Les forces lucifériennes auraient une action expansives, centrifuges, dilatoires, dissolvantes et calorique, tandis que les forces ahrimaniennes auraient une action contractante, durcissante, centripète et refroidissante. Selon cette vision, dans l'organisme humain, les forces lucifériennes auraient un certain rapport avec les maladies de type inflammatoire, microbienne, tandis que les forces ahrimaniennes seraient liées aux maladies sclérosantes, paralysantes et virales. La santé résulterait ainsi de l'équilibre dynamique entre ces deux tendances.

L'incarnation d'Ahriman

Le Représentant de l'humanité, luttant entre Lucifer et Ahriman pour les équilibrer

Pour Steiner, un retour du Christ dans une incarnation humaine est impossible. Les écoles ésotériques qui annoncent un futur retour du Christ ne feraient que préparer les conditions de la venue d'une entité adverse, laquelle se ferait passer pour le Christ réincarné, un peu comme dans leCourt récit sur l'Antéchrist du philosophe russe Vladimir Soloviev. Cette entité, Steiner l'appelle Ahriman, un autre nom pour Satan. Selon lui, Ahriman s'incarnerait au début du IIIe millénaire.

La tentative d'usurpation de la place du Christ éthérique par une entité ahrimanienne

Steiner expose que des loges occultes occidentales visent à mettre, à la place du Christ éthérique, une entité purement ahrimanienne dans un corps éthérique. Des loges orientales, quant à elles, se servent du culte des ancêtres pour supprimer l'intérêt de la recherche du Christ chez les hommes (cf livre "Derrière le voile des événements").

Ère du Verseau

Steiner déclare que l'humanité est dans l'ère des Poissons depuis 1413, et qu'elle n'entrera dans l'ère du Verseau que 2160 ans plus tard soit en 3573. (voir Chronologie précessionnelle)

Réincarnation et karma

Pour Steiner, au stade actuel l'homme ne serait ni tout à fait libre, ni déterminé ; il se trouverait sur le chemin qui mène à la liberté. Progressant d'incarnation en incarnation, l'être humain développerait les facultés et le savoir qui lui permettraient d'aborder son environnement et sa destinée avec une maturité croissante. Un esprit qui se détermine lui-même, en toute lucidité sur ses motivations profondes, est un esprit libre.

Dans la perspective anthroposophique, l'esprit est l'élément éternel qui voyage d'une incarnation à l'autre. Les corps sont renouvelés à chaque incarnation.

Le karma est défini comme le lien qui rattache un être aux conséquences de ses actions. L'esprit humain suit une évolution ascendante. Lorsque l'être humain psycho-spirituel, après la mort, s'est débarrassé de ce qui le rattachait à la terre, l'esprit s'élève dans les mondes spirituels aussi haut que lui permet son degré d'évolution. L'esprit humain n'est pas inactif dans les mondes spirituels ; en collaborant avec les entités spirituelles, il prépare sa prochaine incarnation. Quand il est prêt et que les conditions terrestres sont adéquates, le processus s'inverse et l'esprit humain redescend vers la terre.

Sommeil et après-vie

Selon la conception de Steiner, au cours du sommeil, le corps physique resterait imprégné de l’éthérique (qui le maintient en vie), mais l’astral (l’âme) et le moi (je) s'en sépareraient. En revanche, au moment de la mort, le corps éthérique, le corps astral et le moi quitteraient définitivement le corps physique.

À partir du moment de la mort, l’individu revivrait toutes ses nuits de sommeil, soit un tiers de la durée totale de sa vie. Il retrouverait aussi ses proches décédés avant lui. Il ne pourrait que contempler le spectacle de ses actions – tel que le conçoit Aristote -, impuissant parce qu’il ne peut plus rien y changer, ce qui l’attristerait au plus haut point. Plus l’individu aurait eu un comportement moral, plus il serait entouré et en bonne compagnie. Après avoir traversé, la sphère lunaire, la sphère de Mercure et celle de Vénus, il poursuivrait son ascension à travers les sphères, solaire, de Mars, de Jupiter et de Saturne qui correspondraient à des niveaux spirituels de plus en plus élevés. Au fur et à mesure de son ascension à travers les sphères spirituelles, l'individu se dépouillerait successivement de ses corps éthérique et astral. Par la suite le processus s'inverserait et l'individualité se reconstruirait des corps au fur et à mesure de sa descente vers une nouvelle incarnation terrestre.

Homme et femme

Dans l'image de l'homme selon l'anthroposophie, il n'existerait pas deux sortes d'humains mais une seule: tout être humain serait en réalité masculin-féminin. Plutôt que de parler d'homme et de femme, il faudrait donc parler de nature masculine et de nature féminine. La femme possèderait un corps physique de nature féminine mais son corps éthérique serait de nature masculine. L'homme par contre possèderait un corps physique de nature masculine et son corps éthérique serait de nature féminine. Ce qui est extérieur chez l'un vivrait intérieurement chez l'autre, et inversement, ce qui expliquerait notamment l'attraction entre les sexes. Quant à l'âme et au moi, ils ne seraient pas sexués. Le moi éternel s'incarnerait soit en homme soit en femme, en général alternativement, sauf exceptions et nécessités liées au karma. Une incarnation en tant qu'homme n'apporterait pas les mêmes expériences qu'une incarnation en tant que femme. L’homme serait plus incrusté dans la matière, davantage conduit par le cerveau et l’intellect. À l’inverse, la femme serait moins profondément incarnée. Elle resterait plus proche de l’intériorité de sa psyché, de son âme, de son monde intérieur. Selon cette vision, une vie d’homme serait la cause d’une réincarnation en femme et vice versa.

Durée entre les incarnations

Les êtres humains étant très dissemblables, la durée typique entre les incarnations (environ 1000 ans) serait susceptible de variations considérables. Par exemple, les personnalités très liées à une conception matérialiste de la vie, ou fortement marquées par l’intellectualité, auraient du mal à évoluer dans les mondes supérieurs et se réincarneraient de ce fait plus rapidement ; les individus morts prématurément se réincarneraient d'autant plus rapidement qu'ils sont morts plus jeunes.

La redescente sur terre

Peu de temps avant la naissance, l’individu verrait le germe de son corps physique se lier à l'organisme de la future mère. Après la troisième semaine de développement fœtal, le Moi s'engagerait activement dans le processus de formation du corps, lui donnerait sa forme et commencerait à s’y incarner.

Durant les sept premières années après la naissance, l'enfant édifierait son corps éthérique, plus ou moins jusqu'au changement de dentition. À partir de ce moment, une bonne partie des forces formatrices éthériques seraient libérées et disponibles pour l'activité représentative. Entre la douzième et la seizième année à l'époque de la puberté, le corps astral se séparerait de l'enveloppe astrale qui le construisait. Le Moi par contre ne s'incarnerait complètement que vers l'âge de 20 ou 21 ans.

Controverses

Critiques...

La principale difficulté pour évaluer l'anthroposophie selon la méthode scientifique réside dans le fait que Steiner s'appuie sur ce qu'il appelle des perceptions spirituelles, non accessibles au plus grand nombre, si tant est qu'elles existent réellement. Ainsi, tout ce qui se base sur des perceptions spirituelles dans l'anthroposophie ne peut être considéré que comme hypothèse ou comme une croyance. Rudolf Steiner s'exprime cependant à ce sujet, déclarant qu'il ne souhaite pas être cru sur parole, mais invite ceux qui le souhaitent à vérifier par eux-même ses propositions. Son approche se fondant essentiellement sur le développement méthodique de certaines facultés par des exercices méditatifs, seul celui qui entreprend ces exercices peut finalement prétendre à une vérification.

Accusations de racisme

Des accusations de racisme, se fondant sur certains écrits de Steiner, ont été formulées contre l'anthroposophie aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et en France.

Aux Pays-Bas, la Société anthroposophique a répliqué en mandatant une commission d'enquête chargée de soupeser les allégations de racisme dans l'œuvre de Steiner.

Le 1eravril 2000, après quatre ans de délibérations, un rapport de 720 pages a été produit à partir de 245 citations litigieuses tirées de 89 000 pages.

La commission a conclu que : « l'œuvre ne contient ni doctrine raciale, ni déclarations faites dans le but d'insulter certains groupes de personnes ».

Elle pose Steiner comme un ennemi de l'antisémitisme et du nationalisme. Il reste toutefois seize déclarations jugées discriminatoires et juridiquement litigieuses. La commission a donc proposé quelques solutions, telles que l'annotation des passages litigieux afin d'éviter le risque de malentendu et a recommandé aux écoles Waldorf d'abandonner les stéréotypes raciaux. Au sein de la fédération des écoles Waldorf, un groupe d'experts aurait été mis sur pied afin de veiller à ces corrections.

Au sujet des écrits de Steiner : Ce dernier était issu de la théosophie qui soutenait l'existence de « Races-Mères ou Races-Racines » et de « sous-races ». Les Races-Racines seraient : Hyperboréenne, Lémurienne, Atlantéenne et Post-Atlantéenne. Nous serions l'humanité de la Race-Racine Post-Atlantéenne.

Durant la civilisation de l'Atlantide, l'être humain aurait généré une pluralité de races, d'abord quatre grandes races (noire, rouge, jaune, blanche) ainsi que quelques variantes plus tardives.

Steiner a rapidement abandonné la notion de race pour parler plutôt de « périodes culturelles ». La race est une réalité appartenant à l'Atlantide.

Depuis le Déluge qui aurait mis fin à l'Atlantide, les races auraient perdu leur importance. Notons que Steiner lors d'une conférence où il parlait des couleurs, fait correspondre les différentes couleurs de peau (qui correspondent à une physiologie particulière) aux quatre grandes périodes du développement biographique d'un homme : les Noirs seraient l'enfance, les Jaunes l'adolescence, les Blancs l'âge mûr et les Peaux-rouges la vieillesse. Or, tous les âges ont leur propre dignité dans cette perspective et seraient en fait de valeur égale.

Steiner parlait toutefois de races « dégénérées ». Mais dans cette vision, l'hérédité ne s'applique qu'au corps ; l'esprit étant d'origine spirituelle, il est perçu comme totalement indépendant de l'hérédité. Il demeure que Steiner semblait d'avis que certaines races étaient vouées à l'extinction, parce qu'elles seraient adaptées à une période révolue du développement terrestre.

Ce processus de mort d'une race serait la cause des maladies qui ont ravagé les populations indiennes d'Amérique par exemple. Mais Steiner n'a jamais justifié de cette manière l'extermination des Indiens d'Amérique comme on l'a parfois prétendu.

Steiner affirme que dans un lointain futur, l'humanité transcenderait la notion de race et que celle-ci disparaîtrait par elle-même. L'esprit humain serait, en vertu de la réincarnation, libre de s'incarner dans différentes races. Un individu trop attaché à la matière, un raciste par exemple, retomberait dans son animalité et s'emprisonnerait dans sa race. Il se réincarnerait toujours dans la même, ou dans la race qu'il aurait haï. Steiner aurait dit que lorsqu'on observe un individu d'une autre couleur de peau avec un mépris raciste, on pourrait être sûr que notre future incarnation serait dans cette race.

En France, ces accusations de racisme ont été reprises par certains militants anti-sectes.

Selon Paul Ariès, la MILS considère certaines allégations des écrits de Steiner comme étant « susceptibles d'être interprétées comme racistes et qu'exposées publiquement aujourd'hui, ces opinions pourraient faire l'objet de procédures judiciaires, en vertu des articles 225.1 et suivants du Code pénal français ». Il ne prônerait pas toutefois un racisme biologique mais une vision inégalitaire et hiérarchisée du cosmos.

Selon Ariès, ce serait le groupe GEMPPI qui est responsable d'avoir débusqué « les croyances et les doctrines racistes de Rudolf Steiner ». Cependant l'étude produite par le GEMPPI affirme que les rares allégations de racisme relevées dans des écoles Steiner-Waldorf sont peu significatives et « sont même contraires aux comportements de beaucoup d'éducateurs des écoles Waldorf, notamment dans les townships d'Afrique du Sud ou à Milwaukee »

Autres controverses concernant l'anthroposophie :

En France, le Rapport parlementaire français sur les sectes et l'argent de 1999, sous la direction de Jacques Guyard, met en cause l'anthroposophie. Plusieurs associations du mouvement anthroposophique ont porté plainte contre Jacques Guyard qui fut condamné en première instance pour diffamation. Il a été relaxé en appel. La Cour d'appel a en effet jugé que les propos en question étaient bien « diffamatoires » mais a relaxé Jacques Guyard en raison de sa « bonne foi », et parce que « Le juge n'est pas lié par les conclusions d'une Commission d'enquête et ne peut donc pas se prononcer sur la qualité des investigations menées par l'enquêteur ». Par ailleurs la Cour a aussi relevé que l'anthroposophie inspirerait un mouvement « considéré comme une secte non seulement par la commission d'enquête française, mais aussi par une commission d'enquête belge, un rapport des Renseignements généraux de 1997 et les spécialistes du mouvement sectaire ».

BIBLIOGRAPHIE :

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"Anthroposophie" revue "24 heures" 7/7/1999 in La Croix, 15/12/1999

C.C. (?) "L'Anthroposophie" Centre éditions de la foi et CINR BLANDRE, Bernard (oct. 2000) "Anthroposophie, les écoles Steiner inspectées"