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dimanche 17 mars 2013

ANTOINE FABRE D’OLIVET (1767-1825)


Antoine Fabre d’Olivet, né le 8 décembre 1767 à Ganges et mort le 27 mars 1825 à Paris, est un écrivain, philologue et occultiste français. L’importante partie de sa production qu’il a, comme écrivain et philologue, consacrée à la langue occitane, fait de lui un des précurseurs de la renaissance du Félibrige. 

Sa vie et son œuvre

Protestant cévenol, de la même famille que Jean Fabre (de Nîmes), fils d’un riche fabricant de bas de soie venu commercer à Paris, il s’intéresse très tôt à la musique et aux belles-lettres. Patriote en 1789, il fait jouer plusieurs pièces révolutionnaires, puis, somme toute, renonce à la politique en 1791. 

Sur ces entrefaites, et au moment où, renonçant au commerce, il s’était décidé de vivre uniquement du produit de sa plume, la Révolution ruine son père, ainsi qu’il le déclare dans un manuscrit de quelques pages intitulé : « Mes Souvenirs ». C’est sans doute à cette époque que, pour éviter la faillite, il part pour l’Allemagne, et tout en réussissant à obtenir des créanciers paternels quelques délais, il reçoit son initiation pythagoricienne Saint Yves : « France Vraie, Pro domo », dont l’empreinte profonde marquera toutes ses productions futures.

Après avoir sauvé quelques débris du patrimoine familial, qui permirent à ses parents et à ses sœurs cadettes de se retirer modestement à Saint-Hippolyte-du-Gard, Fabre d’Olivet retourne à Paris et se plonge à corps perdu dans des études philosophiques et philologiques, malgré le terrible tourbillon de la tourmente révolutionnaire. Il ne s’en distrait que pour soutenir un train de vie plus que modeste par quelques travaux de littérature courante.

Après la faillite de la maison familiale, Fabre d’Olivet tente de vivre de sa plume en fondant plusieurs journaux, parmi lesquels « L’Invisible » et « Le Palladium de la Constitution ». Il publie un roman et plusieurs œuvres musicales ; sous le nom de "Mme de B.", un recueil de jeux de société qui eut grand succès ; et enfin la 1ère édition anonyme d’« Azalaïs ». 

S’intéressant de plus en plus à la théosophie et à la philologie, il prépare « La Langue Hébraïque restituée » et travaille sur « La Musique expliquée ». 

Fabre d’Olivet prétendait avoir retrouvé le vrai sens de la langue hébraïque, qui était, disait-il, restée ignorée jusqu’à lui. Dans son ouvrage clef, « La Langue Hébraïque restituée »  il reprend le cours historique du peuple hébreu et détaille la fracture linguistique de ce peuple suite à l’Exode après la chute de Jérusalem. 

Fabre d’Olivet estime qu’à la suite de l’Exode, l’esprit de la langue hébraïque a été perdu, sauf chez les Esséniens qui auraient gardé la compréhension orale des racines hébraïques. Il reprend dès lors, à partir de zéro, l’ensemble de la grammaire hébraïque ainsi que l’étude des racines hébraïques en faisant un effort de systématisation digne. 

Bien que ce livre hétérodoxe ne soit pas considéré comme une référence dans les études sur la langue hébraïque biblique, il a fait l’objet de nombreuses rééditions et reste une pièce maîtresse de l’ésotérisme occidental de ces deux derniers siècles. 

Fabre d’Olivet publie également un ouvrage, Caïn, dans lequel il traduit et commente le célèbre poème de Lord Byron. Les commentaires de Fabre permettent d’éclairer les concepts métaphysiques abordés dans la traduction de la Genèse de « La Langue Hébraïque restituée ». 

La préoccupation de Fabre d’Olivet pour l’étude de la musique l’amène aussi à approfondir sa conception de l’ouïe. Il va jusqu’à prétendre pouvoir guérir des sourds-muets par une méthode secrète et publie à ce sujet l’étude d’un cas clinique en 1811. 

À la fin de sa vie, il fonde un culte nouveau, le culte théodoxique, sur lequel il publie deux ouvrages importants, L’Histoire philosophique du genre humain et « La Théodoxie universelle ». L’Histoire philosophique du genre humain est un essai de reconstitution de l’évolution de la pensée humaine à partir de déterminants significatifs selon Fabre d’Olivet. Il tente de mettre en exergue différentes phases récurrentes dans le devenir humain sur la très longue durée, phases qui alternent notamment des périodes dominées par la Nécessité ou la Providence. 

Il fait aussi une traduction des Vers dorés de Pythagore, accompagnée de commentaires sur l’initiation pythagoricienne. Les Vers dorés ont été publiés sous forme de feuilleton dans la revue Le Voile d’Isis, organe hebdomadaire du « Groupe indépendant d'études ésotériques de Paris », dirigé par Papus, du numéro 15 (25 février 1891) au no 30 (9 septembre 1891). En effet, Papus fut très influencé par la pensée de Fabre d’Olivet, à l’instar de nombreux occultistes tels que’Éliphas Lévi. 

Antoine Fabre d’Olivet meurt foudroyé d’une attaque d’apoplexie. Sa tombe au cimetière du Père-Lachaise est surmontée d’une colonne brisée.

L’occitanisme de Fabre d’Olivet

Originaire de Ganges, Fabre d’Olivet maîtrisait parfaitement la langue d’oc. Son œuvre en occitan et sur l’occitan a été particulièrement étudiée par Robert Lafont. 

En 1787 il composa un poème : « Força d’amour » ("Fòrça d’amor", en graphie classique). Voulant être « l’Ossian de l’Occitanie » il publie « Le Troubadour », poésie occitanique du XIIIe siècle, une supercherie qui ne sera dénoncée par le grand philologue provençal Raynouard qu’en 1824 alors que la ficelle était grosse : Fabre d’Olivet explique avoir reçu le manuscrit des mains d’un certain "Rescondut" ("caché" en occitan). 

L’auteur remet par la même occasion en vogue le mot médiéval d’"occitan(ique)" alors que "provençal", "patois" ou "langue d’oc" étaient alors privilégiés. 

Le texte est en français émaillé de poèmes de l’auteur en langue d’oc. Pour Lafont, Fabre d’Olivet « sait lire les troubadours et devance sûrement l’érudition romantique » ; et « Protestant, philosophe et républicain, il est très ému par le souvenir de la croisade albigeoise. À cette émotion il gagne la vision d’une nation sacrifiée, dont il se sent le restaurateur ». 

Fabre d’Olivet composa également un poème philosophique ("La Podestat de Dieu") puis, dans la veine romantique des frères Grimm, la "pichòta masca" ("la petite sorcière"). 

Enfin, l’un des gros morceaux de sa production occitaniste fut « La Langue d’oc rétablie dans ses principes constitutifs », somme philologique mais aussi qui « contient sa part de délire » selon Lafont : véritable plaidoyer mais qui implique un rapprochement entre hébreu et occitan comme proches de la langue originelle de l’humanité. 

Source : Wikipédia

FABRE d’OLIVET & LES TAROTS



En ce qui a trait au Tarot en tant que tel, Fabre d’Olivet laisse entendre souvent que les tarots sont le résultat des enseignements de l’École de Pythagore, un enseignement qui est aussi en corroboration avec certains enseignements de la kabbale... Il prétend que ces enseignement d’origines médiévales, se sont propagés dans les écoles des initiés templiers, et Olivet émet l’hypothèse, d’une certaine manière, que les tarots sont des outils permettant d’être initié à ces enseignement et d’être enfin guider dans notre cheminement personnel... Fabre d’Olivet est un des tous premiers chercheurs dans les domaines de l’ésotérisme qui fait un lien entre tarots et cheminement personnel. Aussi Olivet le met-il en direct relation avec l’Arbre de vie et les enseignements de Pythagore, concernant les processus qui déterminent les destinées, et l’ordre immuable des arcanes célestes. Pour lui le tarot est une version illustrée des 22 symboliques archétypes des lettres de l’alphabet hébreux, certes, mais surtout, il inspire l’idée des « arcanes » en tant que "porte à ouvrir sur des mystères", en tant "qu’énigmes à résoudre". Résultant, de ce fait, à un apprentissage hors du commun, qui quelque soit l’utilisation ramènera toujours l’initié à la théosophie antique des néo-platonicien, et des écoles pythagoricienne. 

FABRE d’OLIVET & LA PHILOSOPHIE PYTHAGORICIENNE


Fabre d’Olivet a sut exposer dans sa "Philosophie Pythagoricienne" une doctrine métaphysique remarquablement proche de celle issue de l’examen des arcanes majeurs du Tarot médiéval... Il estime que ce n’est qu’en partant des principes posés dans les "Vers Dorés", et en méditant longtemps sur les préceptes de l’École de Pythagore, qu’on peut enfin en concevoir l’ensemble. 

Remarquez par exemple, "L’Amoureux" (arcane VII) du tarot médiéval n’a aucune hésitation, comme ce sera le cas plus tard dans la version du tarot marseillais. La notion de choix et de libre-arbitre n’a pas encore cours à l’époque du moyen-âge, et ni les initié, ni les alchimistes de la renaissance n’ont jamais eut idée de représenter la question du "doute" au centre d’arcanes qui préconisent la rigueur, la détermination et la maîtrise... Fabre d’Olivet nous rappelle que les arcanes des tarots étaient à l’origine des icones. Ses icônes étaient les outils privilégiés des théosophes et gnostiques de l’antiquité... L’arcane IV au départ représentait donc "Eros", le mouvement du désir amoureux que la vie cherche à assouvir, en lui et par lui, instinctivement. Il se dirige vers l’objet de son amour sans poser de question... Plus tard, vers l’époque du moyen-âge, l’arcane IV de l’Amoureux représente un "Bateleur"  (ou un "paladin") qui se voit confronté à deux aspects de la femme : le "Vice" et la "Vertu"...  Bien évidemment, le "héro" (le paladin, le "chevalier") choisira toujours "la vertu". L’arcane indique donc qu’il y aura un choix à faire, mais le choix est déjà tout indiqué...

Les occultistes kabbalistes comme Éliphas Lévi ou Oswald Wirth l'associeront ensuite au personnage d'"Ulysse" qui dans un songe est mis devant : le "Vice" et la "Vertu". et a un choix à faire...  Dans son ouvrage "Les Imagiers du Moyen-Âge" Wirth laisse entendre qu'Ulysse hésite, sinon que deux voies s'offrent à lui...

Avec le temps, au gré des fantaisies, l’arcane s’est mis à représenter "Cupidon" qui hésite à savoir où il lancera sa flèche... Et dorénavant l’arcane représente l’hésitation, le doute, et la difficulté à faire des choix. Certains interprètent cet arcane comme étant "L'Amour" ce qui, d'une manière, est erroné.

Enfin, cela dit, Fabre d’Olivet avait parfaitement pressenti cette organisation subtile de l’homme dans sa Philosophie pythagoricienne. 

Entre autre, il décrit le quaternaire humain dans le sens de la remontée de la "Schekinah", c’est-à-dire, depuis "Malkuth", il remonte l’"Arbre de Vie" jusqu’au "Kether", selon l’ordre ascendant des trois niveaux d’incarnation : action, émotion, psychisme... 

« L’homme a reçu, pour se conduire dans la carrière qu’il doit parcourir sur la terre (La Roue de Fortune que décriront les douze stations zodiacales correspondant aux douze arcanes majeurs ultérieurs), trois forces appropriées à chacune des trois modifications de son être, et toutes trois enchaînées à sa volonté. 

La première, attachée au corps, est l’instinct (plan de l’action illustré par la dyade Amoureux-Chariot que maîtrise la Force) ; la deuxième, dévouée à l’âme (siège des sentiments) est la vertu (plan de l’émotion : spontanéité émotionnelle de la Papesse contrôlée par le discernement moral du Pape qu’harmonisera la Tempérance) ; la troisième, appartenant à l’intelligence, est la science ou la sagesse (plan du psychisme : verbe premier du Bateleur pressenti par le subconscient de l’Impératrice qui se conscientise dans l’Empereur). 

Ces trois forces, indifférentes par elles-mêmes, ne prennent ce nom que par le bon usage que la volonté en fait. Car, dans le mauvais usage, elles dégénèrent en abrutissement, en vice et en ignorance. L’instinct perçoit le bien et mal physique résultant de la sensation : la vertu connaît le bien et le mal moraux existant dans le sentiment. La science juge le bien ou le mal intelligibles qui naissent de l’assentiment. Dans la sensation, le bien ou le mal s’appellent plaisir ou douleur ; dans le sentiment, amour ou haine ; dans l’assentiment, vérité ou erreur. 

La sensation, le sentiment et l’assentiment, résidant dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit, forment un ternaire, qui, se développant à la faveur d’une unité relative, constitue le quaternaire humain, ou l’Homme considéré abstractivement. 

Les trois affections qui composent ce ternaire agissent et réagissent les unes sur les autres, et s’éclairent ou s’obscurcissent mutuellement ; et l’unité qui les lie, c’est-à-dire l’Homme, se perfectionne ou se déprave, selon qu’elle tend à se confondre avec l’unité universelle, ou à s’en distinguer. 

Le moyen qu’elle a de s’y confondre, ou de s’en distinguer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner, réside tout entier dans sa volonté, qui, par l’usage qu’elle fait des instruments que lui fournil le cops, l’âme et l’esprit, s’instinctifie ou s’abrutit, se rend vertueuse ou vicieuse, sage ou ignorante, et se met en état de percevoir, avec plus ou moins d’énergie, de connaître et de juger avec plus ou moins de rectitude ce qu’il y a de bon, de beau et de juste dans la sensation, le sentiment ou l’assentiment ; De distinguer avec plus ou moins de force et de lumière le bien et le mal ; et de ne point se tromper enfin dans ce qui est réellement plaisir ou douleur, amour ou haine, vérité ou erreur. » 

Au préalable, Fabre d’Olivet explique que « rien de ce qui existe n’arrive par hasard, mais par l’union de la loi fondamentale et providentielle avec la volonté humaine qui la suit, ou la transgresse, en opérant sur la nécessité. L’accord de la volonté et de la providence constitue le bien ; le mal naît de leur opposition. » 

II détermine encore les termes de liberté, de nécessité et de providence selon la philosophie pythagoricienne : « J’ai dit que Pythagore admettait deux mobiles des actions humaines, la puissance de la Volonté, et la nécessité du destin, et qu’il les soumettait l’un et l’autre à la loi fondamentale appelée la providence, de laquelle ils émanaient également. 

Le premier de ces mobiles était libre, et le second contraint : en sorte que l’homme se trouvait placé entre deux natures opposées mais non pas contraires, indifféremment bonnes ou mauvaises, suivant l’usage qu’il savait en faire. »

Selon Fabre d’Olivet, L’École de Pythagore enseigne que : « l’avenir se compose du passé, c’est-à-dire que la route que l’homme parcourt dans le temps, et qu’il modifie au moyen de la puissance libre de sa volonté, il l’a déjà parcourue et modifiée ; de la même manière que la terre décrivant son orbite annuelle autour du soleil parcourt les mêmes espaces et voit se déployer autour d’elle à peu près les mêmes aspects : en sorte que, suivant de nouveau une route qu’il s’est tracée, l’homme pourrait, non seulement y reconnaître l’empreinte de ses pas, mais prévoir d’avance les objets qu’il va rencontrer, puisqu’il les a déjà vus, si sa mémoire en conservait l’image, et si cette image n’était pas effacée par une suite nécessaire de sa nature et des lois providentielles qui les régissent. 

Voilà la doctrine de Pythagore... elle était celle des mystères et de tous les sages de l’Antiquité... 

Origène, qui l’a combattue, l’attribue aux Égyptiens, aux pythagoriciens et aux disciples de Platon. Elle était contenue dans les livres sacrés des Chaldéens, cités par le Syncelle, sous le titre de livres géniques. Sénèque et Synésius l’ont soutenue comme entièrement conforme à l’esprit des initiations. » 

Fabre d’Olivet perçoit dans l’idée de Pythagore la « véritable source de la science astronomique des anciens ».

La science astrologique, ou généthlialogie, reposait sur le dogme pythagoricien selon lequel « l’univers lui-même parcourait, après une suite incalculable de siècles, les mêmes révolutions qu’il avait déjà parcourues, et ramenait, dans le vaste déploiement de ses sphères concentriques, tant pour lui que pour les sphères qui le composent, la succession des quatre âges, dont la durée relative à la nature de chaque être, immense pour l’Homme universel, se borne dans l’individu, à ce qu’on appelle enfance, jeunesse, maturité et vieillesse, et se représente sur la terre par les saisons fugitives du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver. » 

C’est là le symbolisme céleste de la voie zodiacale symbolisée dans le Tarot par les quatre âges de la Roue de Fortune que décriront successivement les douze arcanes majeurs suivants... 

Constatant l’empire que l’astrologie exerça sur les Chaldéens, les Égyptiens et les Phéniciens, Fabre d’Olivet affirme que « l’Antiquité tout entière n’était certainement ni folle ni stupide, et les sciences qu’elle cultivait s’appuyaient sur des principes, qui, pour nous être totalement inconnus, n’en existaient pas moins. Pythagore... nous révèle ceux de la généthlialogie, et de toutes les sciences divinatrices qui s’y rattachent. » 

« En effet, si l’avenir se compose du passé, c’est-à-dire d’une chose déjà faite, sur laquelle se déploie de proche en proche le présent, comme sur la circonférence d’un cercle qui n’a ni commencement ni fin, il est évident qu’on peut parvenir, jusqu’à un certain point, à le connaître, soit au moyen du souvenir, en considérant dans le passé l’image de révolution entière, soit au moyen de la prévision, en portant la vue morale, plus ou moins loin, sur la route que l’univers est en mouvement de parcourir. » 

Dans la lecture que fait Fabre d’Olivet des enseignements de Pythagore, la prévision de l’avenir était un art dépendant d’un don de la providence réservé aux seuls initiés possédant les connaissances et la sagesse qui en règle l’usage. 

« D’ailleurs les pontifes qui en étaient seuls chargés, initiés aux grands mystères et possédant l’ensemble de la doctrine, savaient fort bien que l’avenir, tel même qu’ils pouvaient espérer le connaître dans la perfection de la science (des astres), n’était jamais qu’un avenir indécis, une sorte de canevas sur lequel la Puissance de la volonté pouvait s’exercer librement. De telle manière que, quoique la matière fût déterminée d’avance, la forme ne l’était pas, et que tel événement imminent pouvait être suspendu, évité ou changé par un concours d’actes de la volonté, inaccessible à toute prévision. » 

Là-dessus, pour comprendre la pensée de Fabre d’Olivet, il faut se rappeler que selon Pythagore « la puissance de la volonté s’exerçait sur les choses à faire ou sur l’avenir ». 

C’est pourquoi dans le chapitre de la philosophie pythagoricienne consacré à la science antique des astres, il exhorte le lecteur : 

« Laisse les fous agir et sans but et sans cause, 
Tu dois, dans le présent, contempler l’avenir » 

Fabre d’Olivet commente ainsi les mythiques propos du grand hiérophante de la Grèce, Tirésias : « "Ce que je vois arrivera, ou n’arrivera pas," c’est-à-dire l’événement que je vois est dans la nécessité du destin, et il arrivera ; à moins que la puissance de la volonté ne le change : auquel cas, il n’arrivera pas. » 

En effet la puissance de la volonté règne sur le futur tandis que « la nécessité du destin sur les choses faites, ou sur le passé ; (selon Pythagore)... l’une alimentait sans cesse l’autre, en travaillant sur les matériaux qu’elles se fournissaient réciproquement : car, selon cet admirable philosophe, c’est du passé que naît l’avenir, de l’avenir que se forme le passé, et de la réunion de l’un et de l’autre que s’engendre le présent toujours existant, duquel ils tirent également leur origine : idée très profonde, que les stoïciens avaient adoptée. Ainsi, d’après cette doctrine, la liberté règne dans l’avenir, la nécessité dans le passé, et la providence sur le présent. »

-Fabre d’Olivet
BIBLIOGRAPHIE :

« Le Quatorze de juillet 1789, fait historique en 1 acte et en vers », Paris, théâtre des Associés, juillet 1790

« Toulon soumis, fait historique », opéra en un acte, Paris, théâtre national de l’Opéra, 4 mars 1794

« Le Sage de l’Indostan, drame philosophique en 1 acte et en vers », mêlé de chœurs de musique, Paris, Institut national des aveugles-travailleurs, thermidor an IV (1796)

« Azalaïs et le gentil Aimar », histoire provençale, traduite d’un ancien manuscrit provençal, Maradan, Paris, 1798

« Lettres à Sophie sur l’histoire » (2 vol., 1801). Réédition en un vol., précédée d'une introduction par Emmanuel Dufour-Kowalski. Collection Delphica, L’Âge d’homme, Lausanne, 2009

« Le Troubadour », poésies occitaniques (1803). Réédition : Lacour, Nîmes, 1997

« Notions sur le sens de l’ouïe en général, et en particulier sur la guérison de Rodolphe Grivel, sourd-muet de naissance en une série de lettres écrites par Fabre d’Olivet » (1811)

« Les Vers dorés de Pythagore, expliqués et traduits pour la première fois en vers eumolpiques français, précédés d’un Discours sur l’essence et la forme de la poésie, chez les principaux peuples de la terre » (1813). Réédition : L’Âge d’homme, Lausanne, 1991.

« La Langue hébraïque restituée et le véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale, ouvrage dans lequel on trouve réunis » : (1) une dissertation sur l’origine de la parole ; (2) une grammaire hébraïque ; (3) une série de racines hébraïques ; (4) un discours préliminaire ; (5) une traduction en français des dix premiers chapitres du Sépher, contenant la Cosmogonie de Moyse (1815). Réédition : L’Âge d’homme, Lausanne, 1985.

« De l’état social de l’homme, ou Vues philosophiques sur l’histoire du genre humain, précédées d’une dissertation introductive sur les motifs et l’objet de cet ouvrage » (2 vol., 1822)

« Caïn, mystère dramatique en trois actes de lord Byron », traduit en vers français et réfuté dans une suite de remarques philosophiques et critiques (1823). Réédition : Slatkine, Genève, 1981

« Histoire philosophique du genre humain, ou L’homme considéré sous ses rapports religieux et politiques dans l’état social, à toutes les époques et chez les différents peuples de la terre, précédée d’une dissertation introductive sur les motifs et l’objet de cet ouvrage » (2 vol., 1824). Réédition : Éditions traditionnelles, Paris, 1966

« Le Retour aux beaux-arts », dithyrambe pour l’année 1824 (1824)

Publications posthumes

« La Musique expliquée comme science et comme art et considérée dans ses rapports analogiques avec les mystères religieux, la mythologie ancienne et l’histoire de la terre » (1896). Réédition : L’Âge d’homme, Lausanne, 1974

« La Vraie Maçonnerie et la céleste culture, texte inédit avec introduction et notes critiques par Léon Cellier, Presses universitaires de France », Paris, 1952 ; La Proue, Lausanne, 1973

« Mes souvenirs », Boumendil, Nice, 1977

« Miscellanea Fabre d’Olivet » (1). Oratorio à l’occasion de la fête du sacre et du couronnement de S.M. l’Empereur. Prédictions politiques. Idamore ou le Prince africain. Vers à mes amis pour le jour de ma fête, publié par Gilbert Tappa, Boumendil, Nice, 1978

« Miscellanea Fabre d’Olivet » (2). Antoine Fabre d’Olivet et les concours de l’Institut : Discours sur les avantages et les inconvénients de la critique littéraire. Dissertation sur le rythme et la prosodie des anciens et des modernes, publiés par Gilbert Tappa, Boumendil, Nice, 1982

« La Langue d’Oc rétablie dans ses principes », Steinfeld, Ganges, 1989

RÉFÉRENCES :

- Christian Anatole, Robert Lafont, « Nouvelle histoire de la littérature occitane », Paris, P.U.F., 1970. 

- Léon Cellier et Jean-Claude Richard (éd.), Fabre d’Olivet (1767-1825) : « Contribution à l’étude des aspects religieux du romantisme », Nizet, Paris, 1953. Réédition : Slatkine, Genève, 1998 

- Jean Pinasseau, « Lettres et documents inédits pour servir une biographie de A. Fabre d’Olivet », Issy-les-Moulineaux, 1931. Extrait du Bulletin de l’histoire du protestantisme,no 3, juillet-septembre 1931. 

- Sédir, « Éléments d’hébreu, d’après la méthode de Fabre d’Olivet », Ollendorff, Paris, 1901. 

- Valérie Van Crugten-André, « Les Aveugles dans la littérature française du xviiie siècle. Autour du Sage de l’Indostan de Fabre d’Olivet » in Voir, Ligue Braille (Belgique), no 18, mai 1999, p. 46-53. 

- Philippe Gardy, « L’Exil des origines. Renaissance littéraire et renaissance linguistique en pays de langue d’oc aux xixe et xxe siècles », 2006 

- Philippe Gardy, « L’Œuvre poétique occitane d’Antoine Fabre d’Olivet : sujet littéraire et sujet linguistique » in L’Occitanie Romantique, Actes du colloque de Pau, 1994, Annales de Littérature Occitane 3, CELO, Pau, 1997, p. 147-165.

« Fabre d’Olivet (1767-1825), poète occitaniste, hébraïsant et théosophe », Revue La France latine, Revue d’études d’oc, no 138, 2004.

- Georg Kremnitz, « Fabre d’Olivet reconsidéré », Revue Lengas, 18, 1985, p. 408-421. 

- André Tanner (éd.), « Gnostiques de la révolution ». Tome II : Fabre d’Olivet, Egloff, Paris, 1946

OUVRAGES À CONSULTER :
Le Sepher de Moïse, Version d’après Fabre d’Olivet. 
De l’état social de l’homme ou Vues Philosophiques 1 2, sur l’histoire du genre humain
La Langue Hébraïque restituée 1 2, et le véritable sens des mots hébreux rétabli et prouvé par leur analyse radicale, ouvrage dans lequel on trouve réunis », Fabre d’Olivet.

samedi 16 mars 2013

ÉLIPHAS LÉVI (1810-1875)


Éliphas Lévi, né Alphonse-Louis Constant le 8 février 1810 à Paris, où il mourut le 31 mai 1875, est un ecclésiastique français et une grande figure de l'occultisme.

1810-1845 : Enfance, jeunesse et vocation religieuse

Alphonse-Louis Constant naquit le 8 février 1810, au nº5 de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (devenue depuis rue de l'Ancienne-Comédie) à Paris, de Jean Joseph Constant et Jeanne Agnès Beaucourt. Il fut baptisé en l'Église Saint-André-des-Arts.

Son père était cordonnier. Grâce à l'abbé J.-B. Hubault Malmaison, qui avait organisé dans sa paroisse un collège dispensant gratuitement les bases de l'instruction aux enfants pauvres, il fit ses premières études, puis entra en 1825 au petit séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, dirigé alors par l'abbé Frère-Colonna, qui l'orienta peut-être déjà vers l'étude de la magie.

En 1830, ayant terminé sa rhétorique, il passa selon la règle au séminaire d'Issy pour finir ses deux années de philosophie. La mort de son père intervint cette même année. Après Issy, il aboutit au séminaire de Saint-Sulpice pour faire sa théologie. Il y fut ordonné sous-diacre et tonsuré. En 1835, alors qu'il avait la charge de l'un des catéchismes de jeunes filles de Saint-Sulpice, la jeune Adèle Allenbach lui fut confiée par sa mère, avec mission de « la protéger tout spécialement et de l'instruire à part, comme si elle était la fille d'un prince ».

Sa mère, fervente catholique et épouse d'un officier suisse, avait émigré en France en 1830 parce que la religion de sa fille lui semblait menacée, et toutes deux vivaient depuis dans un grand dénuement. 

Le jeune abbé tomba peu à peu éperdument amoureux de sa protégée, en qui il crut voir la Sainte Vierge apparue sous une forme charnelle. Ordonné diacre le 19 décembre 1835, il quitta finalement le séminaire en juin 1836 avant de recevoir le sacrement de l'ordre ; mais entre-temps la jeune fille pour laquelle il s'était perdu l'avait délaissé. 

Sa vieille mère infirme, qui avait mis toutes ses espérances en lui, fut très abattue par le départ de son fils du séminaire et se suicida quelques semaines plus tard en s'asphyxiant avec les émanations de son réchaud à charbon. A. Constant eut un instant l'idée d'entrer à la Trappe, mais ses amis l'en détournèrent. Il passa une année dans un pensionnat près de Paris, puis accompagna un ami comédien ambulant nommé Bailleul dans une tournée en province.

En 1838, il se lia d’amitié avec la socialiste Flora Tristan (qui sera la grand-mère du peintre Paul Gauguin), et collabora avec Alphonse Esquiros, rencontré au petit séminaire, à une revue : les Belles Femmes de Paris, qui révèla au public ses dons de dessinateur. Alors qu'il parcourait les salons pour sa revue, il fit un jour la connaissance d'Honoré de Balzac, alors en pleine gloire, chez Mme de Girardin.

Songeant encore à accéder à la prêtrise, il partit pour l’abbaye de Solesmes, bien résolu à y passer le reste de ses jours. L'abbaye possédait une bibliothèque d'environ 20000 volumes, dans laquelle il puisa abondamment. Il étudia la doctrine des anciens gnostiques, celle des Pères de l'Église primitive, les livres de Cassien et d'autres ascètes, les pieux écrits des mystiques, et spécialement les livres de Mme Guyon.

Durant son séjour, il fit paraître son premier ouvrage : le Rosier de Mai (1839). À cause d'une mésentente avec l'abbé de Solesmes, A. Constant quitta finalement l'abbaye au bout d'un an, sans le sou.

En intercédant auprès de l'archevêque de Paris, Mgr Affre, il finit par obtenir un poste de surveillant au collège de Juilly. Ses supérieurs le maltraitaient, et dans son écœurement il composa, au grand scandale du clergé et des bien-pensants, la Bible de la liberté (1841). L'ouvrage parut le 13 février et fut saisi à Versailles une heure après sa mise en vente. Un grand nombre d'exemplaires purent tout de même être sauvés, et l'abbé Constant fut arrêté dans les premiers jours du mois d'avril. Le procès eut lieu le 11 mai 1841, l'abbé fut condamné à 8 mois de prison et 300 francs d'amende. À la prison de Sainte-Pélagie, où il passa 11 mois (n'ayant vraisemblablement pas de quoi régler l'amende...) il retrouva son ami Esquiros et l'abbé de Lamennais. 

Tous les moyens furent apparemment employés pour le faire mourir de chagrin et de misère. On intercepta ses lettres pour en dénaturer le sens, l'accusa d'être un vendu à la police, et il dut en outre subir l'animosité de certains autres détenus. Il chercha des consolations dans l'étude, lisant pour la première fois les écrits de Swedenborg. Mais ses amis du dehors ne l'oubliaient pas. Une certaine Mme Legrand, très riche amie de Flora Tristan, fit en sorte d'adoucir l'ordinaire du prisonnier en lui faisant porter une nourriture plus variée.

À sa sortie en avril 1842, il obtint une commande de peintures murales pour l'église de Choisy-le-Roi grâce à l'aumônier de Sainte-Pélagie. En 1843, habitant le presbytère de Choisy, il commença l'écriture de la Mère de Dieu. Sa conduite était si exemplaire, que Mgr Affre décida de le recommander à Mgr Olivier, évêque d'Evreux. L'évêque était prêt à accueillir l'abbé à condition qu'il change son nom pour celui de sa mère, afin d'éviter tout scandale en rapport avec l'affaire de la Bible de la liberté. 

C'est donc l'abbé Beaucourt qui partit pour Évreux en février 1843. Ses prédications y rencontrèrent un grand succès et suscitèrent beaucoup de jalousies parmi les prêtres du diocèse.

Au mois de juin le journal l'Univers annonça la mort de l'abbé Constant, information démentie ensuite par le Populaire, puis le 22 juillet 1843 parut dans l'Écho de la Normandie un article intitulé le Nouveau Lazare dans lequel était dévoilée toute l'histoire de l'abbé Beaucourt : son identité, son procès et sa condamnation. Obligé de sortir du séminaire, il ne fut pas oublié par l'évêque d'Évreux qui pourvut à sa subsistance et chercha encore à l'aider par la commande d'une peinture murale pour un couvent. C'est dans la même année 1843, qu'il fut parrainé par des connaissances de son père pour intégrer une société secrète à Lausanne, montée en 1677 par Louis Quinault : l'Ordre Hermétiquede la Rose-Croix Universelle, d'où il obtiendra le grade de Grand-Maître. Malheureusement, Mgr Olivier fut très affligé par la sortie de la Mère de Dieu (1844), et fin février 1844, l'abbé retourna à Paris en laissant sa peinture inachevée.

Il revit son amie Flora Tristan, qui mourut peu de temps après à Bordeaux. Il hésita longtemps avant de publier le manuscrit intégral de Flora Tristan, pensant qu'on l'en rendrait responsable, abandonna finalement le projet et édita le premier manuscrit sous le titre : l'Émancipation de la femme ou le Testament de la paria. À l'automne 1844, Mme Legrand lui demanda de venir à Guitrancourt afin d'achever l'éducation de ses enfants. Il y demeura un an puis retourna à Paris et fit paraître son manifeste pacifique, inspiré par Silvio Pellico :la Fête-Dieu ou le Triomphe de la paix religieuse (1845).

Les idées utopistes et humanitaires du temps l’absorbèrent alors tout entier. Deux mouvements surtout suscitèrent de sa part de profondes et longues méditations : le Saint-Simonisme et le Fouriérisme.

« L'école Saint-Simonienne, malgré ses qualités estimables, m'a toujours inspiré une vive répulsion. Ils ont de la vraie religion tout excepté l'esprit de piété; leur femme libre me fait horreur et ils ne peuvent comprendre la charité puisqu'ils méconnaissent l'amour. Ils sont froids comme l'industrialisme, tranchants, despotes et calculateurs. Je me fâche quand je les vois toucher si près à nos grandes vérités que leur sécheresse de cœur compromet et profane. Enfantin a certainement des aperçus remarquables mais il est plein d'égoïsme et de fatuité. » 

— (Correspondance avec le baron Spedalieri)

« Fourier retourna le système de Swedenborg, pour créer sur la terre le paradis des attractions proportionnelles aux destinées. Par les attractions il entendait les passions sensuelles auxquelles il promettait une expansion intégrale et absolue. Dieu, qui est la suprême raison, marqua d'un sceau terrible ces doctrines réprouvées : les disciples de Fourier avaient commencé par l'absurdité, ils finirent par la folie. »

— (Histoire de la magie, p. 470) 

1845-1855 : Vers l'ésotérisme et l'occultisme 


En 1845, dans le Livre des larmes, il développe pour la première fois des notions ésotérisantes. Durant cette période, il compose aussi des chansons et illustre deux ouvrages d'Alexandre Dumas : Louis XIV et son siècle et le Comte de Monte-Cristo. Adèle Allenbach, devenue actrice, vient le voir souvent. Elle conserva toujours la même admiration pour son « petit-père » dont elle accompagna le cercueil jusqu'à sa dernière demeure.

A. Constant habite quelque temps à Chantilly, puis revient se fixer à Paris, au nº 10 de la rue Saint-Lazare. Il devient l'ami de Charles Fauvety et les deux hommes fondent en 1845 la revue mensuelle : la Vérité sur toutes choses. Celle-ci ne parut que pendant 4 mois.

Depuis son retour d'Évreux, il se rendait fréquemment à Choisy-le-Roy où il avait rencontré en 1843 Mle Eugénie Chenevier, sous-maîtresse à l'Institution Chandeau. Parmi les pensionnaires de l'Institution se trouvait la jeune Marie-Noémi Cadiot, à laquelle Eugénie s'était liée d'amitié. Lorsque les deux jeunes filles sortaient le dimanche, A. Constant les accompagnait, et ils passaient tous trois de bons moments.

Eugénie Chenevier accepta d'être sa femme devant Dieu. Confiante en l'avenir, elle s'était déjà donnée à lui et attendait un enfant. Ce fils, Xavier Henri Alphonse Chenevier, qui naquit le 29 septembre 1846, vécut jusqu'en 1916, et eut lui-même un fils, Pierre (par la ligne d’Eugénie, la descendance d’Éliphas Lévi représente aujourd’hui plus de 40 personnes, à la sixième génération).

Mais Marie-Noémi Cadiot tomba amoureuse... Après avoir entretenu une correspondance enflammée avec A. Constant, elle s'échappe un beau jour de chez ses parents pour aller se réfugier dans la mansarde de celui-ci. Son père exige alors le mariage, sous la menace d'une accusation de détournement de mineure, car la jeune fille n'avait alors que 18 ans. A. Constant dut se résigner.

La cérémonie civile eut lieu à la mairie du Xe arrondissement, le 13 juillet 1846. La famille Cadiot n'avait pas voulu doter Noémi, et les deux époux étaient tellement dénués de ressources qu'ils firent leur repas avec quelques sous de pommes de terres frites achetées sur le Pont-Neuf.

Depuis l'affaire de la Bible de la liberté (1841), on empêchait A. Constant d'exprimer sa pensée en lui refusant l'insertion dans les journaux. À l'instigation de Noémi, il se remet à faire de la politique. Il collabore notamment à la Démocratie pacifique, et écrit un pamphlet virulent : la Voix de la famine. Le 3 février 1847, on le condamne encore à un an de prison et 1 000 francs d'amende. Sa femme demande grâce pour elle et l'enfant qu'elle porte auprès des ministères et obtient finalement sa libération au bout de 6 mois. MmeConstant accouche en septembre 1847 d'une fille, Marie. La petite Marie mourra en 1854 à l'âge de 7 ans, au grand désespoir de A. Constant qui l'adorait.

La révolution de février 1848 lui donnant plus de liberté, il commence à diriger une revue gauchiste : le Tribun du peuple, qui n'eut que quatre numéros, du 16 au 30 mars 1848. Il fonde ensuite avec ses amis Esquiros et Le Gallois un club politique : le Club de la montagne, composé surtout de travailleurs. Arrivent les journées de juin, insurrection des classes laborieuses amenée par la réaction pour faire périr la République naissante.

Le 23 juin 1848 faillit être fatal à A. Constant : on fusilla, croyant avoir affaire à lui, un marchand de vin qui lui ressemblait au coin de la rue Saint-Martin et de la rue d'Arcis. Le 24, Mgr Affre, voulant apaiser les insurgés, reçut une balle et mourut trois jours plus tard. A. Constant désirait représenter le peuple à l'Assemblée nationale, mais sa tentative échoua. Son ami Esquiros fut en revanche élu le 13 mai 1849, et les deux hommes ne se fréquentèrent plus. le Testament de la liberté (1848), qui résume ses idées politiques, sera son dernier ouvrage du genre. À cette époque, Madame Constant, qui avait déjà publié dans la revue de son mari et fréquenté le Club des femmes de Mme Niboyet, se lance dans le monde parisien. Elle écrit dans le Tintamarre et le Moniteur du soir des feuilletons littéraires sous le pseudonyme de Claude Vignon (tiré d'un roman de Balzac). C'est une période de relative aisance pour le couple. Noémi prend des leçons du célèbre sculpteur Pradier, et grâce à cette haute relation A. Constant obtient deux commandes de tableaux du ministère de l'Intérieur. 

Parallèlement, il lit la Kabbala Denudata de Knorr de Rosenroth, étudie les écrits de Jacob Boehme, Louis-Claude de Saint-Martin, Emanuel Swedenborg, Antoine Fabre d'Olivet, Chaho, et Görres.

Fin 1850, il rencontre l’abbé Jacques Paul Migne, fondateur et directeur de la librairie ecclésiastique de Montrouge, qui lui commande pour sa collection un Dictionnaire de la littérature chrétienne.

Paru en 1851, l'ouvrage étonne par la science profonde qu'il renferme. Vers cette époque A. Constant rencontre le savant polonais Hoëné-Wronski, dont l’œuvre fait sur lui une impression durable et l’oriente vers la pensée mathématique et le messianisme napoléonien.

Commence alors la rédaction du Dogme et rituel de la haute magie. Il prend le pseudonyme d'Éliphas Lévi, ou Éliphas Lévi Zahed (traduction en hébreu de Alphonse-Louis Constant) que lui avait légué l'Ordre Hermétique de la Rose-Croix Universelle.

« La foi n'est qu'une superstition et une folie si elle n'a la raison pour base, et l'on ne peut supposer ce qu'on ignore que par analogie avec ce qu'on sait. Définir ce qu'on ne sait pas, c'est une ignorance présomptueuse; affirmer positivement ce qu'on ignore, c'est mentir. » 

— (Dogme et rituel de la haute magie, p. 360)

Mme Constant, qui avait une liaison avec le marquis de Montferrier (beau-frère de Wronski) depuis quelque temps, s'enfuit un jour à Lausanne pour ne plus revenir. Profondément blessé, il se remet au travail pour tenter d'échapper au chagrin.

1854-1859 : Voyage et rencontres

Au printemps 1854, il se rend à Londres, y rencontre le Dr. Ashburner et Sir Edward Bulwer-Lytton, célèbre auteur de romans fantastiques (Zanoni, le Maître Rose-Croix est son ouvrage le plus connu), qui devient son ami et le fait admettre au sein des cercles rosicruciens. Encouragé par une amie de celui-ci initiée de haut grade, il tente une série d'évocations. Au cours de l'une d'elles, le fantôme d’Apollonius de Tyane lui apparaît en lui indiquant l'endroit de Londres où il pourrait trouver son Nyctemeron (cf. le récit du séjour dans Dogme et rituel de la haute magie, pages 132 à 135). Pourtant Éliphas Lévi demeurera toujours opposé aux expériences de magie. Quand plus tard il eut quelques disciples, il leur fit promettre de ne jamais tenter la plus petite expérience et de ne s'occuper que de la partie spéculative de la philosophie occulte.

Mle Eugénie Chenevier était à Londres depuis quelques années, où elle gagnait péniblement de quoi élever son enfant. A. Constant lui écrivit pour lui demander son pardon et il l'obtint. Pendant ce temps à Paris, son ami Adolphe Desbarolles prend avec l'ex-Mme Constant les arrangements nécessaires et fait déménager les affaires personnelles du Maître.

Revenu en France en août 1854, Éliphas loge quelque temps dans l'atelier de peintre de son ami Desbarolles, puis habite une modeste chambre d'étudiant au 1er étage du nº 120 boulevard du Montparnasse, où il achève Dogme et rituel de la haute magie, qui paraît de 1854 à 1856. Alors commence le succès, mais non la fortune.

En 1855, il fonde avec Fauvety et Lemonnier la Revue philosophique et religieuse qui paraîtra pendant trois ans et dans laquelle il écrit de nombreux articles sur la Qabbale. Délaissant un peu la philosophie occulte, il se remet à composer des chansons. L'une d'elle, dans laquelle il compare Napoléon III à Caligula lui vaut une nouvelle fois la prison. Mais quelques jours après son incarcération il écrit une autre chanson où il explique satiriquement que les juges ont commis une méprise, qu'il n'a jamais comparé personne à Caligula, et la fait porter à l'empereur qui lui pardonne. D'avril à juin 1856 il publie des chansons dans le Mousquetaire d'Alexandre Dumas grâce à Desbarolles.

Le 3 janvier 1857, un événement sanglant plonge Paris dans la stupeur. L'archevêque de Paris, Monseigneur Sibour, est assassiné par un prêtre interdit, Louis Verger, alors qu'il inaugurait la neuvaine de Sainte Geneviève à Saint-Étienne-du-Mont.

Les deux nuits précédentes, Éliphas avait fait (selon ses dires) un rêve prémonitoire qui se terminait pas les paroles : « viens voir ton père qui va mourir ! ». Son père étant mort depuis longtemps, il n'en comprit pas immédiatement le sens. Le 3 janvier vers quatre heures de l'après-midi, Éliphas se trouvait parmi les pèlerins qui assistaient à l'office au cours duquel l'archevêque devait succomber. Mais ce n'est qu'en lisant plus tard la description de l'assassin dans les journaux, qu'il se souvint d'un prêtre pâle rencontré avec Desbarolles un an auparavant chez Mme A. et qui cherchait le grimoire d'Honorius. Cet épisode est relaté en détail dansla Clef des grands mystères (1861), pages 139 à 151.

Après trois années passées boulevard du Montparnasse, il va loger au nº 19 avenue du Maine vers juin 1857. Cette chambre ensoleillée, qu'il décore en mettant à profit ses talents d'artiste, verra les sept meilleures années de sa vie.

1859-1874 : Publications significatives, fin de vie



En 1859, la publication de l'Histoire de la magie lui rapporte 1 000 francs, ce qui est une somme pour l'époque, et le consacre en attirant à lui la plupart des ésotérisants français (notamment Henri Delaage, Luc Desages, Paul Auguez, Jean-Marie Ragon, Henri Favre, et le docteur Fernand Rozier, que l'on retrouvera plus tard aux côtés de Papus). Il connut aussi le cartomancien Edmond et le magnétiseur Cahagnet.

Sollicité par ses amis Fauvety et Caubet, il se fait recevoir maçon. Initié le 14 mars 1861 dans la loge la Rose du parfait silence, dont Caubet était le Vénérable, il déclare dans son discours de réception :

« Je viens apporter au milieu de vous les traditions perdues, la connaissance exacte de vos signes et de vos emblèmes, et par suite, vous montrer le but pour lequel votre association a été constituée...Car la rose et la croix m'ont tout donné » 

— (Caubet, Souvenirs, Paris, 1893)

La cérémonie eut lieu en présence d'un grand nombre de frères à qui il tenta d'expliquer que le symbolisme maçonnique est emprunté à la Rose-Croix et la Kabbale. Mais ce fut peine perdue, on ne l'écouta pas.

Entre temps, Mle Eugénie Chenevier et son fils étant revenus à Paris, Éliphas fait savoir qu'il désire s'occuper de l'enfant. La mère cède à ce désir, mais une brouille survient en1867 pour des questions d'argent et il ne reverra plus ni la mère, ni le fils jusqu'à sa mort.

En 1861, il publie la Clef des grands mystères, dernier volet de la trilogie commencée avec Histoire de la magie et Dogme et rituel de la haute magie.

Le Maître travaille beaucoup, initiant à l'occultisme des érudits appartenant à la plus haute aristocratie, et même l'évêque d'Évreux, Mgr Devoucoux, à qui il donne de leçons de Qabbale. Grâce à l'argent perçu en rémunération de ses leçons, il vit dans un relatif confort matériel, enrichissant sans cesse sa bibliothèque. Avec le comte Alexandre Branicki, hermétiste, il réussit quelques expériences probantes du « Grand Œuvre » dans un laboratoire installé au château de Beauregard, à Villeneuve-Saint-Georges. Ce château appartenait à la veuve d'Honoré de Balzac et Éliphas devint bientôt l'ami du beau-fils de Madame de Balzac, le comte Georges Mniszech. Le château, saccagé par les Prussiens en 1870, est aujourd'hui la mairie de Villeneuve-Saint-Georges.

En mai 1861, il retourne à Londres, accompagné du comte Alexandre Branicki, passer quelques mois auprès de Bulwer-Lytton, arrivé cette année-là à la tête de la Rosicrucian Society of England. Au cours de ce deuxième séjour, Éliphas Lévi rend plusieurs fois visite à Eugène Vintras, qui lui avait envoyé deux de ses disciples pour l'inviter des années auparavant. Il le considère non pas comme un prophète, mais comme un médium singulier, un intéressant sujet d'études, et lui achète même son livre l'Évangile éternel.

En juillet 1861, le baron italien N-J Spedalieri avait acheté chez un libraire de Marseille le Dogme et rituel de la haute magie et décidait de prendre contact avec l'auteur. S'ensuivit une correspondance de plus de 1 000 lettres qui dura du 24 octobre 1861 au 14 février 1874. C'est un cours de Qabbale unique, précis, rempli de figures explicatives et d'anecdotes. Spedalieri fut l'un des plus importants mécènes du professeur de sciences occultes.

Rentré à Paris, Éliphas Lévi publie le Sorcier de Meudon, dédié à Mme de Balzac (Ewelina Rzewuska Comtesse Hanska). Depuis son retour de Londres, il assiste régulièrement aux réunions maçonniques de la loge Rose du parfait silence. Le 21 août 1861, on lui confère le grade de Maître. À la suite d'un long discours sur les Mystères de l'initiation qu'il prononça le mois suivant, un Frère, le professeur Ganeval, ayant voulu présenter quelques observations sur ce qui venait d'être dit, se heurta aux protestations d'Éliphas, qui se retira et ne reparut plus en loge. Les tentatives de Caubet pour le faire revenir sur sa décision le lendemain furent infructueuses. La loge Rose du parfait silence sera mise en sommeil en 1885, mais n'y cherchons peut-être pas, comme Oswald Wirth, une relation de cause à effet.

« J'ai cessé d'être Franc-Maçon parce que les Francs-Maçons, excommuniés par le Pape, ne croyaient plus devoir tolérer le catholicisme. » 

— (le Livre des sages)

Le 29 août 1862 paraît "Fables et symboles", ouvrage dans lequel Éliphas Lévi analyse les symboles de Pythagore, des Évangiles apocryphes, du Talmud...etc... Quelques fois il fréquente incognito les réunions spirites pour se documenter. Pierre Christian, auteur de l'étrange roman l'Homme rouge des Tuileries, fut le voisin et l'ami d'Éliphas et profita de ses entretiens et de ses leçons toutes bénévoles.


En 1863 meurt Louis Lucas, chimiste initié aux secrets d'Hermès, disciple de Wronski et ami d'Éliphas. Le 15 mai 1864, Éliphas déménage dans un trois pièces au 2e étage du nº 155 rue de Sèvres, sa dernière demeure. En 1865 paraît laScience des esprits, recueil d'essais traitant à nouveau du symbolisme des Évangiles apocryphes, du Talmud, etc.(absolument rien à voir avec le spiritisme).

À l'été 1865, l'éditeur Larousse lui demande d'écrire quelques articles de Qabbale pour son Grand Dictionnaire. Il travaille en même temps à un ouvrage superbe, mais d’une valeur historique contestable, le Livre des splendeurs, qui traite surtout de la Qabbale du Zohar et qui ne paraîtra qu’après sa mort. À cette époque il commence à ressentir souvent des douleurs névralgiques à la tête, qui le font beaucoup souffrir.

Durant le siège de Paris en 1870, sa vie fut des plus pénibles car les communications avec la province étant coupées, il ne pouvait plus recevoir de subsides de la part de ses élèves. La dureté de son service comme Garde National révèle une maladie de cœur. Une fois la Commune terminée, le Maître totalement dénué de ressources une fois de plus, trouve chez une de ses élèves, Mme Mary Gebhard, qui habitait Elberfeld en Allemagne, une longue et chaude hospitalité. Les événements lui inspirent quelques pensées qu'il réunit sous le titre les Portes de l'avenir.

À son retour d'Allemagne, il apprend la mort de la baronne Spedalieri. La mort de sa femme affecte tellement le baron qu'il se croit devenu matérialiste et athée et finit par se détourner du Maître. En décembre 1871, Éliphas Lévi termine un autre manuscrit : le Grimoire franco-latomorum, consacré à l'explication des rites de la Franc-maçonnerie. À l'automne 1872, son ex-femme, écrivain et sculpteur désormais reconnue, se marie avec le député de Marseille, Maurice Rouvier, qui deviendra ministre du commerce. Sa santé continue de se détériorer. À cause d'une maladie de cœur il est sujet à des évanouissements au cours desquels il dit avoir des visions extatiques. Pendant l'année 1873, il achève le manuscrit de l'Évangile de la science.

En novembre 1873, Judith Mendès, fille de Théophile Gautier, avait eu besoin pour un de ses romans orientaux, de renseignements sur la Kabbale chaldéenne. La renommée l'avait conduite tout droit chez Éliphas Lévi, qui invité un jour chez son père, avait prédit à la jeune fille ses succès de jeune femme en lisant dans sa main. Son mari Catulle Mendès présenta Éliphas à l'écrivain Victor Hugo, qui paraît-il connaissait les ouvrages du Qabbaliste et les avait même appréciés.

L'année 1874 fut très douloureuse à passer : une bronchite assez grave, des étouffements, et une fièvre persistante ne lui laissèrent presque aucun repos. Ses jambes s'enflèrent peu à peu et une sorte d'éléphantiasis se déclara bientôt.

En janvier 1875, le Maître achève son dernier manuscrit : le Catéchisme de la paix. Le 31 mai 1875, il s'éteint au nº 155 rue de Sèvres, à l'âge de 65 ans. On l'inhuma au cimetière d'Ivry, une simple croix de bois marquant l'emplacement de sa tombe. En 1881, son corps fut exhumé et ses restes placés dans la fosse commune.

source : Wikipédia

BIBLIOGRAPHIE :

Œuvres d'Alphonse-Louis Constant

1832 : Nemrod (paru dans le Dictionnaire de littérature chrétienne)
1839 : le Rosier de mai ou la Guirlande de Marie
1841 : La Bible de la liberté
1841 : l'Assomption de la femme ou le Livre de l'amour
1841 : Doctrines religieuses et sociales
1844 : la Mère de Dieu, épopée religieuse et humanitaire
1845 : la Fête-Dieu ou le Triomphe de la paix religieuse
1845 : Paix ! Paix ! Réprimande adressée par un abbé et un théologien à Timon qui n'est ni l'un ni l'autre
1845 : le Livre des larmes ou le Christ consolateu
1845 : les Trois Harmonies
1846 : la Dernière Incarnation
1846 : La Voix de la famine
1847 : le Deuil de la Pologne. Protestation de la Démocratie française et du Socialisme universel
1847 : Rabelais à la Basmette
1847 : les Trois Malfaiteurs
1847 : le Sorcier de la Devinière
1848 : la Marseillaise du peuple (chanson)
1848 : le Règne du peuple (chanson)
1848 : le Testament de la liberté
1851 : Dictionnaire de la littérature chrétienne

Œuvres signées sous le pseudonyme d'Éliphas Lévi

1854 : Dogme et rituel de la haute magie (tome 1 de 2)
1859 : Histoire de la magie
1859 : la Clef des grands mystères suivant Hénoch, Abraham, Hermès Trismégiste et Salomon
1861 : Le Sorcier de Meudon
1863 : Appel de la Pologne à la France par un Polonais
1863 : Philosophie occulte. Première série : Fables et Symboles
1865 : Philosophie occulte. Seconde série : la Science des esprits

Ouvrages posthumes
Dans cette section, la date indiquée est la date de rédaction et non celle de parution. 

1854 : la Clavicule universelle des clavicules de Salomon ou le Grimoire des Grimoires
1856 : Carnet de notes d'Éliphas Lévi
1860 : la Clavicule prophétique des sept esprits de Jean Trithème
1861 : les Mystères de la Kabbale ou l'Harmonie occulte des deux testaments
1861 : Cours de philosophie occulte. Lettres au baron Spedalieri
1868 - 1869 : Le Grand Arcane ou l'Occultisme dévoilé, Chamuel, 1898
1869 - 1870 : le Livre des splendeurs
1869 - 1870 : le Livre des sages
1870 : les Éléments de la Kabbale
1871 : les Portes de l'avenir ou les Dernières Paroles d'un voyant
1871 : le Grimoire franco-latomorum
1872 - 1874 : le Voile du temple déchiré
1873 : l'Évangile de la science
1873 : la Religion de la science
1873 : les Paradoxes de la haute science
1874 : la Sagesse des Anciens
1874 : le Livre d'Abraham le Juif retrouvé
1875 : le Catéchisme de la paix suivi de Quatrains de la Bible et de la Bible de la liberté

OUVRAGES À CONSULTER :
(cliquez sur les images des livres afin d’accéder aux documents)

"LA CLÉ DES GRANDS MYSTÈRES", Eliphas Levi

"LIVRE DES SAGES", Eliphas Levi

"LE SORCIER DE MEUDON" + "HISTOIRE DE LA MAGIE", Eliphas Levi

vendredi 15 mars 2013

LA KABBALE


La "Kabbale" (de l'hébreu קבלה "Qabbala", "réception", forme anglicisée écrite plutôt "Cabbale" ou "Qabale" en français) est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH (Dieu) à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah).

Le Baal Hasoulam (Yéhouda Ashlag), kabbaliste du XXe siècle, en donne la définition suivante : « Cette sagesse n'est ni plus ni moins que l'ordre des racines, descendant à la manière d'une cause et de sa conséquence, selon des règles fixes et déterminées, s'unissant au nom d'un but unique et exalté, décrit par le nom "révélation de Sa Divinité à Ses Créatures en ce monde" ».

Georges Lahy définit la kabbale comme « la dimension interne de la Torah, correspondant au "sod" (la connaissance secrète) des quatre niveaux de l'intérieur de la Torah (connus sous le nom de pardès) ».

Selon ses adhérents, la compréhension intime et la maîtrise de la Kabbale rapprochent spirituellement l'homme de Dieu, ce qui confère à l'homme un plus grand discernement sur l'œuvre de la Création par Dieu. Outre des prophéties messianiques, la Kabbale peut ainsi se définir comme un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, prenant racine dans les traditions ésotériques du judaïsme.

Dans Morals And Dogma, Albert Pike déclare que la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale. Le thème du kabbalisme a été en outre repris par nombre de nouveaux mouvements religieux, dont le Centre de la Kabbale qui connaît actuellement une certaine notoriété auprès des personnalités du show-business, dont la très emblématique Madonna, mais qui est dénoncé comme imposture par les rabbins traditionalistes.

Étymologie

Le mot "kabbale" ("Qabalah" en hébreu) signifie "réception" au sens le plus général, le terme est parfois interprété comme "tradition". Le Kabbaliste est donc celui qui a reçu (de l'hébreu קיבל "Qibel") la tradition. Le mot Kabbale ne désigne pas un dogme, mais un courant à l'intérieur du judaïsme et un état d'esprit.

Charles Mopsik rappelle la différence orthographique entre cabale et kabbale :

"La première graphie a été consacrée en français depuis plusieurs siècles alors que la seconde, importée de l'allemand, a été employée en France dans le but de distinguer la 'Cabale' des occultistes et autres mystériosophes douteux de la 'Kabbale' de la tradition juive authentique. Cette distinction graphique est devenue inutile depuis que 'Kabbale' a été adoptée par les occultistes précités."

Description générale

Toutes les religions ont un volet mystique ou ésotérique — accès direct à Dieu sans prêtre et/ou sans église constituée — mais l'originalité de la Kabbale réside dans son approche de la genèse par la voie mystique et la voie de la connaissance.

La Kabbale se veut un outil d'aide à la compréhension du monde en ce sens qu'elle incite à modifier notre perception du monde (ce que nous appelons "la réalité" malgré la subjectivité de notre perception). Pour ce faire, la Kabbale met à disposition de ses adeptes un diagramme synthétique : l'Arbre de la Vie ou des Sephiroth, et autres clés de lecture pour de multiples ouvrages, ainsi qu'un foisonnement de concepts (degrés de signification, contraction, etc.).


Elle propose ses réponses aux questions essentielles concernant l'origine de l'univers, le rôle de l'homme et son devenir. Elle se veut à la fois un outil de travail sur soi et un moyen d'appréhender d'autres systèmes de pensée.

La Kabbale, en tant que phénomène, est souvent comprise comme la mystique de la merkabah ; ainsi Scholem commence-t-il son énonciation de la Kabbale dans "Les Grands Courants de la Mystique Juive" par Hénoch et son cycle, par la mystique qui se développe autour de la vision d'Ézéchiel nommée "littérature des Palais" ou "hekhalot", la « mystique de la merkabah ».

Cette mystique se présente comme accès, en un voyage ascensionnel et intérieur, au cœur même du divin, au jardin de la science du Livre, au "Sod", quatrième terme du "Pardès". On lui associe tout ce qui est littérature apocalyptique — de l'apocalyptique juive.

Principaux textes :

- Le "Livre de la Création", "Sefer Yetsirah", le plus ancien texte écrit de la Kabbale attribué au patriarche Abraham.

- Le "Livre Clair" ou "de la Clarté", « Sefer Ha Bahir », texte complexe apparu au xiie siècle en Languedoc

- Le « Livre de la Splendeur », « Sefer Ha Zohar », le livre essentiel de la Kabbale écrit il y à environ 2000 ans par Rabbi Shimon bar Yohaï.

- « Littérature des Palais » ou « Écrits du Char Céleste », un ensemble de textes mystiques en hébreu ou en araméen écrits en Eretz Israël relatant des visions extatiques du "Char Céleste" ("Merkava"), des Cieux, des Anges et du Trône Divin dont la datation admise est comprise entre le IVe siècle et le VIIIe siècle.

Histoire

Origines

Les historiens sont divisés quant aux origines exactes de la Kabbale. Selon les sources de la Kabbale, celle-ci commence avec Adam, à qui est attribué le livre de l'ange Raziel. Puis le « Sefer Yetsira » (ou "Livre de la Formation"), l'ouvrage suivant selon la chronologie, est traditionnellement attribué au patriarche Abraham ainsi que le rapporte le Gaon de Vilna.

Ère talmudique

À cette époque, l'un des plus grands disciples de la Kabbale fut le rabbin Shimon bar Yohaï au IIe siècle.

Moyen Âge

Plusieurs livres importants sont écrits dans cette période...

Les premiers, en particulier le "Sefer Bahir" (ou "Livre de la clarté"), sont diffusés depuis les grandes académies rabbiniques du Languedoc (Lunel, Posquières) par des érudits de renom comme Rabad de Posquières (1120 - 1197) et Isaac l'Aveugle (1160 -1235). Le "Sefer Raziel", traditionnellement attribué à Adam, fut probablement compilé par Éléazar de Worms (1176-1238).

La Kabbale a connu un grand essor après la publication du "Sefer Zohar" (ou "Livre de la splendeur") par Moïse de Léon en 1286, maître livre qui rapporte, sous la forme d'une compilation de textes en araméen, l'enseignement de Shimon bar Yohaï jusqu'alors transmis par tradition orale.

Périodes moderne et contemporaine

La kabbale a connu un essor à partir du xvie siècle, avec Isaac Louria, connu sous le nom du "Ari" ("Le Lion"). Il offre dans son livre "Etz Haim" (L'Arbre de Vie) une explication en profondeur des dix sefirot, ainsi que des explications sur le livre du Zohar (notamment Idra Rabba).

À partir de cette période, de nombreux kabbalistes encouragèrent l'étude de la Kabbale, comme nous le rapporte Rabbi Azulai, dans son ouvrage Orh HaShemesh, « L'interdit jeté sur l'apprentissage de la Kabbale fut d'une durée limitée, jusqu'en 1490. Depuis 1540, il est nécessaire d'encourager tout le monde à s'intéresser au livre du Zohar, car ce n'est que par l'étude du Zohar que l'humanité parviendra à la rédemption spirituelle et la venue du Messie, et par conséquent, il est formellement interdit de ne pas étudier la Kabbale. »

Ainsi s'exprime également le rabbin Yehouda Ashlag, kabbaliste du début du XXe siècle : « Il n'y a pas d'autre moyen, pour la population en général, d'atteindre quelque élévation spirituelle et rédemption, que l'apprentissage de la Kabbale. C'est la méthode la plus simple et la plus accessible, ce qui n'est pas toujours le cas, en suivant d'autres parties de la Torah, où seuls quelques rares individus peuvent parvenir au but. » 

BIBLIOGRAPHIE :

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Moshe Idel, "Les kabbalistes de la nuit", éditions Allia, 2003.

Moshe Idel, "Les chemins de la Kabbale", Albin Michel, 2000.

Freys et Kœnigsberg, "Philosophia Càbbalistica", 1838.

Georges Lahy, "Dictionnaire encyclopédique de la Kabbale", éditions Lahy, 2005.

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Charles Mopsik, Les Grands Textes de la cabale : Les rites qui font Dieu, éditions Verdier, Collection : Les Dix paroles, 666 pages, 1993. ISBN : 2-86432-161-0

Charles Mopsik, La Cabale, éd. Jacques Grancher, Paris, 1988 [traduction espagnole: El Ateneo-Lidiun, Buenos Aires, 1994; traduction polonaise: Varsovie, 2001].

Charles Mopsik, "Cabale et cabalistes", Paris, éditions Bayard, 1997; IIe éd. Albin Michel, Paris, 2003 [traduction italienne: Borla, Rome 2000].

Marc-Alain Ouaknin, "Mystères de la kabbale", éditions Assouline, 2002.

Marc-Alain Ouaknin, "Tsimtsoum, introduction à la méditation hébraïque", éditions Albin Michel 

Ferenc Rákóczy, "Dans la noix du monde", éditions L'Âge d'Homme, 2008.

Alexandre Safran, "La Kabbale", (en collaboration avec sa fille, Esther Starobinski-Safran, 1960)

Alexandre Safran, "Sagesse de la kabbale", 1986.

Gershom Scholem, "Les grands courants de la mystique juive", Payot, 2002.

Gershom Scholem, "La Kabbale et sa symbolique", traduit par Jean Boesse, éditions Payot, Collection : Petite Bibliothèque Payot, 2003.

Gershom Scholem, "La Kabbale : une introduction, origines, thèmes et biographies", préf. Joseph Dan, Paris, Cerf, "Patrimoines. Judaïsme", 1998.

Gershom Scholem, "Les Origines de la Kabbale", Paris, Aubier-Montaigne, "Pardès", 1966.

François Secret, "Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance", Dunod, 1964 ; rééd. Arma Artis, 1985.

Leo Strauss et Gershom Scholem, "Philosophie et cabale : correspondance 1933-1973", Paris-Tel Aviv, Éditions de l'Éclat, 2006.

Paul Vulliaud, La Kabbale Juive

Dominique Aubier, "Le Traité de la Connaissance ou la kabbale retrouvée", Editions universitaires, Paris, 1985

Dominique Aubier, "Le Logiciel kabbalistique et l'Absolu", film de Olivier Verges, 1h 45. 2009

Chaïm Wirszubski, "Pic de la Mirandole et la cabale", suivi de "Considérations sur l'histoire des débuts de la cabale chrétienne" par Gershom Scholem, traduit de l'anglais et du latin par Jean-Marc Mandosio, Paris-Tel Aviv, Éditions de l'Éclat, 2007.

Articles connexes :
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"TAROT ET KABBALE", Samaël Aun Weor

Source : Wikipédia


La "Cabbale" Mère Égyptienne 


Une des définitions parmi les plus inspirées concernant la Cabbale (Kabbale, Qabbalah) nous vient du créateur de l'Archéomètre Saint-Yves d'Alveydre que Papus a reporté dans son livre : "La Cabbale".

Nous devons toujours à Saint-Yves d'Alveydre, que nous soit rapportée l'histoire du mystérieux schisme d'Irshou, qui n'est qu'une déclinaison terrestre du péché originel, pour ceux qui auront, grâce à leur 3ème Oeil, accès au sens Cachant de cette épopée.

Né le 26 mars 1842 d'une famille bretonne et catholique, Saint-Yves, après un baccalauréat de Lettres et un diplôme de Sciences entre à l'Ecole de Médecine navale de Brest, après avoir séjourner à Londres, la guerre de 1870 le ramène en France. Démobilisé, il entre au Ministère de l'Intérieur et entreprend alors de se perfectionner en Economie sociale. Son esprit curieux le conduit à cultiver l'art musical, les ordres d'architecture, les langues orientales, telle le sanskrit.

A la mort de son épouse en 1895, il ressent comme une blessure dont la cicatrice ne se refermera jamais. Il se retire à Versailles et se consacre dans la solitude à l'élaboration de "l'Archéomètre", ce qui lui demandera.

Sur la tradition cabalistique voici la lettre du Marquis de St-Yves d'Alveydre à Papus 10 janvier 1901
(Lettre figurant dans l'ouvrage de Papus : "La Cabbale")


"Mon cher Ami,

Je me fais un vrai plaisir de répondre à votre bonne lettre. Je n'ai rien à ajouter à votre remarquable livre sur la Cabbale juive. Il est classé au premier rang par l'appréciation si éminente et si méritée qu'en a faite le regretté M. Franck, de l'Institut, l'homme le plus autorisé à porter un jugement sur ce sujet.

Votre oeuvre complète la sienne, non seulement quant à l'érudition, mais aussi quant à la bibliographie et à l'exégèse de cette tradition spéciale ; et encore une fois, je crois ce beau livre définitif.

Mais, sachant mon respect pour la tradition, et, en même temps, mon besoin d'universalité et de vérification par tous les procédés des méthodes actuelles, connaissant en outre les résultats de mes travaux, vous ne craignez pas que j'élargisse le sujet, et, au contraire, vous voulez bien me le demander.

Je n'ai, en effet, accepté que sous bénéfice d'inventaire les livres de la cabbale juive, quelque intéressants qu'ils soient. Mais l'inventaire une fois fait, mes recherches personnelles ont porté sur l'universalité antérieure d'où procèdent ces documents archéologiques, et sur le principe ainsi que sur les lois qui ont pu motiver ces faits de l'esprit humain.

Chez les juifs, la cabbale provenait des Kaldéens par Daniel et Esdras.

Chez les Israélites antérieurs à la disparition des dix tribus non juives, la Cabbale provenait des Egyptiens, par Moïse.

Chez les Kaldéens comme chez les Egyptiens, la cabbale faisait partie de ce que toutes les Universités métropolitaines appelaient la Sagesse, c'est-à-dire la synthèse des sciences et des arts ramenés à leur principe commun. Ce Principe était la Parole ou le Verbe.

Un précieux témoin de l'antiquité patriarcale prémoïsiaque déclare cette sagesse perdue ou bouleversée 3.000 ans environ avant Notre-Seigneur. Ce témoin est Job et l'antiquité de ce livre est autologiquement signé par la position des constellations qu'il mentionne : « Qu'est devenue la Sagesse, où donc est-elle ? » dit ce saint patriarche.

Dans Moïse, la perte de l'unité antérieure, le démembrement de la Sagesse patriarcale, sont indiqués sous le nom de division des Langues et d'Ere de Nimrod. Cette époque Kaldéenne correspond à celle de Job.

Un autre témoin de l'Antiquité patriarcale est le Brahmanisme. Il a conservé toutes les traditions du passé superposées comme les différentes couches géologiques de la terre. Tous ceux qui l'ont étudié au point de vue moderne ont été frappés et de ses richesses documentaires et de l'impossibilité où sont leurs possesseurs de les classer d'une manière satisfaisante, tant au pont de vue chronologique, qu'au point de vue scientifique. Leurs divisions en sectes brahmaniques, vishnavistes, sivaïstes, pour ne parler que de celles-là, ajoutent encore à cette confusion.

Il en est pas moins vrai que les brahmes du Népal font remonter au commencement du Kaly-Youg la rupture de l'antique universalité et de l'unité primordiale des enseignements.

Cette synthèse primitive portait, bien avant le nom de Brahma, celui d'Ishva-Ra, Jésus-Roi : Jesus Rex Patriarcharum, disent nos litanies."


(Lettre figurant dans l'ouvrage de Papus : "La Cabbale", suite II)


"C'est à cette synthèse primordiale que Saint Jean fait allusion au commencement de son Evangile ; mais les Brahmes sont loin de se douter que leur Isoua-Ra est Jésus, Roi de l'Univers, comme Verbe Créateur et Principe de la Parole humaine. Sans cela, ils seraient tous chrétiens.

L'oubli de la Sagesse Patriarcale d'Ishva-Ra date de Krishna, le fondateur du brahmanisme et de sa Trimourti. Là encore, il y a concordance entre les Brahmes, Job et Moïse, quant au fait et quant à l'époque.

Depuis ce temps babélique, aucun peuple, aucune race, aucune Université, n'a plus possédé qu'à l'état de débris fragmentaires l'ancienne Universalité des connaissances divines, humaines et naturelles, ramenées à leur Principe : le Verbe-Jésus. Saint Augustin désigne sous le nom de Religio vera cette Synthèse primordiale du verbe.

La Cabbale rabbinique, relativement récente comme rédaction, était connue de fond en comble dans ses sources écrites ou orales par les adeptes juifs du premier siècle de notre ère. Elle n'avait certainement pas de secret pour un homme de la valeur et de la science de Gamaliel. Mais elle n'en avait pas non plus pour son premier et prééminent disciple, saint Paul, devenu l'apôtre du Christ ressuscité.

Or, voici ce que dit saint Paul, 1er épître aux Corinthiens, chapitre II, versets 6,7,8 :

« Nous prêchons la Sagesse aux parfaits, non la Sagesse de ce monde, ni des princes de ce monde qui se détruisent ;

Mais nous prêchons la Sagesse de Dieu, renfermée dans son Mystère ; Sagesse qui était demeurée cachée, que Dieu, avant tous les siècles, avait prédestinée et préparée pour notre gloire ;

Qu'aucun des princes de ce monde n'a connue ; car s'ils l'eussent connue, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la Gloire. »

Toutes ces paroles sont pesées comme l'or et du diamant au carat, et il n'en est pas une qui ne soit infiniment précise et précieuse. Elles proclament l'insuffisance de la Cabbale juive.

Ayant ainsi éclairé l'Universalité de la question qui vous intéresse, concentrons cette lumière sur ce fragment néanmoins précieux de la Sagesse antique, qu'est ou que peut être la Cabbale juive.

Avant tout, précisons le sens du mot Cabbale.

Ce mot a deux sens, selon qu'on l'écrit, comme les Juifs, avec le « Q », c'est-à-dire avec la vingtième lettre de l'alphabet assyrien, celle qui porte le nombre 100, ou avec le « C », la onzième lettre du même alphabet, celle qui porte le nombre 20.

Dans le premier cas, le nom signifie Transmission, Tradition, et la chose reste ainsi indécise ; car tant vaut le transmetteur,tant vaut la chose transmise ; tant vaut le traditeur, tant vaut la tradition.

Nous croyons que les Juifs ont transmis assez fidèlement ce qu'ils ont reçu des savants Kaldéens, avec leur écriture et la refonte des livres antérieurs par Esdras, guidé lui-même par le grand Maître de l'Université des Mages de Kaldée, Daniel. Mais au point de vue scientifique, cela n'avance pas la question. Elle n'en est que reculée à un inventaire des documents assyriens et ainsi de suite jusqu'à la source primordiale. Dans le second cas, Ca-Ba-La signifie la Puissance des XXII, CaBa, puisque C = 20, puisque B = 2.

Mais alors, la question est résolue exactement, puisqu'il s'agit du caractère scientifique attaché dans l'antiquité patriarcale aux alphabets de vingt-deux lettres numérales.

Faut-il faire de ces alphabets un monopole de race, en les appelant sémitiques ? Peut-être, si c'est réellement un monopole, non dans le cas contraire.

Or, d'après mon investigation des alphabets antiques de Ca-Ba-La, de XXII lettres, le plus caché, le plus secret qui a très certainement servi de prototype, non seulement à tous les autres du même genre, mais aux signes védiques et aux lettres sanscrites, est un alphabet aryen. - C'est celui que j'ai été si heureux de vous communiquer, et je le tiens moi-même de Brahmes éminents qui n'ont jamais songé à m'en demander le secret.

Il se distingue des autres dits sémitiques en ce que ses lettres sont morphologiques, c'est-à-dire parlant exactement par leurs formes, ce qui en fait un type absolument unique. De plus, une étude attentive m'a fait découvrir que ces mêmes lettres sont les prototypes des signes zodiacaux et planétaires, ce qui est aussi de toute importance.

Les Brahmes nomment cet alphabet Vattan ; et il semble remonter à la première race humaine, car, par ses cinq formes mères rigoureusement géométriques, il se signe de lui-même, Adam, Eve et Adamah.

Moïse semble le désigner dans le verset 19 du chapitre II de son Sépher Barashith. De plus, cet alphabet s'écrit de bas en haut, et ses lettres se groupent de manière à former des images morphologiques ou parlantes. Les pandits effacent ces caractères sur l'ardoise, dès que la leçon des gourous est finie. Ils l'écrivent aussi de gauche à droite, comme le sanscrit, donc à l'européenne. Pour toutes les raisons précédentes, cet alphabet prototype de tous les Kaba-lim appartient à la race aryenne.

On ne peut donc plus donner aux alphabets de ce genre le nom de sémitiques, puisqu'ils ne sont pas le monopole des races qu'on nomme ainsi, à tort ou à raison.

Mais on peut et on doit les appeler schématiques. Or le schéma ne signifie pas seulement signe de la Parole, mais aussi Gloire. C'est à cette double signification qu'il faut faire attention, en lisant le passage ci-dessus de saint Paul.

Elle existe aussi dans d'autres langues comme le slavon. Par exemple, l'étymologie du mot slave est slovo et slava qui signifie parole et gloire.

Ces sens portent déjà haut. Le sanscrit va corroborer cette altitude. Sama qu'on retrouve aussi dans les langues d'origineceltique, signifie similitude, identité, proportionnalité, équivalence, etc.

Le mot Cabbale, tel que nous le comprenons, signifie l'Alphabet des XXII Puissances, ou la puissance de XXII Lettres de cet Alphabet. Ce genre d'alphabets a un prototype aryen ou japhétique. Il peut être désigné, à bon droit, sous le nom d'alphabet de la Parole de Gloire.

Parole et Gloire ! Pourquoi ces deux mots sont-ils rapprochés dans deux langues antiques aussi distantes que le slavon et le Kaldéen ? Cela tient à une constitution primordiale de l'Esprit humain dans un Principe commun, à la fois scientifique et religieux : le Verbe, la Parole cosmologique et ses Equivalents.

Jésus, dans Sa dernière prière si mystérieuse, jette en cela comme en tout, une lumière décisive sur le mystère historique qui nous occupe ici :

« O Père ! Couronne-moi de la Gloire que j'ai eue avant que ce Monde ne fût ! »

Le Verbe incarné fait allusion en cela à Son oeuvre, à Sa création directe comme Verbe créateur, Création désignée sous le nom de Monde divin et éternel de la Gloire prototype du Monde astral et temporel, créé par les Alahim sur ce modèle incorruptible.

Que le Principe créateur soit le Verbe, l'Antiquité n'a sur ce point qu'une voix unanime. Parler est créer y sont synonymes dans toutes les langues.

Chez les Brahmes, les documents antérieurs au culte de Brahma représentent ISOu-Ra, Jésus-Roi, comme le Verbe créateur.

Chez les Egyptiens, les livres d'Hermès-Trismégistes disent la même chose ; et OShI-Ri est Jésus-Roi lu de droite à gauche.

Chez les Thraces, Orphée, initié aux Mystères d'Egypte vers la même époque que Moïse, avait écrit un livre intitulé : le Verbe divin.

Quant à Moïse même, le Principe est le premier mot et le sujet de la première phrase de son Sépher. Il n'y s'agit pas de Dieu dans son Essence, IHOH, qui n'est nommé que le septième jour, mais de Son Verbe, créateur de l'Hexade divine : BaRa-Shith. - Bara signifie parler et créer ; Shith signifie Hexade. En sanscrit mêmes signification : BaRa-Shath.

Ce mot BaRa-Shith a donné lieu à des discussions sans nombre. Saint Jean l'arbore comme Moïse, dès le commencement de son Evangile, et dit, en Syriaque, langue cabalistique de XXII lettres : « Le principe est le Verbe ». Jésus avait dit : « Je suis le Principe. »

Le sens exact est ainsi fixé par jésus même corroborant toute l'Universalité antérieure prémoïsiaque.

Ce qui précède explique que les Université véritablement antiques considéraient le Verbe créateur comme l'Incidence dont la Parole humaine est la Réflexion exacte, quand le processus alphabétique emboîte exactement le Planisphère du Kosmos.

Le processus alphabétique, armé de tous ses équivalents, représente alors le monde éternel de la Gloire : et le processus cosmique représente le monde des cieux astraux.

C'est pourquoi le Roi-Prophète, écho de toute l'Antiquité patriarcale, dit : Coeli enarrant Dei Gloriam. Ou en français : Lemonde astral raconte le monde de la Gloire divine. L'Univers invisible parle à travers le visible.

Restent ici deux choses à déterminer :

1° le processus cosmique des écoles antiques ;

2° celui des alphabets correspondants.

Pour le premier point, III formes mères : le centre, le rayon ou diamètre et le cercle ; XII signes involutifs ; VII signes évolutifs.

Pour le second point, auquel les anciens accordaient le premier rang : III lettres constructives ; XII involutives ; VII évolutives.

Dans les deux cas :

III + XII + VII = XXII = CaBa.

Prononciation de :

C = 20, B = 2, total 22, C.Q.F.D.

Les alphabets de vingt-deux lettres correspondaient donc à un Zodiac solaire ou solaro-lunaire, armé d'un septenaire évolutif.

C'étaient les alphabets schématiques.

Les autres, suivant la même méthode, devenaient par 24 lettres les horaires des précédentes ; par 28 lettres leurs lunaires ; par 30, leurs mensuels solaro-lunaires ; par 36, leurs décaniques, etc.

Sur les alphabets de vingt-deux lettres, la Royale, l'Emissive de l'aller, la Rémissive du retour, était l'I ou Y ou J ; et, posée sur le premier triangle équilatéral inscrit, elle devait former autologiquement, avec deux autres, le nom du Verbe et de jésus IshVa-(Ra), OshI-(Ri).

Au contraire, tous les peuples qui ont embrassé le schisme naturaliste et lunaire ont pris pour Royale la lettre M, qui commande le deuxième trigone élémentaire.

Tout le système védique, puis brahmanique, a été ainsi réglé après coup, par Krishna, à partir du commencement du Kaly-Youg. Telle est la clef du Livre des guerres de IÊVÊ, guerres de la Royale I ou Y contre l'usurpatrice M.

Vous avez vu, mon cher ami, les preuves toutes modernes, c'est-à-dire de simple observation et d'expérimentation scientifique par lesquelles la tradition la plus antique a été à la fois rétablie et vérifiée par mes travaux. Je ne dirai donc ici que le strict nécessaire à l'élucidation du fait historique de la Cabbale.

D'après les patriarches qui ont précédés, les Brahmes ont divisé les langues humaines en deux grands groupes : 

1° Devanagaries, langues de cité céleste ou de civilisation ramenée au Principe cosmologique divin.

2° Pracrites, langues de civilisations sauvageonnes ou anarchiques. Le sanscrit est une langue Dévanagar, de quarante-neuf lettres ; le Vède également, avec ses quatre-vingt lettres ou signes dérivés du point de l'AUM, c'est-à-dire de la lettre M.

Ces deux langues sont cabalistiques dans leur système particulier, dont la lettre M forme le point de départ et de retour. Mais elles ont été, dès leur origine et demeurent jusqu'à nos jours, articulées sur une langue de temple de vingt-deux lettres, dont la Royale primitive est l'I.

Toutes rectifications deviennent possibles et faciles, grâce à cette clef, aux plus grands triomphe et gloire de jésus, Verbe de IÊVÊ, autrement dit la Synthèse primordiale des premiers Patriarches.

Les brahmes actuels prêtent à leur alphabet de vingt-deux lettres une vertu magique ; mais ce mot n'a d'autre significationpour nous que superstition et ignorance.

Superstition, décadence et super-station d'éléments archéologiques et de formules plus ou moins altérées, mais qu'une étude approfondie peut quelquefois, comme c'est ici le cas, rattacher à un enseignement antérieur, scientifique et conscient, et non métaphysique ni mystique.

Ignorance plus ou moins grande des faits, des lois et du principe qui ont motivé cet enseignement primordial.

Du reste, l'école lunaire védo-brahmanique n'est pas la seule où la science et sa synthèse solaire, la religion du Verbe, soient dégénérées en magie. Il suffit d'explorer un peu l'universalité terrestre à partir de l'époque babélique, pour voir une décadence croissante attribuer de plus en plus aux alphabets antiques un caractère superstitieux et magique.

De la Kaldée à la Thessalie, de la Scythie à la Scandinavie, des Kouas de FO-HI et des Musnads de l'antique Arabie aux Runes des Varaighes, on peut observer la même dégénérescence.

La vérité, en cela comme en tout est infiniment plus merveilleuse que l'erreur, et vous connaissez, cher ami, cette admirable vérité.

Enfin, comme rien ne se perd dans l'Humanité terrestre pas plus que dans le Kosmos tout entier, ce qui a été est encore, et témoigne de l'antique universalité dont parle saint Augustin dans ses Rétractations.

Les Brahmes cabalisent avec les quatre-vingts signes védiques, avec les quarante-neuf lettres du sanscrit dévanagari, avec les dix-neuf voyelles, semi-voyelles et diphtongues, c'est-à-dire toute la massore de Krishna surajoutée par lui à l'alphabet vattan ou adamique. Les Arabes, les Persans, les Soubbas cabalisent avec leurs alphabets lunaires de vingt-huit lettres, et les Marocains avec le leur ou Koreïsh.

Les Tartares mandchoux cabalisent avec leur alphabet mensuel de trente lettre. Même observations à faire chez les Thibétains, chez les Chinois, etc ; mêmes réserves quant aux altérations de la Science antique des équivalents cosmologiques de la Parole.

Reste à savoir dans quel ordre ces XXII équivalents doivent être fonctionnellement rangés sur la planisphère du Kosmos.

Vous avez sous les yeux, cher ami, le modèle conforme à celui qui a été légalement déposé sous le nom d'archéomètre.

Vous savez que les clefs de cet instrument de précision, à l'usage des hautes études, m'ont été données par l'Evangile, par certaines paroles très précises de Jésus, à rapprocher de celles de saint Paul et de saint Jean.

Permettez-moi maintenant de me résumer en aussi peu de mots que possible.

Toutes les Universités religieuses, asiatiques et africaines, munies d'alphabets cosmologiques, solaires, solaro-lunaires, horaires, lunaires, mensuels, etc., se servent de leurs lettres d'une manière cabalistiques.

Qu'il s'agisse de Science pure, de Poésie interprétant la Science ou d'Inspiration divine, tous les livres antiques, écrits dans des langues dévanagaries et non pracrites, ne peuvent être compris que grâce à la cabbale de ces langues.

Mais celles-ci doivent être ramenées aux XXII équivalents schématiques, et ceux-là à leurs positions cosmologiques exactes.

La cabbale des Juifs est donc motivée par toute la constitution antérieure de l'Esprit humain ; mais elle a besoin d'être archéométrée, c'est-à-dire mesurée par son Principe régulateur contrôlée sur l'Instrument de précision du Verbe et de sa Synthèse primordiale.

Je ne sais, cher ami, si ces pages répondront à votre affectueuse attente. Je n'ai pu qu'y résumer des chapitres entiers en quelques lignes.

Veuillez donc en excuser les imperfections, et ne voir, dans ce qui précède, qu'un témoignage de ma bonne volonté et de ma vieille amitié."


- Saint-Yves.


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"LA CABBALE TRADITION SECRÈTE DE L’OCCIDENT", Papus