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dimanche 7 octobre 2012

La curieuse légende de la "Papesse Jeanne"



Voyons d’abord ce qu’on en disait, au Moyen-âge, à la veillée, au coin du feu.

« One upon a time, there was … » une jeune personne désireuse de faire des études doit se travestir pour les besoins de la cause et prend le nom de Jean. Elle vient de Mayence, dans la Saint Empire Romain de la Nation Germanique. Ses études la guident à Athènes puis à Rome. Où elle gravit les échelons de la Curie. Avec comme résultat, qu’elle finit tant et bien par se retrouver intronisée Pape (sse).

Seulement voilà, les choses ne sont pas simples que cela. Notre brave Jean VIII, puisque c’est ainsi qu’on doit l’appeler selon les sources, était entretemps tombée amoureuse. Et de cet amour, un ventre s’arrondit. Ce qui devait arriver arriva.

L'accouchement de la Papesse Jeanne. Miniature pour le Décaméron de Jean Boccace, XVème sciècle (Pari, Bibliothèque Nationale)

Mais, en matière de discrétion, on pouvait rêver mieux ! Notre papesse ne trouva rien de mieux que d’accoucher en plein parcours des Rogations, au vu et au su de tout le monde.

La suite n’est évidemment pas joyeuse. Révolte, cris, injures … la foule se déchaîne, dénude la femme, l’attache aux chevaux de la cariole. Et la voici, traînée jusqu’à ce que mort s’en suive. Quant à son petit bébé, il ne pouvait qu’être le fruit de Satan. On le brûla donc.



Du coup, pour s’assurer que les papes à venir ne réservent plus pareille mauvaise surprise, on créa un rituel au moment de l’intronisation. Et là, gentes dames qui me lisez, je vous laisse fantasmer. En effet, pour s’assurer que le futur élu au poste papal soit bien un homme et non une femme, on instaura le rituel de la chaise percée.
Le nouveau pape est prié de s’asseoir sur cette chaise un peu spéciale, prié de relever ses vêtements pendant qu’un jeune diacre vient s’assurer de sa virilité, et en lui tâtant les testicules, de prononcer la phrase : « Habet duos testiculos et bene pendantes ! ».


Cette histoire de la papesse Jeanne est très vivace au 13ième siècle.

Histoire et Histoire

Mais qu’en est-il de la réalité ? Il n’y a pas de fumée sans feu, diront certains. L’Histoire nie complètement la chose, diront les catholiques. D’où vient l’histoire (avec un petit « h ») de Jeanne ?

Premier obstacle pour le chercheur … la genèse de cette légende ne repose sur nul fondement objectif. Par ailleurs, l’origine des sources écrites à ce sujet diverge aussi.

Pour certains, on trouve la source littéraire de cette légende dans un livre du 13ième siècle, « Chronicon pontificum et imperatorum » (la chronique des papes et des empereurs). Chronique rédigée par un moine dominicain, Martin de Troppau. Mais d’autres sources, plus nombreuses, attribuent à Jean de Mailly, en 1255, la primeure d’avoir couché cette histoire sur papier.

Faisons donc un rapide tour du propriétaire de la question : l’Histoire


On parle d’un Jean VIII. Il a bel et bien existé. Intronisé en 858. Ce pape n’aurait pas fait l’unanimité autour de lui. Ses relations quelque peu molassonne envers l’autre grande église catholique du temps, l’église de Constantinople, aurait fait de lui, une couilles molles. Son manque de fermeté, … virilité … lui aurait valu cette réputation de femelette.

C’est à Jean de Mailly qu’on doit la première apparition écrite sur Jeanne. Pour lui, Jeanne, allias Jean VIII aurait pris place entre les pontificats de Victor III et d’Urbain II. Or, entre ces deux règnes, quelques jours seulement s’écoulent. Fort peu pour laisser place à notre Jeanne…


Quant à l’autre source originelle de l’histoire de Jeanne, elle nous vient de Pologne, via un certain Martin. Ce dernier, place Jeanne, allias Jean VIII toujours, entre Léon IV et Benoît III. Or, entre ces deux pontificats, seulement 2 mois s’écoulent.

Mais l’Histoire atteste tout de même l’existence d’un … Anastase III (à défaut de Jeanne), en anti-pape en 855 … Voilà de quoi permettre à la polémique d’exister ! Rappelons qu’un antipape est une personne qui a exercé la fonction et porté le titre de pape mais dont l’avènement à cette charge n’est pas ou plus reconnu aujourd’hui comme régulier et valable par l’Église catholique romaine. (cf : http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipape)

Une autre source nous dit que la truculente légende selon laquelle une femme aurait porté la tiare paraît être une amplification populaire de la domination exercée à Rome par Théodora et ses filles, tour à tour maîtresses et mères de pontifes.

Située selon les versions entre le IXème et le XIIème siècle, l’affaire est régulièrement évoquée par de nombreux textes volontiers anti-religieux.

Mais si elle est fausse, cette histoire de Jeanne, pourquoi ce siège et ce rite des testicules ?

Pourquoi en effet, ce siège et ce rituel, attestés dès 129,1 et rappelé plusieurs fois jusqu’au 14ième siècle ?

Car une de ces chaises existe bel et bien toujours et est visible au Louvre, à Paris. L’Histoire retiendra qu’il s’agit avant tout d’un rappel des chaises curules des consuls romains, sous forme d’allusion symbolique.

Mais pourquoi l’Église n’a-t-elle pas condamné fermement ou étouffé dans l’œuf cette légende ?

En fait, l’Église condamna très vite cette rumeur d’existence de papesse et ce, dès le 15ième siècle. Ce sont les détracteurs de l’Église qui se servirent de cette mémoire populaire, afin de servir leurs desseins. Bonifaciens, Célestiniens, Fransiscains, Luthériens utilisèrent cette histoire de la papesse pour s’attaquer à l’Église, au ridicule de la curie romaine ou encore de la faillibilité de la fonction papale. Ensuite, c’est la littérature romanesque qui s’empara du sujet.

De nombreux romans furent écrits sur la papesse Jeanne, réalimentant le sujet. Dès le 14ième siècle, Boccace écrivit sur le sujet et, à ma connaissance, le dernier roman sur la papesse Jeanne vient d’être réédité en Poche, vu son succès...

Comme quoi …
Finalement, qu’en conclure ? A chacun bien évidemment de se faire sa propre idée sur le sujet. Personnellement, c’est l’aspect ésotérique de l’affaire qui m’inspire le plus. Je découvre trois pièces à ce puzzle :

En nous présentant une papesse avant le pape (l’arcane 2 apparaît avant l’arcane 5), on nous présente d’abord l’image de la chef de l’église sous les traits d’une femme.

D’une femme bien protégée derrière son voile.

D’une femme tenant un livre sur ses genoux (genou = initié)

Ce qui me fait penser à un superbe clin d’œil des Anciens qui ont dessiné le tarot. L’Église dogmatique romaine a bien persécuté les courants ne répondant pas à leurs lois, dogmes et préceptes. Notamment les courants gnostiques. Or, le livre n’est-il pas un élément gnostique ?

Les églises dites parallèles : messianisme, paulicianisme, bogomiles … et cathares n’offraient-elles pas un statut différent à la femme que dans l’Église catholique romaine ? et ces courants ne devaient-ils pas, pour se diffuser et survivre, circuler « sous le manteau » ?

Je laisse ceci à votre méditation...

samedi 11 août 2012

TAROT ET SYMBOLISME DES COULEURS


Le tarot de Marseille se distingue des autres tarots par ses couleurs violentes et tranchées. Les couleurs sont importantes dans leur symbolisme et ne peuvent être ignorées même si on ne peut pas s'arrêter seulement à leur interprétation pure. 

Il faut comprendre que selon les versions des tarots, la disposition des coloris a subit souvent des changements.

Il faut considérer, entre autre, les tarots de Jacques Viéville, Jean Noblet (1650) et de Jean Dodal (1701) pour être les premiers tarots créés dans une optique initiatique et en tant qu’outil de divination. Il apparait aussi que ces trois artisans, concepteurs du Tarot de Marseille dans sa version « ésotérique », étaient aussi des initiés et de savants imagiers.

Le tarot de Marseille dans les versions de Claude Burdel et de Nicolas Conver, sont, sans aucun doute, les versions les plus achevées, sinon les plus élaborées qui ont été mis au point par les cartiers autour de 1760. Par contre, les concepteurs de ces jeux de tarot ont surtout cherché à enjolivée les lames, plutôt que de respecter nécessairement leurs messages codés. Les éditeurs cherchaient ici à produire des jeux plus attrayants.

Le plus connu des Tarots, parce que le plus largement publié, est nécessairement le Tarot de Marseille de Paul Marteau, publié par la maison Grimaud en 1930. Ce Tarot a complètement bouleversé l’ordre des choses. Les couleurs et les détails ont été réduits à leur plus simple expression. Ce tarot fait fi des correspondances avec les anciens jeux de tarots. Ce Tarot de Marseille a été conçu à des fins commerciales, il s’agissait ici de réduire les frais de production. Malgré cela, il s’agit d’un outil de divination d’une grande puissance. Le Tarot Paul Marteau est efficace par qu’il s’exprime avec des couleurs franches, et que les images sont vibrantes et d’une grande expressivité. 

Évidemment, depuis l’avènement du Tarot Marteau, c’est devenu tout une aria de s’entendre sur les significations et correspondances à rattacher aux couleurs. Curieusement, cet appauvrissement des couleurs et des détails a rendu ce tarot plus loquace à ce point qu’il est pour plusieurs utilisateurs du Tarot de Marseille, la version de référence!

Cela dit... quelque soit le tarot, il faut seulement savoir faire la part des choses... L’importance accordée aux coloris des Arcanes est souvent exagérée. J’estime, pour ma part, qu’on ne doit pas s’attendre à une constance au sujet des couleurs, mais il doit absolument y en avoir du côté des motifs mis au point par les imagiers initiés aux secrets du tarot.

À cet effet, tous les tarots cité ci-haut sont valables... Mais pour ce qui est des couleurs et de la valeur ésotérique, initiatique, ou divinatoire qu’on leur prête, il vaut mieux s’en remettre au tarot de Jean Noblet, que je considère pour être la version clé. (Deux magnifiques éditions de ce jeu existent. L’une réalisée par le cartier Jean-Claude Flornoy, l’autre est proposée par les Éditions de l’Étoile).

On peut aussi s’en remettre au magnifique jeu rénové par Camoin-Jodorowski. Un jeu mis au point avec un extrême souci des détails et de la valeur ésotérique des symboles et des couleurs.

Du reste, quoiqu’il en soit, il faut surtout s’en remettre aux couleurs en tant que symboles répondant aux sphères de l’inconscient collectif.

Les couleurs sont fortes de sens et elles agissent sur le corps et sur l'ensemble de la lame. Elles ne peuvent pas être prises isolément dans l'interprétation de l'arcane mais sont néanmoins essentielles dans sa compréhension.

Chaque culture, religion, tradition donne sa propre version du symbolisme des couleurs. Cependant, il existe un fond commun : "le combat" entre la lumière et l’obscurité engendre la couleur. La couleur est lumière modifiée par l’obscurité, la densité. Selon que prédomine la lumière ou l’obscurité, la gamme des couleurs apparaît.

– prédominance d’obscurité : bleu, indigo, violet 
– équilibre entre la lumière et l’obscurité : vert 
– le blanc est la pureté supérieure

Dans l’obscurité, on peut trouver une gamme allant de l’ignorance à la réceptivité. Avec la lumière on peut se déplacer de l’action insensée à la connaissance…



L'ÉNERGIE VIBRATOIRE DES COULEURS 


Certaines expressions dans le langage populaire sont significatives de la résonance vibratoire des couleurs dans notre quotidien. Ne dit-on pas « voir la vie en rose » ou contraire « avoir le blues, broyer du noir » et dans d'autres domaines « être vert de peur, jaune de rage, rouge d’indignation »?

Chaque couleur possède en effet une vibration particulière, qui par le biais du sens de la vue, agit sur notre esprit le rendant actif ou réceptif selon l’énergie qu’elle projette.

Si on se réfère au spectre de l’arc-en-ciel, Les couleurs se diffractent en passant par toutes les nuances du rouge de l’orange, du jaune, du vert, du bleu, de l’indigo et du violet.


Ces 7 teintes primordiales se retrouvent dans les lames du tarot de Marseille auxquelles s’ajoutent le noir, le blanc et la couleur chair ce qui représente en tout 10 couleurs.

Chaque couleur se rattache fondamentalement à l’un des quatre éléments : Terre – Air - Eau et Feu, dont elle va tirer substance et énergie.

Le Tarot de Marseille est le reflet de la nature et du monde qui entoure l'homme ainsi se base-t-il sur les 3 couleurs primaires et les 7 couleurs fondamentales de l'univers (le rose ou le magenta est à référer à la couleur de la chair humaine).

Dans l'univers de  la matière, la somme des couleurs donne le NOIR
Dans l'univers de la lumière, la somme des couleurs donne le BLANC


Le Tarot Paul Marteau ne présente que 4 couleurs et le blanc. Celles-ci  sont à mettre en correspondance avec les 5 éléments. (Bleu = Eau + Jaune = Air + Rouge = Feu + Couleur Chair = Terre + Blanc = Ciel). Mais attention !  Il vaut mieux savoir que ce Tarot exprime plutôt une énigme ésotérique basée sur l'idée de "Quintessence" : (Bleu = Humide, Ondes + Jaune = Lumière, Rayonnement + Rouge = Sang, Vie + Couleur Chair = Incarnation, Tellurisme + Blanc = Air, Souffle). 

Le Tarot de Marseille restauré par Camoin-Jodorowski, pour sa part, nous propose de travailler avec 10 couleurs. Ce Tarot de Marseille originel édité par l’imprimerie Camoins de Marseille, restitue l’ensemble des couleurs utilisé lors de la création du Tarot et qui furent abandonnées, par le passé, à cause de difficultés d’impression en nombre.

Quoiqu’il en soit, la meilleure façon de s’initier à l’univers vibratoire et révélateur des couleurs est encore de les laisser nous parler. Il faut, en quelque sorte, s’en imprégner, se laisser pénétrer et s’ouvrir aux enseignements qu’elles recèlent.

Ce que le chercheur doit réaliser avant toute tentative pour donner une signification symbolique aux couleurs du Tarot est l’exercice d’éliminer toutes les couleurs de son attention et ne penser qu’à une seule. Par exemple LE JAUNE.

Le Tarot déployé devant lui, (disposition en deux colonnes de préférence) essayera de repérer le jaune. Il le regardera très minutieusement, carte après carte, puis globalement. Il verra toutes les parties jaunes d’un seul coup d’œil. Il sentira la vibration du jaune et l’effet qu’il produit dans son esprit. Il intégrera la couleur à son esprit. Son organisme, sa conscience, sa mémoire se teindront de jaune. Le monde, le système solaire, l’univers seront jaunes. Puis la couleur parcourra le chemin inverse de la totalité à l’unité, redeviendra elle-même et enfin il la verra sur le Tarot dans son intégralité pour s’arrêter alors sur le jaune d’un détail. 

Cet exercice devra être réalisé successivement avec les toutes couleurs qui composent la palette de votre jeu. Cette sorte d’absorption des coloris permettra d’en comprendre les innombrables aspects positifs et négatifs et sera la source d’une pluralité d’interprétation.


LE JAUNE : 
Cette couleur rappelle la couleur de l'or, du miel, certaines fleurs, certains fruits murs, du soleil. Le jaune montre un travail, un processus par lequel, une chose atteint un autre stade, un fruit qui mûrit grâce à l'action du soleil. C'est ainsi que le jaune donnera l'idée de travail, de temps qui aboutit à une métamorphose après un processus de transformation. Le jaune peut aussi être interprété comme la couleur du plan divin, celle de la sagesse universelle et du pouvoir ; c'est la couleur des Dieux, qui devient sur Terre l'attribut de la puissance des Rois. La maturité associée au travail évoque l'idée de métamorphose. Le jaune est aussi la couleur de la lumière et elle possède en elle de ce fait toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Le jaune supervise la dualité entre la couleur bleue et la couleur rouge.

Élément Feu (certains occultistes font correspondre le Jaune à l’Élément Air) – Ce qui touche à l’intelligence - Conscience – Rayonnement. La confiance, Le rayonnement, Aptitude à la logique, au raisonnement, besoin de comprendre.

LE ROUGE :
C'est la couleur du sang, du feu. C'est une couleur pleine de vie et d'énergie, c'est la couleur de l'action, de l'oxygène nécessaire à la vie. Le rouge, qui symbolise le sang dans le jeu doit rester dans le corps (signe positif de santé) lorsqu'il s'en échappe, il change de couleur. Cette couleur est la couleur de l'intérieur dans l'ordre naturel des choses. Le rouge est la couleur du plan matériel, du désir, des passions, du pouvoir temporel mais absolu. Il s'oppose diamétralement au bleu. Le rouge sert à habiller les personnages du tarot et nous donne l'indication de leur position par rapport à son complément qui est le bleu. 

Élément Feu – Ce qui est actif – Vitalité – Énergie - Les réalisations. 
La couleur rouge est présente de manière plus ou moins importante dans chaque lame du Tarot. Visualisez la partie de l'image où elle se situe, par exemple le haut du corps de l'IMPERATRICE, où elle symbolise l'affirmation de soi et le fait qu'elle règne à sa juste place parmi les autres.

LE BLEU (ou Indigo) :
Élément Eau – Ce qui est fluide – Réceptivité – Intuition. Le Bleu Foncé exprime la stagnation mais aussi la permanence des choses. Il peut rappeler à certains égards l'inconscient collectif.

Cette couleur s'oppose au rouge et crée une dualité symbolique. C'est un bleu intense, vif mais foncé. C'est la couleur de l'extérieur. Elle ne peut être dedans. Le bleu est une couleur faite de multitudes de couches, c'est une couleur collective ou impersonnelle, peu violente tout à l'inverse du rouge. Elle rappelle la couleur des profondeurs, de la mer, du ciel, c'est la couleur de l'infini, des grands espaces. C'est une couleur impalpable. On retrouve cette couleur sur les vêtements, les cheveux, les plantes, les étoiles, les chevaux... Le bleu est la couleur du plan spirituel, du pouvoir intemporel.

LE VERT :
Élément Terre – Ce qui touche à la nature et nous relie aux forces terrestres. Les relations humaines. La végétation, la vie, les forces vitales...

Il apparaît dans le tarot sombre et soutenu. Il se distingue totalement des jeunes pousses vert tendre que l'on peut trouver dans la nature. Ce vert est un vert résistant des plantes qui ont su lutter contre la nature pour rester en vie, il représente la vitalité profonde, la résistance au temps. Elle rappelle l'énergie violente de la nature. C'est la couleur directrice de la vie. On le rencontre peu dans le jeu.

LE NOIR :
Élément Terre ; Ce qui est enfoui en profondeur- Le terreau où germe la vie et ou elle finit.

C'est la couleur de ce qui est caché mais qui est riche comme la terre noire et fertile par exemple. C'est une couleur fertile, elle aspire à la lumière et elle révèle la lumière. Tout peut sortir d'elle. C'est la couleur de la révélation de l'âme, le meilleur exemple en est L'Arcane sans Nom. C'est une couleur qui demande de se dépouiller du superflu et de ne garder que l'essentiel. C'est en même temps la couleur du mystère des choses non encore révélées, de l'inconnu, de ce que l'on ne peut pas voir. Pour percer ses secrets, il faut du courage et de l'action. Au départ, le noir s'opposait au blanc. Mais le blanc ayant un peu évolué dans son sens, ce n'est plus vraiment le cas.

LE BLANC :
Élément Ciel – Ce qui est exposé à la lumière – La pureté – Début de cycle.

C'est un principe le signe de la pureté et de la virginité, de la délicatesse, on retrouve cette couleur dans la neige immaculée encore jamais touchée, dans certaines fleurs rares et fragiles. C'est donc la partie qui reste pure mais qui peut facilement être souillée. C'est la couleur par défaut du fond des cartes. Le blanc est difficile à interpréter.

LA CHAIR (ou le Rose ou le Magenta) :
Élément Terre – Ce qui touche à l’être humain – La force vitale - Les plaisirs charnels.

Cette couleur n'est pas éclatante, elle est un peu blafarde. C'est la couleur de la peau, elle symbolise l'humain, l'homme. On la retrouve sur les personnages mais aussi sur les objets qui deviennent alors des prolongements de l'homme. C'est aussi la couleur de la conscience, du pouvoir sur le temporel et le spirituel. 

S’ajoute à ces 7 couleurs 3 autres tons....

BLEU PÂLE (Vert pâle ou Turquoise) :
Élément Eau – Ce qui est fluide – Réceptivité – Intuition. Le Bleu Pâle est le bleu actif : La création. Il représente la fine intuition de celui qui sait se trouver au bon moment et bon endroit. Le Bleu Pâle est le bleu réceptif : Le verbe créateur. Le Bleue Pâle indique la voie pour laquelle on est fait. La couleur bleue est notamment présente dans la vaste étendue d'eau de la lame XVIII LA LUNE, où elle symbolise les eaux matricielles de l'inconscient qui alimente notre intuition.

Cette couleur se retrouve surtout sur les tarots de Marseille d’origine. Sinon cette couleur a été réhabilitée dans les jeux proposés par Camoin et Maître Henri Corbeau (ce dernier divise le bleu en deux tons : l’Indigo, et le Turquoise).

Le VIOLET :
Élément Air - Ce qui touche à la sagesse – Initiation - Vocation spirituelle. Représente : la Maîtrise de soi. Avoir un certain de degré de maturité dans la réflexion sur soi-même. C’est la couleur de la sagesse, de la spiritualité, de la foi et de la magie. Cette couleur est la couleur associée aux hiérophantes et à la papauté.

L'ORANGE :
Élément Feu (ou parfois associé à l’élément Terre – correspondant à la couleur brune). Le plus souvent la couleur orange est associée au soleil, à la chaleur, donc à la cordialité. D’une autre manière, on peut conférer à la couleur Orange, les propriétés combinées du Jaune et du Rouge, et son intensité est variable selon les proportions, selon les dosages de ces deux couleurs symboliquement complémentaires.

En conclusion :
L’étude des couleurs présentes dans le Tarot de Marseille est riche en enseignement, mais il est risqué de s’en tenir seulement aux significations rattachées aux couleurs. Le secret du Tarot de Marseille sont parfois comme un chuchotement qu’il faut s’habilité à saisir et à traduire. Et surtout cet enseignement inusité passe par une réflexion et une compréhension instinctive des couleurs et des symboles.

Remarquez cette dernière image... Dans les ténèbres NOIRS et froids, une luminosité d'une grande pureté, et d'une grande intensité rayonne au milieu de la noirceur... Le rayonnement de cette BLANCheur exprime toute la gamme des couleurs et des tons, comme une musique céleste silencieuse, une musique vibratoire qui compose le spectre des couleurs mais aussi des caractères et particularités, des ordres et des forces, des tons, des nuances, qui composent l'univers...

dimanche 5 août 2012

LA CLÉ DES « 5 ÉLÉMENTS »



LES 5 ÉLÉMENTS SACRÉS :

 Dans la Grèce antique où la philosophie, la physique et la religion étaient indivisibles, on pensait que toute existence matérielle de l'univers était composée de cinq éléments distincts : air, feu, eau, terre, et un cinquième, portait des noms divers : éther, quintessence, esprit, akasha...

D'autres cultures ont marqué à des époques différentes des distinctions similaires entre les éléments de la vie.

Par exemple, les Celtes européens honoraient trois éléments sacrés, la terre, le feu et l'eau, représentés par le "triskèle", symbole à trois branches découvert sur les sites anciens. (Ici, le feu était considéré comme de l’air chaud)

Une des façons dont les wiccans incorporent le monde naturel dans leur vie quotidienne et leur pratique est d'honorer les Éléments, parfois appelés les Élémentaux, les Quartiers, ou les Directions.

Généralement, quatre éléments sont reconnus par tous les wiccans. Ce sont l'Air, le Feu, l'Eau et la Terre. Souvent, selon la tradition, un cinquième élément est reconnu pour être l'« Esprit » ou « Éther ». Les Mages parlant de l’ « Éther » diraient plutôt qu’il s’agit des « influences célestes » ou encore des « énergies cosmiques ».

Chacun de ces éléments a une énergie différente et des correspondances qui peuvent aider le pratiquant à se focaliser sur l'énergie de l'élément avec lequel il travaille.

Pour les adeptes de la wicca, les cinq éléments sont la base de toute existence. Ils expriment leur nature sacrée dans le signe du pentacle, étoile à cinq pointes enfermée dans un cercle. 

Dans ce symbole, les éléments air, feu, eau, terre et esprit sont joints par un trait continu, ceints par le cercle sacré de la vie, sans début ni fin. Le fait même que beaucoup arbore un pentacle comme signe de spiritualité païenne démontre l'importance accordée aux éléments par la Wicca, mais aussi par plusieurs ésotéristes, kabbalistes, alchimistes et autres initiés... Il s’agit en effet du pentacle de Salomon, qui permet de commander aux Éléments; mais encore, d’un symbole pratiquement universel signifiant le pouvoir des 5 Élémentaux.

À chaque fois que les thaumaturges travaillent dans l'espace sacré, ils invoquent les éléments, leur demandant de soutenir le travail magique par leurs dons et leurs énergies.

L'air, le feu, l'eau et la terre sont placés dans les quatre directions sacrées: Est, Sud, Ouest et Nord, l'Esprit (Éther) au centre du cercle.

On remarque que le Tarot a représenté les 4 éléments par quatre symboles évocateurs, qui sont en fait les quatre groupe des arcanes mineurs du Tarot :

Deniers = Terre
Coupe = Eau
Épée = Air
Bâtons = Feu

Le Feu, l’Eau, l’Air et la Terre, voilà les 4 Éléments qui organisent l’univers sous leur action. L’Éther, le cinquième Élément est la Source primordiale, ou si vous voulez, « L’Esprit » à l’origine des autres Éléments.

Les Élémentaux ne sont pas des Entités, ils sont la Source primordiale de tout ce qui existe à la fois, ils font partie de nous et nous sommes eux.

Ca ne veut pas dire qu’ils sont aisément manipulables, qu’ils font ce qu’on veut sous prétexte qu’ils font partie de nous.

Puisque c’est La Source de Tout, il faut avoir un minimum d’humilité, d’amour et de respect envers eux avant de pouvoir les aborder.

Les Élémentaux sont des puissances qui nous dépassent. Les Élémentaux sont présents et liés avec un seul Élément (Feu : Salamandre, Eau : Ondine, etc.)

Évidemment, on leur doit tout car c’est grâce à eux que la Vie s’organise. Par exemple, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la richesse de la terre qui nous nourrit, le feu qui nous protège etc...

À travers l’harmonie qui existe entre eux, la Vie est harmonieuse aussi. Bien sûr, leur essence ne s’arrête pas au physique. Le feu d’un camp est une manifestation matérielle de l’Élément Feu. Une pierre, celle de l’Élément Terre. L’eau, celle de l’Élément Eau. Le vent, celle de l’Élément Air...

Pour se rapprocher de la Source primordiale, de sa nature profonde, de son moi profond on doit nécessairement travailler sur soi. Il en va de même pour les Éléments si on veut se rapprocher d’eux, car ils agissent aussi à l‘intérieur de l‘être humain, aussi bien pour l’organisation du corps physique que celle des autres parties de notre être.

Selon notre façon de vivre aussi bien avec vous-mêmes qu’avec les autres, l’action des Éléments en nous est plus ou moins harmonieuse. Par exemple, ce n’est pas pour rien qu’on utilise l’expression « tempérament de feu ». Quelqu’un de violent, d’explosif a le Feu qui prédomine sur les autres Éléments dans sa personnalité, il y a une disharmonie. De même, quelqu’un qui boit trop d’eau, c’est simple, l’Élément Eau prédomine sur les autres sur le plan physique.

Chaque Élément a ses propres caractéristiques et ses pôles négatif/positif (la liste est bien loin d’être exhaustive, c’est pour vous donnez une petite idée) :

Le Feu : le courage, la résolution, l’enthousiasme, la passion + la haine, la jalousie, la vengeance, l’emportement

L’Eau : la tranquillité, le pardon, la modestie + l’insensibilité, la timidité, l’inconstance

L’Air : l’optimiste, la cordialité, l’habileté + le bavardage, la distraction, l’orgueil 

La Terre : la profondeur, la tempérance, la rigueur + la paresse, la lourdeur, la mélancolie

On comprend donc mieux pourquoi il faut travailler sur soi pour avoir une meilleure affinité et harmonie avec les Éléments. On peut méditer dessus, avec des exercices adaptés. Dans les domaines de la tarologie ou de la magie, c’est une base très importante. C’est un aspect non négligeable si on a choisit de suivre le chemin  initiatique du Tarot.

Car, en travaillant sur soi, vous remarquerez que les Éléments s’harmonisent naturellement sans que vous preniez connaissance d‘eux ! Et peu à peu votre sensibilité, vote acuité, votre clairvoyance s’aiguisent...

Il faut en déduire que le travail, ou du moins une méditation sur les 5 élémentaux (par exemple : faire des exercices de visualisation sur les Éléments) amènera le tarologue à développer sa perspicacité et ses dons de voyance. Il est important d’étudier les arcanes, leurs imageries, et leurs significations, mais aussi il est étonnement efficace de travailler sur soi, et d’aller dans le sens de l’harmonie!

Ce n’est pas pour rien que le thème des élémentaux se retrouve partout, et qu’en étudiant le Tarot on ne cesse de revenir sur le sujet... C’est, en vérité, le secret du Sphinx, la Clé ésotérique du Tarot ! Et c’est aussi la « voie initiatique des mages ».

L’apprentissage du Tarot nous amène forcément à mieux connaître la nature des élémentaux, leurs influences, leurs pouvoirs... Du coup, on se doit d’admettre l’influence que cela peut avoir sur nous et sur les autres.

CLÉ ÉSOTÉRIQUE DU TAROT :

L'Arcane 21 du Tarot "Le Monde", représentation de l'univers, et de la Création, nous montre la déesse de la nature et de l'abondance entourée des quatre animaux d’Ezéchiel qui sont les symboles des quatre évangélistes qui, eux-mêmes, correspondent aux quatre éléments : 


La femme, debout dans une couronne tressée en forme de mandorle est entourée du "Bestiaire" : Lion, Taureau, Aigle, Ange, ensemble qui symbolise aussi le sphinx dont la maxime est OSER - VOULOIR - SAVOIR - SE TAIRE. Ce bestiaire entoure aussi le fameux carré magique du Notre Père : SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS que ceux qui ont des yeux voient, que ceux qui ont des oreilles entendent... Mais que tous pensent, trouvent... mais se taisent !...

Une autre interprétation des "quatre vivants", décrits dans une vision d'Ézéchiel, font de ces quatre animaux les symboles des quatre "règnes" : humains + bêtes sauvages (lion) + animaux domestiques (taureau), + oiseaux (aigle). Ces quatre symboles sont repris dans l'imagerie chrétienne pour caractériser les quatre évangélistes (aigle = Jean, lion = marc, homme = Matthieu, taureau = Luc). Les quatre règnes vivants donnent leur force au Monde.

Le Lion de Saint Marc représente le Feu et le signe du Lion,
L’Aigle de Saint Jean représente l’Eau et le signe du Scorpion
Le Taureau de Saint Luc représente la Terre et le signe du Taureau
L’Ange symbolise Saint Matthieu ainsi que l’Air et le signe du Verseau

LE "TÉTRAMORPHE" :

Le tétramorphe, ou les « quatre vivants », ou encore les « quatre êtres vivants », représente les quatre animaux ailés tirant le char de la vision d'Ézéchiel (Ez 1 ; 1-14). Leur origine remonte à la nuit des temps et on les retrouve dans diverses civilisations de l'Antiquité avant de les retrouver dans la Bible avec Ézéchiel d'abord puis avec saint Jean dans l'Apocalypse (Apoc 4; 7-8). Plus tard, les Pères de l'Église en ont donc fait l'emblème des quatre Évangélistes... Ils accompagnent parfois les représentations du Christ en majesté, comme ici :

 

L’homme est Matthieu : son évangile débute par la généalogie humaine de Jésus.
Le lion est Marc : dans les premières lignes de son évangile, Jean-Baptiste crie dans le désert (« un cri surgit dans le désert »).
Le bœuf est Luc : aux premiers versets de son évangile, il fait allusion à Zacharie qui offre un sacrifice à Dieu, or dans le bestiaire traditionnel, le bœuf est signe de sacrifice.
L’aigle est Jean : son évangile commence par le mystère céleste.

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La Vision d'Ézechiel

mercredi 18 juillet 2012

TAROT & ÉSOTÉRISME

  

Le mot "ésotérisme" vient du grec "esoterikos", qui signifie intérieur. L'ésotérisme désigne un ensemble de mouvements et de doctrines relevant d'un enseignement caché, souvent accessible par l'intermédiaire d'une "initiation".

Ce mot a aussi été utilisé, en Occident, pour désigner des enseignements ainsi que des courants, qui, au sein du christianisme, appartenaient à des milieux fermés qualifiés, pour la même raison, d'ésotériques et regroupés sous la dénomination générale d' ésotérisme chrétien auquel appartient en particulier l'hermétisme chrétien.

On utilise aussi cette dénomination, dans ce contexte, à propos des écrits de Jacob Boehme, de Jean de Ruisbroek, auxquels on donne également le nom d'écrits théosophiques. Ce dernier terme doit être distingué de la Société Théosophique, mouvement moderne crée par Madame Blavatsky et dont le caractère ésotérique est contesté par certains auteurs, parmi lesquels René Guénon.

Le mot "ésotérisme" est aussi utilisé à propos de l'islam pour désigner le soufisme, ensemble de doctrines de nature cachée et initiatique au sein de cette religion. Dans l'islam, l'ésotérisme, au sens général, porte le nom plus général de tasawuf : le soufisme apparaît ainsi comme la formulation islamique du tasawuf.

Dans le judaïsme, les enseignements de nature ésotérique sont regroupés sous le nom de "Kabbale".

Le taoïsme, par exemple dans son aspect relatif à la quête d'immortalité, est également considéré comme étant de nature ésotérique.

Le bouddhisme comporte certaines branches ésotériques (Vajrayâna tibétain, Shingon japonais) préconisant des initiations pour parvenir au "Nirvâna". Le Bardo Thödol des Tibétains est un livre ésotérique qui puise ses racines dans la philosophie indienne du Samkhya.

Maintenant, le Tarot est sans doute le plus ésotérique des instruments de divination et d’initiation... Sans doute il s’agit d’un enseignement particulier qui parait à prime abord plutôt aléatoire, mais nos existences ne sont elle pas une combinaison d’évènements indéterminés? Sommes-nous des victimes à la merci du destin ou des aventuriers qui choisissent les voies qu’ils peuvent emprunter? 


LE PAPE ET LA PAPESSE, GUIDES SPIRITUELS

Pour définir ses principes, prenons un exemple dans le Tarot. Le 5ème Arcane du Tarot est le plus souvent appelée "Le Pape". Nous lui préférons parfois le titre d’Hiérophante, de "hieros", (sacré), et "phainein", (révéler). À plus juste titre certains initiés le surnomment "Le Roi-Mage", ce que "Le Pape" est, en vérité.

Le Tarot étant une affaire d’ésotérisme et non d’exotérisme, il n’a de rapport avec la religion que dans le sens le plus élevé de ce mot, à savoir : relier les êtres entre eux par les liens du cœur, et les unir au Principe primordial grâce à la Tradition. Cependant, les principes spirituels et traditionnels que véhicule le Tarot ne sont, à mon sens, aucunement une affaire de croyance... 

Le Tarot appel les individus quel qu’il soit à regarder leur existence en face et reconsidérer l’énigme des "Destinées". Le Tarot propose de s’instruire, et de faire l’effort d’opérer des changements dans nos existences... Il propose un cheminement pour notre évolution personnelle... Et enfin, il propose une véritable initiation... 

Cette initiation est la voie de la Sagesse, certes, mais aussi l’initiation propose de pénétrer les secrets de la Magie et des Savoir des Hautes-Sciences...

L’Hiérophante supervise l’initiation en tant que médiateur entre les voix célestes et les destinées terrestre... Donc, nécessairement celui qui fait le lien entre les forces astrales et les forces terrestre. 


L’Hiérophante nous guide alors que nous sont révélés un à un les secrets qui permettent d’aborder le sacré, et de cheminer sagement sur la voie de notre accomplissement. 

Quant à l’Arcane nommé "La Papesse", la deuxième, que nous appelons aussi "La Prophétesse" ou encore "La Grande-Prêtresse"... Cet Arcane n’est pas nécessairement toujours connecté à l’Hiérophante dans les correspondances secrètes du Tarot. (J’élaborai au sujet de ces deux Arcanes clés dans des articles à venir sur ce blog - ). 

Les lames du Pape et de la Papesse étaient jadis identifiées à Junon et Jupiter... Le Pape et la Papesse sont donc unis au sens symbolique, mythologique, astrologique et mystique... De leurs noces résulte le "triomphe" (2 + 5 = 7) c'est-à-dire, "Le Chariot". 

Fusionnés ensemble, le Pape et la Papesse représente le triomphe, dans le sens de la l’accomplissement initiatique. 

Comme son nom l’indique, l’Hiérophante est le révélateur des Mystères sacrés de l’Initiation. De sa main droite, il trace le signe de l’ésotérisme. L’index et le majeur tendus désignent respectivement la vérité intérieure cachée derrière les apparences extérieures. Dans le symbolisme traditionnel authentique, l’Hiérophante devrait tenir une clé dans sa main gauche. C’est la clé des Mystères.

La Grande-Prêtresse, pour sa part, nous guide dans notre apprentissage... alors que nous sont confiés les savoirs qui permettent d’aborder la divination, la magie et les secrets du monde. La Papesse est l’« Enseignante » qui nous aide à cheminer avec discernement au cours de notre apprentissage, de notre évolution, de notre accomplissement... Du reste elle est la gardienne des Mystères.... Elle détient le "Livre de Tous les Savoirs", ainsi que les Clés Ésotériques de la "Magie" et de la "Clairvoyance".




Si la Papesse détient les outils et les Savoirs qui permettent d’aborder l’Initiation... Le Pape est celui qui connecte l’initié avec le « céleste », ainsi qu’avec "l’esprit"... De là son rôle au sens "spirituel".


TAROT & INITIATION

Le mot Initiation, de "in ire", signifie « entrée ». Et c’est avec la clé de l’Hiérophante que l’on entre dans les places cachées de notre être profond.

L’ésotérisme peut servir de nombreux objectifs, mais il me semble que c’est avant tout une voie initiatique de réalisation. De même, il y a de nombreuses expériences, et de nombreux degrés ou grades dans le développement spirituel, mais il est une Initiation qui me paraît prépondérante. C’est celle que l’on nomme "La Seconde Naissance".

Les rites d’entrée du néophyte dans une Loge proposent le plus souvent de passer de l’état de profane à l’état d’initié par un rituel basé sur le symbolisme. Mais ceci est le résumé de la longue voie que l'aspirant devra emprunter pour accéder à l’Initiation réelle, spirituelle et vécue dans toute sa plénitude.

Nous naissons sur le plan physique et nous devons naître une nouvelle fois sur le plan spirituel, c'est cela qui constitue la véritable "Seconde Naissance".

Le Christ, qui était un sage et un grand Initié, évoquait "le fils de l’homme" et "le fils de Dieu". La fameuse résurrection du Christ est un symbole fort suggérant l’idée d’une "Seconde Naissance", amenant à un niveau plus élevé... Les rites symbolisant la "renaissance" sont nombreux dans les civilisations de l’antiquité. L’idée fait encore penser au mythe du Phénix renaissant de ses cendres...

La filiation divine, ou filiation spirituelle, consiste dans l’union de la conscience avec le Soi, l’Étincelle divine ou le Principe spirituel, noyau éternel résidant au Centre de l’être. 

On peut y voir la quête de la « Pierre Philosophale » ou de "l’Élixir de Longue Vie" des alchimistes. Ce Principe est lié au Cœur, comme symbolisé dans le récit de la caverne de Platon, ou du "Saint Graal". 

C’est encore dans l’astrologie le germe représenté par le signe du Cancer, dont l’éclosion est marquée par le Capricorne. Ces deux signes sont positionnés aux deux solstices, et la clé de l’Hiérophante sert à en ouvrir les portes. Car ce Principe est aussi le "Soleil Spirituel", dont le rayonnement est source de toute vie.



TRANSMUTATION ET « SECONDE NAISSANCE »

Certaines personnes ayant acquis des connaissances en ésotérisme croient que la "Seconde Naissance " est inaccessible.

Or, quand il ne s’agit pas de superstition, la croyance est une force. Et croire que quelque chose est impossible nous en ferme souvent les portes.

D’autres voudraient tellement atteindre cette Initiation, et y croient tellement fort, qu’ils en oublient les étapes nécessaires pour se réaliser.

Sur la Table d’Émeraude, attribuée à Hermès Trismégiste, est inscrit : « La structure du microcosme correspond à celle du macrocosme ».

Autrement dit, la constitution subtile de l’homme est analogue à celle de l’univers. Et, faisant partie du tout, la structure du premier communique avec celle du second.

Le Tarot est un outil mis au point afin de symboliser les 22 domaines de la conscience, sinon, les 22 archétypes de l’inconscient collectif, sinon, des plans d’existence subtils, et les 22 Arcanes sont encore les 22 Sentiers de la Sagesse, les 22 Étapes de l’Initiation, les 22 Portes qui permettent d’aborder les 22 Mystères, ces Mystères Immuables qui une fois révélés donnent accès aux 22 Secrets de l’Univers. Ces secrets qui sont les secrets des destinées.

Les Arcanes du Tarot ont été conçus de manière à s’aligner sur certaines fréquences vibratoires spécifiques. Elles syntonisent, ni plus ni moins, les fréquences vibratoires célestes... Le Tarot est un livre duquel les Dieux tournent les pages...

Le Tarot est un outil d’érudition et de divination, surtout dans la mesure où ses archétypes universels vivent dans les places cachées de notre conscience. Il est, de plus, capable d’intégrer tous les types de connaissance (symbolisme, mythologie, numérologie, astrologie, alchimie, magie, clairvoyance, etc...), jusqu’aux découvertes scientifiques!

Les attributs de l’Hiérophante sont la Magnificence, la Grandeur d’Âme, l’Équilibre mental, la Paix Intérieure, la Patience, la Miséricorde et la Rigueur, la transmission de l’Amour Universel pour la prospérité de tous les êtres.

Au niveau humain, l’Hiérophante représente "La Force Spirituelle", donc "La Foi"... et la maîtrise des instincts. 

L’Union du Pape et de la Papesse est une combinaison régénératrice de l’esprit, ils sont tous les deux, des « guérisseurs de l’âme », deux protecteurs qui procurent la sérénité et la félicité, le bonheur inconditionné et permanent qui survient lorsque l’on atteint et maintient la conscience du Cœur pour l’élévation de l’esprit.

Chaque étape sur la voie initiatique du Tarot est en soi une "expérience spirituelle" qui nous rapproche de notre accomplissement. Le "Grand Œuvre"... La transmutation du plomb en or...

C’est aussi la manifestation de l’Étincelle Divine dans la conscience, le rayonnement du "Soleil Spirituel", ou encore l’éclosion du germe.

Au cours d’une initiation on doit comprendre que Le Pape et la Papesse sont unis au niveau de leur rang hiérarchique... C’est de ces "êtres supérieurs" que l’on recevra nos enseignements, en tant qu’aspirant initié...

Mais il n’est pas tout de recevoir leurs enseignements, leurs accords, leur entendement... En vérité, il faut aussi comprendre qu’il y a union au niveau du "Cœur" et de la "Passion"... Ces unions sont "Les Amours"... Ce sont cette fois des enseignements qui s’adressent au "Cœurs" et à l’Âme (non pas au cérébral)... Ces "Amours" de La Papesse et du Pape, sont appelés aussi "Les Fiançailles"... (Préparatifs au Noces)

Cette sorte d’union est la fusion de l’Enseignement et de la Compréhension. Une union entre les Connaissances et les Facultés! Cette union est génératrice d’une source d’énergie qui permet la transmutation du plomb en or!

Effectivement, ces Noces permettent la fusion des forces qui se combines, et qui se complètent. Cette fusion permet d’opérer des métamorphoses en nous et autours de nous. Aussi l’union de la Papesse et du Pape nous assure force et protection...

L’Union de la Papesse et du Pape est la clé ésotérique qui permet d’entrer victorieux dans le Temple des Savoirs Ésotériques, après avoir fournis les efforts nécessités... La Papesse vous offre des enseignements et guérit votre âme, mais elle vous indique que la véritable Sagesse est celle du Cœur, la bénédiction du Pape.

Par conséquent, ce qui m’apparaît être le but principal de l’ésotérisme, celui de la recherche intérieure conduisant à faire l’expérience de l’Initiation, n’est ni un vague idéal d’élévation, ni un rêve trompeur inaccessible. Le Tarot se présente à nous comme une Voie Initiatique... C’est un appel à l’Éveil de la Conscience et à la Sagesse, qui opère de véritables métamorphoses et qui nous connecte inévitablement aux forces célestes.

L'ENSEIGNEMENT DU TAROT



Le Tarot est un livre différemment à chaque individu... Il est comme un miroir qui nous renvois notre propre image et qui nous réfère à nous même...

Si les clés initiatiques sont entre les mains de la Papesse et du Pape c’est qu’il faut d’abord entreprendre des ouvrages d’érudition, passer des épreuves, faire preuve d’humilité et de sagesse, exercer son intuition, affiner son discernement... Ainsi faut-il décider de suivre avec foi le cheminement de notre propre accomplissement sous la bénédiction des volontés célestes... De ce fait, j’aborderai souvent les Arcanes de la Papesse et du Pape, et vous proposerai d’en approfondir le sens).

Afin de vous aider à utiliser le Tarot de manière à aider à votre épanouissement, je vais le plus souvent aborder les Arcanes du Tarot en tant qu’outil d’enseignement, afin de parfaire votre érudition, afin de vous fournir des conseils au cours de votre cheminement personnel, mais aussi afin de vous introduire aux secrets des mystères qui nous entoures, et vous apprendre à reprendre confiance aux destinées, comme aux voix céleste... 

En conclusion, le Tarot est nécessairement la voie la plus sûre vers l’apprentissage des domaines ésotériques. Il n’impose aucun dogme, aucune doctrine. Il développera vos "convictions" dans d’autres domaines... Il secondera le développement de vos facultés. Il vous indiquera toujours la route des meilleurs choix à prendre, et ce sera toujours en faisant appel à votre propre sagesse... le Tarot vous offrira surtout de prendre votre destinée en main... Mais aussi, il vous initiera à un nouveau langage fait d’images, de symboles et d’allégorie, vous confrontera à de nouveaux aspects de la réalité, vous forcera à éveiller votre conscience... Son but est de vous délivrer, de vous transformer, pour qu’enfin vous puissiez suivre la voix de votre maître, c'est-à-dire les conseils de votre étoile... Cette étoile-guide qui est en vous-même! 

En ce sens, le Tarot est une "École" unique en son genre. Non seulement cette école vous enseigne les domaines de l’ésotérisme, mais encore vous indique-t-elle les changements à faire dans nos existences, et les voies à suivre afin d’accéder les plus hauts-sommets...

La Papesse vous offre l’Enseignement Ésotérique
Le Pape vous offre la bénédiction des Cieux

Ce sont là les deux Arcanes qui nous guiderons sur la route qui mène à l’Étoile... Cette Étoile qui est en chacun de nous...

mercredi 27 juin 2012

LA LANGUE DES OISEAUX




La langue des oiseaux est une langue secrète qui consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soit par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots (verlan, anagrammes, fragments de mots…), soit enfin par le recours à la symbolique des lettres.

Autrement dit, la langue des oiseaux est une langue tenant de la cryptographie se fondant sur trois niveaux :

La correspondance sonore des mots énoncés avec d’autres non dits permet un rapprochement sémantique qui constitue un codage volontaire, soit pour masquer une information, soit pour amplifier le sens du mot premier.

Les jeux de mots utilisés permettent un codage davantage subtil et ésotérique, les mots se reflètent ad libitum : verlan, anagrammes, fragments de mots, etc.

La graphie enfin, fondée sur la symbolique mystique des lettres des mots énoncés, peut renvoyer à un codage iconique renforçant le sens des mots, comme dans les hiéroglyphes.

Longtemps langue d’initiés, système de codage occulte lié à l’alchimie et à la poésie hermétique (de Hermès, dieu patron des phénomènes cachés), la langue des oiseaux acquiert une dimension psychologique au xxe siècle, avec les travaux de Carl Gustav Jung ou de Jacques Lacan, qui y voient un codage inconscient permettant d’amplifier le sens des mots et des idées.

Le Dictionnaire des langues imaginaires recense plusieurs entrées en lien avec la langue des oiseaux : langage des animaux, langue des corbeaux, langage de l'extase (mystique), langage ludique, langage du rossignol, langue secrète... Néanmoins il existe des langues farfelues (comme la langue des corbeaux) sans fondements historiques, sûrement inventions de cas pathologiques. Il faut ainsi différencier les « langues secrètes » des langues farfelues, des langues inventées (la langue des grenouilles d'Aristophane), des jargons et dialectes et des imitations (« langue des animaux » dont Mircea Eliade dit qu'elle consiste à « imiter leurs cris, surtout les cris d'oiseaux »). Au final, c'est l'existence d'un code caché qui permet de départager ces registres et de repérer l'originalité de la langue des oiseaux.

Principe

Il n'est pas interdit de voir dans l'expression de « langue des oiseaux » une analogie avec sa dimension aérienne puisqu'au final elle consiste à faire « décoller » le son, à l'entendre plutôt qu'à le lire. Il s'agit donc de ne plus se fier à l’« écrit », mais aux « cris », entendus ceux des oiseaux, des mots chantés donc.

L'exemple suivant permet d'en comprendre le principe :

phrase codée : «  Vois si un mets sage se crée, dit sans les mots »
phrase décodée : « Voici un message secret disant les mots »

Le message codé comporte un ensemble d'éléments à interpréter : « vois », « un mets sage », « se crée », « dit sans les mots ». À la différence de l'amphibologie (phrase qui peut avoir deux sens comme dans « J'ai tué un éléphant en pyjama » - « je l'ai tué alors que j'étais en pyjama ou « j'ai tué un éléphant qui avait un pyjama »), exemple qui ne prend pas en compte la logique bien entendu, la phrase en langue des oiseaux joue sur l'homophonie des mots la composant.

Quant à l'interprétation, elle dépend du contexte et des récepteurs. Le chapitre Fondements historiques livrera les interprétations qui pouvaient exister au sein des groupes usant de la langue des oiseaux. Cet exemple peut être interprété comme une explication codée de ce qu'est la langue des oiseaux: elle nous encourage à dépasser les lettres, mais à privilégier bien plutôt la vision (« vois ») car s'y cache un secret, un savoir : « se crée » (au sens : d'un message en naît, ici le mot premier « secret » peut être conservé), un savoir intangible car « dit sans les mots ».

Dans cette langue où prime le "double sens", permis par l'homophonie (et d'autres mécanismes que nous analyserons plus loin); le son, en somme, « résonne » et « raisonne ». L'analogie avec les oiseaux est avant tout physique : les sons volent a contrario des lettres, qui restent fixes.

Le proverbe populaire « Les écrits restent les paroles s'envolent »témoigne également de cette symbolique. La langue des oiseaux nous invite donc à trouver le sens profond, caché, de la phrase, ce que Rabelais (utilisateur avéré de cette langue) appelait la « substantifique moëlle ».

Origine de l’expression

L’expression « langue des oiseaux » (on emploie également l’expression synonyme de « langue des anges ») a une origine confuse et plurielle :

une première interprétation possible est qu’elle renvoie au fait que les oiseaux sifflent des mélodies, des musiques pour l’oreille humaine, mais dont on ne réalise pas le sens caché.

C’est l’idée d’une langue sacrée, cachée, que l’homme n’« entend pas » (dans le sens de comprendre). Grasset d'Orcet reprend ce point de vue (voir ci-après).

Cette interprétation renvoie également au mythe grec de Tirésias qui, apercevant un jour deux serpents s'accouplant sur le mont Cithéron (ou sur le mont Cyllène), de peur, tua la femelle d'un coup de bâton. Tirésias fut alors transformé en femme.

Sept ans plus tard, il revit des serpents accouplés. Il tua alors le mâle pour redevenir un homme. Tirésias fut ensuite confronté aux dieux Zeus et Héra, qui se disputaient pour savoir si l'homme éprouvait un plus grand plaisir dans l'amour que la femme. Consultant Tirésias pour sa qualité d’initié aux deux sexes, ayant connu les deux situations, le jeune homme répondit que selon lui le plaisir des femmes est neuf fois plus intense que celui des hommes.

Héra, outragée, le frappa alors de cécité. Zeus compensa ensuite le châtiment infligé en accordant à Tirésias le don de prophéties infaillibles et celui de comprendre le langage des oiseaux.

On peut voir également dans le dieu Hermès, Mercure chez les alchimistes, le créateur de la langue des oiseaux. Ailé, il représente le principe volatil et ésotérique du mystère de la Nature.

Zeus peignant les papillons, Hermès à ses côtés, l'inspirant

l’expression pourrait être également une déformation phonétique historique (« synchronique ») du nom d’une confrérie secrète appelée : « langue des oisons » (en référence au petit de l’oie, terme devenu archaïque), nommée ainsi en raison de la patte d’oie que portent sur l’épaule les constructeurs de cathédrales.

Ceux-ci utilisaient sur les chantiers un jargon permettant de conserver les techniques ancestrales de la « Fabrique ». Cependant, après la « Grève des Cathédrales » (suite à la proclamation des Templiers comme non grata en France la 19 mars 1314), la majeure partie des ouvriers initiés fuient l’Inquisition française, pour l’Italie du nord (où ils préparent la Renaissance) et le Moyen-Orient.

Après le relâchement de l’Inquisition, ces initiés, de retour en France, surnommés « sarrasins », diffusent leurs connaissances au moyen de systèmes de codages secrets assimilés rapidement à des sciences occultes, en premier lieu : le Tarot de Marseille, l’"art goth" (art de la lumière, qui deviendra l’art gothique), l’alchimie et la langue des oiseaux.

Dès lors la langue des oisons, réceptacle du savoir traditionnel des constructeurs de cathédrales se mue en langue des oiseaux qui de ce fait entre dans la clandestinité et devient langue d’initiés. Elle gagne en complexité afin de ne pas attirer la censure et l’anathème du clergé, recourant même aux langues anciennes comme le grec. Les mots se chargent ainsi de sens doubles, permettant de communiquer des informations tout en n'éveillant pas de soupçons et tout en utilisant les moyens de communication de l’époque (poésie, inscriptions, chants, comptines…)

Le symbole

En jouant sur les lettres, les sons ou les sens, la langue des oiseaux a trait au symbole. Le symbole, du grec « seumbolon », selon la tradition hermétique et gnostique, ne peut être saisi que dans une image (analogie, parabole) ou une correspondance (métaphore).

En effet, le discours herméneutique détruit la dimension symbolique, expliquant une réalité qui échappe à la raison. En soi, le jeu de mots est la meilleure façon d’approcher la dualité paradoxale du symbole.

La langue des oiseaux est donc intimement liée au « langage des symboles ». La différence des termes exploite en effet toute la nature de l’opération de transformation entre les deux plans : si la langue renvoie à un système codifié (phonétique, linguistique...), le langage lui est une faculté qui ne répond à aucun système.

Néanmoins les analogies, qu’exploite la langue des oiseaux, existent :

Comme les mots, les symboles ont un sens, voire plusieurs sens.

Comme les mots, les symboles ont un passé. L’étymologie du mot renvoie à sa valeur première ; le symbole également possède une lignée d’images.

Comme le mot, dont on connaît le caractère arbitraire depuis Ferdinand de Saussure (il ne représente pas la chose qu’il désigne), le symbole décrit lui une réalité émotionnelle avant tout ; de même que le mot qui a une charge affective.

Au final, les mots sont des symboles dans la langue des oiseaux, qui mènent vers des enseignements occultes. L’alchimie, qui est une mise en images et en textes du Grand Œuvre, utilise ainsi le symbolisme des mots pour tisser des correspondances entre les concepts. Ce codage assure la pérennité des concepts et images, car seule l’initiation peut fournir la clé des rapports entre les mots.

Tout comme le symbole (qui est un raccourci par l’image), ce langage des mots fait prendre des raccourcis de pensée. La langue des oiseaux fonctionne de la même manière que les signes en mathématiques ou en physique, les équations par exemple.

Dimension transculturelle de la langue des oiseaux

La langue des oiseaux n’est pas dépendante d’une langue précise ; en réalité chaque langue possède un système de codification analogue fondé sur : le lexique, la syntaxe, la phonétique et la sémantique.

Les koans japonais par exemple sont des jeux sur le double sens, à la limite de l’absurde. C’est bien ce que cherchent les auteurs de la langue des oiseaux : donner l’apparence de l’absurde afin de dissimuler le message. Aujourd'hui encore, le kōan est utilisé dans l'enseignement oral de la tradition Soto pour suggérer « ce qui ne peut être dit avec des mots ».

Par exemple : un disciple ayant demandé au maître Joshu : « Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? » Maître Joshu répondit : « Mu ! » – Mu ! est le wato (expression désignant l’absence de sens d’une question) de ce kōan.

Néanmoins les jeux de mots d’une langue donnée ne peuvent être compris que par ceux la maîtrisant. Aucune catégorie linguistique ne peut pénétrer dans la symbolique verbale d’une autre ; la traduction est en effet inefficace à restituer le double codage. Nous ne donnerons donc dans cet article que des exemples tirés de la langue française.

Fondements historiques

La divination et les auspices

Dans l'Antiquité latine, les oiseaux passaient pour messagers des dieux. L'auspicie, divination par le vol des oiseaux dans un carré magique projeté sur le sol (ou "templum") permettait de comprendre les intentions divines. 

Les « auspices » (de aves spicere : « observer les oiseaux ») étaient une méthode avant tout visuelle qui prenait en compte également le cri des oiseaux observés. Depuis les temps immémoriaux, les cris des oiseaux sont une métaphore adéquate pour l'esprit humain, dans sa tentative de cerner les messages codés de la Nature. Sous l'influence chrétienne, la langue des oiseaux deviendra « langue des anges », gardant ainsi toute la dimension de communication entre le monde visible et invisible qu'elle avait à l'origine.

Dès lors, certains auteurs attestent, dès l'Antiquité, de l'existence d'une langue secrète réservée aux « divium » (« devins »), initiés au messages divins. Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique, (Livre V, 31) explique qu'il existe un langage des dieux:

« Ils disent, en effet, que … ces hommes [les druides] qui connaissent la nature divine et parlent, pour ainsi dire, la même langue que les dieux … »

Virgile dans l'Enéide (livre III, 360) nous apprend que le « langage des oiseaux » est une des compétences du devin :

« Fils de Troie, interprète des dieux, toi qui entends les volontés de Phébus, les trépieds, les lauriers de Claros, toi qui comprends les astres et le langage des oiseaux et les présages qu'annonce leur vol rapide,allons, parle »

Très tôt cette langue est attestée, comme à part des langues humaines :

« Ceux qui affirment que la philosophie a commencé chez les Barbares expliquent que celle-ci a pris chez chacun une forme particulière. Ainsi ils disent que les gymnosophistes et les druides philosophaient en énonçant des sentences énigmatiques (Diogène Laërce, Vies et doctrine des philosophes célèbres, Livre I, prologue, 6). »

Néanmoins, cette langue peut avoir une origine linguistique réelle. Iambule, écrivain grec (ier siècle av. J.-C.) dans un ouvrage fantastique disparu, écrit que les habitants d'une île de l'Océan Indien ont une langue bifide (coupée en deux) permettant de tenir en même temps deux conversations, chaque lettre renvoie a un son (28 sons/lettres) de 7 caractères qui peut être formé de manières différentes. Diodore de Sicile, dans le livre II de sa Bibliotheca, résume ses propos :

« Leur langue a aussi quelque chose de particulier qui leur vient en partie de la nature et en partie d'une opération qu'ils y font. Elle est fendue dans sa longueur et paraît double jusqu'à la racine. Cela leur donne la faculté, non seulement de prononcer et d'articuler tous les mots et toutes les syllabes qui peuvent être en usage dans toutes les langues du monde mais encore d'imiter le chant ou le cri de tous les oiseaux et de tous les animaux, en un mot tous les sons imaginables. Ce qu'il y a de plus merveilleux est que le même homme entretient deux personnes à la fois par le moyen de ses deux langues et leur répond en même temps sur des matières très différentes sans se confondre. »

Enfin, Platon dans le Cratyle évoque une langue du double sens et pense que le mot reflète la chose qu'il représente. Il explique alors qu'entre les mots et les choses existe une relation d’immédiateté.

Fulcanelli, dans son ouvrage majeur Les Demeures Philosophales note : 

« Employée au Moyen Âge par les philosophes, les savants, les littérateurs, les diplomates. Chevaliers d’ordre et chevaliers errants, troubadours, trouvères et ménestrels […] discutaient entre eux dans la langue des dieux, dite encore gaye-science ou gay-scavoir, notre cabale hermétique. Elle porte, d’ailleurs, le nom et l’esprit de la Chevalerie, dont les ouvrages mystiques de Dante nous ont révélé le véritable caractère. […] C’était la langue secrète des cabaliers, cavaliers ou chevaliers. Initiés et intellectuels de l’antiquité en avaient tous la connaissance. ».

Fulcanelli pense que la langue des oiseaux doit son origine d'une certaine confrérie chevaleresque passionnée d'occultisme, d'où leur nom de « cabaliers », paronyme du mot « cavalier » et homophone imparfait du mot « chevalier ».

Néanmoins rien n'est dit sur sa nature, sinon cette correspondance phonétique entre « cabalier » et « chevalier ».

La langue des oiseaux apparaît surtout à travers le système médiéval de codage inventé par les trouvères et troubadours afin de faire passer des messages qui déjouaient la censure des autorités, notamment ecclésiastiques. De nos jours encore, les jeux de mots et surtout les calembours sont des résidus populaires de cette langue poétique. Par exemple le mot « maladie » pouvait contenir un sens codé : c’est le « Mal qui dit » et cela pouvait renvoyer à une institution ou une pratique visée.À l’inverse, la « Bénédiction », c’est « la Bonne Diction » qui renvoyait peut être à l’art poétique. Autre exemple : les expressions de « Bonne Heure » (= Bonheur) et de « Mauvaise Heure » (= Malheur).

Le soufisme et la langue siryanîte

La poésie mystique des soufis emploie souvent la langue des oiseaux également, de la même manière qu’en Occident. Le poète soufi Farîd al-Dîn Attâr - persan (aujourd'hui l'Iran) a vécu de 1119 à 1190 ; il appartient à la tradition spirituelle Soufi de l’École d’al-Hallâd- dans son ouvrage « La Conférence des Oiseaux » raconte une épopée mystique ou 30 000 oiseaux sont à la recherche de leur Roi.

Le récit commence par un discours de bienvenue qui constitue une fonction rituelle et magique de la "Huppe", un oiseau assimilé à la fonction initiatique. Ces oiseaux représentent l’humanité des fidèles cherchant un sens au monde.

La huppe, figure du maître soufi, appelle les oiseaux à partir pour un voyage difficile qui les conduira à la cour de leur Roi où ils rencontreront un oiseau fabuleux, le Simurgh.

Certains suivent la huppe, d’autres refusent, se contentant de leurs sorts terrestres. Attâr fait ici une parabole de la quête initiatique soufie où certains sont initiés car ils accèdent au sens profond des mots, d’autres s’y refusent et restent dans un langage commun.
La thèse d'Attâr est que les hommes comme les oiseaux ont des langues différentes : aucun oiseau n’a le même chant que l’autre.Or, les initiés partagent le même langage : le langage du bons sens et de la mystique.

Ahmed Moubarek, dit 'Abd al-'Aziz al-Dabbagh, grand soufi illettré qui vécut à Fès à la fin du XVIe et au début du XVIIe, dans le Kitab-Al-Ibriz(traduction : le livre d'or pur), qui contient l’enseignement de son maître cheikh Dabbagh, évoque l'existence d'une langue originelle, employée par les anges et nommée langue siryanîte. Selon le poète soufi marocain, elle existe dans chaque langue et consiste en un autre sens que celui communiqué, le sens réel étant donné dans sa prononciation et non dans son écriture.

C’est également la langue des grands saints. D'après une légende islamique, il y a des inscriptions en siryanî sur le tronc du ‘Arsh et sur la porte du Paradis, qui ont également le pouvoir de parler aux défunts dans la langue divine. Pour Ahmed Moubarek, le siryanî se trouve également dans les « lettres isolées » qui ouvrent les sourates du Coran et dont aucun théologien musulman n'a donné d'explication à ce jour, comme par exemple « Alif - Lâm - Mîm » qui ouvrent la sourate 2 « la Vache » (Al Baquara).

Les exégèses ont été nombreuses ; pour Ar-Rabî‘ ibn Anas : « Ces lettres proviennent des 29 lettres autour desquelles tournent toutes les langues », et à chacune il y a une vocalisation. Pour Abdel ‘Azîz ad-Dabbâgh par ailleurs : « À chaque lettre des lettres siryânites, il y a un secret, et chaque secret se divise en sept autres secrets. Ils naissent des significations divines des mots, qui est l’origine du premier secret. À chaque lettre il y a sept autres secrets qui se rapportent à la parole arabe. En ce qui concerne les langues non-arabes, d'autres secrets s'y rapportent. ».

La calligraphie arabe se veut en effet une mise en symbole de la Création divine. Enfin, à la fin du XIVe, en Iran, Fazlullâh (fondateur de la religion des Hurufiyya (de « huruf »=lettres), après un rêve prophétique, entend et comprend le chant des oiseaux.

L'alchimie

La science occulte de l’alchimie, provenant d’Égypte (Al-Chêmia en arabe signifiant la "terre noire") a donné à la langue des oiseaux ses lettres de noblesse. L'existence d'une langue secrète, dite « langue alchimique », est avérée, notamment par les alchimistes.

Artéphius qui sous-entend que cette langue codée est avant tout fondées sur des métaphores :

« Ne sait-on pas que notre art est un art cabalistique ? Je veux dire, qui ne se révèle que de bouche, et qui est rempli de mystères ; Et toi, pauvre sot que tu es, serais-tu assez simple pour croire que nous enseignons ouvertement et clairement le plus grand et le plus important de tous les secrets, et pour prendre nos paroles à la lettres ? »

Synésios (au ive siècle) complète la révélation d'Artéphius en évoquant un code méthodique :

« Ils [les alchimistes] s'expriment seulement par symboles, métaphores et images, afin de n'être compris que par des saints, des sages, et des âmes douées d'intelligence. Ils ont, pour cette raison, observé dans leurs œuvres une certaine méthode et une certaine règle, de sorte que l'homme sensé pût comprendre et, peut-être après quelques tâtonnements, parvenir à tout ce qui est secrètement décrit. »

Nicolas Flamel, célèbre alchimiste, évoque un type de traités curieux dans son Livre des figures hiéroglyphiques en 1612 :

« Il n'était point de papier ou de parchemin, comme sont les autres, mais il était fait de déliées écorces de tendres Arbrisseaux. Sa couverture était de cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures étranges ; et quant à moi je crois qu'elles pouvoient bien être des caractères Grecs ou d'autre semblable Langue ancienne. Tant y a que je ne les sçavois pas lire, et que je sçai bien qu'elles n'étaient point notes ni lettres latines ou gauloises; car j'y entends un peu »

Cette langue secrète -synonyme de « cabale » (avec un c pour la différencier de la Kabale judaïque) consiste le plus souvent dans l’utilisation de rébus ou de jeux de mots, dans l’objectif de coder des œuvres interdites, via un code cryptographique fondé sur les sons, afin d’en faire passer le contenu, soit comme incompréhensible, soit comme d’un tout autre contenu. L’œuvre codée apparaît soit absurde, soit hors sujet.

Ainsi on a pu voir dans la phrase de Synésios une phrase parallèle recelant quelques clés de cette langue : le passage "n'être compris que par des saints" peut s'entendre : "n'être compris que par dessins ou par desseins" par homonymie du mot « saint » ; de même le passage : « secrètement décrit » comme « secret te ment d'écrit », allusion au mensonge de la phrase prise au pied de la lettre.

L’expression apparaît comme une métaphore d’une certaine manière de porter son regard sur les choses et événements qui appellent à faire fi de la logique de raisonnement dans le sens des phrases. Certains auteurs occultes du Grand Œuvre parlent également de la "cabale phonétique", méthode identique jouant sur les correspondances phonétiques et sémantiques.

Les sons en effet jouent un rôle prépondérant en alchimie. D’une part cette science, à ses débuts, se faisait appeler « art de musique ». Michel Maïer, auteur de Atalante Fugens, traité alchimique de première ampleur, joint à ses textes des fugues accompagnant les métamorphoses de l’Œuvre.

Cette analogie est à mettre en parallèle avec la parole de Saint Paul dans le chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens : « Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. ». Il y a donc une constante analogie, dans chaque allusion à la langue secrète, à la musique.

La « langue de l'extase », souvent employée de manière synonyme à celle de langue des oiseaux est prétendue se manifester pendant la sortie de l'âme, lors d'un contact temporaire avec le divin. Thomas de Celano pense que le saint, pendant l'extase, croit entendre une musique très douce, d'une sonorité semblable au français.

L'iconographie alchimique, quand elle représente le laboratoire de l'alchimiste, montre souvent des instruments de musique exprimant l'harmonie et la musique céleste (venant de Platon : la « musique des sphères ») accompagnant l'aboutissement du Grand Œuvre.

XIXe et XXe siècles
Grasset d'Orcet

Grasset d'Orcet (1828-1900) étudie les traces des systèmes cryptographiques de la Grèce archaïque. Fort de cette expérience il publie des articles sur la Langue des Oiseaux parus dans la Revue Britannique. Ami de Fulcanelli, ayant eu une puissante influence sur l'abbé Henri Boudet, Grasset d'Orcet va se consacrer à l’étude des "Matériaux Cryptographiques" c’est-à-dire aux règles de décodage des textes en langue des oiseaux. Il se focalise surtout sur l’héraldique, autre science aux origines occultes usant du double langage. Les devises hiéroglyphiques du blason obéissent en effet à des règles permettant leur « lecture » (autre qu’iconique) :

1) la devise se compose de vers de six à huit syllabes, terminées par une syllabe où entre la lettre L,

2) Tout dessin blasonné doit se déchiffrer en commençant par les pieds (de bas en haut).

Fulcanelli

Fulcanelli, dont la véritable identité demeure inconnue (on le suppose être Julien Champagne), dans "les Demeures Philosophales", ouvrage d’alchimie moderne où il montre que les maîtres spagyriques ont fixé dans la pierre des cathédrales leur savoir ancestral, fut l'un des premiers à révéler clairement le sens de la langue des oiseaux :

« Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qu’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gaye science ou gay savoir. De cette manière, ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. […] Mais ce qui est généralement ignoré, c’est que l’idiome auquel les auteurs empruntèrent leurs termes est le grec archaïque, langue mère d’après la pluralité des disciples d’Hermès. La raison pour laquelle on ne s’aperçoit pas de l’intervention cabalistique tient précisément dans ce fait que le français provient directement du grec. »

La dimension cryptographique de cette langue est donc avérée selon lui ; néanmoins, elle reposerait sur le grec ancien. Puis Fulcanelli va définir la méthode fondant la langue des oiseaux comme étant phonétique :

« La langue des oiseaux est un idiome phonétique basé uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux […]. »

Il continue, insistant sur le double sens de cette langue :

« les anciens écrivains l’appelaient langua general ("langue universelle"), et lengua cortesana ("langue de cour"), c’est-à-dire langue diplomatique, parce qu’elle recèle une double signification correspondant à une double science, l’une apparente, l’autre profonde. »

Puis il en fait la langue originelle de l’humanité, celle d’avant Babel :

« Les rares auteurs qui ont parlé de la langue des oiseaux lui attribuent la première place à l’origine des langues. Son antiquité remonterait à Adam, qui l’aurait utilisée pour imposer, selon l’ordre de Dieu, les noms convenables, propres à définir les caractéristiques des êtres et des choses créées. »

Les symboles des cathédrales, témoignages de l’iconographie alchimique et occultiste, sont souvent compréhensibles par le recours au rébus ou par la lecture à haute voix. L’exemple que prend Fulcanelli à propos du cheval ornant le mur sud de l’église de Saint-Grégoire-du-Vièvre, « et dont le message se lit d’abord en rébus ou langue des chevaliers pour se terminer en symboles, beaucoup moins évidents à comprendre. »

Le code secret des Templiers

Pour Fulcanelli, chaque nom alchimique contient, dans la langue des oiseaux, une correspondance symbolique que la phonétique exprime : l’antimoine par exemple fait référence à l’âne initiatique.

« Sachez donc, frères, afin de ne plus errer, que notre terme d'antimoine... désigne, par un jeu de mots familier aux philosophes, l'âne-timon, le guide qui conduit... ».

Dans Le Mystère des cathédrales, l’art gothique est un langage lui-même interprétable par la langue des oiseaux. Cette hypothèse, propre à Fulcanelli, jamais évoquée au Moyen Âge nous permet d’étudier le fonctionnement symbolique à l’œuvre dans la langue des oiseaux. Tout d’abord, phonétiquement l’expression « art gothique », par raccourci : « art goth » (prononcez [go]) est proche de celle d’ « argotique » ; il y a homophonie parfaite :

« Pour nous, art gothique n’est qu’une déformation orthographique du mot argotique, dont l’homophonie parfaite, conformément à la loi phonétique qui régit, dans toutes les langues et sans tenir aucun compte de l’orthographe, la cabale traditionnelle. La cathédrale est une œuvre d’art goth ou d’argot. Or, les dictionnaires définissent l’argot comme étant un "langage particulier à tous les individus qui ont intérêt à communiquer leurs pensées sans être compris de ceux qui les entourent". C’est donc bien une cabale parlée. »

L’art gothique renvoie à un langage codé donc. L’amplification symbolique peut ensuite être proposée au moyen d’une seconde mise en correspondance phonétique : « Les argotiers, ceux qui utilisent ce langage, sont descendants hermétiques des argo-nautes, lesquels montaient le navire Argo [...] pour conquérir la fameuse Toison d’Or. [...] Tous les Initiés s’exprimaient en argot, aussi bien les truands de la Cour des Miracles, - le poète Villon à leur tête,- que les Frimasons, ou francs-maçons du Moyen Âge, "logeurs du bon Dieu", qui édifièrent les chefs-d'œuvre argotiques que nous admirons aujourd’hui. »

Il existerait donc une correspondance entre l’art gothique, le langage codé dit argotique et le mythe des Argonautes, largement évoqué par les auteurs alchimistes. Cette relation pourrait être synthétisée en une phrase reprenant tous les termes : l’art gothique est un langage codé utilisé par un groupe d’initiés à cette langue et recherchant la Toison d'or (sous-entendu, par métaphore : la Pierre Philosophale).

La destination spirituelle de cet art est renforcée par la racine grecque de l’adjectif « gothique » :

« L’art gothique est, en effet, l’art got ou cot (Co en grec), l’art de la Lumière ou de l’Esprit. »

Par ailleurs, les lettres elles-mêmes renverraient à un sens caché ; un auteur alchimique inconnu, Cyliani, signe son traité Hermès dévoilé : Ci, ce qui indique la conjonction du principe féminin figuré par le croissant du C avec l' i rouge, mâle, la plus petite des lettres et la plus proche du point central et créateur. Le nom de Cyliani, nom d'emprunt, renferme une correspondance avec le nom de Cyllène, montagne natale d'Hermès ; ani enfin est le "je" hébreu. "Cyliani" signifierait donc "Moi, la montagne d'Hermès".

La langue des oiseaux peut se décliner enfin jusqu’à l’étude de la lettre et de sa forme, le O symbolisant la totalité universelle, la perfection (le cercle), et le C l’éclair de lumière enflammant le cosmos.

Le père Boudet

Le père Boudet, curé de Rennes-les-Bains, écrit en 1886 La Vraie Langue celtique, ouvrage fondé sur les jeux de mots anglais (« pun » en anglais) ; il y tente de dévoiler la dimension internationale et sociale de la langue des oiseaux. Il s’intéresse surtout aux langues puniques (africaines), demeurées les plus primitives pour lui. Il en fait ainsi remonter l’usage d’avant Babel (comme Fulcanelli dont il est influencé)

« Les exemples cités sont assez nombreux pour montrer dans la langue punique une dérivation parfaite du langage qui a précédé Babel. »

Boudet rapproche (toujours dans une démarche d’amplification phonético-symbolique) le nom Babel de l’anglais « Babble » qui signifie « babiller » (parler comme un enfant) ; par extension, il envisage que cette proximité signifie que la langue des oiseaux est à l’image du babillage : un langage paradoxal que l’on entend mais ne comprend pas, sauf les initiés.

Par ailleurs, le mot, pour Boudet, recèle tout le savoir ancestral d’un phénomène, comme une condensation d’expériences :

« les mots nouveaux n’ont plus la même simplicité ; ils expriment par l’association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. »

La langue kabyle, parmi celles puniques, est celle la plus révélatrice de la coexistence actuelle de la langue des oiseaux ; par ailleurs, la dénomination de « punique » elle-même identifie la nature de ces langues qui détiennent encore le code symbolique :

« En examinant de près le langage actuel des Kabyles, on s’assurera qu’il est fait de jeux de mots et par conséquent le seul punique – to pun (peun) faire des jeux de mots. »

Il existe en effet dans cette langue, gardée intacte, une architecture de renvois et de correspondances : « Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans la langue Kabyle [...], celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire au passage, des pensées de grande pureté, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de mœurs qui ne laissent rien à désirer. »

Boudet aime même à croire que le rapprochement phonétique Kabyle / Cabale (autre nom de l’art des alchimistes, à distinguer de l’homonyme Kabale, qui est l’exégèse judaïque) est significatif. Rappelons que l’on nomme également la langue des oiseaux :

« Cabale des philosophes » (des alchimistes, synonyme de philosophe au Moyen Âge)

René Guénon

Métaphysicien majeur de la première moitié du xxe siècle René Guénon, dans Symboles de la Science sacrée pense que la langue des oiseaux regroupe les formules et incantations ésotériques fondamentales. Il considère qu’elle est la métaphore de la communication de l’humain avec les « êtres supérieurs » que sont les anges : « les oiseaux sont pris fréquemment comme symbole des anges, c’est-à-dire précisément des états supérieurs ». Il montre que c’est dans la tradition islamique qu’apparaît la langue des oiseaux, avec la figure de Salomon :

« Et Salomon fut l’héritier de David ; et il dit : O hommes ! nous avons été instruits du langage des oiseaux [‘ullimna mantiqat-tayri] et comblés de toutes choses »

Le terme « aç-çāffāt » est considéré comme désignant littéralement les oiseaux, mais comme s’appliquant symboliquement aux anges (al-malā’ikah) par proximité phonétique.

La langue des oiseaux serait donc une expression pour désigner la langue des anges. (Guénon cite notamment l’étude sur le symbolisme de l’« oiseau de paradis » de M. L. Charbonneau-Lassay fondée sur une sculpture où cet oiseau est figuré avec seulement une tête et des ailes, forme sous laquelle sont souvent représentés les anges).

Pour Guénon, cette langue est avant tout fondée sur le rythme universel, sur le vers et la poésie.

La tradition islamique considère d’ailleurs » qu’Adam, dans le Paradis terrestre, parlait en vers, c’est-à-dire en langage rythmé ; il s’agit ici de cette langue syriaque ».

La poésie, même moderne aurait ainsi gardé cette part mystique, primordiale, ce qui explique que tous les textes sacrés soient écrits en vers.

Un système de codage occulte

Depuis le 13 octobre 1307 et l’arrestation des templiers sur ordre du roi de France Philippe le Bel, la langue des constructeurs de cathédrales devient interdite car suspecte et entre donc dans la clandestinité. Elle devient un système de cryptage plus ou moins intuitif car basé sur la phonétique et la proximité de sens des mots ; à l’inverse des autres systèmes, davantage mathématiques, mettant en œuvre des clés et des tables de correspondances, comme le célèbre code « Enigma » de la Seconde Guerre mondiale par exemple.

La langue des oiseaux demeure un système de codage dans lequel ne préexiste pas, à proprement parler de méthode écrite, de clé de décryptage en somme.

Il faut ici la distinguer des autres langues secrètes, tribales et ethniques notamment (du domaine de l'ethnologie, comme la langue des Dogons, étudiée par Michel Leiris ou comme le « machaj juyai » qui est encore parlé par quelques familles de médecins herboristes traditionnels, les Kallawaya, qui vivent dans les Andes boliviennes) et des jargons et argots régionaux ou sectoriels (de métiers) comme l'Argot des nomades en Basse-Bretagne (la langue secrète des couvreurs, chiffonniers et mendiants) ou des langages créés ad hoc, comme le Polari, langue des homosexuels.

La langue des oiseaux demeure un système de codage dans lequel ne préexiste pas, à proprement parler de méthode écrite, de clé de décryptage en somme.

Ce système se forme en définitive sur quelques principes simples, qui peuvent constituer les clés, même si elles ne sont jamais fixées par écrit, ce qui en fait une cryptographie :

les mots et les phrases homonymes. Quand on utilise la langue des oiseaux, on peut découvrir dans certaines expressions anciennes d'autres expressions tout à fait différentes, aux sens différents :

Par exemple les mots : "silence" (= "si lance"), "larme" (= "l'arme"), "mots" (= "maux"), "François" (="franc avec soi"), "mer" (="mère"), "métamorphose" (="mets ta mort et ose"), etc.

Il s’agit là d’un système assez rudimentaire pour faire passer des informations via des textes : poèmes, traités alchimiques etc…, de la même façon que, pendant la Résistance française, les hommes « de l’armée des ombres » ont communiqué les plans de sabotage de l’armée allemande via des poèmes de la littérature française, poèmes codés.

Les images et analogies : certains sens codés ne sont compréhensibles qu'en usant de métaphores et analogies, sans quoi le terme figuré ne peut permettre d'interpréter le message.

La langue des oiseaux fonctionne sur le registre de la spontanéité et de la compréhension.

La cryptographie, ou « écriture chiffrée », est de trois types (d'après l'entrée "cryptographie" du Dictionnaire des langues imaginaires) : 1) substitution de chaque lettre, syllabe mot ou phrase par des lettres, chiffres ou mots différents selon un code 2) transposition : les lettres du texte, en clair, sont déplacées selon une clé 3) mixte. Des auteurs ont su employer des codes cryptographiques tels Goethe, Pouchkine, John Wallis, Francis Bacon.

Pour certains auteurs, la langue des oiseaux tiendrait davantage à la glossolalie ou langue des prophètes: CG Jung pense qu'« il est possible que l'étrangeté et l'extériorité des contenus inconscients qui n'ont pas encore été intégrés dans la conscience exigent un langage qui soit, lui aussi étranger ».

Néanmoins cet état de fait n'enlève rien à l'originalité de la langue des oiseaux, qui, bien qu'inconscient dans son aspect glossolalique, n'en demeure pas moins "motivée".

L'entrée langue glossolalique du Dictionnaire des langues imaginaires pose que la glossolalie emploie trois mécanismes linguistiques qui en font un langage sensé : la répétition, la réduplication et le balbutiement.

Le tarot de Marseille et la langue des oiseaux


Lame du pendu, Tarot de Paris

Le tarot de Marseille, méthode de divination médiévale obéissant à la transmission orale (on ne l’apprend que par initiation), semble fonctionner sur les possibilités de la langue des oiseaux, que ce soit par les anagrammes, les rébus ou l’homonymie.

Les initiés du tarot ont l’habitude de résumer son but par l’expression : " le tarot contient de 22 lames ses leçons". 

Si on y applique le principe de la langue des oiseaux, on peut entendre (et non plus lire): « le tarot qu'on tient, devin de lames, c'est le son », sorte de maxime élucidant la méthode à l’œuvre dans cette méthode de divination.

Néanmoins, ce sont les images qui sont surtout à décrypter dans le tarot de Marseille.

Ces Arcanes semblent tous contenir, par l’image ou le texte, un sens double, caché. La « lame » intitulée Tempérance renvoie en effet à l’expression développée : "Temps errance", qui correspond dans l’astrologie aux sources du tarot à l’ère du Verseau, figure qui apparaît sur la même Arcane.

Par ailleurs, les oiseaux ne sont pas absents des dessins du tarot. En effet, quatre « lames » mettent en scène les volatiles. Ces apparitions sont pour certains un code en soi permettant l’utilisation de la langue des oiseaux, nécessaire à la pleine compréhension des arcanes.

La lame dite de la Papesse (2e arcane), paraphrasée en " lame air du Tarot " semble contenir l’idée même de la langue des oiseaux comme seule clé de compréhension du tarot ; on peut en effet la faire correspondre à l’expression homophonique : " la mère du tarot ". Le symbole de l’air (domaine des oiseaux) comme source d'inspiration serait un signe conseillant de lire le tarot de Marseille avec le son.

Cette correspondance fait écho à la symbolique alchimique de l’air comme univers du « volatile » (par opposition au "fixe"), du secret dissimulé qu’il faut rendre visible (terrestre) par l’Œuvre.

On peut également voir dans le nom de « tarot » une correspondance avec la forme phonétique « taraud » renvoyant au verbe « tarauder », qui signifie creuser, percer une matière dure, et qui s’emploie aussi dans une acception figurée (cette question me taraude par exemple). Le tarot serait en somme un art du « creusement du sens ». De même, chaque arcane peut également correspondre phonétiquement à un autre sens que son nom inscrit sur la carte, désignant au final des étapes dans l’initiation : « le Bas te leurre » (Bateleur), « l'air mythe » (Ermite), « Temps errance » (Tempérance), « L'âme est son Dieu » (La Maison-Dieu). Néanmoins, les significations appartenant à ceux ayant créé ce code, la langue des oiseaux nous permet de dresser des correspondances de sons, mais elle ne nous permet pas d’accéder au sens premier, sinon par analogie.

À noter que beaucoup de séminaires et de « coaching » interviennent sur le tarot et ses correspondances en langue des oiseaux.

Langue des oiseaux et psychologie

Les jeux de mots : fenêtre sur l’inconscient

Pour la psychanalyse, l’inconscient utilise un langage codé permettant d’exprimer un sens dit "latent".Jacques Lacan, notamment, a démontré que sous les jeux de mots s'exprime l'inconscient qui choisit de passer des messages, suivant son expression selon laquelle « l’inconscient est structuré comme un langage ». Néanmoins, le complexe psychique va faire correspondre des états, symbolisés par des mots, agglomérés par leur proximité phonétique.

L’analyse doit pour Lacan se fonder sur la détermination de ces correspondances phonétiques et symboliques afin de « dénouer effectivement ce en quoi le symptôme consiste, à savoir un nœuds de signifiants ».

Sigmund Freud déjà affirmait que « c’est par la langue que l’essentiel se révèle » (il emploie le mot allemand de "zurückführen", littéralement "conduire en arrière", soit ramener la langue vers son fondement). Dans La Science des rêves, Freud parle du rêve comme d'un rébus qui s'entend au pied de la lettre; un rébus formé des lettres comme signifiant graphiques et des sons comme signifiants phoniques ajoute Lacan.

Pour Lacan, en effet, le signifiant prime sur le signifié, via un jeu constant entre ces deux réalités, au moyen des « lois du langage de l'inconscient »: la métonymie et la métaphore. La première "rend compte du déplacement dans l’inconscient" alors que la seconde "rend compte de la condensation dans l’inconscient".

Néanmoins, Jacques Lacan, s'il pose l'hypothèse de l'inconscient comme un langage, ne repère pas la dimension phonique de celui-ci. Expliquant que « l’inconscient ne connaît que les éléments du signifiant (...) [étant] une chaîne de signifiants qui se répète et insiste », il précise qu'il opère cependant « sans tenir compte du signifié ou des limites acoustiques des syllabes ».

Au final, Lacan a su montrer que psychiquement « Le mot n’est pas signe mais nœud de signification », que l'analyse doit dénouer. Il refuse par ailleurs qu'il puisse exister dans l'inconscient, dans le domaine du prélangage, une signification de la lettre en elle-même, ce qui forme le fondement de la langue des oiseaux : « Si toute séquence signifiante est une séquence de lettres, en revanche, toute séquence de lettres n'est pas une séquence signifiante ». Avec Lacan, la psychanalyse se refuse à explorer les jeux de mots et les phénomènes des champs sémantiques et phonétiques.

Le rêve « parle » la langue des oiseaux

Le sens des mots dans les rêves est exploré la première fois par le psychiatre Carl Gustav Jung qui, en fondant la mythanalyse, pose que « Si abstrait qu’il soit, un système philosophique ne représente donc, dans ses moyens et ses fins, qu’une combinaison ingénieuse de sons primitifs ». Le mot, en plus d'avoir un sens abstrait est chargé émotionnellement.

Etienne Perrot, continuateur de Jung, fait de la langue des oiseaux et des jeux de sonorités une capacité du rêve d'exprimer de manière parallèle une réalité psychique :

« Cette synchronicité, ces écoutes extérieures et intérieures, ces doubles lectures, nous les apprenons donc d'abord dans les rêves. Les rêves nous apprennent à décrypter la réalité. Les rêves, c'est bien connu, prennent très souvent des matériaux de la vie diurne, mais c'est pour nous apprendre à les lire autrement_ Cette lecture renferme un élément très important, qui est le décryptage des mots suivant des lois qui ne sont pas des lois causales, mais des lois phonétiques, suivant le mode de formation des calembours. C'est ce qu'on appelle "la langue des oiseaux", et c'est cela, d'une façon précise, ce que les alchimistes appelaient " la gaie science »

Il justifie le double sens phonétique des textes alchimiques par cette citation de l'auteur ésotérique Michel Maïer qui explique:

« À propos de tout ce que tu entends, raisonne pour savoir s'il peut en être ainsi ou non. Nul en effet n'est incité à croire ou à accomplir des choses impossibles, car les mots (des livres hermétiques) existent à cause des choses et non les choses à cause des mots »

Perrot reconnaît au rêve une certaine motivation, indépendante de la conscience, un certain humour qui transparaît par la langue des oiseaux. En déstructurant le mot, par les sonorités qu'il contient, le rêve (l'inconscient en somme) donne à entendre un autre sens. Perrot voit dans le mot onirique une capacité à se « dilater » par une mise en correspondance de symboles.

Il y voit également une correspondance constante avec la musique de l'alchimie dans laquelle « toute cuisson s'accompagne d'une musique : un four gronde, un feu crépite, l'eau sur le feu chante et, si l'on y plonge un métal porté au rouge, il siffle ».

Cette capacité du rêve à générer des sens à plusieurs niveaux correspond à la règle d'interprétation alchimique obscurum per obscurius qui prône l'explication, paradoxale, de ce qui est obscur par ce qui est plus obscur encore. Il s'agit bien du contenu latent du rêve, qui tend à se symboliser par la condensation, proche des koans et des haï kaï zens.

Par exemple, un rêve évoquant un « parchemin », contre toute logique, pourraît s'interpréter par l'expression « par le chemin » suivant la langue des oiseaux, expression qui renvoie aux symboles de liberté, d'ouverture d'esprit, de développement personnel.

En latin, un romain rêvant d'un livre (« liber ») aboutirait à la même conclusion : "liber" renvoie également à liberté ; et cette racine a été conservée en français.

Des personnages, par leurs patronymes, peuvent ainsi correspondre à des symboles. Le nom de Pierre par exemple, dans un rêve, renvoie non à une personne réelle ou historique (l'apôtre) mais à la pierre au sens d'autel ou de Pierre Philosophale.

Pour Jung, l'existence de ce double langage prouve la continuité des symboles alchimiques dans le psychisme contemporain.
Rêver d'un « sceau » au sens de clé renverrait ainsi au « scel », mot d'ancien français désignant le « sel », composé alchimique, et fonction psychique régulatrice.

Par ailleurs, l'étymologie demeure dans le rêve, en dépit de la culture du rêveur. Elle semble encore signifiante, comme si elle stratifiait dans l'inconscient tous les sens d'un mot, et toute son évolution linguistique.

Le mot « laboratoire » par exemple, en rêve, continue à contenir les deux sens de « laborare » (travailler) lui-même provenant du verbe latin « orare » (prier). En somme, le rêveur pourrait être appelé à « travailler sur sa conscience spirituelle » en voyant lors d'un songe un laboratoire.

Pour Perrot et les psychologues analytiques, en effet, l'inconscient "connaît" l'étymologie et joue avec. Par exemple, rêver de "graisse" renvoie à sa racine latine: adeps qui évoque le substantif "adepte", celui entré en possession de la Pierre Philosophale. De même, "Luxembourg" renvoie à la "ville de lumière" (lux en latin), la forteresse du Soi.

Les jeux de mots sont également à la source d'interprétation des rêves, et en premier lieu les anagrammes et calembours, combinés au savoir inconscient de l'étymologie. Rêver d'un « gnome » par exemple pointerait vers la racine grecque « gnomon » qui désigne l'être surnaturel synonyme de nain et qui est l'anagramme de "mon gon".

L'expression de « mon gond » (rendue intelligible, décodée, en graphie conventionnelle) pourrait alors mettre en lumière le côté fermé, clos, du rêveur face à un problème, et la nécessité pour lui de s'ouvrir au monde. Les phases de la transformation spirituelle intérieure sont en effet, dans toutes les cultures, symbolisées par des seuils de porte ou des dispositifs d'ouverture (les rêves de maisons sont significatifs : de là, rêver de "restaurant" peut inclure le sens de "restauration" psychique, de reconstruction personnelle). Les jeux de mots sonores sont souvent très évidents : rêver de "corbeau" peut évoquer le "corps beau", c'est-à-dire le corps qu'une personne complexée doit apprendre à respecter notamment.

Assez proche de la numérologie, l'interprétation de lettres entendues ou vues dans un rêve peut recevoir un éclairage particulier grâce à la langue des oiseaux. Rêver de la lettre « M » pourrait signifier phonétiquement « aime » alors que, inversement rêver de la lettre « N » correspondrait au concept de « haine ». Plus symboliquement, les noms pourraient renfermer dans leur structure l'essence des choses qu'ils désignent. Perrot donne l'exemple du "merle" alchimique qui peut s'expliquer ainsi :

« le vase hermétique (athanor) est la mère de la Pierre. "Merle" est formé de "mère" où est venu se ficher en quelque sorte le l, verticale symbolisant la foudre divine, le feu du sacrifice qui pénètre la substance terrestre et la consacre à la divinité. Le merle est donc l'athanor allumé et sanctifié par le feu du ciel »

Etienne Perrot considère également que le double sens est appréhendable également par le recours à la kabbale qui utilise la permutation des lettres. Par exemple, la lettre aleph est l'Esprit.

Enfin, le double sens peut être levé facilement, par une lecture au premier degré : rêver de l'expression d' « antimoine », sans se référer au composé alchimique, devenu archaïque de nos jours, peut signifier simplement: « anti-moine »: se méfier des clercs, de la religion par exemple ; le prénom "Renée" signifie "re-naît". Néanmoins, Jung comme Perrot, insistent sur la nécessité, pour interpréter efficacement ce double sens, de comprendre la situation du rêveur, ainsi que son langage personnel, sans quoi les interprétations ne seraient que fantaisistes ou trop analysées.

Cependant, Perrot ne cherche pas l'interprétation systématique : « le seul plan qui nous intéresse est celui des analogies signifiantes de la langue des oiseaux »

Niveaux d'interprétation

« (..) la Langue des Oiseaux ne peut s’apprendre avec les Sens, la mémorisation. Elle ne se laisse pas dévoiler non plus avec la logique limitée du connu actuel. Le mot, la lettre, sont des « koans » déployant, et basés sur, une logique plus logique que la logique officielle! » : Yves Monin dans son livre Hiéroglyphes Français et Langue des Oiseaux pointe là un autre niveau d'interprétation de la langue des oiseaux correspondant à la symbolique graphique et non plus phonétique.

En somme la lettre, sa forme en elle-même et dans le mot, combinée avec le sens du mot, recevrait une signification souvent cosmogonique ou ésotérique.

Monin remarque à ce propos que le mot « O.I.s.E.A.U » a la particularité de faire appel à toutes les voyelles.

Or, pour les kabalistes, les voyelles sont les lettres du fondement de la création (voir ci-après pour l'explication), comme si en soi il résumait l'essence du cosmos, de là une hypothèse de l'origine de l'expression « langue des oiseaux », non en référence aux volatiles mais au fait qu'elle prend part au plan gnostique.