Affichage des articles dont le libellé est Langue des Oiseaux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Langue des Oiseaux. Afficher tous les articles

mercredi 25 juillet 2012

SIGNIFICATION DES ARCANES MAJEURS


LE BATELEUR (Arcane 1)
Ce premier arcane est représenté par un jongleur, un joueur, un magicien, un illusionniste, un artiste pour souligner l'aspect ludique du monde, de la vie et de la réalité temporelle et existentielle. Cet arcane nous montre que l'univers est un formidable jeu cosmique, la réalité une illusion, une projection de notre conscience que nous devons pas trop prendre au sérieux. Dans cette réalité, il ne faut pas se fier aux apparences, nous pouvons exercer notre créativité, notre volonté et notre libre arbitre. Cet arcane nous dit qu'il faut regarder le monde avec des yeux d'enfant, et être capable de s'émerveiller à tout instant, de savoir créer, inventer, innover. Savoir aussi imaginer notre vie et un monde à travers notre image ; voilà les messages transmis par le Bateleur. Le Bateleur porte une coiffe rouge (l'Esprit) bordée par un 8 couché : symbole de l'infini. Il dispose des 4 éléments du monde créé : un denier, un bâton, une coupe, une épée. Ce premier arcane représente la volonté créatrice ; le message fondamental est de prendre le départ avec confiance. Le Bateleur doit apprendre à capter l'énergie des forces cosmiques d'En haut pour en irradier le monde de la matière.

Fiche signalétique du Bateleur
Ses autres noms : magicien - jongleur
Sa lettre : A
Son nombre : 1
Sa signification : l'initiative
Ses verbes : entreprendre, jouer, vouloir, créer
Sa personnalité : une personne jeune d'esprit et d'allure, un enfant, quelqu'un d'entreprenant, dynamique.
Correspondances astrologiques : planète Mercure, signes des Gémeaux et de la Vierge.
Correspondance hébraïque : Aleph
Correspondance runique : Fehu 

Dans votre tirage :
Le Bateleur illustre un enfant, un adolescent, un jeune garçon ou une jeune fille ou une personne ayant une certaine jeunesse d'esprit, dynamique, infantile, ayant gardé un comportement juvénile quel que soit son âge. C'est un individu entreprenant quelque chose de neuf, ou entamant une période de sa vie dans laquelle il pourra exercer son libre arbitre.

Les des correspondances du Bateleur
Significations positives :
entreprise, entrain, vivacité, initiative, apprentissage, commencement, libre arbitre, énergie, intelligence, souplesse, commencement, talents et potentiels qui ne sont pas encore révélés, souplesse, spontanéité, originalité, pouvoir de conviction, habileté manuelle et/ou intellectuelle

Significations négatives :
Mesquinerie, turbulence, maladresse, confusion, dispersion, futilité, ruse, manque de volonté, infantilisme, irresponsabilité, influençabilité, escroquerie.

LA PAPESSE (Arcane 2)
Tandis que le Bateleur nous dit que la vie est un jeu, la Papesse nous révèle qu'elle a ses règles. Elle tient un livre ouvert entre ses mains. Le livre est le symbole de la connaissance révélée, du savoir transmis, transcrit, préservé, qui demeure à la portée de chacun de nous, pourvu qu'on veuille le consulter. Mais ici, ce n'est pas de la culture au sens moderne dont on parle. Sans sa soif de connaissance, la Papesse est sélective ; elle aspire à détenir les clés des mystères de la vie, les principes essentiels, les secrets de toute manifestation, qui donnent à la vie sur Terre son caractère unique et sacré.
Silencieuse, secrète, clairvoyante, éclairée, elle se contente d'accomplir ce que d'autres ont accompli avant elle et accompliront derrière elle. C'est une femme de sciences ; les sciences de la vie, les sciences humaines, les sciences de l'âme. L'être qui la consulte est aidé à naître ou renaître, à se révéler, à s'accomplir.

La Papesse est une représentation de l'une des sybilles, que l'on illustre avec des rouleaux de papier, des parchemins ou des livres à la main. A l'instar de la fameuse pythie de Delphes par exemple, la Papesse possédait l'art d'interpréter les présages, le livre des arcanes de la destinée, le livre de la vie, le livre d'or, tel le livre des "oracles sybilliens" que l'on consultait à Rome, lorsque la capitale était en péril. Le livre des livres, la Bible, tient son nom du grec "biblion" signifiant livre, lequel dérive du nom de la capitale phénicienne Byblos, là où le commerce du papyrus se faisait. Ainsi la Papesse détient-elle les clés du passé avec son livre ouvert devant elle.

Elle est celle qui consulte, la consultante, celle qui interroge et s'interroge. Assise et silencieuse, elle attend que l'on vienne à elle. Le voile qu'elle porte montre qu'elle ne se dévoilera que pour celui qui l'aura mérité. La Papesse nous conseille d'être dans le silence intérieur, à l'écoute des ses intuitions pour acquérir la sagesse. Il faut savoir se mettre à l'écoute de sa totalité intérieure, du Soi.

Fiche des correspondances de la Papesse
Ses autres noms : sibylle, prêtresse, magicienne
Sa lettre : B
Son nombre : 2
Sa signification : la sagesse
Ses verbes : connaître, révéler, savoir, accomplir, écouter
Sa personnalité : une femme mûre, d'expérience, savante, sensée, avisée, au caractère secret ou réservé
Correspondances astrologiques : la Lune et le signe du Cancer
Correspondance hébraïque : Beith
Correspondance runique : Ur

Dans votre tirage
Souvent, la Papesse représente une femme mûre ou une femme d'expérience, ayant une connaissance à la fois innée et acquise des choses de la vie. Ainsi, elle peut figurer une mère, une initiatrice, une femme jouant un rôle social important ou exerçant une influence par son savoir-faire, ses qualités humaines et ses fonctions : femme médecin, sage-femme, infirmière, avocate, femme juge, une religieuse, une femme d'entreprise, etc... La Papesse fait souvent référence à une situation qui implique réflexion avant un engagement. Mais cette attente peut s'avérer fructueuse.

Les Interprétations de la Papesse
Significations positives :
Révélation, patience, lucidité, savoir, sagesse, prévoyance, clairvoyance, mémoire, intuition, réflexion, méditation, sérénité, expérience, pureté des intentions et des sentiments, pudeur, vertu, sécurité, discrétion

Significations négatives :
Passivité, égoïsme, inhibition, incommunicabilité, ignorance, dissimulation, hypocrisie, oubli, illusion, intrigue

L'IMPÉRATRICE (Arcane 3)
La Papesse détient les secrets de la vie, mais l'Impératrice est l'émotion qui donne une âme à la vie, ce qui l'anime, la fait se mouvoir. L'Impératrice représente l'intelligence de la vie, l'intelligence au pouvoir, le bon instinct fécond et fertile de la nature. C'est encore l'art de vivre en bonne intelligence, d'imposer sa force et sa loi en restant réceptif et attentif aux forces et aux lois de la nature. L'Impératrice est également celle qui rend la Mère-Nature généreuse, qui sème et transmet le germe de vie pour que cette dernière prolifère et abonde. Elle est le grand principe féminin par excellence. Cependant, le grand pouvoir de l'Impératrice reste celui des sentiments et des émotions. Sa puissance d'action est affective, sa compréhension instinctive et spontanée. C'est une femme royale, mais aussi une femme de coeur dont les trois mots d'ordre sont : amour, émotion, motivation.

Sur le blason ou le bouclier qu'elle tient de la main droite est représenté l'aigle impérial, symbolisant le feu sacré, la force et le courage. L'aigle, l'attribut de Zeus-Jupiter, symbolise la royauté, ainsi que la force de l'intelligence. De la main gauche, elle tient un sceptre ; celui-ci représente le pouvoir temporel qu'elle exerce sur la matière, la nature, le monde physique. En Egypte, les sceptres que portaient les grandes déesses illustraient la joie qu'elles éprouvaient à exercer leurs volontés. Les ailes sont signe d'intelligence créatrice qui plane au dessus de la matière, et le visage découvert de l'Impératrice montre qu'elle n'a rien à cacher. Elle nous dit de faire remonter à la conscience claire les intuitions engendrées par la Papesse.

Fiche des correspondances de l'Impératrice
Sa lettre : G
Son nombre : 3
Sa signification : la création
Ses verbes : produire, aimer, créer, fructifier, exploiter, comprendre
Sa personnalité : une femme d'âge moyen, amoureuse ou sentimentale, ou une femme de tête réaliste et productrice.
Correspondances astrologiques : planète Vénus et les signes du Taureau et de la Balance
Correspondance hébraïque : Guimel
Correspondance runique : Ur

Dans votre tirage
L'Impératrice illustre souvent une femme de votre entourage : mère, soeur, une compagne, épouse, ou encore une femme aimante, amoureuse, ou bien une femme exerçant une influence ou un pouvoir dans un domaine concret, une production ou une réalisation matérielle. Quand elle révèle une situation, celle-ci est potentiellement riche, fructueuse, féconde ou connaîtra sans doute un développement remarquable. Cette carte peut aussi tout simplement annoncer une nouvelle, bonne ou mauvaise selon la nature des arcanes l'environnant. Elle peut aussi renseigner sur les motivations profondes d'un être.

Les Interprétations de l'Impératrice
Significations positives :
production, richesse, création, bien-être, énergie naturelle, intelligence de la vie, nature sentimentale, projets, femme bénéfique, esprit pratique, motivation, bonne nouvelle, bon sens.

Significations négatives :
dépendance affective, avidité, stérilité, sentimentalisme, jalousie, perte des biens matériels, pouvoir de séduction abusif, femme opposant son veto.

L'EMPEREUR (Arcane 4)
L'Empereur concrétise les émotions créatrices de l'Impératrice. L'Empereur impose fermement sa loi ; son pouvoir est temporel. Son pouvoir est une volonté ferme d'exercer son empire sur la réalité matérielle, concrète, tangible dans ce monde. Il a été choisi entre tous pour défendre les lois instituées, exploiter et faire prospérer les richesses acquises avant lui, protéger, conserver, consolider, voire agrandir son royaume ou son empire. Tout comme le roi, l'Empereur est un symbole solaire ; il règne sur le monde et sur les peuples du monde. Comme le pharaon en Egypte, le roi et l'Empereur furent l'incarnation d'un dieu sur terre. Toujours présents dans les mémoires, on peut les considérer comme immortels. L'Empereur est une force de la nature, un caractère puissant empreint de certitudes et de convictions. C'est un réalisateur, un protecteur et un producteur. C'est l'intelligence pratique et méthodique de celui qui fait autorité dans son domaine, le bon sens, l'esprit logique et la raison.

L'Empereur incarne les pouvoirs que détient l'Impératrice : la force, le courage. Il porte une cuirasse figurant la vie tel un combat. Sur cette cuirasse, les 2 luminaires rappellent que raison (Soleil) et affectivité (Lune) doivent éclairer ce combat. L'Impératrice tenait le bouclier dans la main droite et le sceptre dans la gauche. La main droite est en analogie avec le Soleil, le pôle masculin et en termes psychanalytiques, le conscient. La main gauche est en accord avec la Lune, le pôle féminin et l'inconscient.

Fiche des correspondances de l'Empereur
Sa lettre : D
Son nombre : 4
Ses significations : le pouvoir, la certitude
Ses verbes : concrétiser, pouvoir, réaliser, dominer, vaincre
Sa personnalité : un père, un mari, un patron, un homme d'âge moyen, réaliste et productif, conscient de sa valeur.
Correspondances astrologiques : planète Jupiter et le signe du Taureau
Correspondance hébraïque : Daleth
Correspondance runique : Thorn

Dans votre tirage
Cet arcane révèle souvent une présence masculine ; un mari, un frère, un père de famille au comportement protecteur et réaliste, au caractère fort et courageux. Il peut aussi s'agir d'un patron ou d'un homme d'affaires. Lorsque l'Empereur révèle une situation, celle-ci est souvent solide, concrète, durable, pouvant offrir de nombreux avantages matériels. Toutefois, cette carte vous prévient qu'il sera nécessaire d'exercer une emprise sur cette situation, par des efforts constants, avec vigilance. Parfois, l'Empereur ne fait que confirmer, authentifier ou certifier un fait, un évènement, une réalité, une circonstance, une vérité ou un sentiment.

Les Interprétations de l'Empereur
Significations positives :
certitude, confiance en soi, réalisation, pouvoir, puissance du travail, autorité, force de caractère, maîtrise de soi, stabilité, solidité, fermeté, homme bon et puissant, bon sens, organisation.

Significations négatives :
Abus de pouvoir, tyrannie, sévérité, opposition tenace, intransigeance, homme opposant sa force d'inertie, blocage matériel, intolérance, égocentrisme.

LE PAPE (Arcane 5)
Contrairement à l'Empereur, le pouvoir du Pape est intemporel; il est le messager des dieux auprès des hommes. Le Pape joue un rôle de médiateur, d'intermédiaire, de messager ; c'est un grand prêtre de la connaissance, dont la science et la sagesse soulagent, apaisent, libèrent ou fortifient nos corps et nos âmes. Lorsque l'on consulte le Pape, c'est au sujet de grandes questions de l'âme qui torturent parfois le corps et l'esprit. Le Pape est le maître des lois qui régissent les relations des hommes entre eux, le maître spirituel, le représentant des dieux qui, par sa fonction et sa présence, rappelle aux hommes qu'ils ne sont pas éternels, qu'ils doivent s'en remettre à lui autant qu'à eux-mêmes, devant les dieux.

L'agenouillement devant le Pape est un signe de respect et d'humilité, mais c'est surtout un acte symbolique qui nous enseigne que le respect de l'autre équivaut au respect de soi. Le Pape porte des gants blancs ; sa pureté intérieure lui permet le contact avec la matière sans en être souillé. La tiare, ou triple couronne, symbolise la foi, l'espérance. Le Pape exerce trois pouvoirs : le pouvoir spirituel, temporel, le pouvoir sur les souverains de la terre. Le hiérophante ou triple croix ou croix à trois branches, reproduit à peu près le symbole de la tiare. En prolongeant les trois branches du hiérophante par des lignes recourbées et dirigées vers le haut, on obtient la Sephora, le chandelier juif à sept branches, qui est une représentation de l'arbre des Sephiroth, et qui figure la hiérarchie de la vie sur Terre, des êtres célestes et de Dieu.

Fiche des correspondances du Pape
Sa lettre : E
Son nombre : 5
Ses significations : la foi, le devoir
Ses verbes : allier, unir, croire, soulager, bénir
Sa personnalité : un homme d'âge mûr, d'expérience, un personnage influent, assumant de hautes responsabilités
Correspondances astrologiques : Vénus et le signe du Bélier
Correspondance hébraïque : He
Correspondance runique : Ansur
Dans votre tirage

Le Pape symbolise un homme d'âge mûr, ayant une certaine expérience de la vie, un homme de connaissances à qui l'on peut se fier ou se confier, qui est de bon conseil ou qui apporte son aide éclairée, son soutien, son appui, un homme à qui l'on s'adresse pour obtenir un droit, une recommandation, une autorisation, une bénédiction. Il peut s'agir d'un juge, d'un avocat, d'un médecin, d'un homme instruit et cultivé, exerçant une haute fonction.

Les Interprétations du Pape
Significations positives :
Expérience, connaissance, sens moral du devoir et de ses responsabilités, sagesse, influence intellectuelle, bonté, bienveillance, bons conseils, union, alliance, pardon, vocation, foi, fidélité, recherche spirituelle

Significations négatives :
Sectarisme, partialité, usurpation, fanatisme, mauvais conseils, mésentente, manque de rigueur et d'intégrité, faiblesse morale

L'AMOUREUX (Arcane 6)
À partir du sixième arcane, il ne s'agit plus de figures comme les arcanes précédents (Bateleur, Papesse, Impératrice, Empereur, Pape), mais de personnages représentés dans des circonstances particulières chargées de significations. Ici, l'Amoureux se trouve dans la situation dans laquelle l'individu se laisse aller à ses penchants naturels, là où son coeur le porte, qui élit et qui est élu, qui fait son choix et qui est choisi. La lettre-nombre "Vav", en analogie avec cet arcane, a une grande portée symbolique ; ce couple qui se forme sous nos yeux est une représentation symbolique de l'union des contraintes, sans laquelle l'être et le monde ne trouveraient jamais le repos. Ici, il s'agit de l'association de deux polarités positive et négative du bien et du mal , du ciel et de la terre, du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, de toutes les énergies créatrices et régénératrices, opposées mais complémentaires. Le personnage central de l'arcane est l'époux, celui qui épouse le monde, la nature, en s'abandonnant et en se soumettant à sa destinée, en se laissant choisir, choisit lui aussi et apprendra à devenir un être libre, victorieux, un être unifié. Tel est le véritable sens du choix : prendre une direction et s'y tenir.

Fiche des correspondances de l'Amoureux
Ses lettres : U et V
Son nombre : 6
Sa signification : choix, désir, union
Ses verbes : désirer, élire, choisir, unir
Correspondances astrologiques : Venus et Mercure, le signe du Taureau
Correspondance hébraïque : Vav
Correspondance runique : Geofu

Dans votre tirage
La présence de l'Amoureux révèle la nécessité d'un choix à faire, d'une circonstance qui force l'individu à exercer son libre-arbitre, d'une décision à prendre. Donc, cette carte n'est pas systématiquement en rapport avec la vie amoureuse. Mais elle fait appel aux motivations profondes de l'individu, à ses voeux, à ses désirs, à sa capacité à opter pour une voie. Celui qui choisit ne succombe pas à la tentation ; celui qui est tenté est inquiet, indécis, agité. Lorsque l'Amoureux concerne la vie amoureuse, il annonce alors une attirance, un désir, un élan amoureux, une attraction irrépressible entre deux êtres, une union possible.

Interprétations de l'Amoureux
Significations positives :
Décision, choix, résolution, détermination, union, accord, engagement, attirance mutuelle, inclination, désir, motivation, ouverture aux autres, sincérité, rencontres amoureuses

Significations négatives :
Confusion, indécision, tendance à se laisser influencer, instabilité affective, dispersion, avidité, cupidité, rivalité, incertitude, frivolité


LE CHARIOT (Arcane 7)

Après que l'Amoureux ait fait son choix, ait pris une direction, une décision, le Chariot va pouvoir démontrer son courage et la force de son caractère en se donnant les moyens d'atteindre ses objectifs, malgré les obstacles qui se dressent sur sa route. Car il est triomphant. Mais la victoire qui l'attend ne pourra être obtenue qu'à la suite d'efforts et de volonté. L'image de cet arcane est représentée par un prince debout sur un char conduit par deux sphinx. Il porte un sceptre de la main droite et une couronne sur sa tête, symbolisant le pouvoir. Il tient son sceptre de la main droite et les rênes de la gauche non par hasard ; les notions de droite et de gauche sont très importantes, car elles indiquent qu'une direction est prise, qu'un choix est fait, que l'on n'avance pas par hasard. La volonté est affirmée, on sait où on va. Symboliquement, la droite est symbole du paradis et la gauche celle de l'enfer.

Le jour du jugement dernier dit la Bible, les élus seront placés à la droite de Dieu. Les damnés seront placés à gauche. Se tourner vers la droite c'est se diriger vers l'avenir, car elle symbolise l'intelligence, la victoire, la lumière. Le passé quant à lui, est représenté par la gauche. Le sceptre tenu de la main droite montre que le prince est maître de son avenir. Le Chariot ou char représenté est un symbole solaire : il symbolise la course du Soleil dans le ciel. Le char est l'attribut d'Apollon, dieu grec du Soleil, frère jumeau de la déesse de la Lune, Artémis. Il est également le dieu des l'inspiration, des arts, de la divination, de la musique et de la poésie ; on lui attribue le nombre 7, celui des 7 notes de la gammme musicale et celui de la perfection qui unifie le Ciel et la Terre.

Fiche signalétique du Chariot
Sa lettre: Z
Son nombre : 7
Sa signification : la volonté
Ses verbes : progresser, évoluer, vouloir, réussir, persévérer
Sa personnalité : une personne déterminée, disposée à faire des efforts, pleine de bonne volonté
Sa situation : une situation en voie d'évolution, en progrès, un changement bénéfique
Correspondances astrologiques : Soleil et le signe des Gémeaux
Correspondance hébraïque : Zaïn
Correspondance runique : Raid

Dans votre tirage
Annonce une situation qui progresse, évolue, dans laquelle il est bon d'aller de l'avant, faire preuve de courage, de détermination, en ayant l'assurance d'atteindre son but. Lorsque cet arcane, c'est un encouragement à aller au bout de vos objectifs, choix, décisions. Il fait appel à votre habileté, toutes les ressources de votre esprit, pour que vous vous donniez les moyens de réussir, de remporter un succès ou une victoire. C'est aussi parfois l'annonce d'un changement, d'un déménagement, d'un déplacement, d'un voyage, d'une nouvelle.

Les des correspondances du Chariot
Significations positives :
courage, détermination, volonté, persévérance, succès, gloire, évolution, popularité, bonne nouvelle, voyage, changement, maîtrise d'un problème, confiance

Significations négatives :
découragement, manque de volonté, dispersion, hésitation, vanité, échec, orgueil, emportement, régression

LA JUSTICE (Arcane 8)
On dit que c'est le choix qui fait l'homme. Notre Bateleur devenu prince, faisant corps avec son chariot céleste, s'est volontairement orienté vers la victoire, grâce à son courage et sa persévérance. Il est ainsi entré dans le chemin de la lumière et de la vie, mais celles-ci ne sont hélas pas éternelles ici-bas. Malgré sa volonté, il manque au Bateleur à présent prince un atout essentiel, pour qu'il puisse avancer sur le fil de son destin, tel un funambule talentueux. Car il n'a pas conscience que tous les moyens ne sont pas bons pour parvenir à ses fins, que l'on a des droits et des devoirs envers les autres autant qu'envers soi-même. Mais sa bonne volonté lui permettra d'apprendre. Les notions d'équité, de droiture, d'intégrité, sont attribuées à cet arcane, sur laquelle figurent les symboles de la justice. Mais la justice représentée ici est avant tout celle de la vérité et de la vie, sans qu'interviennent des principes moraux. Le nombre 8 est celui de l'équilibre cosmique, de la résurrection, de la transfiguration. La Justice nous fait prendre conscience que, sans limites bien définies, rien ne peut survivre ou subsister en ce monde. Le glaive, représenté sur l'arcane, sert à trancher, éradiquer, exécuter la sentence une fois que elle-ci a été prise. Une fois que le glaive a tranché, une page a été tournée.

Fiche signalétique de la Justice
Sa lettre : H
Son nombre : 8
Sa signification : l'équilibre
Ses verbes : estimer, équilibrer, stabiliser, juger, arbitrer, trancher
Sa personnalité : une personne de loi, un juge, avocat, arbitre
Sa situation : une situation dans laquelle il s'agit de trouver ou de sauvegarder son équilibre, d'imposer ou de s'imposer une discipline, d'agir ou de réagir en toute équité.
Correspondances astrologiques : Vénus (en tant que maître de la Balance) et le signe du Cancer
Correspondance hébraïque : H'eith

Dans votre tirage
Cette carte implique toujours la nécessité de trouver ou de retrouver un équilibre entre différentes forces, divers éléments contradictoires qui sont en cause dans une situation. C'est l'arcane qui contraint à être juste, impartial, rigoureux, intègre, discipliné. Il peut aussi annoncer l'intervention de la justice des hommes dans notre vie : soit qu'il vous soit nécessaire d'y avoir recours pour trancher un cas difficile, soit que vous en soyez vous-même victime.

Interprétations de la Justice
Significations positives :
harmonie, honnêteté, équilibre, rigueur morale, lucidité, vérité, clarté, vision et action justes, bon instinct, décision ferme, impartialité, discernement

Significations négatives :
intransigeance, dureté morale, méfiance, cruauté, intolérance, décision arbitraire, injustice, erreur de jugement

L'HERMITE (Arcane 9)
La vieillesse de l'homme représenté dégage une certaine énergie intérieure, une certaine sagesse. Son allure nous démontre qu'il ne cherche pas son chemin, mais qu'il montre la voie. L'Hermite est un guide ; il tient sa lanterne devant son visage pour nous indiquer la voie à suivre. Le porteur de lanternes est un veilleur ; la lanterne symbolise la conscience toujours en éveil, la vigilance, la prévoyance, la prudence, la clairvoyance, l'illumination intérieure. Le manteau qu'il porte l'isole et le protège, mais ne le coupe pas du monde. Le bâton, quant à lui, est une représentation symbolique du serpent ou des forces énergétiques primordiales, régénératrices, terrestres ou cosmiques. Son bâton nous renvoie à celui de Moïse. Le mot "Ermite" est un mot d'origine grecque, qui désigne en premier lieu le "désert". Puis il a désigné celui qui vit dans le désert, la solitude. L'Hermite enseigne, initie, informe, il est le messager des dieux. La lumière qu'il apporte est intérieure ; l'Hermite nous conduit à nous isoler, à faire le vide en nous, pour que nous puissions tout simplement poursuivre notre route.

Fiche des correspondances de l'Hermite
Ses lettres : T et H
Son nombre : 9
Ses significations : prise de conscience, sagesse, clairvoyance
Ses verbes : savoir, révéler, voir, enseigner, initier
Sa situation : une circonstance dans laquelle il s'agit de faire preuve de clairvoyance, de lucidité, de discernement, deprudence
Sa personnalité : une personne âgée, seule, sage, avisée
Correspondances astrologiques : Saturne et le signe du Lion
Correspondance hébraïque : Teith
Correspondance runique : Hagall

Dans votre tirage
Il annonce un fait précis dont vous devez prendre conscience. Il faut regarder les choses avec lucidité ; l'Hermite nous met devant le fait accompli. Il nous conseille aussi de prendre du recul en s'isolant, afin de se montrer prudent, avisé, clairvoyant, de prendre son temps, d'agir ou d'envisager ses idées à long terme. Il faut être patient et rejeter l'impulsivité et l'impatience. L'hermite c'est soit vous, en proie à des réflexions profondes mais enrichissantes et fructueuses, soit une personne que vous connaissez qui vous donnera de judicieux conseils. Il peut aussi s'agir d'une personne d'un âge avancé, ayant une certaine sagesse d'esprit, ou bien d'une personne isolée, ou une période de votre vie au cours de laquelle vous serez livré à vous-même.

Les interprétations de l'Hermite
Significations positives :
prise de conscience, lucidité, sagesse, clairvoyance, solitude féconde, études, recherches, découvertes, entreprise à long terme, patience, prudence, persévérance, sobriété

Significations négatives :
égarement, misanthropie, refus de tout conseil, entêtement, méfiance, scepticisme, fatalisme, repliement sur soi, avarice, frustration

LA ROUE-DE-FORTUNE (Arcane 10)
Quelle main prodigieuse et surnaturelle agissait dans le ciel, au-dessus de la tête des premiers êtres humains qui ont peuplé la terre, pour produire le jour et la nuit? pour l'homme qui ne savait rien de la mécanique céleste, il fallait bien qu'il y ait une main, quelque part, dont le geste, produit par la volonté et par la pensée, fût à l'origine de ce changement inexplicable. Tel est le sens su symbole figurant au centre de La Roue de Fortune. Ce n'est pas d’une roue dont il s'agit, mais d'un rouet. Avant, il servait à remonter l'eau du puits. Le rapport entre le rouet et le puits illustre bien le mouvement constant représenté par la Roue de Fortune.

On peut faire se mouvoir la roue du rouet dans les deux sens. Le puits a une grande portée symbolique ; il représente la faculté qu'à l'homme de pouvoir puiser à l'intérieur de lui même à la source de vie, intarissable, toujours régénérée. C'est par la maîtrise de sa volonté qu'il peut y puiser, en actionnant la manivelle du rouet. L'expression et la manifestation de sa volonté, de ses actes et de ses pensées sont inscrites en lui ; elles sont ce qu'il est, car ce sont les marques de son destin. Ici, il ne s'agit pas de la Roue de "la" fortune, mais de la roue de fortune. Fortune est un mot dérivé de "fors" signifiant sort. À l’origine, le sort était une petite tablette de bois servant à répondre aux questions posées à des oracles. Ici, du fait qu'il s'agit d'un rouet actionné par une manivelle, nous devons faire intervenir la notion de libre-arbitre. En faisant tourner la Roue de Fortune, l'homme s'inscrit dans le mouvement de la vie.

Fiche des correspondances de la Roue de Fortune
Ses lettres : I et Y
Son nombre : 10
Ses significations : évolution, involution, changement
Ses verbes : agir, subir, vouloir, évoluer
Sa situation : une situation en voie d'évolution, où l'on peut agir ou intervenir pour qu'elle s'oriente dans la direction voulue
Correspondances astrologiques : Soleil et la Lune, signe de la Vierge
Correspondance hébraïque : Iod
Correspondance runique : Ger
Dans votre tirage

Cet arcane révèle une situation en voie d'évolution ou d'involution. Il peut s'agir d'un évènement ou d'un fait que nous subissons, qui résulte toujours de nos actes passés, ou bien d'une circonstance dans laquelle nous pouvons intervenir pour la faire changer. Dans tous les cas, cette carte nous incite à prendre conscience de notre part de responsabilité active, consciente ou non, dans les situations ou circonstances auxquelles nous sommes confrontés. Parfois elle indique que pour le moment, on ne peut rien faire d'autre que d'attendre que les évènements suivent leur cours. Elle nous enseigne toujours que nous avons agi, et que le déroulement des circonstances nous concerne en premier lieu, et que, à un moment ou un autre, nous pourrons agir ou intervenir à nouveau.

Les Interprétations de la Roue de Fortune
Significations positives :
Changement bénéfique, rapidité, chance, évolution, circonstance favorable, opportunité, progrès, résultat positif, succès ou réussite éphémère, possibilité d'action ou d'intervention

Significations négatives :
régression, involution, inconstance, phase descendante d'un cycle, blocage, instabilité, insécurité, perte, échec

LA FORCE (Arcane 11)
Cette lame du tarot nous dit d'apprendre à mesurer les conséquences de ses actes, devenir maître de son destin et maître de soi. Ici, ce n'est ni par la force physique ni par la violence que l'on parvient à se rendre maître de son destin, mais par la fermeté intérieure. La Force est donc le symbole de l'intensité psychique, le pouvoir de l'esprit, la puissance morale, l'énergie canalisée, et mieux encore, la force de l'amour et la force d'âme. Cet arcane est en analogie avec la lettre-nombre hébraïque "kaph" qui signifie le creux ou paume de la main ouverte, puis coupe ou réceptacle. La paume de la main et la coupe sont faites pour recevoir. Au centre de la paume se trouve un point énergétique vital qui, selon la médecine de l'Antiquité et l'acupuncture chinoise, est directement en relation avec le coeur. C'est par la douceur et par la puissance de l'amour que le personnage représenté apprivoise le lion féroce et lui ouvre la gueule sans difficultés. Sa force d'âme et d'amour le rend maître de la violence, de l'agressivité, de la sauvagerie.

Fiche des correspondances de la Force
Sa lettre : C
Son nombre : 20
Ses significations : le courage, la force d'âme
Ses verbes : pouvoir, dominer, maîtriser, aimer
Sa personnalité : un être courageux, pourvu d'un caractère affermi, d'une force tranquille
Sa situation : une situation que l'on a bien en main, que l'on domine, dans laquelle on exerce le pouvoir de sa volonté
Correspondances astrologiques : Mars et le signe du Lion
Correspondance hébraïque : Kaph

Dans votre tirage
Cette apparition vous rend toujours maître de vous-même et/ou de la situation dans laquelle vous êtes. En exerçant une domination heureuse des circonstances, vous obtiendrez ce que vous voudrez, vous parviendrez à vos fins.

Les Interprétations de la Force
Significations positives :
assurance, volonté, courage, détermination, fermeté, vigueur, confiance en soi, maîtrise de soi et des évènements, victoire obtenue en douceur, paix intérieure, force tranquille

Significations négatives :
autoritarisme, rigidité, brutalité, efforts inutiles, refus de lâcher prise, force têtue, conservatisme

LE PENDU (Arcane 12)
Celui qui a compris que c'est par la douceur, la force d'amour que chacun porte en soi qu'on parvient à maîtriser ses pensées et ses actes, est libre d'être lui-même. Il se trouve au centre primordial et ultime d'où toutes les énergies fusent et où elles retournent, en circulant entre-temps partout où il y a de la vie. Mais celui qui persiste à être victime de ses pensées et de ses actes est prisonnier de lui-même et de son destin. Le Pendu du douzième arcane est suspendu dans le vide et se balance. Ce verbe peut aussi avoir une connotation péjorative ; hésiter, craindre, douter, être perplexe, irrésolu, etc. Or, ne pas savoir faire un choix c'est "succomber à la tentation " ; être victime de son hésitation, manquer de courage, de force d'âme. Celui qui est victime de telles faiblesses l'est fatalement de lui-même et des évènements et circonstances de sa vie. Le Pendu symbolise l'Arbre de vie qui avait ses racines dans le ciel et ses branches dans la terre.

Fiche des correspondances du Pendu
Sa lettre : L
Son nombre : 30
Ses significations : l'abandon
Ses verbes : renoncer, attendre, se détendre, se fier, se sacrifier
Sa personnalité : un être réceptif ou passif, irresponsable ou inconscient, ou à l'inverse, lucide et capable de la plus grande abnégation
Sa situation : une situation figée, provisoirement sans issue, une contrainte, une obligation, un sacrifice à faire
Correspondances astrologiques : Saturne, signe de la Balance
Correspondance hébraïque : Lamed
Correspondance runique : Eoh

Dans votre tirage
C'est une situation d'attente, où le temps semble s'être figé. Le déroulement des évènements et des circonstances semble être stoppé, ou alors vous êtes vous-même dans un moment de votre vie où vous ne pouvez plus agir, où vous devez subir les conséquences de vos actes, bons ou mauvais, en tirer des leçons. Lorsque cette carte apparait, c'est que vous êtes mis hors jeu de la vie, soit parce que vous l'avez choisi, soit par ce que vous y êtes contraint.

Interprétations du Pendu
Significations positives :
confiance, foi, abandon, lâcher prise, détente, attente fructueuse, période de répit, récéptivité, vie spirituelle, don de soi, abnégation, repentir

Significations négatives :
laxisme, laisser-aller, paresse, ennui, punition, victime de ses pensées et/ou actes erronés, situation bloquée, sans issue, impasse

LA LAME SANS NOM (Arcane 13)
Dans cet arcane sont réunis deux symboles qui ont mauvaise réputation : la mort et le nombre 13. Même si la Mort a été mythifiée et ritualisée de tout temps, si nombre de légendes et de croyances se rattachent à elle, elle n'en constitue pas moins un mystère inexpliqué, une fatalité. Aucun d'entre nous n'échappe au sentiment mêlé d'angoisse et de fascination pour cette phase ultime de la vie humaine qu'est la mort. Le chiffre 13, quant à lui, a toujours été mal perçu dans l'imagerie et les croyances populaires ; le plus souvent, on attribue son origine au récit de la Cène, le dernier repas de Jésus, au cours duquel entouré de ses 12 apôtres, il était le treizième.

Si l'on observe les fondements sur lesquels reposent les représentations du Ciel, des dieux et des mythes des peuples de l'Antiquité, les principes et les systèmes à partir desquels ils ont élaboré leurs calendriers et leur zodiaques, on constate le plus souvent que tout fonctionne par 12 ; 12 lunes, 12 mois, 12 années, 12 dieux primordiaux... Sur cet arcane, le squelette est couleur chair : il s'agit de l'homme dépouillé de ses apparences, réduit à l'essentiel de lui-même, à sa vérité. Ce treizième arcane est aussi nommé "l'Arcane sans Nom", car selon d'anciennes croyances, prononcer un nom, c'était invoquer ce qu'il signifiait ou représentait. Avant la création de l'écriture, ces croyances étaient très fortes.

Fiche des correspondances de la Mort
Sa lettre : M
Son nombre : 13
Ses significatiopns : tournant, changement
Ses verbes : terminer, rompre, récolter, bénéficier, conclure
Sa personnalité : une personne qui met un terme à une situation, qui opère un changement, ou qui récolte les fruits de ses actes, quelle que soit leur nature
Sa situation : une situation qui arrive à son terme
Correspondances astrologiques : Pluton
Correspondance hébraïque : Mem
Correspondance runique : Eoh

Dans votre tirage
Cette carte n'annonce jamais une mort physique, mais une mort symbolique. Il ne faut pas oublier que le langage du Tarot est symbolique. Quand vous interprétez un tirage, vous devez adapter les informations relatives aux symboles des arcanes dont vous disposez, mais ne jamais les prendre à la lettre. La Mort annonce donc un changement, la conclusion logique ou la fin d'une situation, une page qui se tourne pour que quelque chose de neuf se produise ensuite.

Les interprétations de la Mort
Significations positives :
transformation, changement, achèvement, conclusion, avènement, tournant dans la vie, bénéfice, avantage, gain, profit, récolte

Significations négatives :
arrêt, fin, rupture, effacement, froideur, changement ou empêchement imposé, retrait, perte

LA TEMPÉRANCE (Arcane 14)
Disposer harmonieusement et à leur place tous les éléments qui forment un tout, combiner, mélanger, doser dans de justes proportions ; voilà les significations du latin "temperare" qui a donné "tempérance" et "tempérer". Temperare est lui-même issu du "tempus", temps. Le verbe tempérer était employé pour dire que l'on interrompait le temps normal qu'il faut à un fluide, un liquide ou une préparation pour fermenter ou macérer. Donc, tempérer signifie en même temps adoucir, modérer. Dans l'Antiquité, les hommes avaient mis au point la clepsydre, une horloge à eau qui servait à mesurer le temps par écoulement régulier et constant de l'eau d'un vase dans un autre. Sur la Tempérance figure un ange ; celui-ci est un messager. En communiquant son message, il informe, transmet. Sans circulation de l'information, sans transmission des courants énergétiques, il n'y aurait pas de vie possible. La Tempérance symbolise le flot continu de l'eau que l'ange transvase, telle la clepsydre. Dans la sérénité, la vie continue.

Fiche des correspondances de La Tempérance
Sa lettre : N
Son nombre : 30
Ses significations : régénération et révélation
Ses verbes : informer, transmettre, révéler, enseigner, échanger, renouveler
Sa personnalité : une personne douce, compréhensive, bien équilibrée, communicative, ayant le sens de la mesure
Sa situation : une situation au cours de laquelle un fait nouveau, une opportunité à saisir ou un renouveau dans notre vie ou dans une situation nous sont révélées
Correspondances astrologiques : signes du Scorpion et les Poissons (3e décan), Saturne
Correspondance hébraïque : Noun
Dans votre tirage

Annonce une nouvelle, un message que vous allez recevoir, une information, une révélation qui vous sera faite ou que vous aurez. Lorsque cet arcane apparaît, on peut se parler, se comprendre, s'écouter, s'entendre ; elle est rassurante car elle nous dit que avec le temps, tout s'arrange, se transforme. Mais elle peut aussi être un gage de modération, de tolérance, de compréhension. Lorsqu'il est question d'une transaction, d'une négociation, elle apparaît fréquemment. En faisant circuler les courants et les énergies, elle offre des possibilités nouvelles, des opportunités qu'il faut saisir.

Les interprétations de la Tempérance
Significations positives :
Bonne nouvelle, message, sérénité, affinités, révélation, transaction avantageuse, compréhension réciproque, transaction avantageuse, bonne négociation, opportunité, inspiration créatrice, renouveau, régénération

Significations négatives :
tendance à sasser et ressasser, hésitation, fatalisme, laxisme, opportunisme, mauvais échanges, entourage négatif, influençabilité

LE DIABLE (Arcane 15)
En suivant l'ordre chronologique du Tarot, on passe de l'ange élu à l'ange déchu ou, plus exactement, du message de vie et de régénération transmis par la Tempérance à celui de séparation, de division révélé par le Diable. Il ne faut pas oublier que dans l'interprétation du Tarot, aucun arcane n'est particulièrement bénéfique ou maléfique, d'où réside parfois la difficulté d'interprétation avec ce jeu. Mais lorsque vous serez imprégné de leurs particularités propres, vous pourrez en donner votre interprétation personnelle, en tenant compte des qualités de chacun d'eux mais aussi de l'ensemble des lames présentes dans un tirages et des relations qui s'instaurent entre elles. Sur cet arcane, l'être représenté est surnaturel, androgyne, ni réel ni mythique ; la nature n'est pas capable de créer un tel être, mais l'imagination des hommes le peut ; elle a toujours créé des figures de divinités à l'aspect inquiétant, aux pouvoirs fabuleux, presque toujours forgées à l'image des émotions intenses, excessives, créatrices ou destructrices qu'ils éprouvent.

L'image de ce Diable ne doit ni nous faire sourire ni nous inquiéter. Lorsqu'il apparaît dans un tirage, sa présence nous induit simplement à réfléchir à l'usage que nous faisons de nos forces, de nos énergies, de nos ressources vitales, de notre psychisme et de nos instincts, nos désirs et volontés, conscients ou non. Ce Diable est une représentation de l'Androgyne, de l'Adam ou de l'homme primordial, de l'Arbre de la connaissance ou Arbre de vie, dont le principe originel est la fonction essentiel ont été détournés de leur but. Le feu de Dieu est symbolisé par le flambeau que tient le Diable dans sa main gauche ; comme il a été dérobé, l'Androgyne fut divisé, séparé. Les deux êtres enchaînés l'un à l'autre, prisonniers du Diable, sont en réalité la cause de l'existence et de la présence du Diable, qui est un pur produit de leur imagination, de leurs pensées et désirs... et donc des nôtres.

Fiche des correspondances du Diable
Sa lettre : X
Son nombre : 60
Ses significations : instinct, pulsion, désir, excès, puissance manifestée dans le monde matériel et physique
Ses verbes : posséder, construire ou détruire, désirer
Sa personnalité : un être passionné, créatif, productif ou destructeur prêt à user tous les moyens pour parvenir à ses fins
Sa situation : une situation au cours de laquelle les désirs, les instincts, les ambitions et les sentiments sont exacerbés
Correspondances astrologiques : Pluton, et le signe du Sagittaire
Correspondance hébraïque : Sameck
Dans votre tirage

La présence de cet révèle un excès, un désir impérieux, une pulsion aveugle, une volonté irrépressible pressante d'agir de parvenir à ses fins ou de se satisfaire.

Les interprétations du Diable
Significations positives :
Passion amoureuse ou sensuelle, instinct de possession, matérialisme, force psychique, créativité, pouvoir, volonté ferme, succès financier et matériel, magnétisme

Significations négatives :
Désordre matériel ou moral, désir ou pulsions irrépressibles, destructrices ou autodestructrices, excès, obstacle, esclavage, division, égocentrisme, sens exacerbé du pouvoir

LA MAISON-DIEU (Arcane 16)
Pourquoi y a t-il de la foudre sur la maison de Dieu? n'est-elle pas censée être un havre de paix, un lieu de prière et de recueillement ? mais est-ce bien la maison de Dieu qui est représentée par cette tour? Cette lame majeure nous conduit à nous interroger d'emblée sur son sens réel. Une fois encore, c'est en allant pêcher aux sources étymologiques des mots que l'on peut comprendre le sens de cet arcane, qui est d'une grande portée symbolique. la Maison Dieu, dans l'Europe médiévale, était plutôt appelée la Chaise-Dieu pour désigner un monastère, une abbatiale ou une église. Chaise-Dieu trouve son origine dans le mot "chaise", dérivé du français "chaese" issu de "chaere" lui-même issu de "cathédra" qui donna "cathédrale". Au XIIe siècle, les termes "chaire" et "chaise" avaient le même sens : c'était aussi bien la situation honorifique d'un grand personnage que le fauteuil dans lequel il trônait.

La tour foudroyée symbolise l'orgueil des hommes qui, dans l'Antiquité, bâtissaient des tours élevées, parfois au sommet d'une haute montagne, pour se rapprocher de la puissance des dieux, la canaliser et la diriger vers la Terre. Cette tour symbolise un temple, une église, une cathédrale, le siège, le trône ou la maison de Dieu sur Terre. La lettre-nombre qui correspond à cet arcane est "ayin", signifiant "oeil" en hébreu. L'oeil voit tout. À cause de son orgueil, l'homme s'aveugle parfois. Plus on cherche à s'élever dans le monde physique et matériel, en proie à l'orgueil, plus on s'expose à la destruction, à la ruine, aux foudres divines.

Fiche des correspondances  de la Maison-Dieu
Sa lettre : O
Son nombre : 70
Sa signification : un bouleversement inévitable
Ses verbes : renverser, bouleverser, basculer, révolutionner, changer
Sa personnalité : une personne qui provoque un renversement de situation, un brusque changement dans sa vie
Sa situation : une totale remise en question, un bouleversement inévitable qui remet tout en cause
Correspondances astrologiques : Uranus et le signe du Capricorne
Correspondance hébraïque : Ayin

Dans votre tirage
Cette carte annonce toujours un bouleversement, un renversement de situation, inévitable ou forcé, nécessaire dans votre comportement, votre situation ou votre vie. Il a souvent mauvaise réputation car on l'assimile à une fatalité. En réalité, l'évènement qu'il révèle a toujours pour but d'assainir, clarifier, libérer. Une fois que l'orage est passé, on éprouve un soulagement, une délivrance, une libération. Bien sûr, ses effets sont destructeurs, et l’on ne peut rien faire pour l'empêcher. Mais cela doit arriver, car aucune évolution n'est possible sinon.

Les interprétations de la Maison-Dieu
Significations positives :
Libération, bouleversement, délivrance, changement inévitable mais salutaire, brusque prise de conscience, remise en question bénéfique, situation de crise ou de rupture nécessaire, innovation, découverte.

Significations négatives :
Chute, crise, perte, rupture, destruction, déception, déstabilisations inéluctables dues aux circonstances mais causées par des erreurs, l'obstination ou l'orgueil

L'ÉTOILE (Arcane 17)
Sur cet arcane, cette femme nue au bord de l'eau, qui renverse deux amphores sous un ciel constellé, nous explique le sens des mots libérer et révéler. Il ne s'agit pas de se libérer de liens extérieurs, mais de retourner au cours normal des choses en laissant circuler naturellement en soi les courants de la vie, qui vont du bas vers le haut et du haut vers le bas, dans un cycle perpétuel, ininterrompu, comme celui de l'eau sur la Terre. On dirait pourtant que le plus souvent, tout nous pousse à retenir ces courants, à les endiguer, les fixer, les détourner de leur cours normal. C'est pourquoi ouvrir les digues et laisser les courants énergétiques circuler naturellement en soi ne peut induire qu'une véritable délivrance. Nous savons que si l'eau du ciel ne déferlait pas sur la Terre, les nappes phréatiques d'où naissent les sources ne seraient ni alimentées ni régénérées.

Ce qui est vrai pour le grand cycle de l'eau sur la Terre, sans lequel la vie serait impossible, l'est aussi pur les cycles naturels de régénération chez l'homme. Cette eau qui retourne à l'eau est également une représentation symbolique du pouvoir des mots, de la parole, du verbe. La lettre-nombre "Phe" est en analogie avec cet arcane ; Phe désigne la bouche. Dès lors, l'Etoile nous révèle que les paroles qui sortent de notre bouche exercent une influence sur les éléments et les astres, car la parole est acte. Elle est le fruit de nos pensées, de nos idées, de notre intelligence. En vidant le contenu de ses amphores dans le fleuve du temps et de la vie, la femme figurant sur cette lame y verse ses pensées les plus intimes et participe ainsi activement à tout ce qui est.

Fiche des correspondances de l'Étoile
Sa lettre : P
Son nombre : 80
Ses significations : révélation, libération, inspiration, imagination
Ses verbes : espérer, imaginer, croire, créer
Sa personnalité : une personne aspirant à réaliser ou qui s'active à concrétiser ses pensées, idées, projets, croyances.
Sa situation : un concours de circonstances favorisant la réalisation de ses espoirs ou de ses projets, de nouvelles perspectives, chanceuses, une création
Correspondances astrologiques : Mercure, Neptune et le signe du Verseau
Correspondance hébraïque : Phe
Dans votre tirage

Cette lame symbolise l'inspiration créatrice, la foi, l'espérance, la communion et la communication. Vos pensées, vos idées, vos projets, vos espoirs prennent forme, deviennent réalité, en plongeant, retournant et circulant dans les grands courants de la vie, de la nature et de la conscience collective. Votre imagination est ici au pouvoir.

Les Interprétations de l'Etoile
Significations positives :
révélation, libération, inspiration, imagination, création, harmonie entre ses pensées, idées, douceur, réceptivité, croyances et les circonstances ou évènements de la vie, naissance, foi, bonheur, plénitude

Significations négatives :
tendance à se laisser porter ou emporter par les courants extérieurs, les idées et les pensées des autres, à se laisser influencer, manque de foi et de confiance en soi, laisser-aller, mollesse, fatalisme, tristesse, émotivité

LA LUNE (Arcane 18)
Sur l'image de cet arcane, il s'agit d'une éclipse paradoxale, d'une curieuse occultation du Soleil. La Lune est figurée par un D et un visage de profil tourné vers le bas. Astronomiquement, un tel phénomène céleste est impossible. L'ombre jetée sur la Terre par ce passage inenvisageable du premier quartier de la Lune devant le Soleil est une représentation de l'ombre contenue dans la lumière, et non de l'obscurité grandissante. Il s'agit du royaume de l'ombre en tant que composante de la lumière. Ce royaume de l'ombre représente tout ce qui est caché, dissimulé, enfoui en chacun de nous, et qui précède la lumière. La lettre-nombre "Tsade", en analogie avec cet arcane, signifie "côté opposé" ou "adversaire", mais aussi "côté" ou "bras", c'est à dire côté divin ou bras divin. L'ombre contenue dans la lumière représente l'aspect caché de notre personnalité, le divin en nous.

Et lorsque le bras divin se manifeste, lorsqu'il intervient dans notre vie sous forme d'épreuves, de difficultés, d'obstacles à surmonter, il se manifeste en nous afin de nous éprouver. L'écrevisse géante représentée au bas de cet arcane nous renvoie aux valeurs sensibles, réceptives et fécondes du signe du Cancer. Le chien, symbole de confiance, de vigilance, de fidélité, fut toujours considéré comme le gardien de l'Au-delà. Tous ces symboles lunaires nous renvoient à la part d'ombre qui est en nous, à notre psychisme, dans lequel nous devons nous efforcer de puiser des énergies regénérantes pour ne pas nous retrouver submergés par nos émotions ou confrontés à des situations ou des circonstances éprouvantes. Le message délivré de cet arcane nous prévient de ne pas craindre de nous tourner vers l'inconnu, d'intégrer en nous nos craintes, nos faiblesses, nos erreurs, de regarder en face l'ombre qui est en nous et dont nous avons peur.

Fiche des correspondances de la Lune
Sa lettre : TS, que l'on retrouve dans les alphabets hébreu, arabe et russe
Son nombre : 90
Ses significations : épreuve salutaire, réceptivité psychique
Ses verbes : percevoir, intégrer, sentir, éprouver
Sa personnalité : une personne très réceptive et sensitive, aux qualités ou pouvoirs psychiques indéniables, ou bien qui se trouve en difficulté ou dans une situation confuse.
Sa situation : une situation éprouvante, difficile, qui nous contraint à nous détacher du passé, à plonger dans l'inconnu, à puiser dans nos ressources intérieures
Correspondances astrologiques : Lune, signe du Cancer et du Taureau
Correspondance hébraïque : Tsade
Correspondance runique : Beorc
Dans votre tirage

C'est souvent pour annoncer une période de difficultés que cet arcane apparaît. Il annonce des conflits, des déceptions, des désillusions, dont les causes et origines se trouvent toujours dans vos erreurs ou vos faiblesses. Ils se manifestent dans votre vie et se révèlent à vous afin de vous éprouver, pour que vous en preniez conscience. Il est aussi en rapport avec les relations familiales, le passé, la confusion des idées et des sentiments, le psychisme et l'inconscient.

Les interprétations de la Lune 
Significations positives :
intuitions, prémonitions, imagination créatrices, clairvoyance, dons ou qualités psychiques, douceur réceptive, popularité, féminité, générosité

Significations négatives :
épreuves, difficultés, erreur, illusion, immaturité, déceptions, passivité, séduction, angoisses, dépendance affective ou matérielle

LE SOLEIL (Arcane 19)
Les étincelles produites par le frottement de la roue des astres guérissent l'homme de l'orgueil et de la raison et du vertige de la folie qui l'aveuglent. Le soleil brille toujours ; les voiles qui le cachent sont notre mental. Il faut apprendre à les déchirer. Ici, les deux enfants symbolisent la raison et la folie qui s'accordent, se rejoignent, s'unissent pour produire la Sagesse divine. Car cette Sagesse est pure folie pour l'homme qui ne l'intègre pas en lui, qui n'en fait pas sa règle de vie. Elle se présente à lui souvent sous des aspects et selon des principes qui n'ont rien à voir avec les circonstances auxquels il se réfère habituellement. Elle procède à l'innocence, de la pureté, de la réceptivité, de la légèreté de l'être, de la joie spontanée, qui appartiennent au monde de l'enfance.

Fiche des correspondances du Soleil
Sa lettre : Q
Son nombre : 100
Ses significations :joie pure, bonheur parfait
Ses verbes : s'extasier, se réjouir, s'épanouir
Sa personnalité : une personne éprouvant une grande joie, qui est heureuse, épanouie, rayonnante
Sa situation : circonstance qui procure beaucoup de satisfaction, un grand contentement, une joie profonde et complète
Correspondances astrologiques : Jupiter et le signe des Poissons
Correspondance hébraïque : Qof
Correspondance runique : Sigel
Dans votre tirage

Cette carte vous enjoint à vous abandonner à la joie, au bonheur, à la satisfaction, au contentement, à vos sentiments spontanés, d'être purement et simplement ce que vous êtes. Dans n'importe quelle situation, le Soleil est un signe de bon augure, de soulagement, de clarification. Ce qui est juste, vrai, beau triomphe vous dit cet arcane, quand bien même cela peut paraître impossible.

Les interprétations du Soleil
Significations positives :
bonheur, joie, contentement, satisfaction, enthousiasme, enchantement, clarification, magnétisme, charisme, réussite, intégrité, sentiments purs, sincères, partagés, complicité, union

Significations négatives :
fausse joie, aveuglement, illusion, superficialité, arrogance, égocentrisme

LE JUGEMENT (Arcane 20)
L'image figurant sur cet arcane fait penser au Jugement dernier, car elle présent de nombreuses analogies avec "le jugement rendu par Dieu après la résurrection des morts" ou la résurrection de Jésus telle qu'elle nous est contée dans les Evangiles. Mais comme dans toute lecture du Tarot, il ne faut pas seulement lire l'image mais interpréter les nombreux symboles qui y figurent pour en comprendre le sens. Le mot "jugement" dérivé du latin "judicem" signifie "montrer le droit par la parole" ou "dire le droit", c'est ici la notion de discernement, l'autre sens de "jugement" qui est soulignée.

Dans la dix-huitième arcane il s'agissait de discerner la lumière des ténèbres et la lumière extérieure de la lumière intérieure. Pour ce qui est du Jugement, la distinction, la séparation, la reconnaissance peuvent s'accomplir. L'homme, revêtu de la tunique de peau dont il fut pourvu après la chute se montre tel qu'il est, dépouillé de tous ses artifices. Il peut donc laisser rayonner la lumière contenue en lui. Il n'a plus de raison d'avoir honte de sa nudité, c'est-à-dire d'être lui-même. Il a su discerner le vrai du faux, le juste de l'injuste. Ce n'est plus du monde extérieur qu'il reçoit des informations qui conditionnent son existence et le font vivre dans l'espoir et dans la crainte, mais de son monde intérieur, de lui-même. Il s'agit d'une révélation. Cet arcane nous dit de devenir un être nouveau dans un monde renouvelé.

Fiche des correspondances du Jugement
Sa lettre : R
Son nombre : 200
Ses significations : Révélation, renouveau, évolution
Ses verbes : régénérer, reconnaître, recevoir, renouveler
Sa personnalité : une personne sincère, qui se montre telle qu'elle est ou qui connaît une période de renouveau dans sa vie, qui change de comportement ou dont la vraie personnalité se révèle
Sa situation : une situation qui s'arrange, s'améliore, se renouvelle, se développe
Correspondances astrologiques : Saturne, signe des Poissons
Correspondance hébraïque : Resh
Correspondance runique : Daeg

Dans votre tirage
Cet arcane annonce une révélation, un renouveau, une vision intérieure plus juste, plus profonde, plus objective, plus authentique des choses. Il indique qu'il n'est plus question de se mentir à soi-même ni de dissimuler quoi que ce soit aux autres. Il apporte une guérison, un soulagement, une réconciliation, une détente, un abandon, un état de confiance t de réceptivité. Il révèle une vocation, une renaissance, une reconnaissance, une récompense. dans la vie sociale, il annonce une proposition, une promotion ou une consécration.

Les Interprétations du Jugement
Significations positives :
amélioration, révélation, renouveau, réconciliation, guérison, pardon, jugement juste et droit, proposition, promotion, consécration, récompense méritée

Significations négatives :
on ne peut pas échapper à soi même, on est confronté aux conséquences de ses actes, on est jugé sévèrement, mais cela est porteur d'une évolution

LE MONDE (Arcane 21)
Le monde se nourrit de lui-même pour être le monde. Tel est le grand principe immuable de la vie. Tel est également le principe du vingt et unième arcane majeur du Tarot divinatoire, qui en est aussi l'ultime, celui d'un accomplissement, d'une fin qui est un commencement. Le noyau est au coeur du fruit, c'est femme debout, dans la position exacte du Pendu, mais cette fois sans autre lien, sans autre attachement que d'être au centre de tout, réceptacle et semence à la fois, vie et mort et mort et vie éternellement recommencées. L'écharpe qui s'enroule autour de son corps est une figure de Nahash, "serpent" en hébreu, le plus rusé des anges, littéralement "celui qui conduit" ou l'initiateur, le guide, l'enseignant. Il symbolise les forces énergétiques, le pouvoir psychique.

La symbolique de cet arcane implique une vision globale, générale, absolue des choses. La mandorle de lauriers dans laquelle se tient la femme sur un pied figure la matrice qui nous fait naître au monde supérieur. Les quatres éléments sont représentés à travers les quatre figures ; le taureau symbolise la Terre, puissance de la vie plantée dans la réalité matérielle, mais dont les cornes sont reliées au Ciel ; le lion figure l'élément Feu, puissance de la lumière qui vivifie, consume ou purifie, révèle ou aveugle ; l'aigle représente l'Air, l'une des plus belles représentations de l'esprit, des courants (ondes, vibrations, pensées) qui circulent dans les êtres; l'ange figure l'élément Eau, puissance de l'amour qui se tient au seuil de ka porte du coeur et qui porte un message de paix et de destruction, d'amour et de révélation à la fois. Le message de cet aracen est que chacun de nous porte en lui ce monde-là. Il n'est ni accessible, ni illusoire ou utopique. Il est ce que nous sommes.

Ici, tous les éléments sont rassemblés pour que notre conscience puisse s'éveiller, pour que les temps puissent s'accomplir. Ils s'accompliront ici et maintenant ou, si l'on préfère, ils sont déjà accomplis, mais nous ne le savons pas dans ce monde, mais en dehors, à côté, dans l'illusion d'un monde que nous croyons réel mais qui n'est que l'interprétation que nous élaborons.

Fiche des correspondances du Monde
Sa lettre : S
Son nombre : 300
Ses significations : achèvement, accomplissement, communion, plénitude
Ses verbes : obtenir, accomplir, réussir, assouvir
Sa personnalité : une personne heureuse, comblée, pleinement épanouie, généreuse, douce, ou ayant de grandes possibilités
Sa situation : une situation générale, englobant tous les aspects de la vie d'une personne à un moment donné, une réussite absolue, une totale satisfaction
Correspondances astrologiques : Neptune et les signes des Poissons et du Sagittaire
Correspondance hébraïque : Tav
Correspondance runique : Odal

Dans votre tirage
Annonce un accomplissement, un achèvement, un bonheur total, une réussite complète, une joie parfaite. Cet arcane révèle aussi parfois un état d'âme, les pensées et les sentiments qui relient les êtres les uns aux autres, des préoccupations d'ordre collectif ou communautaire, de hautes aspirations, des motivations nobles et généreuses. Mais sa présence dans votre tirage peut aussi simplement symboliser l'ensemble de votre situation à un moment de votre vie.

Interprétations du Monde
Significations positives :
réussite, accomplissement, couronnement d'une entreprise ou des efforts, bonheur, plénitude, grandes perspectives, facilités de contact, épanouissement, possibilités d'expansion, ouverture au monde, collectivité, idéalisme, esprit éclairé

Significations négatives :
Dépendance des influences extérieures, ambitions démesurées, irréalistes, utopiques, imperfection, inachèvement, mondanité, entourage hostile, sacrifice nécessaire

LE MAT (Arcane 0 ou 22 )
Si le Fou de cet arcane est appelé le Mat, c'est parce que le mot "mat" vient de l'expression arabe "as-sah mat(a)" qui signifie "le roi est mort". On traduit la même expression en français par la locution : "échec et mat". Ainsi, en persan par exemple, le roi et le jeu d'échec portent le même nom : "sah" et "mat(a)" signifient "sans issue, désespéré". Autrement dit, le roi est dans une situation sans issue. C'est pour cela que le personnage représenté sur l'arcane semble fuir. Mais il ne fuit pas ; prenant conscience de sa situation, il a décidé de se retourner. Il exécute un retour sur lui-même, une régression, une involution, ce que l'on appelle une "Teshouvah" en hébreu, c'est-à-dire à la fois un retour et une pénitence. La Teshouvah est à mettre en parallèle avec l'hexagramme 24 du Yi-KIng : le Renouveau. Ce "renouveau" est révélé par un retour de la lumière qui avait été chassée.

Le Mat a donc compris qu'il devait retourner au point de départ, se replonger dans ses origines, involuer pour évoluer. C'est pourquoi dans le Tarot cet arcane est situé au début et à la fin. Le Mat est aussi appelé "fou", mais il n'est ni égaré, ni fou. Il est determiné et marche d'un pas sûr. Il sait où il se dirige : vers lui-même. Dans son baluchon, il porte le Monde, le vingt et unième arcane. S'il est "fou", il s'agit de la sagesse divine qui est pure folie dans ce monde. Un animal le poursuit ; on dirait qu'il cherche à le retenir en s'accrochant à lui ; il s'agit en réalité d'un chacal, Anubis peut-être, le dieu des morts égyptien. Même la mort ne peut retenir notre Mat qui se dirige vers le crocodile, le "maître des mystères de la vie et de la mort" dont les yeux, en Egypte, symbolisaient l'aurore.

Fiche des correspondances du Mat
Sa lettre : T
Son nombre : 400
Ses significations : involution, évolution, départ, retour
Ses verbes : partir, revenir, régresser, évoluer
Sa personnalité : une personne qui est la proie d'une impulsion irrépressible, qui s'en va, revient, évolue, va de l'avant
Sa situation : un brusque retournement de situation, un départ, un voyage, une situation transitoire, un passage, un cap à franchir, un but ultime à atteindre.
Correspondances astrologiques : noeuds nords et sud de la Lune qui forment ensemble l'axe de l'involution et de l'évolution
Correspondance hébraïque : Shin

Dans votre tirage
Soit le Mat est l'arcane 22 et il signifie un brusque départ, une initiative enthousiaste, une démarche, un voyage, un coup de folie, un déplacement, une période de transition, soit son nombre est O et il concerne un retour, une régression, une involution nécessaire avant de faire un grand bond en avant. Il annonce donc soit que vous allez de l'avant, soit que vous faites un retour sur vous-même.

Interprétations du Mat
Significations positives :
voyage, départ, retour, arrivée, passion initiatique, illumination, nous allons vers quelqu'un ou quelque part, quelqu'un vient vers nous, changement, évolution, progrès, exploit, occasion à saisir, but

Significations négatives :
involution, errance, égarement, vaine recherche, irresponsabilité, extravagance, régression, folie, fuite, erreur

samedi 30 juin 2012

LE SECRET DE LA LANGUE DES OISEAUX



Le 13 octobre 1307 voit l’arrestation des templiers sur ordre du roi de France Philippe le Bel. Le 19 mars 1314 dans l’après-midi, l’Ordre du Temple est définitivement éliminé avec la mort de Jacques de Molay sur le bûcher de l’Ile aux Juifs à Paris. En cet après-midi de drame, les maîtres des fraternités de bâtisseurs présents lancent ce que la tradition compagnonnique nomme : la grève des cathédrales. 

En trois semaines, le mot circule sur l’ensemble des chantiers répartis sur les provinces contrôlées par le roi, et tous les ouvriers, de l’apprenti au maître, lâchent les outils et quittent la France ou retrouvent leurs familles. 

La société sacrée du Moyen-Âge est morte dans cette grève et cette émigration. Plus aucune église ou chapelle ne sera construite dans les règles de l’art : l’art de magnifier par la pierre les forces telluriques de la wouïvre et d’y baigner le peuple des croyants. Le temps de l’Inquisition et de la dictature des religieux commence pour l’Europe. 

Ceux qui restent, doivent quitter leurs fraternités et, pour rester en vie, se fondent dans l’anonymat de la société civile. 

Ceux qui partent, vont pour le plus grand nombre en Italie du nord, où ils feront la Renaissance en travaillant pour les princes ; quelques fraternités émigrent plus loin encore, dont une, originaire du Poitou, ira jusqu’au Moyen-Orient dans le dernier royaume franc qui résiste encore, celui des Lusignans de Cilicie, coincé entre les actuelles Syrie et Turquie. 

Petit royaume inféodé à l’empereur romain-germanique, il disparaîtra sous les coups des Mameluks en 1375. Les fils de ceux qui firent la grève des cathédrales, retournèrent en pays chrétien, dans l’effervescence de cette Italie du nord, où, surnommés « les sarrasins » ils lâchèrent leurs connaissances dans une bouteille jetée à la mer : le "Tarot". 

Alors, pour parler de la "langue des oiseaux", nous devons convenir de deux périodes. Avant la grève, où cette "langue" est parlée en langage d’art goth et s’exprime en mots et images sur tous les chantiers des cathédrales, et après la grève, où elle rentre dans la clandestinité.

La langue des oiseaux fonctionne sur le registre de la spontanéité et de la compréhension directe. Un des exemples les plus classiques, bien que tardif, à partir du 17e siècle probablement, est certainement celui des auberges nommées : « au lion d’or », « au cochon d’or ». Il vous est peut-être arrivé de passer devant ce genre d’enseignes. Que signifie l’image ? Rien de particulier si ce n’est un lion, souvent mal dessiné, ou un cochon couleur or. Alors pourquoi ce nom idiot ? Parce qu’au lit on dort, ou qu’à l’arrêt « au coche » on dort. Coche était l’ancien nom pour cochon. 

Nous entrons dans les jeux de mots qui caractérisent cette « langue des oiseaux ». Bien sûr, nos anciens ne se sont pas contentés de bêtises de ce genre. 

En fils de ma "Mère l’Oye" et bons sujets de la Reine Pédauque, en hommes « pattés » à l’épaule, ils jargonnaient évidemment... Leur langue était la langue des oisons, pas vraiment encore la dite langue "des oiseaux". Cela commence avec l'idée de coder des messages, voir des enseignements, initiatiques...

Nous sommes ici dans la tradition des enfants de Maître Jacques. Pour ces magiciens, comme pour certains soufis d’aujourd’hui, ce qui compte avant tout, c’est de créer cet instant magique de suspension du temps, cette béance par laquelle nous sommes tous reliés au divin. Leurs jeux de mots devaient être littéralement « à vous couper le souffle ». Les cagots du sud ouest étaient les derniers survivants de cette culture et portèrent jusque vers 1730 la patte d’oie de tissu rouge cousue sur l’épaule gauche. 

La langue des oisons de la première période est totalement directe, et est à prendre au premier degré strictement, dans l’immédiateté. 

À l’abbatiale romano-bysantine construite par Eléonore d’Aquitaine à Souillac (Lot) en chapiteau au 8ème pilier du déambulatoire, ainsi qu’à l’église de Talmont en Charente, nous pouvons voir la représentation d’un héron qui met son bec dans l’oreille d’une chouette. La chouette d’Athéna (Minerve) bien entendu, représentante de la possibilité d’accès à la connaissance. Le héron serait il alors une représentation de Thot-Hermès?!

Initiez-vous! Plusieurs églises et chapelles romanes sont gardienne de ses imageries. À vous de les observer plus minutieusement et de les laisser vivre en vous. Le dos contre la pierre, laissez-vous "envoûter", c’est magique! 

Voici déjà deux niveaux de cette langue des oisons. Un jeu de mot et d’image, un jeu d’image et d’expérimentation...

Quand, sur la diablesse de l’arcane XV Le Diable, le graveur du tarot de Nicolas Conver place trois petits points sur sa poitrine, il faut lire ce message aussi simplement que possible : la franc-maçonnerie est une diablesse. Serfs du Diable!

Après le bûcher des templiers et l’arrivée de l’Inquisition, la vie sociale de l’Europe va basculer dans la répression de la vieille science, le "gay-scavoir". 

C’est par dizaines de milliers que les bûchers seront allumés. Seules quelques professions conservant leurs traditions passeront le fil des siècles, les médecins, les apothicaires, les charpentiers, et quelques autres. 

La langue des oisons, envolés vers d’autres cieux depuis le 19 mars 1314, devint la langue des oiseaux, entra dans la clandestinité, devint langue d’initiés et ses jeux de mots se firent de plus en plus savants, même le grec fut utilisé. 

Quant aux jeux d’images des alchymistes, certains sont encore compréhensibles relativement facilement, mais pour beaucoup il est nécessaire de les aborder avec une culture importante. 

Nous rencontrons de temps en temps des individus dont la verdeur et la spontanéité de langue créent en nous cette béance comme un coup de poing au plexus. Ils sont, au moins dans cet instant magique, des Mats et nous réactivent la langue des oiseaux.

Le Tarot de Marseille est réellement un jeu qui s’exprime au sens propre du terme, c’est à dire qui parle, émet des sons propres à être entendus et compris ! Véhicule ésotérique, il obéit en cela à la regle de la transmission orale, et communique par le son. Sa grande force réside dans le procède appelé Langue des Oiseaux et, utilisé par les Alchimistes du moyen-Âge. 

La langue des oiseaux consiste à faire décoller le son en entendant autrement ce qui est dit par l'écrit (le comprendre "par les cris"), en passant outre la réunion de lettres pour ne retenir que le sens. Un exemple simple s'impose pour bien comprendre et résumer le principe : 

"Voici un message secret disant les mots"

"Vois si un met sage se crée, dit sans les mots"


La première ligne est la phrase officielle, la deuxième le sens officieux, l'entendement selon la langue des oiseaux. La langue des oiseaux comme méthode de cryptographie se révèle fort ancienne et fut employée très tôt par les alchimistes. Méditons, par exemple, sur ce passage d'Artéphius, célèbre alchimiste médiéval : 

"Ne sait-on pas que notre art est un art cabalistique ? Je veux dire, qui ne se révèle que de bouche, et qui est rempli de mystères ; Et toi, pauvre sot que tu es, serais-tu assez simple pour croire que nous enseignons ouvertement et clairement le plus grand et le plus important de tous les secrets, et pour prendre nos paroles à la lettres".

mercredi 27 juin 2012

LA LANGUE DES OISEAUX




La langue des oiseaux est une langue secrète qui consiste à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soit par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots (verlan, anagrammes, fragments de mots…), soit enfin par le recours à la symbolique des lettres.

Autrement dit, la langue des oiseaux est une langue tenant de la cryptographie se fondant sur trois niveaux :

La correspondance sonore des mots énoncés avec d’autres non dits permet un rapprochement sémantique qui constitue un codage volontaire, soit pour masquer une information, soit pour amplifier le sens du mot premier.

Les jeux de mots utilisés permettent un codage davantage subtil et ésotérique, les mots se reflètent ad libitum : verlan, anagrammes, fragments de mots, etc.

La graphie enfin, fondée sur la symbolique mystique des lettres des mots énoncés, peut renvoyer à un codage iconique renforçant le sens des mots, comme dans les hiéroglyphes.

Longtemps langue d’initiés, système de codage occulte lié à l’alchimie et à la poésie hermétique (de Hermès, dieu patron des phénomènes cachés), la langue des oiseaux acquiert une dimension psychologique au xxe siècle, avec les travaux de Carl Gustav Jung ou de Jacques Lacan, qui y voient un codage inconscient permettant d’amplifier le sens des mots et des idées.

Le Dictionnaire des langues imaginaires recense plusieurs entrées en lien avec la langue des oiseaux : langage des animaux, langue des corbeaux, langage de l'extase (mystique), langage ludique, langage du rossignol, langue secrète... Néanmoins il existe des langues farfelues (comme la langue des corbeaux) sans fondements historiques, sûrement inventions de cas pathologiques. Il faut ainsi différencier les « langues secrètes » des langues farfelues, des langues inventées (la langue des grenouilles d'Aristophane), des jargons et dialectes et des imitations (« langue des animaux » dont Mircea Eliade dit qu'elle consiste à « imiter leurs cris, surtout les cris d'oiseaux »). Au final, c'est l'existence d'un code caché qui permet de départager ces registres et de repérer l'originalité de la langue des oiseaux.

Principe

Il n'est pas interdit de voir dans l'expression de « langue des oiseaux » une analogie avec sa dimension aérienne puisqu'au final elle consiste à faire « décoller » le son, à l'entendre plutôt qu'à le lire. Il s'agit donc de ne plus se fier à l’« écrit », mais aux « cris », entendus ceux des oiseaux, des mots chantés donc.

L'exemple suivant permet d'en comprendre le principe :

phrase codée : «  Vois si un mets sage se crée, dit sans les mots »
phrase décodée : « Voici un message secret disant les mots »

Le message codé comporte un ensemble d'éléments à interpréter : « vois », « un mets sage », « se crée », « dit sans les mots ». À la différence de l'amphibologie (phrase qui peut avoir deux sens comme dans « J'ai tué un éléphant en pyjama » - « je l'ai tué alors que j'étais en pyjama ou « j'ai tué un éléphant qui avait un pyjama »), exemple qui ne prend pas en compte la logique bien entendu, la phrase en langue des oiseaux joue sur l'homophonie des mots la composant.

Quant à l'interprétation, elle dépend du contexte et des récepteurs. Le chapitre Fondements historiques livrera les interprétations qui pouvaient exister au sein des groupes usant de la langue des oiseaux. Cet exemple peut être interprété comme une explication codée de ce qu'est la langue des oiseaux: elle nous encourage à dépasser les lettres, mais à privilégier bien plutôt la vision (« vois ») car s'y cache un secret, un savoir : « se crée » (au sens : d'un message en naît, ici le mot premier « secret » peut être conservé), un savoir intangible car « dit sans les mots ».

Dans cette langue où prime le "double sens", permis par l'homophonie (et d'autres mécanismes que nous analyserons plus loin); le son, en somme, « résonne » et « raisonne ». L'analogie avec les oiseaux est avant tout physique : les sons volent a contrario des lettres, qui restent fixes.

Le proverbe populaire « Les écrits restent les paroles s'envolent »témoigne également de cette symbolique. La langue des oiseaux nous invite donc à trouver le sens profond, caché, de la phrase, ce que Rabelais (utilisateur avéré de cette langue) appelait la « substantifique moëlle ».

Origine de l’expression

L’expression « langue des oiseaux » (on emploie également l’expression synonyme de « langue des anges ») a une origine confuse et plurielle :

une première interprétation possible est qu’elle renvoie au fait que les oiseaux sifflent des mélodies, des musiques pour l’oreille humaine, mais dont on ne réalise pas le sens caché.

C’est l’idée d’une langue sacrée, cachée, que l’homme n’« entend pas » (dans le sens de comprendre). Grasset d'Orcet reprend ce point de vue (voir ci-après).

Cette interprétation renvoie également au mythe grec de Tirésias qui, apercevant un jour deux serpents s'accouplant sur le mont Cithéron (ou sur le mont Cyllène), de peur, tua la femelle d'un coup de bâton. Tirésias fut alors transformé en femme.

Sept ans plus tard, il revit des serpents accouplés. Il tua alors le mâle pour redevenir un homme. Tirésias fut ensuite confronté aux dieux Zeus et Héra, qui se disputaient pour savoir si l'homme éprouvait un plus grand plaisir dans l'amour que la femme. Consultant Tirésias pour sa qualité d’initié aux deux sexes, ayant connu les deux situations, le jeune homme répondit que selon lui le plaisir des femmes est neuf fois plus intense que celui des hommes.

Héra, outragée, le frappa alors de cécité. Zeus compensa ensuite le châtiment infligé en accordant à Tirésias le don de prophéties infaillibles et celui de comprendre le langage des oiseaux.

On peut voir également dans le dieu Hermès, Mercure chez les alchimistes, le créateur de la langue des oiseaux. Ailé, il représente le principe volatil et ésotérique du mystère de la Nature.

Zeus peignant les papillons, Hermès à ses côtés, l'inspirant

l’expression pourrait être également une déformation phonétique historique (« synchronique ») du nom d’une confrérie secrète appelée : « langue des oisons » (en référence au petit de l’oie, terme devenu archaïque), nommée ainsi en raison de la patte d’oie que portent sur l’épaule les constructeurs de cathédrales.

Ceux-ci utilisaient sur les chantiers un jargon permettant de conserver les techniques ancestrales de la « Fabrique ». Cependant, après la « Grève des Cathédrales » (suite à la proclamation des Templiers comme non grata en France la 19 mars 1314), la majeure partie des ouvriers initiés fuient l’Inquisition française, pour l’Italie du nord (où ils préparent la Renaissance) et le Moyen-Orient.

Après le relâchement de l’Inquisition, ces initiés, de retour en France, surnommés « sarrasins », diffusent leurs connaissances au moyen de systèmes de codages secrets assimilés rapidement à des sciences occultes, en premier lieu : le Tarot de Marseille, l’"art goth" (art de la lumière, qui deviendra l’art gothique), l’alchimie et la langue des oiseaux.

Dès lors la langue des oisons, réceptacle du savoir traditionnel des constructeurs de cathédrales se mue en langue des oiseaux qui de ce fait entre dans la clandestinité et devient langue d’initiés. Elle gagne en complexité afin de ne pas attirer la censure et l’anathème du clergé, recourant même aux langues anciennes comme le grec. Les mots se chargent ainsi de sens doubles, permettant de communiquer des informations tout en n'éveillant pas de soupçons et tout en utilisant les moyens de communication de l’époque (poésie, inscriptions, chants, comptines…)

Le symbole

En jouant sur les lettres, les sons ou les sens, la langue des oiseaux a trait au symbole. Le symbole, du grec « seumbolon », selon la tradition hermétique et gnostique, ne peut être saisi que dans une image (analogie, parabole) ou une correspondance (métaphore).

En effet, le discours herméneutique détruit la dimension symbolique, expliquant une réalité qui échappe à la raison. En soi, le jeu de mots est la meilleure façon d’approcher la dualité paradoxale du symbole.

La langue des oiseaux est donc intimement liée au « langage des symboles ». La différence des termes exploite en effet toute la nature de l’opération de transformation entre les deux plans : si la langue renvoie à un système codifié (phonétique, linguistique...), le langage lui est une faculté qui ne répond à aucun système.

Néanmoins les analogies, qu’exploite la langue des oiseaux, existent :

Comme les mots, les symboles ont un sens, voire plusieurs sens.

Comme les mots, les symboles ont un passé. L’étymologie du mot renvoie à sa valeur première ; le symbole également possède une lignée d’images.

Comme le mot, dont on connaît le caractère arbitraire depuis Ferdinand de Saussure (il ne représente pas la chose qu’il désigne), le symbole décrit lui une réalité émotionnelle avant tout ; de même que le mot qui a une charge affective.

Au final, les mots sont des symboles dans la langue des oiseaux, qui mènent vers des enseignements occultes. L’alchimie, qui est une mise en images et en textes du Grand Œuvre, utilise ainsi le symbolisme des mots pour tisser des correspondances entre les concepts. Ce codage assure la pérennité des concepts et images, car seule l’initiation peut fournir la clé des rapports entre les mots.

Tout comme le symbole (qui est un raccourci par l’image), ce langage des mots fait prendre des raccourcis de pensée. La langue des oiseaux fonctionne de la même manière que les signes en mathématiques ou en physique, les équations par exemple.

Dimension transculturelle de la langue des oiseaux

La langue des oiseaux n’est pas dépendante d’une langue précise ; en réalité chaque langue possède un système de codification analogue fondé sur : le lexique, la syntaxe, la phonétique et la sémantique.

Les koans japonais par exemple sont des jeux sur le double sens, à la limite de l’absurde. C’est bien ce que cherchent les auteurs de la langue des oiseaux : donner l’apparence de l’absurde afin de dissimuler le message. Aujourd'hui encore, le kōan est utilisé dans l'enseignement oral de la tradition Soto pour suggérer « ce qui ne peut être dit avec des mots ».

Par exemple : un disciple ayant demandé au maître Joshu : « Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? » Maître Joshu répondit : « Mu ! » – Mu ! est le wato (expression désignant l’absence de sens d’une question) de ce kōan.

Néanmoins les jeux de mots d’une langue donnée ne peuvent être compris que par ceux la maîtrisant. Aucune catégorie linguistique ne peut pénétrer dans la symbolique verbale d’une autre ; la traduction est en effet inefficace à restituer le double codage. Nous ne donnerons donc dans cet article que des exemples tirés de la langue française.

Fondements historiques

La divination et les auspices

Dans l'Antiquité latine, les oiseaux passaient pour messagers des dieux. L'auspicie, divination par le vol des oiseaux dans un carré magique projeté sur le sol (ou "templum") permettait de comprendre les intentions divines. 

Les « auspices » (de aves spicere : « observer les oiseaux ») étaient une méthode avant tout visuelle qui prenait en compte également le cri des oiseaux observés. Depuis les temps immémoriaux, les cris des oiseaux sont une métaphore adéquate pour l'esprit humain, dans sa tentative de cerner les messages codés de la Nature. Sous l'influence chrétienne, la langue des oiseaux deviendra « langue des anges », gardant ainsi toute la dimension de communication entre le monde visible et invisible qu'elle avait à l'origine.

Dès lors, certains auteurs attestent, dès l'Antiquité, de l'existence d'une langue secrète réservée aux « divium » (« devins »), initiés au messages divins. Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique, (Livre V, 31) explique qu'il existe un langage des dieux:

« Ils disent, en effet, que … ces hommes [les druides] qui connaissent la nature divine et parlent, pour ainsi dire, la même langue que les dieux … »

Virgile dans l'Enéide (livre III, 360) nous apprend que le « langage des oiseaux » est une des compétences du devin :

« Fils de Troie, interprète des dieux, toi qui entends les volontés de Phébus, les trépieds, les lauriers de Claros, toi qui comprends les astres et le langage des oiseaux et les présages qu'annonce leur vol rapide,allons, parle »

Très tôt cette langue est attestée, comme à part des langues humaines :

« Ceux qui affirment que la philosophie a commencé chez les Barbares expliquent que celle-ci a pris chez chacun une forme particulière. Ainsi ils disent que les gymnosophistes et les druides philosophaient en énonçant des sentences énigmatiques (Diogène Laërce, Vies et doctrine des philosophes célèbres, Livre I, prologue, 6). »

Néanmoins, cette langue peut avoir une origine linguistique réelle. Iambule, écrivain grec (ier siècle av. J.-C.) dans un ouvrage fantastique disparu, écrit que les habitants d'une île de l'Océan Indien ont une langue bifide (coupée en deux) permettant de tenir en même temps deux conversations, chaque lettre renvoie a un son (28 sons/lettres) de 7 caractères qui peut être formé de manières différentes. Diodore de Sicile, dans le livre II de sa Bibliotheca, résume ses propos :

« Leur langue a aussi quelque chose de particulier qui leur vient en partie de la nature et en partie d'une opération qu'ils y font. Elle est fendue dans sa longueur et paraît double jusqu'à la racine. Cela leur donne la faculté, non seulement de prononcer et d'articuler tous les mots et toutes les syllabes qui peuvent être en usage dans toutes les langues du monde mais encore d'imiter le chant ou le cri de tous les oiseaux et de tous les animaux, en un mot tous les sons imaginables. Ce qu'il y a de plus merveilleux est que le même homme entretient deux personnes à la fois par le moyen de ses deux langues et leur répond en même temps sur des matières très différentes sans se confondre. »

Enfin, Platon dans le Cratyle évoque une langue du double sens et pense que le mot reflète la chose qu'il représente. Il explique alors qu'entre les mots et les choses existe une relation d’immédiateté.

Fulcanelli, dans son ouvrage majeur Les Demeures Philosophales note : 

« Employée au Moyen Âge par les philosophes, les savants, les littérateurs, les diplomates. Chevaliers d’ordre et chevaliers errants, troubadours, trouvères et ménestrels […] discutaient entre eux dans la langue des dieux, dite encore gaye-science ou gay-scavoir, notre cabale hermétique. Elle porte, d’ailleurs, le nom et l’esprit de la Chevalerie, dont les ouvrages mystiques de Dante nous ont révélé le véritable caractère. […] C’était la langue secrète des cabaliers, cavaliers ou chevaliers. Initiés et intellectuels de l’antiquité en avaient tous la connaissance. ».

Fulcanelli pense que la langue des oiseaux doit son origine d'une certaine confrérie chevaleresque passionnée d'occultisme, d'où leur nom de « cabaliers », paronyme du mot « cavalier » et homophone imparfait du mot « chevalier ».

Néanmoins rien n'est dit sur sa nature, sinon cette correspondance phonétique entre « cabalier » et « chevalier ».

La langue des oiseaux apparaît surtout à travers le système médiéval de codage inventé par les trouvères et troubadours afin de faire passer des messages qui déjouaient la censure des autorités, notamment ecclésiastiques. De nos jours encore, les jeux de mots et surtout les calembours sont des résidus populaires de cette langue poétique. Par exemple le mot « maladie » pouvait contenir un sens codé : c’est le « Mal qui dit » et cela pouvait renvoyer à une institution ou une pratique visée.À l’inverse, la « Bénédiction », c’est « la Bonne Diction » qui renvoyait peut être à l’art poétique. Autre exemple : les expressions de « Bonne Heure » (= Bonheur) et de « Mauvaise Heure » (= Malheur).

Le soufisme et la langue siryanîte

La poésie mystique des soufis emploie souvent la langue des oiseaux également, de la même manière qu’en Occident. Le poète soufi Farîd al-Dîn Attâr - persan (aujourd'hui l'Iran) a vécu de 1119 à 1190 ; il appartient à la tradition spirituelle Soufi de l’École d’al-Hallâd- dans son ouvrage « La Conférence des Oiseaux » raconte une épopée mystique ou 30 000 oiseaux sont à la recherche de leur Roi.

Le récit commence par un discours de bienvenue qui constitue une fonction rituelle et magique de la "Huppe", un oiseau assimilé à la fonction initiatique. Ces oiseaux représentent l’humanité des fidèles cherchant un sens au monde.

La huppe, figure du maître soufi, appelle les oiseaux à partir pour un voyage difficile qui les conduira à la cour de leur Roi où ils rencontreront un oiseau fabuleux, le Simurgh.

Certains suivent la huppe, d’autres refusent, se contentant de leurs sorts terrestres. Attâr fait ici une parabole de la quête initiatique soufie où certains sont initiés car ils accèdent au sens profond des mots, d’autres s’y refusent et restent dans un langage commun.
La thèse d'Attâr est que les hommes comme les oiseaux ont des langues différentes : aucun oiseau n’a le même chant que l’autre.Or, les initiés partagent le même langage : le langage du bons sens et de la mystique.

Ahmed Moubarek, dit 'Abd al-'Aziz al-Dabbagh, grand soufi illettré qui vécut à Fès à la fin du XVIe et au début du XVIIe, dans le Kitab-Al-Ibriz(traduction : le livre d'or pur), qui contient l’enseignement de son maître cheikh Dabbagh, évoque l'existence d'une langue originelle, employée par les anges et nommée langue siryanîte. Selon le poète soufi marocain, elle existe dans chaque langue et consiste en un autre sens que celui communiqué, le sens réel étant donné dans sa prononciation et non dans son écriture.

C’est également la langue des grands saints. D'après une légende islamique, il y a des inscriptions en siryanî sur le tronc du ‘Arsh et sur la porte du Paradis, qui ont également le pouvoir de parler aux défunts dans la langue divine. Pour Ahmed Moubarek, le siryanî se trouve également dans les « lettres isolées » qui ouvrent les sourates du Coran et dont aucun théologien musulman n'a donné d'explication à ce jour, comme par exemple « Alif - Lâm - Mîm » qui ouvrent la sourate 2 « la Vache » (Al Baquara).

Les exégèses ont été nombreuses ; pour Ar-Rabî‘ ibn Anas : « Ces lettres proviennent des 29 lettres autour desquelles tournent toutes les langues », et à chacune il y a une vocalisation. Pour Abdel ‘Azîz ad-Dabbâgh par ailleurs : « À chaque lettre des lettres siryânites, il y a un secret, et chaque secret se divise en sept autres secrets. Ils naissent des significations divines des mots, qui est l’origine du premier secret. À chaque lettre il y a sept autres secrets qui se rapportent à la parole arabe. En ce qui concerne les langues non-arabes, d'autres secrets s'y rapportent. ».

La calligraphie arabe se veut en effet une mise en symbole de la Création divine. Enfin, à la fin du XIVe, en Iran, Fazlullâh (fondateur de la religion des Hurufiyya (de « huruf »=lettres), après un rêve prophétique, entend et comprend le chant des oiseaux.

L'alchimie

La science occulte de l’alchimie, provenant d’Égypte (Al-Chêmia en arabe signifiant la "terre noire") a donné à la langue des oiseaux ses lettres de noblesse. L'existence d'une langue secrète, dite « langue alchimique », est avérée, notamment par les alchimistes.

Artéphius qui sous-entend que cette langue codée est avant tout fondées sur des métaphores :

« Ne sait-on pas que notre art est un art cabalistique ? Je veux dire, qui ne se révèle que de bouche, et qui est rempli de mystères ; Et toi, pauvre sot que tu es, serais-tu assez simple pour croire que nous enseignons ouvertement et clairement le plus grand et le plus important de tous les secrets, et pour prendre nos paroles à la lettres ? »

Synésios (au ive siècle) complète la révélation d'Artéphius en évoquant un code méthodique :

« Ils [les alchimistes] s'expriment seulement par symboles, métaphores et images, afin de n'être compris que par des saints, des sages, et des âmes douées d'intelligence. Ils ont, pour cette raison, observé dans leurs œuvres une certaine méthode et une certaine règle, de sorte que l'homme sensé pût comprendre et, peut-être après quelques tâtonnements, parvenir à tout ce qui est secrètement décrit. »

Nicolas Flamel, célèbre alchimiste, évoque un type de traités curieux dans son Livre des figures hiéroglyphiques en 1612 :

« Il n'était point de papier ou de parchemin, comme sont les autres, mais il était fait de déliées écorces de tendres Arbrisseaux. Sa couverture était de cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures étranges ; et quant à moi je crois qu'elles pouvoient bien être des caractères Grecs ou d'autre semblable Langue ancienne. Tant y a que je ne les sçavois pas lire, et que je sçai bien qu'elles n'étaient point notes ni lettres latines ou gauloises; car j'y entends un peu »

Cette langue secrète -synonyme de « cabale » (avec un c pour la différencier de la Kabale judaïque) consiste le plus souvent dans l’utilisation de rébus ou de jeux de mots, dans l’objectif de coder des œuvres interdites, via un code cryptographique fondé sur les sons, afin d’en faire passer le contenu, soit comme incompréhensible, soit comme d’un tout autre contenu. L’œuvre codée apparaît soit absurde, soit hors sujet.

Ainsi on a pu voir dans la phrase de Synésios une phrase parallèle recelant quelques clés de cette langue : le passage "n'être compris que par des saints" peut s'entendre : "n'être compris que par dessins ou par desseins" par homonymie du mot « saint » ; de même le passage : « secrètement décrit » comme « secret te ment d'écrit », allusion au mensonge de la phrase prise au pied de la lettre.

L’expression apparaît comme une métaphore d’une certaine manière de porter son regard sur les choses et événements qui appellent à faire fi de la logique de raisonnement dans le sens des phrases. Certains auteurs occultes du Grand Œuvre parlent également de la "cabale phonétique", méthode identique jouant sur les correspondances phonétiques et sémantiques.

Les sons en effet jouent un rôle prépondérant en alchimie. D’une part cette science, à ses débuts, se faisait appeler « art de musique ». Michel Maïer, auteur de Atalante Fugens, traité alchimique de première ampleur, joint à ses textes des fugues accompagnant les métamorphoses de l’Œuvre.

Cette analogie est à mettre en parallèle avec la parole de Saint Paul dans le chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens : « Quand je parlerai les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. ». Il y a donc une constante analogie, dans chaque allusion à la langue secrète, à la musique.

La « langue de l'extase », souvent employée de manière synonyme à celle de langue des oiseaux est prétendue se manifester pendant la sortie de l'âme, lors d'un contact temporaire avec le divin. Thomas de Celano pense que le saint, pendant l'extase, croit entendre une musique très douce, d'une sonorité semblable au français.

L'iconographie alchimique, quand elle représente le laboratoire de l'alchimiste, montre souvent des instruments de musique exprimant l'harmonie et la musique céleste (venant de Platon : la « musique des sphères ») accompagnant l'aboutissement du Grand Œuvre.

XIXe et XXe siècles
Grasset d'Orcet

Grasset d'Orcet (1828-1900) étudie les traces des systèmes cryptographiques de la Grèce archaïque. Fort de cette expérience il publie des articles sur la Langue des Oiseaux parus dans la Revue Britannique. Ami de Fulcanelli, ayant eu une puissante influence sur l'abbé Henri Boudet, Grasset d'Orcet va se consacrer à l’étude des "Matériaux Cryptographiques" c’est-à-dire aux règles de décodage des textes en langue des oiseaux. Il se focalise surtout sur l’héraldique, autre science aux origines occultes usant du double langage. Les devises hiéroglyphiques du blason obéissent en effet à des règles permettant leur « lecture » (autre qu’iconique) :

1) la devise se compose de vers de six à huit syllabes, terminées par une syllabe où entre la lettre L,

2) Tout dessin blasonné doit se déchiffrer en commençant par les pieds (de bas en haut).

Fulcanelli

Fulcanelli, dont la véritable identité demeure inconnue (on le suppose être Julien Champagne), dans "les Demeures Philosophales", ouvrage d’alchimie moderne où il montre que les maîtres spagyriques ont fixé dans la pierre des cathédrales leur savoir ancestral, fut l'un des premiers à révéler clairement le sens de la langue des oiseaux :

« Les vieux maîtres, dans la rédaction de leurs traités, utilisèrent surtout la cabale hermétique, qu’ils appelaient encore langue des oiseaux, des dieux, gaye science ou gay savoir. De cette manière, ils purent dérober au vulgaire les principes de leur science, en les enveloppant d’une couverture cabalistique. […] Mais ce qui est généralement ignoré, c’est que l’idiome auquel les auteurs empruntèrent leurs termes est le grec archaïque, langue mère d’après la pluralité des disciples d’Hermès. La raison pour laquelle on ne s’aperçoit pas de l’intervention cabalistique tient précisément dans ce fait que le français provient directement du grec. »

La dimension cryptographique de cette langue est donc avérée selon lui ; néanmoins, elle reposerait sur le grec ancien. Puis Fulcanelli va définir la méthode fondant la langue des oiseaux comme étant phonétique :

« La langue des oiseaux est un idiome phonétique basé uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux […]. »

Il continue, insistant sur le double sens de cette langue :

« les anciens écrivains l’appelaient langua general ("langue universelle"), et lengua cortesana ("langue de cour"), c’est-à-dire langue diplomatique, parce qu’elle recèle une double signification correspondant à une double science, l’une apparente, l’autre profonde. »

Puis il en fait la langue originelle de l’humanité, celle d’avant Babel :

« Les rares auteurs qui ont parlé de la langue des oiseaux lui attribuent la première place à l’origine des langues. Son antiquité remonterait à Adam, qui l’aurait utilisée pour imposer, selon l’ordre de Dieu, les noms convenables, propres à définir les caractéristiques des êtres et des choses créées. »

Les symboles des cathédrales, témoignages de l’iconographie alchimique et occultiste, sont souvent compréhensibles par le recours au rébus ou par la lecture à haute voix. L’exemple que prend Fulcanelli à propos du cheval ornant le mur sud de l’église de Saint-Grégoire-du-Vièvre, « et dont le message se lit d’abord en rébus ou langue des chevaliers pour se terminer en symboles, beaucoup moins évidents à comprendre. »

Le code secret des Templiers

Pour Fulcanelli, chaque nom alchimique contient, dans la langue des oiseaux, une correspondance symbolique que la phonétique exprime : l’antimoine par exemple fait référence à l’âne initiatique.

« Sachez donc, frères, afin de ne plus errer, que notre terme d'antimoine... désigne, par un jeu de mots familier aux philosophes, l'âne-timon, le guide qui conduit... ».

Dans Le Mystère des cathédrales, l’art gothique est un langage lui-même interprétable par la langue des oiseaux. Cette hypothèse, propre à Fulcanelli, jamais évoquée au Moyen Âge nous permet d’étudier le fonctionnement symbolique à l’œuvre dans la langue des oiseaux. Tout d’abord, phonétiquement l’expression « art gothique », par raccourci : « art goth » (prononcez [go]) est proche de celle d’ « argotique » ; il y a homophonie parfaite :

« Pour nous, art gothique n’est qu’une déformation orthographique du mot argotique, dont l’homophonie parfaite, conformément à la loi phonétique qui régit, dans toutes les langues et sans tenir aucun compte de l’orthographe, la cabale traditionnelle. La cathédrale est une œuvre d’art goth ou d’argot. Or, les dictionnaires définissent l’argot comme étant un "langage particulier à tous les individus qui ont intérêt à communiquer leurs pensées sans être compris de ceux qui les entourent". C’est donc bien une cabale parlée. »

L’art gothique renvoie à un langage codé donc. L’amplification symbolique peut ensuite être proposée au moyen d’une seconde mise en correspondance phonétique : « Les argotiers, ceux qui utilisent ce langage, sont descendants hermétiques des argo-nautes, lesquels montaient le navire Argo [...] pour conquérir la fameuse Toison d’Or. [...] Tous les Initiés s’exprimaient en argot, aussi bien les truands de la Cour des Miracles, - le poète Villon à leur tête,- que les Frimasons, ou francs-maçons du Moyen Âge, "logeurs du bon Dieu", qui édifièrent les chefs-d'œuvre argotiques que nous admirons aujourd’hui. »

Il existerait donc une correspondance entre l’art gothique, le langage codé dit argotique et le mythe des Argonautes, largement évoqué par les auteurs alchimistes. Cette relation pourrait être synthétisée en une phrase reprenant tous les termes : l’art gothique est un langage codé utilisé par un groupe d’initiés à cette langue et recherchant la Toison d'or (sous-entendu, par métaphore : la Pierre Philosophale).

La destination spirituelle de cet art est renforcée par la racine grecque de l’adjectif « gothique » :

« L’art gothique est, en effet, l’art got ou cot (Co en grec), l’art de la Lumière ou de l’Esprit. »

Par ailleurs, les lettres elles-mêmes renverraient à un sens caché ; un auteur alchimique inconnu, Cyliani, signe son traité Hermès dévoilé : Ci, ce qui indique la conjonction du principe féminin figuré par le croissant du C avec l' i rouge, mâle, la plus petite des lettres et la plus proche du point central et créateur. Le nom de Cyliani, nom d'emprunt, renferme une correspondance avec le nom de Cyllène, montagne natale d'Hermès ; ani enfin est le "je" hébreu. "Cyliani" signifierait donc "Moi, la montagne d'Hermès".

La langue des oiseaux peut se décliner enfin jusqu’à l’étude de la lettre et de sa forme, le O symbolisant la totalité universelle, la perfection (le cercle), et le C l’éclair de lumière enflammant le cosmos.

Le père Boudet

Le père Boudet, curé de Rennes-les-Bains, écrit en 1886 La Vraie Langue celtique, ouvrage fondé sur les jeux de mots anglais (« pun » en anglais) ; il y tente de dévoiler la dimension internationale et sociale de la langue des oiseaux. Il s’intéresse surtout aux langues puniques (africaines), demeurées les plus primitives pour lui. Il en fait ainsi remonter l’usage d’avant Babel (comme Fulcanelli dont il est influencé)

« Les exemples cités sont assez nombreux pour montrer dans la langue punique une dérivation parfaite du langage qui a précédé Babel. »

Boudet rapproche (toujours dans une démarche d’amplification phonético-symbolique) le nom Babel de l’anglais « Babble » qui signifie « babiller » (parler comme un enfant) ; par extension, il envisage que cette proximité signifie que la langue des oiseaux est à l’image du babillage : un langage paradoxal que l’on entend mais ne comprend pas, sauf les initiés.

Par ailleurs, le mot, pour Boudet, recèle tout le savoir ancestral d’un phénomène, comme une condensation d’expériences :

« les mots nouveaux n’ont plus la même simplicité ; ils expriment par l’association des termes primitifs, des propositions tantôt figurées, tantôt relatant un fait historique et réel. »

La langue kabyle, parmi celles puniques, est celle la plus révélatrice de la coexistence actuelle de la langue des oiseaux ; par ailleurs, la dénomination de « punique » elle-même identifie la nature de ces langues qui détiennent encore le code symbolique :

« En examinant de près le langage actuel des Kabyles, on s’assurera qu’il est fait de jeux de mots et par conséquent le seul punique – to pun (peun) faire des jeux de mots. »

Il existe en effet dans cette langue, gardée intacte, une architecture de renvois et de correspondances : « Ces combinaisons nouvelles sont aussi faciles à observer dans la langue Kabyle [...], celle-ci les reproduit dans une plus grande pureté et permet de saisir, pour ainsi dire au passage, des pensées de grande pureté, des pensées philosophiques surprenantes, des peintures de mœurs qui ne laissent rien à désirer. »

Boudet aime même à croire que le rapprochement phonétique Kabyle / Cabale (autre nom de l’art des alchimistes, à distinguer de l’homonyme Kabale, qui est l’exégèse judaïque) est significatif. Rappelons que l’on nomme également la langue des oiseaux :

« Cabale des philosophes » (des alchimistes, synonyme de philosophe au Moyen Âge)

René Guénon

Métaphysicien majeur de la première moitié du xxe siècle René Guénon, dans Symboles de la Science sacrée pense que la langue des oiseaux regroupe les formules et incantations ésotériques fondamentales. Il considère qu’elle est la métaphore de la communication de l’humain avec les « êtres supérieurs » que sont les anges : « les oiseaux sont pris fréquemment comme symbole des anges, c’est-à-dire précisément des états supérieurs ». Il montre que c’est dans la tradition islamique qu’apparaît la langue des oiseaux, avec la figure de Salomon :

« Et Salomon fut l’héritier de David ; et il dit : O hommes ! nous avons été instruits du langage des oiseaux [‘ullimna mantiqat-tayri] et comblés de toutes choses »

Le terme « aç-çāffāt » est considéré comme désignant littéralement les oiseaux, mais comme s’appliquant symboliquement aux anges (al-malā’ikah) par proximité phonétique.

La langue des oiseaux serait donc une expression pour désigner la langue des anges. (Guénon cite notamment l’étude sur le symbolisme de l’« oiseau de paradis » de M. L. Charbonneau-Lassay fondée sur une sculpture où cet oiseau est figuré avec seulement une tête et des ailes, forme sous laquelle sont souvent représentés les anges).

Pour Guénon, cette langue est avant tout fondée sur le rythme universel, sur le vers et la poésie.

La tradition islamique considère d’ailleurs » qu’Adam, dans le Paradis terrestre, parlait en vers, c’est-à-dire en langage rythmé ; il s’agit ici de cette langue syriaque ».

La poésie, même moderne aurait ainsi gardé cette part mystique, primordiale, ce qui explique que tous les textes sacrés soient écrits en vers.

Un système de codage occulte

Depuis le 13 octobre 1307 et l’arrestation des templiers sur ordre du roi de France Philippe le Bel, la langue des constructeurs de cathédrales devient interdite car suspecte et entre donc dans la clandestinité. Elle devient un système de cryptage plus ou moins intuitif car basé sur la phonétique et la proximité de sens des mots ; à l’inverse des autres systèmes, davantage mathématiques, mettant en œuvre des clés et des tables de correspondances, comme le célèbre code « Enigma » de la Seconde Guerre mondiale par exemple.

La langue des oiseaux demeure un système de codage dans lequel ne préexiste pas, à proprement parler de méthode écrite, de clé de décryptage en somme.

Il faut ici la distinguer des autres langues secrètes, tribales et ethniques notamment (du domaine de l'ethnologie, comme la langue des Dogons, étudiée par Michel Leiris ou comme le « machaj juyai » qui est encore parlé par quelques familles de médecins herboristes traditionnels, les Kallawaya, qui vivent dans les Andes boliviennes) et des jargons et argots régionaux ou sectoriels (de métiers) comme l'Argot des nomades en Basse-Bretagne (la langue secrète des couvreurs, chiffonniers et mendiants) ou des langages créés ad hoc, comme le Polari, langue des homosexuels.

La langue des oiseaux demeure un système de codage dans lequel ne préexiste pas, à proprement parler de méthode écrite, de clé de décryptage en somme.

Ce système se forme en définitive sur quelques principes simples, qui peuvent constituer les clés, même si elles ne sont jamais fixées par écrit, ce qui en fait une cryptographie :

les mots et les phrases homonymes. Quand on utilise la langue des oiseaux, on peut découvrir dans certaines expressions anciennes d'autres expressions tout à fait différentes, aux sens différents :

Par exemple les mots : "silence" (= "si lance"), "larme" (= "l'arme"), "mots" (= "maux"), "François" (="franc avec soi"), "mer" (="mère"), "métamorphose" (="mets ta mort et ose"), etc.

Il s’agit là d’un système assez rudimentaire pour faire passer des informations via des textes : poèmes, traités alchimiques etc…, de la même façon que, pendant la Résistance française, les hommes « de l’armée des ombres » ont communiqué les plans de sabotage de l’armée allemande via des poèmes de la littérature française, poèmes codés.

Les images et analogies : certains sens codés ne sont compréhensibles qu'en usant de métaphores et analogies, sans quoi le terme figuré ne peut permettre d'interpréter le message.

La langue des oiseaux fonctionne sur le registre de la spontanéité et de la compréhension.

La cryptographie, ou « écriture chiffrée », est de trois types (d'après l'entrée "cryptographie" du Dictionnaire des langues imaginaires) : 1) substitution de chaque lettre, syllabe mot ou phrase par des lettres, chiffres ou mots différents selon un code 2) transposition : les lettres du texte, en clair, sont déplacées selon une clé 3) mixte. Des auteurs ont su employer des codes cryptographiques tels Goethe, Pouchkine, John Wallis, Francis Bacon.

Pour certains auteurs, la langue des oiseaux tiendrait davantage à la glossolalie ou langue des prophètes: CG Jung pense qu'« il est possible que l'étrangeté et l'extériorité des contenus inconscients qui n'ont pas encore été intégrés dans la conscience exigent un langage qui soit, lui aussi étranger ».

Néanmoins cet état de fait n'enlève rien à l'originalité de la langue des oiseaux, qui, bien qu'inconscient dans son aspect glossolalique, n'en demeure pas moins "motivée".

L'entrée langue glossolalique du Dictionnaire des langues imaginaires pose que la glossolalie emploie trois mécanismes linguistiques qui en font un langage sensé : la répétition, la réduplication et le balbutiement.

Le tarot de Marseille et la langue des oiseaux


Lame du pendu, Tarot de Paris

Le tarot de Marseille, méthode de divination médiévale obéissant à la transmission orale (on ne l’apprend que par initiation), semble fonctionner sur les possibilités de la langue des oiseaux, que ce soit par les anagrammes, les rébus ou l’homonymie.

Les initiés du tarot ont l’habitude de résumer son but par l’expression : " le tarot contient de 22 lames ses leçons". 

Si on y applique le principe de la langue des oiseaux, on peut entendre (et non plus lire): « le tarot qu'on tient, devin de lames, c'est le son », sorte de maxime élucidant la méthode à l’œuvre dans cette méthode de divination.

Néanmoins, ce sont les images qui sont surtout à décrypter dans le tarot de Marseille.

Ces Arcanes semblent tous contenir, par l’image ou le texte, un sens double, caché. La « lame » intitulée Tempérance renvoie en effet à l’expression développée : "Temps errance", qui correspond dans l’astrologie aux sources du tarot à l’ère du Verseau, figure qui apparaît sur la même Arcane.

Par ailleurs, les oiseaux ne sont pas absents des dessins du tarot. En effet, quatre « lames » mettent en scène les volatiles. Ces apparitions sont pour certains un code en soi permettant l’utilisation de la langue des oiseaux, nécessaire à la pleine compréhension des arcanes.

La lame dite de la Papesse (2e arcane), paraphrasée en " lame air du Tarot " semble contenir l’idée même de la langue des oiseaux comme seule clé de compréhension du tarot ; on peut en effet la faire correspondre à l’expression homophonique : " la mère du tarot ". Le symbole de l’air (domaine des oiseaux) comme source d'inspiration serait un signe conseillant de lire le tarot de Marseille avec le son.

Cette correspondance fait écho à la symbolique alchimique de l’air comme univers du « volatile » (par opposition au "fixe"), du secret dissimulé qu’il faut rendre visible (terrestre) par l’Œuvre.

On peut également voir dans le nom de « tarot » une correspondance avec la forme phonétique « taraud » renvoyant au verbe « tarauder », qui signifie creuser, percer une matière dure, et qui s’emploie aussi dans une acception figurée (cette question me taraude par exemple). Le tarot serait en somme un art du « creusement du sens ». De même, chaque arcane peut également correspondre phonétiquement à un autre sens que son nom inscrit sur la carte, désignant au final des étapes dans l’initiation : « le Bas te leurre » (Bateleur), « l'air mythe » (Ermite), « Temps errance » (Tempérance), « L'âme est son Dieu » (La Maison-Dieu). Néanmoins, les significations appartenant à ceux ayant créé ce code, la langue des oiseaux nous permet de dresser des correspondances de sons, mais elle ne nous permet pas d’accéder au sens premier, sinon par analogie.

À noter que beaucoup de séminaires et de « coaching » interviennent sur le tarot et ses correspondances en langue des oiseaux.

Langue des oiseaux et psychologie

Les jeux de mots : fenêtre sur l’inconscient

Pour la psychanalyse, l’inconscient utilise un langage codé permettant d’exprimer un sens dit "latent".Jacques Lacan, notamment, a démontré que sous les jeux de mots s'exprime l'inconscient qui choisit de passer des messages, suivant son expression selon laquelle « l’inconscient est structuré comme un langage ». Néanmoins, le complexe psychique va faire correspondre des états, symbolisés par des mots, agglomérés par leur proximité phonétique.

L’analyse doit pour Lacan se fonder sur la détermination de ces correspondances phonétiques et symboliques afin de « dénouer effectivement ce en quoi le symptôme consiste, à savoir un nœuds de signifiants ».

Sigmund Freud déjà affirmait que « c’est par la langue que l’essentiel se révèle » (il emploie le mot allemand de "zurückführen", littéralement "conduire en arrière", soit ramener la langue vers son fondement). Dans La Science des rêves, Freud parle du rêve comme d'un rébus qui s'entend au pied de la lettre; un rébus formé des lettres comme signifiant graphiques et des sons comme signifiants phoniques ajoute Lacan.

Pour Lacan, en effet, le signifiant prime sur le signifié, via un jeu constant entre ces deux réalités, au moyen des « lois du langage de l'inconscient »: la métonymie et la métaphore. La première "rend compte du déplacement dans l’inconscient" alors que la seconde "rend compte de la condensation dans l’inconscient".

Néanmoins, Jacques Lacan, s'il pose l'hypothèse de l'inconscient comme un langage, ne repère pas la dimension phonique de celui-ci. Expliquant que « l’inconscient ne connaît que les éléments du signifiant (...) [étant] une chaîne de signifiants qui se répète et insiste », il précise qu'il opère cependant « sans tenir compte du signifié ou des limites acoustiques des syllabes ».

Au final, Lacan a su montrer que psychiquement « Le mot n’est pas signe mais nœud de signification », que l'analyse doit dénouer. Il refuse par ailleurs qu'il puisse exister dans l'inconscient, dans le domaine du prélangage, une signification de la lettre en elle-même, ce qui forme le fondement de la langue des oiseaux : « Si toute séquence signifiante est une séquence de lettres, en revanche, toute séquence de lettres n'est pas une séquence signifiante ». Avec Lacan, la psychanalyse se refuse à explorer les jeux de mots et les phénomènes des champs sémantiques et phonétiques.

Le rêve « parle » la langue des oiseaux

Le sens des mots dans les rêves est exploré la première fois par le psychiatre Carl Gustav Jung qui, en fondant la mythanalyse, pose que « Si abstrait qu’il soit, un système philosophique ne représente donc, dans ses moyens et ses fins, qu’une combinaison ingénieuse de sons primitifs ». Le mot, en plus d'avoir un sens abstrait est chargé émotionnellement.

Etienne Perrot, continuateur de Jung, fait de la langue des oiseaux et des jeux de sonorités une capacité du rêve d'exprimer de manière parallèle une réalité psychique :

« Cette synchronicité, ces écoutes extérieures et intérieures, ces doubles lectures, nous les apprenons donc d'abord dans les rêves. Les rêves nous apprennent à décrypter la réalité. Les rêves, c'est bien connu, prennent très souvent des matériaux de la vie diurne, mais c'est pour nous apprendre à les lire autrement_ Cette lecture renferme un élément très important, qui est le décryptage des mots suivant des lois qui ne sont pas des lois causales, mais des lois phonétiques, suivant le mode de formation des calembours. C'est ce qu'on appelle "la langue des oiseaux", et c'est cela, d'une façon précise, ce que les alchimistes appelaient " la gaie science »

Il justifie le double sens phonétique des textes alchimiques par cette citation de l'auteur ésotérique Michel Maïer qui explique:

« À propos de tout ce que tu entends, raisonne pour savoir s'il peut en être ainsi ou non. Nul en effet n'est incité à croire ou à accomplir des choses impossibles, car les mots (des livres hermétiques) existent à cause des choses et non les choses à cause des mots »

Perrot reconnaît au rêve une certaine motivation, indépendante de la conscience, un certain humour qui transparaît par la langue des oiseaux. En déstructurant le mot, par les sonorités qu'il contient, le rêve (l'inconscient en somme) donne à entendre un autre sens. Perrot voit dans le mot onirique une capacité à se « dilater » par une mise en correspondance de symboles.

Il y voit également une correspondance constante avec la musique de l'alchimie dans laquelle « toute cuisson s'accompagne d'une musique : un four gronde, un feu crépite, l'eau sur le feu chante et, si l'on y plonge un métal porté au rouge, il siffle ».

Cette capacité du rêve à générer des sens à plusieurs niveaux correspond à la règle d'interprétation alchimique obscurum per obscurius qui prône l'explication, paradoxale, de ce qui est obscur par ce qui est plus obscur encore. Il s'agit bien du contenu latent du rêve, qui tend à se symboliser par la condensation, proche des koans et des haï kaï zens.

Par exemple, un rêve évoquant un « parchemin », contre toute logique, pourraît s'interpréter par l'expression « par le chemin » suivant la langue des oiseaux, expression qui renvoie aux symboles de liberté, d'ouverture d'esprit, de développement personnel.

En latin, un romain rêvant d'un livre (« liber ») aboutirait à la même conclusion : "liber" renvoie également à liberté ; et cette racine a été conservée en français.

Des personnages, par leurs patronymes, peuvent ainsi correspondre à des symboles. Le nom de Pierre par exemple, dans un rêve, renvoie non à une personne réelle ou historique (l'apôtre) mais à la pierre au sens d'autel ou de Pierre Philosophale.

Pour Jung, l'existence de ce double langage prouve la continuité des symboles alchimiques dans le psychisme contemporain.
Rêver d'un « sceau » au sens de clé renverrait ainsi au « scel », mot d'ancien français désignant le « sel », composé alchimique, et fonction psychique régulatrice.

Par ailleurs, l'étymologie demeure dans le rêve, en dépit de la culture du rêveur. Elle semble encore signifiante, comme si elle stratifiait dans l'inconscient tous les sens d'un mot, et toute son évolution linguistique.

Le mot « laboratoire » par exemple, en rêve, continue à contenir les deux sens de « laborare » (travailler) lui-même provenant du verbe latin « orare » (prier). En somme, le rêveur pourrait être appelé à « travailler sur sa conscience spirituelle » en voyant lors d'un songe un laboratoire.

Pour Perrot et les psychologues analytiques, en effet, l'inconscient "connaît" l'étymologie et joue avec. Par exemple, rêver de "graisse" renvoie à sa racine latine: adeps qui évoque le substantif "adepte", celui entré en possession de la Pierre Philosophale. De même, "Luxembourg" renvoie à la "ville de lumière" (lux en latin), la forteresse du Soi.

Les jeux de mots sont également à la source d'interprétation des rêves, et en premier lieu les anagrammes et calembours, combinés au savoir inconscient de l'étymologie. Rêver d'un « gnome » par exemple pointerait vers la racine grecque « gnomon » qui désigne l'être surnaturel synonyme de nain et qui est l'anagramme de "mon gon".

L'expression de « mon gond » (rendue intelligible, décodée, en graphie conventionnelle) pourrait alors mettre en lumière le côté fermé, clos, du rêveur face à un problème, et la nécessité pour lui de s'ouvrir au monde. Les phases de la transformation spirituelle intérieure sont en effet, dans toutes les cultures, symbolisées par des seuils de porte ou des dispositifs d'ouverture (les rêves de maisons sont significatifs : de là, rêver de "restaurant" peut inclure le sens de "restauration" psychique, de reconstruction personnelle). Les jeux de mots sonores sont souvent très évidents : rêver de "corbeau" peut évoquer le "corps beau", c'est-à-dire le corps qu'une personne complexée doit apprendre à respecter notamment.

Assez proche de la numérologie, l'interprétation de lettres entendues ou vues dans un rêve peut recevoir un éclairage particulier grâce à la langue des oiseaux. Rêver de la lettre « M » pourrait signifier phonétiquement « aime » alors que, inversement rêver de la lettre « N » correspondrait au concept de « haine ». Plus symboliquement, les noms pourraient renfermer dans leur structure l'essence des choses qu'ils désignent. Perrot donne l'exemple du "merle" alchimique qui peut s'expliquer ainsi :

« le vase hermétique (athanor) est la mère de la Pierre. "Merle" est formé de "mère" où est venu se ficher en quelque sorte le l, verticale symbolisant la foudre divine, le feu du sacrifice qui pénètre la substance terrestre et la consacre à la divinité. Le merle est donc l'athanor allumé et sanctifié par le feu du ciel »

Etienne Perrot considère également que le double sens est appréhendable également par le recours à la kabbale qui utilise la permutation des lettres. Par exemple, la lettre aleph est l'Esprit.

Enfin, le double sens peut être levé facilement, par une lecture au premier degré : rêver de l'expression d' « antimoine », sans se référer au composé alchimique, devenu archaïque de nos jours, peut signifier simplement: « anti-moine »: se méfier des clercs, de la religion par exemple ; le prénom "Renée" signifie "re-naît". Néanmoins, Jung comme Perrot, insistent sur la nécessité, pour interpréter efficacement ce double sens, de comprendre la situation du rêveur, ainsi que son langage personnel, sans quoi les interprétations ne seraient que fantaisistes ou trop analysées.

Cependant, Perrot ne cherche pas l'interprétation systématique : « le seul plan qui nous intéresse est celui des analogies signifiantes de la langue des oiseaux »

Niveaux d'interprétation

« (..) la Langue des Oiseaux ne peut s’apprendre avec les Sens, la mémorisation. Elle ne se laisse pas dévoiler non plus avec la logique limitée du connu actuel. Le mot, la lettre, sont des « koans » déployant, et basés sur, une logique plus logique que la logique officielle! » : Yves Monin dans son livre Hiéroglyphes Français et Langue des Oiseaux pointe là un autre niveau d'interprétation de la langue des oiseaux correspondant à la symbolique graphique et non plus phonétique.

En somme la lettre, sa forme en elle-même et dans le mot, combinée avec le sens du mot, recevrait une signification souvent cosmogonique ou ésotérique.

Monin remarque à ce propos que le mot « O.I.s.E.A.U » a la particularité de faire appel à toutes les voyelles.

Or, pour les kabalistes, les voyelles sont les lettres du fondement de la création (voir ci-après pour l'explication), comme si en soi il résumait l'essence du cosmos, de là une hypothèse de l'origine de l'expression « langue des oiseaux », non en référence aux volatiles mais au fait qu'elle prend part au plan gnostique.