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mardi 12 mars 2013

ALEXANDRE SAINT-YVES D'ALVEYDRE (1842-1909)


Alexandre Saint-Yves d'Alveydre, né le 26 mars 1842 à Paris et mort le 5 février 1909 à Pau, fut un érudit, poète et écrivain français.

Joseph Alexandre Saint-Yves naquît dans une famille catholique parisienne, l'aîné de trois fils dont le père Guillaume-Alexandre Saint-Yves était Médecin des Hôpitaux (Internat promotion 1833), aliéniste Médecin-Chef de la Maison de Charenton.

Élève insubordonné, Saint-Yves fit dans sa jeunesse un cours séjour à La Mettray, colonie pénitentiaire agricole pour jeunes détenus fondée par Frédéric Auguste de Metz, près de Tours.

M. de Metz fit une forte impression sur Saint-Yves qui lui voua une grande affection durant toute sa vie, reconnaissant l'importance de l'influence chrétienne de M. de Metz sur le cheminement de sa pensée.

Ses rébellions lui valurent d'être contraint par son père à s'engager dans l'armée plusieurs années avant sa majorité. Étudiant à l'école de médecine navale de Brest, il prit la variole noire en remplaçant volontairement un interne atteint de la contagion.

Convalescent, il obtint un congé renouvelable et se fixa en 1863 à Jersey, attiré par les œuvres et la gloire de Victor Hugo, alors exilé politique. Il y vécut en enseignant les sciences et menant de front des études incessantes. C'est là qu'il put lire les ouvrages d'Antoine Fabre d'Olivet qu'il tenait en grande estime. 

En 1870, il revint en France alors en guerre contre l'Allemagne de Bismarck, pour entrer dans un corps d'infanterie de marine. Il fut blessé lors d'une reconnaissance devant un fort. Après la guerre, il travailla au Ministère de l'Intérieur à Paris jusqu'en 1878.

Le 6 septembre 1877, il épousa la comtesse Marie Hélène de Keller. Ce mariage lui apporta la sérénité et l'aisance qui favorisèrent ses travaux.

Cette même année, il publia le Testament lyrique et les Clefs de l'Orient. Dans ce dernier livre, il présente une solution (reposant sur une entente religieuse entre Juifs, Chrétiens et Musulmans) à la « question d'Orient », amenée par l'effondrement de l'empire ottoman qui entraîna des tensions dans le Proche et le Moyen-Orient. Le Testament lyrique rassemble chronologiquement ses poèmes.

D'autre part, il entreprit la mise au point d'applications industrielles de plantes marines (De l'utilité des algues marines paru en 1879) dont il ne put mener à bien l'exploitation faute de capitaux.

En 1880, il reçut le titre de Marquis d'Alveydre des autorités de Saint-Marin. Il mourut en 1909 à Pau sans descendance et fut enterré au cimetière de Notre-Dame à Versailles.

Son œuvre

Saint-Yves définit succinctement la « Synarchie » comme la « loi qui, étant celle de l'organisation normale des Sociétés, est du même coup la loi de l'Histoire », France vraie, t.1, ch.5, p.113.

La Mission des Souverains et la Mission des Ouvriers parurent en 1882. Il était membre de l'Union de la Paix sociale, une des institutions fondée par Frédéric Le Play.

En octobre 1882, il tint une conférence sur la "Synarchie" au Congrès international d'arbitrage et de fédération de la Paix à Bruxelles. Il chercha ainsi jusqu'en 1883 à réaliser un Sénat de petits états européens pour en faire une Cour d'arbitrage entre les nations européennes.

La Mission des souverains expose l'histoire gouvernementale de la Chrétienté depuis seize siècles. Il y préconise une Synarchie européenne, dont la clef est le souverain pontificat, pour établir des rapports civilisés entre les sociétés au même titre qu'entre les individus d'une même société. Schématiquement, cela rappelle l'Organisation des Nations Unies, sinon que l'organisation proposée est fort différente et restreinte à l'Europe. La Mission des ouvriers est une invitation faite aux ouvriers à s'organiser socialement et indépendamment de tout parti politique pour la création de trois chambres sociales.

En 1884, il publia la Mission des Juifs qui reprend le cadre historique de « l'Histoire philosophique du genre humain » de Fabre d'Olivet (empire de Ram, schisme d'Irshou, histoire d'Israël, ...) et s'étend sur soixante-quatorze siècles d'expériences antérieures à la Chrétienté.

Cet ouvrage, fort remarqué dans le milieu occultiste, lui valut de rencontrer le Dr. Gérard Encausse, alias Papus.

Il faut remarquer à ce propos que Saint-Yves ne s'est jamais regardé comme un occultiste : « La vérité est qu'il n'y a pas de sciences occultes, car ce qui est scientifique cesse d'être occulte, et ce qui est occulte cesse de l'être en devenant scientifique. », Mission des Juifs, ch. 13, p. 343. Trop d'auteurs ont assuré du contraire sans prendre garde à la position de Saint-Yves sur le sujet. Il faut ajouter qu'il n'y a aucun aspect anti-sémite dans ce livre.

En 1887, il fit paraître la France vraie qui rapporte l'histoire des États-généraux depuis 1302 sous Philippe le Bel jusqu'à la Révolution de 1789.

Les États-généraux, assemblées sociales et non politiques, établissaient des cahiers de voeux (projets de loi) que le corps politique devaient arrêter en loi. La conception démocratique de la « Synarchie » trouve ainsi une base et un support historiques dans les État-généraux.

Dans la préface, Saint-Yves explique les démarches qu'il effectua avec entre autres le baron Th. de Cambourg auprès du gouvernement de la France pour la création d'un Conseil de l'économie national qui aurait rassemblé les délégués professionnels de tous les acteurs économiques de la société. Ce conseil devait proposer au gouvernement les vœux synthétiques de toute l'économie française.

Il donne, également dans ce livre, une autobiographie tant pour expliquer le cheminement de sa pensée vers la Synarchie, que pour se défendre de calomnies et diffamations dont il fut l'objet. Ainsi, il fait la comparaison entre sa doctrine et celle d'Antoine Fabre d'Olivet. Si les œuvres de l'un et de l'autre utilisent parfois les mêmes matériaux historiques, elles sont cependant fort dissemblables en plusieurs points essentiels :

Esprit profondément religieux, qui souhaite réconcilier la Religion et la Science, Saint-Yves d'Alveydre est avant tout chrétien. Le christianisme est toujours sous-jacent dans ses ouvrages, tandis que Fabre d'Olivet ne lui accorde pas d'importance.

Le fait social est ignoré de Fabre d'Olivet, alors qu'il est essentiel à l'œuvre de Saint-Yves. La conception de la Synarchie est totalement inconnue de Fabre d'Olivet.

On ne peut pas réellement parler d'une filiation quelconque entre Saint-Yves et Fabre d'Olivet. Certes, Saint-Yves reprend les matériaux mis à jour par Fabre d'Olivet et par d'autres savants du xviiie siècle (Anquetil-Duperron, D'Herbelot, William Jones et les savants de Calcutta, etc.), mais l'utilisation qu'il en fait et les conclusions qu'il en tire lui sont propres.

En 1890, dans la préface de son livre Jeanne d'Arc victorieuse, il signale mettre fin à ses démarches en faveur de la Synarchie. Ce livre, épopée dédiée à l'armée française, raconte l'histoire de Jeanne d'Arc où sa fin est expliquée par une trahison des conseillers du roi Charles.

René Guénon mentionne à plusieurs reprises Saint-Yves d'Aveydre, notamment dans son ouvrage « Le Roi du Monde ».

L'Archéomètre

Saint-Yves commença probablement à réfléchir, à travailler sur l' « Archéomètre » dans le courant des années 1890. En tout cas, il travailla sur ce sujet jusqu'à sa mort survenue le 5 février 1909 alors qu'il était allé chercher des soins pour sa santé défaillante dans une cure thermale à Pau. 

Une année après la mort de Saint-Yves, en 1910, Gérard Encausse et quelques amis et collaborateurs de Saint-Yves publièrent un gros livre, L'Archéomètre - Clef de toutes les religions et de toutes les sciences de l'Antiquité - Réforme synthétique de tous les arts contemporains qui devait sauver de la perte totale le travail de Saint-Yves. Malheureusement, le livre qu'ils publièrent ne permet guère de se rendre clairement compte du travail qui occupait alors Saint-Yves.

La même année, Gérard Encausse fit paraître un livre retrouvé dans les papiers de Saint-Yves, Mission de l'Inde en Europe que son auteur aurait détruit à sa sortie de presse en 1886 pour une raison qui reste inconnue. Ce livre révèle l'existence d'une société entièrement fermée sur elle-même, l'Agarttha. Ce serait un corps enseignant, une université antique issue de l'empire de Ram au travers des âges...

Saint-Yves ne fit aucun disciple, contrairement à ce qu'on peut parfois lire, ne fonda aucune société ou secte et n'adhéra à aucune, ni à la Société théosophique de Madame Blavatsky, ni même à l'ordre Martiniste fondé par Gérard Encausse, dont il était pourtant l'ami. Il ne voulait pas réduire la portée universelle de la Synarchie en l'inféodant à quelque mouvement que ce fut.

Saint-Yves fut un savant du XIXe siècle : poète, érudit, esprit religieux cependant soucieux de réalisation pratique, profondément chrétien.



BIBLIOGRAPHIE :


« Le Retour du Christ », 1874. 

« Les Clefs de l'Orient. Les mystères de la naissance, les sexes et l'amour, les mystères de la mort, d'après les clefs de la Cabbale orientale », 1877

« Les Rouyat », 1978, 52 p. 

« Testament lyrique », 1877. 

« Le Mystère du Progrès », 1878. 

« De l'utilité des algues marines », 1879. 

« Mission des Souverains », 1882 ; Dualpha, 2010, 418 p. 

« Mission des Ouvriers », 1882. 

« Mission des Juifs », 1884 ; Editions Traditionnelles, 2008, 2 t. 

« Mission de l'Inde en Europe, mission de l'Europe en Asie : la question du Mahatma et sa solution », 1886.

« Les Funérailles de Victor Hugo », 1885. 

« La France vraie ou la Mission des Français », 1887. 

« Vœux du syndicat de la Presse économique », 1887. 

« Les États-généraux du suffrage universel », 1888. 

« Le Centenaire de 1789 - Sa conclusion », 1889. 

« L'Ordre économique dans l'Electorat et dans l'État », 1889. 

« Le Poème de la Reine », 1889. 

« Maternité royale et mariages royaux », 1889. 

« L'Empereur Alexandre III épopée russe », 1889. 

« Jeanne d'Arc victorieuse », 1890. 

« Théogonie des Patriarches. Jésus, Moïse. Adaptations de l'Archéomètre à une nouvelle traduction de l'Évangile de Saint Jean », 1909, VIII-106 p., édition posthume. 

« L'Archéomètre - Clef de toutes les religions et de toutes les sciences de l'Antiquité - Réforme synthétique de tous les arts contemporains », 1910, édition posthume. Guy Trédaniel, 1990, 332 p.


Ouvrages biographiques


Charles Barlet (Albert Faucheux), « Saint-Yves d'Alveydre », 1910 

Jean Saunier, « Saint-Yves d'Alveydre ou une Synarchie sans énigme », 1981 

Le livre de Jacques Weiss, « La Synarchie de Saint-Yves d'Alveydre » est une bonne introduction aux ouvrages de Saint-Yves, mais il ne se trouve plus qu'en occasion.

LIVRES À CONSULTER (OU À TÉLÉCHARGER)
(cliquez sur les images des couvertures des livres pour accéder aux documents)

« L’ARCHÉOMÈTRE - Clef de toutes les religions et de toutes les sciences de l'Antiquité », de Alexandre Saint-Yves d'Alveydre :

« MISSION DES SOUVERAINS », par l’un d’eux (Alexandre Saint-Yves d'Alveydre) :

lundi 25 février 2013

LE MARTINISME


Le martinisme est un courant de pensée ésotérique, rattaché à la mystique judéo-chrétienne. Ce courant de pensée remonte à Joachim Martinès de Pasqually, fondateur en 1761, de l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers, puis à son secrétaire, Louis-Claude de Saint-Martin, dit "le philosophe inconnu", célèbre par son livre « Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers » (1782). Le mot "martinisme" joue donc habilement sur les noms propres "Martinès" et "Saint-Martin".

Histoire

C'est sous l'égide de Saint-Martin que le théosophe et occultiste Papus (Gérard Encausse) fonde l'"Ordre Martiniste" à la fin du xixe siècle siècle. Le martinisme est donc issu d'une rencontre entre la théosophie et la pensée de Saint-Martin.

L'historien de l'ésotérisme Antoine Faivre écrivait que « La Théosophie est la doctrine chrétienne des xvie et xviie siècles, tantôt populaire et mystique, tantôt érudite et philosophique, représentée par Paracelse, Boehme, Weigel, Fludd, etc., et qui se caractérise par la réflexion analogique ou l'illumination intérieure, l'expérience spirituelle, les notions : d'émanation, de chute originelle, d'androgynat, de sophia, de réintégration, d'arithmosophie, et surtout de double force ».

Certains chercheurs n'ont pas hésité à donner comme source de ce mouvement des confréries hermétiques du xie siècle. Robert Ambelain, notamment, cite l'« Ordre des Frères d'Orient » (qui aurait été fondé à Constantinople en 1090) et fait remonter la généalogie du martinisme aux courants gnostiques alexandrins des Iè au Vè siècle.


Classification

Le martinisme est un courant qui relève de l'ésotérisme judéo-chrétien. Il se divise en quatre mouvements qui restent liés par leur histoire et par un même objectif (qui est, selon les mots de Papus, « la réhabilitation de l'Homme ») :

le martinézisme, doctrine judéo-chrétienne et pratique théurgique fondées par J. Martinès de Pasqually en 1772

le saint-martinisme, une philosophie fondée par Louis-Claude de Saint-Martin (secrétaire de Martinès de Pasqually) en 1775

le willermozisme (et le Rite écossais rectifié), un rite maçonnique fondé par Jean-Baptiste Willermoz en 1778.

Selon Michele Moramarco, qui a etudié les relations entre Martinisme et Franc-maçonnerie on peut identifier aussi une forme de martinisme maçonnique dans les rituels "rose+croix" du Rite Philosophique Italien (1909)

l'Ordre martiniste, Ordre fondé par Papus en 1891 ; en dérivent l'Ordre Martiniste Synarchique, fondé par Victor Blanchard en 1920, l'Ordre Martiniste Traditionnel, fondé par Augustin Chaboseau et Victor-Émile Michelet en 1931.

Valentin Tomberg et la mystique d'Amour johannique


Les écrits de Valentin Tomberg, et cela même si l'homme est controversé, restent une source de méditation pour quiconque cherchent des paroles de sagesse, puisse -t-il en être de même pour vous...

"Valentin Tomberg (1900 - 1973), que Hans Urs von Balthasar a caractérisé comme un "penseur et un orant chrétien dont la pureté force l'admiration", est resté longtemps une source cachée d'inspiration pour ceux qui s'intéressent à la mystique et à la spiritualité.

Son nom n'a pas atteint le vaste public parce que dans son ouvrage le plus célèbre, « Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot » (Paris, Aubier), l'auteur s'efface complètement derrière sa création, en se présentant comme un "auteur qui a voulu conserver l'anonymat." De plus ces ouvrages ont été tardivement et discrètement publiées...

Partant de l'hermétisme français et russe, Tomberg finit par rejoindre le catholicisme en passant par l'anthroposophie. De même, il eut des rencontres intenses et fécondes avec l'Église chrétienne orientale et les religions asiatiques.

Le spectre peu commun de ces horizons a permis à son langage nourri d'images d'exprimer une rare ouverture et ampleur, tout en restant profondément ancré dans le christianisme...

Il aurait eu une expérience mystique forte à Bruges devant les reliques du Saint Sang qui a orienté la suite de sa vie et écrit...

Extrait de son livre "Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot" :


« "2", c'est le nombre de la réintégration de la conscience, enseignée par le Maître à Nicodème, par l'Eau virginale et par le Souffle de l'Esprit Saint.

"Deux" est tout cela, et il est plus encore. Non seulement le nombre "deux" n'est pas nécessairement "l'illégitime binaire" décrit par Louis Claude de Saint-Martin, mais encore il est le nombre de l'Amour ou la condition fondamentale de l'amour qu'il présuppose et postule nécessairement. Car l'amour est inconcevable sans l'Aimant et sans l'Aimé, sans MOI et TOI, sans l'Un et l'Autre. Si Dieu n'était qu'Un et s'il n'avait pas créé le Monde, il ne serait pas le Dieu révélé par le Maître, le Dieu dont Saint Jean dit : "Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui" (I Jean IV, 16) Il ne le serait pas, parce qu'il n'aimerait personne sauf soi-même.

Comme c'est impossible au point de vue du Dieu d'Amour, Il est révélé à la conscience humaine comme la Trinité éternelle de l'Aimant qui aime, de l'Aimé qui aime et de leur Amour qui les aime : Père, Fils et Saint-Esprit. N'éprouvez-vous pas aussi un sentiment de malaise chaque fois que vous rencontrez une des formules énonçant les attributs supérieurs des Personnes de la Sainte Trinité, telle que "Pouvoir, Sagesse, Amour" ou "Être, Conscience, Béatitude" (Sat - Chit - Ananda) ? Pour moi, j'éprouvais toujours ce malaise, et ce n'est que plus tard, beaucoup d'années plus tard, que j'en ai compris la cause. C'est parce que Dieu est amour, qu'il n'admet aucune comparaison, qu'Il surpasse tout - et le pouvoir, et la sagesse et même l'être.

On peut, si l'on veut, parler du "pouvoir de l'amour" de "la sagesse de l'amour" et de la "vie de l'amour" pour faire une distinction entre les trois Personnes de la Sainte Trinité, mais on ne peut pas mettre sur le même plan l'amour d'un côté et de l'autre, sagesse, pouvoir, être. Car Dieu est amour et c'est l'amour, ce n'est que l'amour, qui attribue par sa présence la valeur au pouvoir, à la sagesse et à l'être même. Car l'être sans amour est dépourvu de toute valeur. Être sans amour ce serait la peine la plus épouvantable - c'est l'enfer même ! »

(Extrait de : « Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot », 1984, Éditions Aubier Montaigne, Paris, 1980, 1984, 1992

Valentin Tomberg a écrit d’autres ouvrages abordant le tarot :

« Le Mat itinérant. L'amour et ses symboles ». Une méditation chrétienne sur le Tarot. Edition établi et présentée par Friederike Migneco et Volker Zotz. Luxembourg: Kairos Edition 2007 [texte bilingue français/allemand]

« Christ and Sophia : anthroposophic meditations on the Old Testament, New Testament, and apocalypse », Great Barrington, MA: SteinerBooks, 2006.

« Degeneration und Regeneration der Rechtswissenschaft », Bonn : Bouvier, 1974

LE "MARTINISME" N’EST-IL PAS "FRANC-MAÇONNIQUE"?


Je profite de cet article sur le martinisme pour corriger enfin une confusion fréquente qui voudrait assimiler le martinisme à une forme de franc-maçonnerie...

Les adeptes du Martinisme insistent pour dire que le martinisme n’est pas une obédience maçonnique, il est selon eux "absolument indépendant de toute organisation maçonnique", même s’il entretient généralement d’excellentes relations avec les obédiences qui pratiquent une maçonnerie initiatique, c'est-à-dire empreinte de la pensée traditionnelle telle que je l’ai définie au début de cet article. Il y a incontestablement convergence de vues entre les maçons respectueux de la tradition mystique, et les martinistes, sachant que la double appartenance est fréquente.

De plus, j’ajoute ceci, pour répondre à certaines accusations qui ont traîné, et traînent encore de-ci de-là, le martinisme n’est en aucun cas une copie de la franc-maçonnerie, même si dans ses structures et son système hiérarchique, il semble s’en rapprocher.

En vérité, le martinisme entretient souvent des relations privilégiées avec le Régime Écossais Rectifié pour les raisons précédemment exposées, qui ont voulu que Saint-Martin et Willermoz fissent un bout de chemin ensemble ; la pensée martiniste survit également dans de nombreuses loges de cette maçonnerie particulière, pratiquée presque exclusivement en France et en Suisse.

De nos jours, la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra et, plus particulièrement, la loge « La France », sont animées par un esprit martiniste sans pour autant renier leur appartenance à l’Ordre des francs-maçons.

De même, certaines loges de la Grande Loge de Memphis-Misraïm, dont Robert Ambelain fut le réveilleur et le Grand-maître, est très proche de l’"Ordre Martiniste Initiatique", fondé en 1968 à l’initiative de frères maçons de cette obédience.

LES ORDRES MARTINISTES...

Le martinisme, courant de pensée se référant principalement à Louis-Claude de Saint-Martin ainsi qu'à Martines de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz a donné naissance à plusieurs ordres martinistes, dont le plus ancien fut fondé par Papus en 1891.

Origines

Les Ordres martinistes ne sont pas le prolongement direct de « l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus-Cohen de l'Univers »: En effet, Martines de Pasqually partit pour Saint-Domingue en 1772, avant d’avoir terminé l'organisation de son ordre, et il n'en revint jamais.

Deux de ses disciples continuèrent à diffuser son enseignement, avec des sensibilités différentes : Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz.

Mais ni Saint-Martin, ni Willermoz n'ont fondé de société portant le nom d' « Ordre Martiniste ». On sait seulement que se constitua autour du premier un groupe auquel certaines lettres d'amis font allusion sous le nom de « Cercle des Intimes ». L'initiation transmise par Louis-Claude de Saint-Martin se serait perpétuée par deux filiations différentes jusqu’à la fin du xixe siècle, époque à laquelle deux hommes en auraient été dépositaires : le Dr Gérard Encausse, alias Papus, et Augustin Chaboseau. Papus et Chaboseau, tous deux étudiants en médecine, se rencontrent grâce à un ami commun : P. Gaëtan Leymarie, dont la librairie existe toujours à Paris, rue Saint-Jacques.

Création de l'Ordre martiniste en 1891

Papus et Chaboseau se transmettent ce qu'ils ont reçu et décident en 1891 de créer un ordre initiatique qu'ils appellent « Ordre Martiniste ». Sa revue, créée par Papus, estL'Initiation. L'ordre se dote d'un "Suprême Conseil", composé de 12 membres, qui élit Papus à la charge de Grand Maître.

L'OM connaît dès lors une extension rapide : Paris compte bientôt quatre loges, et l'ordre s'implante aussi à l'étranger. Le numéro d'avril 1898 de L'Initation signale qu'en 1897, il existait 40 loges dans le monde, et qu'en 1898 leur nombre atteignait 113.

Avec la guerre de 1914-1918, l'ordre tombe en sommeil. Plusieurs groupes martinistes indépendants voient le jour à cette époque, pour connaître un destin souvent éphémère. Il subsiste cependant de nos jours d'autres obédiences martinistes.

En 1931, sur le conseil de son fils, A. Chaboseau réunit les survivants du "Suprême Conseil" pour reprendre la situation en main. Ceux-ci l'élirent à la charge de "Grand Maître", qu'il laissa à Victor-Emile Michelet dès 1932. Le qualificatif "Traditionnel" est ajouté à cette époque au nom de l'ordre, pour signifier que l'ordre s’appuie sur les fondements véritables du martinisme, et en réaction au foisonnement des groupes indépendants.

l'OMS, l'OMT et l'AMORC

Comme son père Harvey Spencer Lewis, Ralph Maxwell Lewis est consacré SI IV pour l'OMS (Ordre Martiniste et Synarchique) en 1936 par Victor Blanchard. À cette époque Jeanne Guesdon est encore membre de l'OMS.

En 1939, Ralph Maxwell Lewis, "Imperator" de l'"Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix" est chargé par le "Suprême Conseil" d'installer l'"Ordre Martiniste Traditionnel" aux États-Unis.

Quand plus tard l'AMORC se réorganise dans l'Europe d'après-guerre, il est décidé que l'OMT exercera ses activités en son sein. Depuis cette époque, l'Imperator de l'AMORC est aussi "Souverain Grand Maître" de l'OMT, et pareillement le "Grand Maître" de la juridiction française de l'AMORC assume en même temps la fonction de "Grand Maître" de l'OMT.

Ordres Martinistes

Le martinisme est aujourd'hui véhiculé par plusieurs ordres exprimant des sensibilités parfois diverses mais toujours inscrits dans la tradition d'origine et cultivant des idéaux communs.

L'ordre martiniste traditionnel est proche de l'ordre rosicrucien AMORC. Quelques-uns des autres ordres martinistes (malgré le dénie) sont assez proches de la franc-maçonnerie, en particulier de celle qui pratique les Rites maçonniques égyptiens ou le Rite écossais rectifié. D'autres sont plus indépendants.

L’Ordre Martiniste Traditionnel (OMT) est un Ordre Martiniste parrainé par l’Ordre de la Rose-Croix AMORC depuis 1946, suite à une réunion de la FUDOSI (regroupant les organisations traditionnelles et initiatiques au plan international)(source Lumière Martiniste, feuillet d'information grand public).

Il a commencé à se développer en France au début des années 1960 et est devenu l’Ordre Martiniste le plus important du point de vue du nombre de membres.

L’Ordre possède une revue annuelle Pantacle et compterait environ 6 000 membres dans sa juridiction francophone.

BIBLIOGRAPHIE :

Martinisme :

Papus, « Martinésisme, willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie », Paris, Chamuel, 1899.

Teder (Ch. Détré), « Rituel de l'Ordre martiniste » (1913), in Œuvres Complémentaires de Louis-Claude de Saint-Martin, Editions Déméter, 1985, 176 p.

Robert Amadou, « Louis-Claude de Saint-Martin et le martinisme », Paris, Editions du Griffon d'or, 1946.

Robert Ambelain, « Le Martinisme, histoire et doctrine* [1946], suivi de Le Martinisme contemporain et ses véritables origines »  [1948], Signatura, 2011

Robert Amadou, « L'Ordre martiniste au temps de Papus », Paris, Cariscript, 1988.

Jean-Marc Vivenza, « Le Martinisme, l'enseignement secret des Maîtres, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Régime Écossais Rectifié », Le Mercure Dauphinois, 2006.

Michele Moramarco, « Nuova Enciclopedia Massonica », Foggia, Bastogi, 1997.

Stanislas de Guaita, « La Fraternité Martiniste et l'Ordre de la Rose-Croix » tiré de l'ouvrage "Essai de Sciences Maudites" (1886-1897).

Willermozisme

Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon, « Dictionnaire historique de Lyon », Stéphane Bachès, 2009, Lyon

Jean-Marc Vivenza, « Les élus coëns et le Régime Ecossais Rectifié : de l'influence de la doctrine de Martinès de Pasqually sur Jean-Baptiste Willermoz », Le Mercure Dauphinois, 2010.

Martinésisme :

Martinès de Pasqually, « Traité sur la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine » (1770-1772) (d'après le manuscrit de Louis-Claude de Saint-Martin), Diffusion Rosicrucienne, collection martiniste, 1999, édition présentée par Robert Amadou.

Robert Amadou, « Rituels d'initiation des Élus Coën », in L'Autre Monde, n° 68, fév. 1983

Franz von Baader, « Les Enseignements secrets de Martinès de Pasqually », précédé d'une Notice sur le martinézisme et le martinisme, Bibliothèque Chacornac, 1900 ; rééd. Robert Dumas, 1976 ; Editions Télétès, 2004.

Gilles Le Pape, « Les écritures magiques, Aux sources du Registre des 2400 noms d'anges et d'archanges de Martinès de Pasqually », Arché Edidit, 2006.

G. Van Rijnberk, « Un thaumaturge au XVIIIe s. : Martines de Pasqually. Sa vie, son œuvre, son ordre », t. I, Paris, Alcan, 1935 ; t. II, Lyon, Derain-Raclet, 1938

Voir aussi ; Articles connexes sur Wikipédia :
Rite de Memphis-Misraïm

Vous pouves aussi consulter quelques ouvrages en format "pdf", ici :
(en cliquant sur les images des livres)

"LA LUMIÈRE MARTINISTE"

LE MARTINISME HISTOIRE ET DOCTRINE, Robert Ambelain

LE MARTINISME CONTREMPORAIN ET SES VÉRITABLES ORIGINES, Robert Ambelain

PAPUS (1865-1916)




Né le 13 juillet 1865, en Espagne, à La Corogne, d’un père français et d’une mère espagnole, Gérard Encausse passa toute sa jeunesse à Paris, où il fut reçu docteur en médecine (juillet 1894).

Avant même de terminer ses études, dès 1886 environ, il se donna pour tâche de lutter contre le scientisme de l’époque en répandant une doctrine nourrie aux sources de l’ésotérisme occidental d'alors : le chimiste Louis Lucas, le mathématicien Wronski, l'alchimiste Cyliani, le pythagoricien Lacuria, le magnétiseur Hector Durville, Antoine Fabre d'Olivet, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre.

Encausse, qui se fit appeler Papus d’après le nom d’un esprit du Nuctaméron, attribué à Apollonius de Tyane, fut un chef de file incontesté. Il se défendait d’être un thaumaturge ou un inspiré et se présentait comme un savant, un expérimentateur. Par ailleurs, la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin a laissé sur lui une trace profonde à partir de 1889 environ, peu après sa rupture (1890) avec la Société Théosophique de Mme Blavatsky.

Il s’affilia à de nombreuses organisations initiatiques, dont : le martinisme de Henri Delaage (1882), l'Hermetic Brotherhood of Luxor de Max Théon (en 1885 ?), la Société Théosophique de Helena Blavatsky (en 1887), l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Péladan et Guaita (en 1888), l'Église gnostique universelle de Jules Doinel (en 1892), l'Hermetic Order of the Golden Dawn (en 1895), la franc-maçonnerie (vers 1900), le Rite Swedenborgien (1901), le Rite de Memphis-Misraïm (1908), etc...


L’Ordre Martiniste, créé par Papus et par Augustin Chaboseau en 1891, doit son nom au souvenir de Louis-Claude de Saint-Martin et peut-être à celui de J. Martinès de Pasqually.

Dans sa revue officielle, L’Initiation, fondée par Papus en 1888, on relevait les noms de Stanislas de Guaita, Péladan, Charles Barlet, Matgioi, Marc Haven, Paul Sédir, Albert de Rochas d'Aiglun, Lucien Chamuel, Fernand Rozier. Mais, du moins pendant longtemps, les noms de Martines de Pasqually, Saint-Martin, ou Willermoz y sont beaucoup moins cités que ceux de Fabre d’Olivet et d’Éliphas Lévi. Les premiers martinistes de renom furent Paul Adam, Maurice Barrès, Stanislas de Guaita, Victor-Émile Michelet et Péladan.

D'autre part il se constitua un groupe organisant des cours et des conférences visant à faire découvrir aux chercheurs les valeurs de l'ésotérisme occidental. Il devint bientôt le cercle extérieur de l'Ordre Martiniste, sous le nom de Faculté Libre des Sciences Hermétiques (mars 1897). Les cours étaient nombreux (une douzaine par mois environ), et les sujets étudiés allaient de la Kabbale à l'Alchimie et au Tarot, en passant par l'histoire de la philosophie hermétique.

Papus, Sédir, Victor-Émile Michelet, Fernand Rozier et A. Chaboseau, entre autres, jouaient les professeurs. La section Alchimie, dirigée par François Jollivet-Castelot, est à l'origine de la Société Alchimique de France.

Ce vaste mouvement hermétique, dont Papus était l’une des âmes agissantes, est sans nul doute inséparable de la littérature symboliste de cette époque, bien qu’il fût lui-même naturellement beaucoup plus orienté vers les mystères de l’occultisme que vers les recherches esthétiques de Mallarmé ou de Villiers de l’Isle-Adam. De leur côté, les symbolistes ne trouvaient guère dans le renouveau ésotérique que des thèmes d’inspiration. Le martinisme, d’ailleurs, n’apparaît à cette époque que comme l’une des nombreuses manifestations de ce renouveau.

Papus eut une production littéraire impressionnante, qui lui valut le surnom de « Balzac » de l’occultisme. D'aucuns lui reprochent cependant d'avoir manqué de rigueur dans ses travaux sur la Qabbale.

Par ses talents de vulgarisateur, il contribua à ouvrir les esprits de son temps aux sources vives de la pensée analogique et de l’imagination créatrice, poursuivant en cela le travail qu'Éliphas Lévi avait entrepris (Les Disciples de la science occulte : Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre, Paris, 1888 ; Traité élémentaire d'occultisme, Paris, 1888 ; Traité méthodique de sciences occultes, Paris, 1891, etc.)

En automne de 1905, Nicolas II, aux prises avec les troubles sociaux, l’appela à Tsarskoïe Selo pour lui demander conseil. Papus évoqua alors, au cours d’une opération magique, l’esprit d’Alexandre III, qui préconisa la répression et annonça une révolution de grande envergure. Papus affirma au tsar que cette révolution n’éclaterait pas tant que lui-même serait vivant. Le Maître Philippe de Lyon, véritable guide de Papus, jouit, lui aussi d’une grande autorité morale auprès du tsar, à qui il avait prédit la naissance du successeur au trône, mais la venue de Raspoutine l’évinça. Les visites de Papus à Nicolas II, séjours auréolés de mystère, ne sont qu’épisodes parmi d’autres dans cette vie étrange mais féconde.

L’Ordre Martiniste, qui recruta vite des membres dans de nombreux pays, connaîtra des périodes de sommeil causées par les guerres, mais il est de nouveau en activité depuis 1952, grâce à l'action de Philippe Encausse, le fils de Papus.

Pierre-Augustin Chaboseau, avec l'aide de Victor-Emile Michelet, crée l'Ordre Martiniste Traditionnel en 1931. Ses membres sont répartis en trois degrés et travaillent dans des heptades (en maçonnerie, on dirait des grades et des loges). Le degré le plus élevé est celui de S.I. (Supérieur ou Serviteur Inconnu). Les femmes y sont admises aussi bien que les hommes.

Papus est mort le 25 octobre 1916, à Paris. Pierre Piobb fut accusé à tort d'en être responsable. Papus a laissé 160 ouvrages, almanachs, revues et articles. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (93e division).

Papus a résidé un certain temps au niveau de l'actuel 67 rue de Rochechouart à Paris dans le 9eme arrondissement ou il créa un institut de santé, spécialisé dans les bains de fumigation.La cour intérieure de cet immeuble et certaines parties communes ainsi que le palier du troisième étage du bâtiment en fond de cour comportent encore de très nombreux et surprenants symboles ésotériques.

Thèses

Dans sa brochure Ce que doit savoir un maître maçon, il dénonce l'influence d'agents étrangers sur la franc-maçonnerie française et lui reproche de s'être laisser aller à un engagement politique, d'être tombée dans le matérialisme et de s'être coupée de la franc-maçonnerie universelle à cause de la querelle du Grand Architecte de l'Univers.

Papus a particulièrement insisté sur les analogies et correspondances, entre autres dans son ABC illustré d'occultisme (posthume, 1922).

Tout objet terrestre fait partie d'une chaîne analogique qui part de cet objet pour aboutir à un astre, un règne, un Élément, un ange... Tout se correspond dans l'univers, par grandes chaînes, astrologiques, élémentaires, "la Terre, correspondant au règne minéral ; l'Eau, correspondant au règne végétal ; l'Air, correspondant au règne animal ; enfin, le Feu, correspondant au monde des forces et des intelligences" (p. 239).

"La science antique est donc surtout constituée par des tableaux, qui établissent les relations entre tous les êtres et tous les objets de l'Univers" (p. 167).


Papus vu par ses contemporains

"Chez les anciens mystagogues, Papus est le nom du Génie de la Science et de la Guérison. Le bon Gérard Encausse, officier de santé, s'était affublé de ce nom sans le trouver ridicule. Carré d'épaules, trapu, presque bedonnant avant la trentaine, avec des traits à la fois poupins et sévères, les cheveux noirs, la barbe taillée en carré, il faisait craquer aux entournures sa redingote, qu'il portait toujours, et qu'on sentait trop étroite pour ses membres épais."

(Michel de Lézinier, Avec Huysmans - Promenades et souvenirs, Paris, Delpeuch, 1928, p.167)

"Celui-là était le bœuf parmi ces évangélistes improvisés. Très travailleur, organisateur excellent, il creusa son sillon avec la charrue d'un encyclopédisme malheureusement trop hâtif. Il fabriqua des livres énormes de bric et de broc, avec des citations et des gravures cueillies un peu partout, amalgamant les textes, sans y apporter cette saveur perverse et personnelle qui du moins émane des pages de Guaita."

(Jules Bois, Le Monde Invisible, Paris, Flammarion, s.d., p.30).
Lorsque parut en 1889, la première édition de ce livre, les initiés furent unanimes à en faire l'éloge. Stanislas de Guaita, dans "Au seuil du Mystère" l'analyse ainsi : "Papus (le docteur Gérard Encausse) vient de fonder à jamais sa réputation d'adepte par la mise à jour d'un monumental ouvrage sur le Tarot. Nous ne pensons pas exagérer en estimant que ce livre - où est révéle jusqu'en ses ultimes profondeurs la Loi pivotale du ternaire universel constitue dans toute la valeur du terme, une clef absolue des sciences occultes."

Dans L'Initiation, à la même époque, Barlet s'exprimait ainsi : "c'est là un livre dont l'étudiant en occulte ne pourra se passer. Il ouvre, il explique cette œuvre d'Hermès Trismégiste que les mages de l'Egypte antique mettaient entre les mains de l'adepte. La clef n'en était conservée qu'en secret par des initiés inconnus. La voici reconstruite et divulguée."

Le livre (je l'ai sous les yeux en écrivant ces lignes) comporte de profondes considérations sur la Kabbale et le mot sacré IOD-HE-VAV-HE, sur la démarche analogique et le sens des symboles, sur les opérations théosophiques et la signification ésotérique des nombres, leur rapport avec le mot sacré, puis nous livre la clé des Arcanes majeurs et mineurs, nous explique les correspondances entre les Tarots, les lettres de l'alphabet hébraïque, leur valeur numérique, les planètes et les heures de la journée et propose une biographie des auteurs qui ont écrit sur le sujet, de Raymond Lulle (1235-1315), auteur de l'Ars magna à Eliphas Levi, "celui des maîtres contemporains en occultisme qui a le mieux possédé le Tarot (Dogme et Rituel de Haute Magie, 1861) et Stanislas de Guaita (Au Seuil du mystère, 1886, Le serpent de la Genèse), en passant par Claude de Saint-Martin, "le Philosophe inconnu", né en 1743 à Amboise, mort en 1803, dont le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'Homme et l'Univers est basé sur le Tarot. Papus a inclus deux études de Charles Barlet : Application du Tarot aux doctrines théoriques et pratiques de l'initiation et Le Nom divin dans le Tarot dont les conclusions rejoignent les siennes.

À la fin de son ouvrage, se référant au fameux Etteilla, "l'oracle des tireurs et des tireuses de cartes" et soucieux d'exhaustivité, Papus évoque rapidement la dimension divinatoire du Tarot et plusieurs méthodes de tirage du sort, ainsi que les clés de l'interprétation des arcanes majeurs et mineurs, des couleurs (rouge et noir) et des emblèmes (bâtons, coupes, épées, deniers) dans le Tarot divinatoire.

Le Tarot a plusieurs visages : un jeu de cartes, un moyen de prédire l'avenir et un trésor de connaissances et de sagesse et c'est évidemment ce dernier aspect qui retient essentiellement l'attention de l'auteur et doit retenir la nôtre.

Le livre de Papus n'a rien à voir, par ailleurs, avec l'utilisation exclusivement commerciale qui est faite aujourd'hui des Tarots par des gens qui, pour la plupart ne connaissent rien aux Tarots. La progression dans la connaissance des Tarots (et de soi-même) exige de longues études, une aptitude à la méditation, beaucoup de patience, d'intégrité et d'humilité et doit être entreprise dans un esprit de désintéressement. Comme toute démarche ésotérique, elle n'est pas sans dangers, dangers dont certaines lames nous avertissent d'ailleurs explicitement (le Diable, la Tour foudroyée, le Pendu, la Mort et le Mat).


LE "TAROT DIVINATOIRE" DE PAPUS (1909)
(Papus-Goulinat)

Le Tarot conçu par Papus a été une véritable événement dans les milieux de l’ésotérisme... D’abord, il fait directement référence au tarot de Marseille, tout en lui apportant des idées nées des énoncés de Court de Gebelin, Etteilla et des ouvrages d’Eliphas Lévi.

À prime abord il s’agit d’un tarot illustré d’une manière très artistique et les dessins se révèlent quand même assez « inspirés ». Les lames suivent la logique du Tarot de Marseille, mais pour la première fois on nous propose un tarot revu, corrigé et entièrement redessiné.


Papus a travaillé avec la jeune artiste Jean-Gabriel Goulinat (1883-1972) afin de créer son jeu inusité. Il se servit entre autre du tarot et des ouvrages de Paul Christian, entre autre : « L'Homme Rouge des Tuilerie », illustré de 22 figures kabbalistiques, par P. Christian. Le livre fut publié une première fois en 1863.

Le Tarot fut donc complètement redessiné par Papus-Goulinat, dans des couleurs plutôt sombres, affichant des archétypes inspirés de l’iconographie Égyptienne avec d’autres références aux mythologies de l’antiquité et bien évidemment les associations kabbalistiques correspondantes aux arcanes, selon la vision bien personnelle de Papus...

Papus a dit : « Les gravures au bas de chacune des cartes sont des reproductions des talismans secrets d'Eliphas Lévi."

En 1909, Papus explique qu'il s’est surtout inspiré des travaux d’Etteilla (« chercheur peu connu", affirme-t-il à l’époque ; ce qui nous indique que les travaux d’Etteilla avaient été presque oubliés), et il donne aussi crédit à la brillante clairvoyante Mme Lenormand.

Les Arcanes mineurs proposé par Papus sont associé aux symboles des cartes à jouer et aux 4 élémentaux... Mais malheureusement, à mon humble avis, et de l’avis de plusieurs tarologues, les associations déterminées par Papus sont erronées... En ce sens, il ne respecte pas le vrai Savoir caché dans les arcanes mineurs... Et non seulement les « correspondances » sont inexactes, mais encore, l’illustration des arcanes ne permettent pas la combinaison des images, et la véritable « taromancie » ne s’applique plus. (Et Papus de surnommé son tarot « Le Tarot Divinatoire » qu’elle aberration!).

LE TAROT DES BOHÉMIENS (1910)


Enfin, à partir des images de ce fameux Tarot de Papus a été conçu le non moins célèbre Tarot des Bohémiens. L’idée de Papus ici était de créé un Tarot absolument complet dans ses références ésotériques ; y indiquant le plus d’éléments correspondants associés à la lame (références kabbalistiques, mythologiques, astrologiques, lettres correspondantes, etc...). Destiné à illustrer l’ouvrage du même nom qui paraît en 1910, ce tarot est plus particulièrement destiné, aussi, à l’apprentissage du tarot et des correspondances ésotériques... Apparemment, utilisé par les écoles de la Golden Dawn, et plusieurs écoles de la théosophie moderne... Et en plus très en vogue chez les occultistes du dimanche.

Cette fois, ce ne sont plus seulement les arcanes mineurs qui induisent en erreur, mais pratiquement toutes les indications fournies, ajoutées aux lames!!!

Pour la conception de ce Tarot dit "des Bohémiens", Papus se servit cette fois des ouvrages de l’imagerie égyptienne de Falconnier-Wegener et évidemment du Grand Etteilla et des écrits magiques d'Eliphas Lévi. On y retrouve aussi des références à un manuscrit autographe (daté 1860) que Eliphas Lévi a donné à la Spedaliéri Baron en 1861.

Par contre, malgré tout ce beau travail de recherche et de mise au point, presque toutes les références données par Papus sont grandement discutables ou s’avèrent carrément inexactes.

Indiscutablement, le "Tarot des Bohémiens" de Papus est un tarot qui peut gravement induire les gens en erreur et mal diriger l’initier dans son apprentissage...


Donc, le Tarot des Bohémiens (et le Tarot de Papus) s’adresse à des personnes qui sont en connaissance de cause... (s.v.p.) et certainement ce tarot est séduisant pour certaines personnes, il a son charme, et fascine, mais il faut savoir l’utiliser et se sentir vraiment en résonance avec lui...

Mon conseil est de ne pas utiliser ce tarot pour l’apprentissage des correspondances ésotériques. Il deviendra plus intéressant en ce qui concerne l’apprentissage des rapports kabbalistiques, mais je lui préfère tout de même, de loin, le « Tarot Kabbalistique » d’Oswald Wirth, qui a été conçu avec beaucoup plus de rigueur et de respect pour la véritable taromancie et la légitimité du Tarot de Marseille.

Mais Papus est un personnage ambitieux et orgueilleux, qui se présente comme celui qui sera la « nouvelle référence », alors, il ne se souci pas d’avoir à respecter les préceptes de la divination ou de la taromancie... Il prétend se baser sur la tradition (bohémienne), mais il cherche surtout à rénover de fond en comble l’art de la taromancie, en prétendant qu’il détient des connaissances magiques remettant en question le tarot!!!

Pire encore, Papus a eu la prétention d’associer son tarot aux « bohémiens », et il n’y a rien de plus factices et mensonger! De toute évidence, Papus cherchait à donner un air d’authenticité et de prestige à son jeu, mais ce tarot n’a rien à voir avec l’art de la taromancie pratiqué chez les bohémiens! De la part de Papus c’est assez décevant encore de constater qu’il se plaît à la fiction, à la mystification, et en vérité cette allusion est pure invention!

Malgré toutes les références sérieuses sur lesquelles Papus affirme s’être basé, il apparaît qu’il manquait d’érudition dans certains domaines et qu’il avait souvent l’habitude de sauter aux conclusions trop vite...

Il est plutôt troublant de constater ces nombreuses tartuferies, erreurs et contrefaçons. C’est plutôt déloyal... À moins que ce ne soit preuve d’un manque de connaissance, doublé d’une soif de renommée... Enfin, il m’est difficile de vous conseiller de faire confiance à un tel jeu. Franchement, on a affaire ici à beaucoup trop d’informations douteuses !

Je crois qu’en ce qui concerne le fascinant personnage de Papus et ses hasardeux « enseignements ésotériques », il est fortement conseillé de faire preuve de discernement.

Évidemment, le Tarot Divinatoire et le Tarot Bohémien de Papus sont passés à l’histoire, ils ont nécessairement marqué l’histoire du tarot, mais aussi ont-ils causés beaucoup de tords, en diffusant des idées et des doctrines fausses. Cela n’empêche, Papus a été un occultiste qui a marqué son époque, on peut reconnaître sans doute son importance en tant que grand promoteur de la magie et de la cabale...


OUVRAGES DE PAPUS

"L'occultisme contemporain : Louis Lucas, Wronski, Éliphas Lévi, Saint-Yves d'Alveydre, Mme Blavatsky" (1887)

"Traité élémentaire de science occulte" (1888), Paris, Carré. Dangles, 1990

"Le Tarot des Bohémiens, clef absolue des sciences occultes" (1889), Paris, Carré. 3° éd. aug. 1926. Dangles, 1990

"Essai de physiologie synthétique" (1891), 2° éd. 1909, Librairie Hermétique, 150 p.

"Traité méthodique de science occulte" (1891), en 2 tomes, Paris, Éditions Dangles, Paris.

"La Cabbale, Tradition secrète de l'Occident" (1892). Dixième éd. augmentée Dangles, 1977. 2° éd. 1903. Dangles, 14° éd., 1999, 365 p.

La science des mages et ses applications théoriques et pratiques (1892), Librairie du merveilleux. Bussière, 5° éd., 2003, 282 p.

"Traité élémentaire de magie pratique" (1893), Paris, Chamuel. Éd. revue et augmentée par Chacornac en 1924 sous le titre Traité méthodique de magie pratique. Dangles, 1999, 640 p.

"Anarchie, indolence et synarchie : les lois physiologiques d'organisation sociale et l'ésotérisme" (1894)

"L'anatomie philosophique et ses divisions" (1894), Paris, Chamuel.

"Les Arts divinatoires. Graphologie, chiromancie, morphologie, physiognomonie, astrosophie, astrologie"(1895), Paris, Chamuel. Éd. augmentée Dangles, 1992, 220 p.

"Lumière invisible, médiumnité et magie" (1896), éd. Suzanne Demoiny, 1992, 59 p.

"Traité synthétique de chiromancie" (1896). Éd. revue : Comment on lit dans la main (1902)

"Traitement externe et psychique des maladies nerveuses. Aimants et couronnes magnétiques, miroirs, traitement diététique, hypnotisme, suggestion, transferts" (1897), Paris, Chamuel

"L'âme humaine avant la naissance et après la mort" (1898), Paris, Chamuel.

"Martinésisme, willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie" (1899), Chamuel. BookSurge, 2001, 131 p.

"Comment est constitué l'être humain" (1900), Chamuel

"Qu'est-ce que l'occultisme ?" (1900), Paris, Chamuel. Éd. augmentée Leymarie 1929.

"L'occultisme et le spiritualisme" (1902)

"L'occultisme et le spiritualisme" (1902), Paris, Alcan

"Comment on lit dans la main" (1902)

"Le livre de la chance bonne ou mauvaise" (1908), Bussière, 1996, 120 p.

"Le tarot divinatoire. Clef du tirage des cartes et des sorts" (1909).

"Ce que doit savoir un Maître Maçon" (1910). Dangles, 10° éd., 1999, 188 p.

"La réincarnation. L'évolution physique, astrale et spirituelle. Ce que deviennent nos morts" (1912), 3° éd. aug. 1945. Dangles, 1999, 215 p.

"Rituel de l'Ordre Martiniste" (1913) (avec Teder)

"Ce que deviennent nos morts" (1918), O.C.I.A. 1949

"ABC illustré d'occultisme" (posthume, 1922), Paris, Dorbon.

"La science des nombres" (posthume, ?), Paris 5ème, édition Buissière.

"Revue L'Initiation", 1888-1912 (première série) puis depuis 1953 (nouvelle série). 

"Revue Mysteria", 1913-1914

"Revue Le Voile d'Isis", 1890-1898 et 1905-1909.

TÉLÉCHARGEMENTS...
Vous pouvez télécharger ces quelques ouvrages de Papus ici...  
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« Tarot des Bohémiens »...
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Vous pouvez télécharger l’ouvrage « La Cabbale, Tradition secrète de l'Occident » (1892). 
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« La Science des Mages »
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« Les Arts Divinatoires »
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